Olivenza, la plus portugaise des villes espagnoles

L’Extrémadure étant notre deuxième région préférée d’Espagne après l’Andalousie, nous y venons de temps en temps depuis Séville pour aller découvrir de petits recoins un peu moins connus. Cette fois-ci, nous vous emmenons dans la petite ville d’Olivenza située à environ 28 kilomètres (une petite vingtaine de minutes de bus) au sud de Badajoz. Le but de cette visite est de découvrir l’histoire un peu particulière de cette bourgade frontalière.

Olivenza, avec ses voisines Táliga et Villareal, ont une histoire assez particulière et ça se ressent encore aujourd’hui. Au début, c’est exactement la même chose que dans le reste de la péninsule ibérique sauf que ça n’a jamais été un lieu ni important ni stratégique. Le lieu est occupé depuis le Paléolithique et a été peuplé par des civilisations préromaines comme les Ibères. Vint ensuite l’éternel trio composé d’abord des Romains, puis des Visigoths et enfin des Arabes. Mais c’est depuis la Reconquista que ça commence à devenir intéressant. C’est le roi de León (ville de Castille au nord de Madrid, presque en Asturies), Alfonso IX, qui a repris la région de Badajoz aux Arabes avec l’aide des Templiers. Ces derniers reçurent Olivenza en remerciement tout en restant sous la couronne de Castille. En 1297, l’Espagne et le Portugal se retrouvent à Alcañices, près de Zamora, pour signer un traité qui définira la frontière entre les deux pays. Frontière qui correspond à peu de choses près à celle qui existe encore aujourd’hui, ce qui en fait la frontière la plus ancienne d’Europe! Suite à cette signature, Olivenza passe en mains Portugaises. Les siècles suivant se suivent entre époques de tensions entre les deux nations et longues périodes de paix. En 1801, la France napoléonienne et l’Espagne entament la guerre des Oranges suite au refus du Portugal de se défaire de son alliance avec le Royaume-Uni. A cette occasion l’Espagne annexe les territoires d’Olivenza, de Táliga et de Villareal. Bon, le Portugal se venge en envahissant le sud du Brésil qui appartenait, à l’époque, à la Couronne espagnole. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais non, le conflit n’est pas vraiment réglé, encore aujourd’hui! En 1815, le Congrès de Vienne s’emploie à restaurer les frontières européennes suites aux différentes défaites de Napoléon sur tout le continent. Logiquement, Olivenza et ses voisines auraient dû retourner en terres portugaises. C’est en tout cas ce que prétend le Portugal en revendiquant les trois communes espagnoles. Revendication qui est toujours en cours à notre époque! Mais en vrai, les deux pays entretiennent une profonde amitié et ont bien d’autres problèmes à régler que ce différend territorial.

Bref, tout ce pavé pour vous dire qu’Olivenza, Táliga et Villareal appartiennent de facto à l’Espagne, que leur territoire et revendiqué par le Portugal depuis plus de 200 ans mais que dans les faits, tout le monde s’en fout!

En 2019, Olivenza a été inscrite sur la liste des « pueblos mas bonitos de España » (les plus beaux villages d’Espagne), nous allons donc découvrir si elle mérite cette appelation.

La vieille ville

La vieille ville se trouve à l’intérieur de ce qu’il reste de remparts. A part les façades blanchies à la chaux qui pourraient éventuellement nous rappeler quelques « pueblos blancos » d’Andalousie, on ne peut pas nier l’histoire portugaise d’Olivenza. L’architecture manueliénne, les azulejos bleus typiques, les boulangeries vendant des pasteis de nata et les fameuses mosaïques blanches et noires au sol nous fait presque oublier que nous n’avons pas encore franchi la frontière. Il nous semble même qu’ici c’est plus la douceur de vivre à la Portugaise que l’exubérance espagnole qui prédomine. Mais il est vrai que nous sommes quand même dans une toute petite ville dans une région déjà excentrée et un peu oubliée d’Espagne, en pleine semaine, il ne faut pas s’attendre non plus à trouver une ambiance de folie.

Iglesia de Santa Maria Magdalena

C’est l’église principale de la ville. Elle a été construite au XVIe siècle sous le règne de Manuel Ier du Portugal dans le plus pur style gothique manuélien. Au XVIIIe siècle, elle possédait un hôpital et un couvent franciscain. C’était un haut lieu de pèlerinage au Portugal qui était réputé pour la pureté de l’eau de son puit. En 2012, elle connut un retour de gloire en étant élu par le guide Repsol (un guide espagnol d’escapades) « Mejor rincón de España », c’est à dire, le meilleur coin d’Espagne. A l’intérieur, se trouve la sépulture de Henrique de Coimbra, évêque de Ceuta au XVIe siècle qui officia la toute première messe catholique au Brésil.

El Castillo

On appelle « Castillo » toute la partie fortifiée de la ville. Il a été construit au XIIIe siècle par les Templiers quand la ville leur a été cédée par le roi Alfonso IX en remerciement de l’aide apportée à la Reconquista du taïfa de Badajoz. Le donjon, quant à lui, à été édifié en 1488 sous le règne de Dionisio Ier du Portugal devenant la plus haute tour du pays à l’époque. Les fortifications ont été fortement endommagées au début du XIXe siècle lors des guerres d’indépendances contre les troupes napoléoniennes, puis ont été abandonnées à leur triste sort. Elles n’ont été restaurées qu’en 1975 et un petit musée ethnographique se trouve dans la tour. Nous aurions pu aller le visiter mais, printