Chiller pendant une semaine entre désert et village paisible au bord de rivière c’est bien mais il faut bien rejoindre la civilisation un jour notamment pour retirer de l’argent à un distributeur automatique.
En plus, notre départ de Villavieja tombait en plein pendant le pont de la Toussaint qui s’est fêtée le 4 novembre cette année. Non, les Colombiens n’ont pas leur propre fête de la Toussaint, c’est le 1er novembre comme dans tout pays catholique qui se respecte. Mais ici, ils reportent systématiquement le jour férié au lundi suivant pour que ça fasse un pont. Pourtant, le 1er novembre est tombé un vendredi mais ils n’ont quand même pas dérogé à la règle. Bref, tout ça pour vous dire que nous avons attendu sagement que le week-end prolongé se termine avant de commencer notre aventure dans le fameux « Eje Cafetero »

Ibagué

Nous nous sommes posés à Ibagué, la capitale du département de Tolima. Circulez, il n’y a rien à voir! Ce n’est pas l’enfer sur terre comme à Neiva mais ça n’a aucun intérêt sauf quelques restos sympas avec une cuisine un peu plus créative que le traditionnel riz-poulet-arepas-patacones.
Jardin bótanico San Jorge

Nous avons quand même trouvé un coin super sympa à Ibagué! C’est le jardin botanique. Il se trouve sur les hauteurs de la ville, sur les pentes des premières montagnes de la cordillère centrale. Nous avons utilisé les bus urbains pour nous y rendre. Ils sont reconnaissables à leur couleur orange. Nous ne savons pas trop comment ils fonctionnent, nous les avons utilisés à l’arrache en nous aidant de maps.me. Tout ce que nous pouvons vous affirmer, c’est qu’un trajet coûte 2700 pesos (0,55€ ou 0,50 CHF).

C’est un parc de soixante hectares qui possède une partie jardin botanique traditionnel avec des plantes du monde entier, des arbres fruitiers et des plantes médicinales. C’est également, dans sa partie haute, une réserve naturelle dans une forêt dite sub-andine, une forêt tropicale des Andes d’altitude moyenne (1200 mètres environ). Au sommet, après une belle grimpette d’une bonne demi-heure, il y a un mirador sur la ville d’Ibagué.
L’entrée coûte 15’000 pesos (3,10€ ou 2,90 CHF) et franchement, ça les vaut! Le parc est superbe! Nous n’avons pas l’impression d’être en ville. C’est un des plus beaux jardins botaniques que nous ayons vu après celui de Singapour. Donc on est sur du très haut niveau!






Pour accéder à l’Eje Cafetero depuis le sud-est où nous sommes, il faut obligatoirement passer par la ville d’Armenia, la capitale du département de Quindio. Depuis Ibagué, c’est un minibus qui nous y emmène via une superbe route de montagne franchissant un col à 3200 mètres d’altitude. La route est en bon état mais il y a plein de virages et des énormes camions qui confondent l’endroit avec une piste de rallye. Notre oreille interne n’a pas trop apprécié le voyage. Heureusement, ce n’était pas trop long et deux heures et demi plus tard, nous étions arrivés sains et saufs à Armenia. De là, des bus desservent toutes les localités de l’Eje Cafetero.
Pijao

Nous commençons notre découverte de l’Eje Cafetero, la fameuse zone du café de Colombie, par le village de Pijao situé à une heure de route au sud d’Armenia. C’est une toute petite localité de quelques rues, une place centrale, quelques cafés et des petites maisons colorées toutes mignonnes. C’est le seul endroit de tout le continent américain à avoir reçu le label « cittaslow » de l’italien « città » (ville) et de l’anglais « slow » (lent). C’est une association dont les villes membres s’engagent au ralentissement du rythme de vie des citoyens dans le but de leur offrir une meilleure qualité de vie. Nous confirmons! Le rythme de vie est vraiment tranquille et Pijao mérite amplement son label!





Nous avons choisi Pijao surtout pour son environnement et la facilité d’accès aux sentiers de randonnée. Evidemment, la pluie est venue jouer les trouble-fête mais nous avons quand même bénéficié d’un temps sec assez longtemps pour aller faire quelques petites marches dans la forêt alentour. Tous les sentiers ne se valent pas : ça va de la petite route en gravier super accessible au chemin de forêt un peu scabreux avec les mêmes ponts de fortune qu’à San Agustín. Bien sûr, nous avons une préférence pour ces derniers même si parfois, ça fait du bien de faire une petite promenade de santé pas trop difficile. Dans tous les cas, les paysages sont à couper le souffle, la forêt est trop belle, surtout après la pluie et nous n’en revenons toujours pas de toute la faune locale que nous pouvons observer!





Filandia

Quelle idée de passer par un village dont le nom ressemble à un « n » près à un pays du nord! Le climat ne nous semble d’ailleurs pas très différent! Pour y accéder depuis Pijao nous avons dû repasser par Armenia pour des raisons géographiques. Nous nous y sommes arrêtés pour faire une lessive mais si c’était à refaire, nous y renoncerions. Mieux vaut avoir des habits crades que d’aller à Armenia! C’est super moche et nous ne nous y sommes pas sentis super en sécurité.
A la base, nous voulions directement aller à Salento, juste en face dans la vallée, puis juste faire un day trip à Filandia. Mais week-end prolongé oblige (oui, encore un!), nous avons trouvé de meilleures offres hôtelières dans cette dernière. Par contre, nous avons débarqué un dimanche, c’était blindé de monde et nous avons tout de suite senti que nous sommes arrivés dans un coin beaucoup plus touristique même si le tourisme reste avant tout local.

Filandia se trouve en plein dans la cordillère centrale à 1923 mètres d’altitude en plein « Eje Cafetero », la zone du café. Elle a été fondée au XIXe siècle, non pas par les Espagnols qui avaient déjà perdu leurs colonies en Amérique latine, mais par des colons d’Antioquia, le département où se trouve Medellín, la deuxième ville de Colombie. C’est à ces derniers qu’on doit ces jolies petites maisons aux façades et aux balcons colorés dont nous sommes super fans! Filandia regorge de jolis petits cafés où il fait bon déguster, bien sûr, le café local mais aussi de bons chocolats chauds, des pâtisseries ou encore un café arrosé d’aguardiente, une liqueur d’anis locale.





Avec sa position à flanc de côteau dans la cordillère centrale, FIlandia offre de nombreux miradors avec une vue époustouflante sur les paysages alentours et même jusqu’à la ville de Pereira tout en bas dans la vallée. Nous n’avons pas vraiment eu de bol avec le temps, du coup nos photos sont un peu tristounettes et nous avons loupé le coucher de soleil qui, selon les dires des locaux, est incontournable.


Salento

Salento se trouve sur l’autre versant de la vallée par rapport à Filandia. Il y a des jeeps Willis qui font la navette et qui partent toutes les heures de la place centrale. Le gars qui vend les billets est surement le type le plus antipathique et de mauvaise foi de Colombie. Il nous dit très froidement que la route est fermée, que la première jeep part à midi et que, non, nous ne pouvons pas acheter les billets en avance. (C’était environ dix heures du matin). Nous revenons donc plus tard avec nos sacs prêts au départ mais là il nous dit que la jeep est complète et qu’il fallait acheter les billets avant et que la prochaine part dans une heure! Ah il s’est bien foutu de nous!
De frustration, nous prenons nos sacs et allons prendre le minibus pour Armenia qui nous dépose au croisement des deux routes puis nous chopons un autre bus pour Salento. Là, nous avons eu des chauffeurs super sympas et des passagers qui se sont proposés de nous aider avec nos sacs. Ça c’est la Colombie que nous connaissons avec des gens vraiment adorables et serviables. L’épisode du vieux bougon de Filandia est un cas isolé et nous n’allons pas nous attarder dessus mais il mérite cette mauvaise pub!

Nous redoutions un peu d’aller à Salento. Le village est réputé super touristique. C’est vrai qu’il l’est. C’est d’ailleurs l’endroit où nous avons croisé le plus d’Européens. Certes, il y a plein de boutiques de souvenirs et les restaurants sont un peu plus internationaux. Mais ce dernier point n’est pas si négatif pour nous. Si vous saviez quel plaisir nous avons eu de manger un plat avec des légumes et autre chose que du riz blanc sec, des patacones et du poulet! C’est vrai que certains puristes pourraient crier au « manque d’authenticité » mais ce n’est pas notre cas. Malgré tout, nous trouvons qu’il y a de meilleures vibes à Salento qu’à Filandia. Nous ne pouvons pas expliquer pourquoi, c’est juste un ressenti. Nous avons tellement adoré l’endroit que nous avons même prolongé notre séjour de quelques jours!

Salento a été fondée au XIXe siècle par les même colons d’Antioquia que Filandia sur ordre de Simon Bolivar himself, le leader de l’indépendance de la Grande Colombie, c’est à dire, les territoires actuels de la Colombie, du Venezuela, de l’Equateur et du Panama. Ici aussi ce sont de petites ruelles, malheureusement pas piétonnes, bordées des typiques maisons aux façades et aux balcons colorés. La rue la plus connue est la « Calle Real » et c’est un vrai attrape-touristes avec une alignée de restos et de boutiques de souvenirs. Mais, elle était en travaux, ce qui en a un peu gêné l’accès. Du coup, nous nous sommes contentés du reste du village qui nous paraît bien moins surfait. Ça a sûrement contribué au fait que nous ayons bien apprécié Salento.





A l’instar de Filandia, Salento possède plusieurs miradors. Ils se méritent : soit il y a une flopée de marches à grimper, soit il faut emprunter la route très boueuse qui va en direction de Toche ou soit il faut suivre la petite route de Palestina. Ça reste tout de même de jolies marches accessibles directement depuis le village de Salento dans un nature luxuriante. A chaque fois, la vue sur la cordillère centrale des Andes est assez spectaculaire!
La rencontre du jour

C’est un momoto diademado (merci Google!) appelé ainsi à cause du ‘diadème » turquoise qu’il arbore sur sa tête. C’est un oiseau assez commun du Mexique à la Colombie en passant par l’Amérique centrale et il se plaît particulièrement dans les plantations de café. Nous avons eu la chance de l’apercevoir plusieurs fois lors de nos différentes grimpettes aux miradors! Quelle belle récompense de nos efforts!
Ce ne sont pas les espèces d’oiseaux qui manquent dans l’Eje Cafetero et ils sont tous plus beaux les uns que les autres mais ces petites bébêtes se laissent rarement photographier.
Valle de Cocora

La Valle de Cocora est sûrement un des paysages les plus connus de Colombie. C’est même devenu tellement connu que tous les voyageurs, instagrammeurs, youtubeurs, influenceurs etc conseillent de se rendre plutôt à la Carbonera un peu plus loin. Ce serait plus sauvage, plus « authentique » et moins touristique. Du coup, maintenant tout le monde veut s’y rendre! A Salento, il y avait tellement de monde pour prendre une jeep pour la Carbonera que nous avons finalement opté pour la Valle de Cocora.
Depuis Salento, les jeeps Willis partent toutes les heures à la demie du Parque Principal. On vous y vendra directement des billets aller-retour pour 10’000 pesos (2,10€ ou 2 CHF).

Un fois arrivés sur place, nous nous demandons quand même si nous n’aurions pas mieux fait d’aller à la Carbonera finalement. C’est quand même un peu Disneyland avec les boutiques de souvenirs, les balades à cheval, les chemins super aménagés et les coins à selfies. Surtout que nous avons choisi le chemin des miradors, celui de tout au fond de la vallée, pour ne pas à avoir à se farcir la grande montée du premier sentier qui grimpe jusqu’à plus de 3000 mètres d’altitude.
Mais plus nous avançons, plus notre scepticisme disparaît! Le sentier commence à ressembler à un vrai sentier et la plupart des touristes restent sur la petite boucle super aménagée et sur les plateformes à selfies. Le sentier reste tout de même très facile et la montée est assez douce même si nous atteignons finalement les 2800 mètres d’altitude. Il faut juste faire attention à la boue qui rend le sol très glissant.


La Valle de Cocora est connue pour ses immenses palmiers de cire. Les plus grands d’entre eux peuvent atteindre 70 mètres de haut. Comme leur nom l’indique, leur tronc fabrique de la cire qui est notamment utilisée pour la fabrication de bougies. Contrairement aux autres palmiers qui préfèrent le chaud et la plaine, les palmiers de cire se plaisent dans les montagnes à une altitude comprise entre 2000 et 3000 mètres. Malheureusement, à cause de leur surexploitation, de la déforestation et de leur durée de croissance très longue (presque cinquante ans!), cette espèce est en danger d’extinction. Mais plusieurs organismes de protections se démènent pour les protéger et entament de lourds programmes de reforestation.
Vous avez sûrement déjà vu passer des photos de ces fameux palmiers mais plutôt sous un beau ciel bleu. Cette année, nous devons compter avec l’arrivée de « la Niña », le phénomène de refroidissement des eaux de l’océan Pacifique qui nous amène beaucoup d’humidité et des températures bien fraîches. Donc nous avons droit à un temps bien brumeux. Mais les palmiers qui se découpent dans la brume donnent un air mystique au lieu et nous, on adore!




Nous avons tellement adoré l’ambiance avec la brume que nous nous sommes même amusés à prendre des photos en noir et blanc! On se croirait presque dans un film de Hitchcock, vous ne trouvez pas?



Nous ne saurons pas si, effectivement, la Carbonera est mieux mais nous avons adoré notre petit trek dans la Valle de Cocora. Une fois les gros spots à selfies passés, il n’y a plus trop de monde et avons profité de cette belle balade en nature. La faune observée y est d’ailleurs assez incroyable!

Et le café colombien alors?

Il y a plein de fincas dans l’Eje cafetero principalement aux alentours de Salento qui proposent des « coffee tours » qui vous expliquent tous le processus de fabrication du café. Nous n’y avons pas été car nous avons déjà vu quelque chose de très similaire en Equateur et au Guatemala. Mais sachez que ça existe, il y a l’embarras du choix!
Nous n’allons pas nous faire des amis mais nous ne trouvons pas le café colombien très bon! En fait, les meilleurs grains des meilleures variétés de café sont réservés exclusivement à l’exportation! En Colombie, il reste juste le café de base qui n’est franchement pas bon. D’ailleurs, pourquoi croyez-vous qu’il est courant de l’arroser de rhum, de bourbon ou d’aguardiente?
Petit fun fact : en Colombie, le petit café noir de base s’appelle « tinto ». C’est un mot qu’en Espagne on utilise pour désigner le vin rouge. Imaginez donc un peu notre tête notre premier matin dans le pays, à peine sortis du lit, quand on nous propose gentiment un « tinto »!

On nous avait prévenu que l’Eje Cafetero était fou! Ce n’était pas un mensonge et pourtant, nous n’en avons vu qu’une petite partie. Nous n’avons pas été super gâtés par la météo qui nous a apporté de l’humidité et du froid mais nous avons réussi à échapper à la pluie la plupart du temps pour quand même profiter des activités en plein air.

Contrairement à la plupart des voyageurs, c’est le village de Salento qui nous a le plus plu mais il paraît que nous y étions en basse saison, nous n’avons donc pas trop été dérangés par les activités touristiques. Nous avons été fascinés par la Valle de Cocora, ses hauts palmiers de cire et ses paysages de ouf! D’une manière plus générale, l’Eje Cafetero nous aura enchantés par sa douceur de vivre, ses façades colorées, son accès facile à la nature, sa faune, sa flore et par la gentillesse de ses habitants.






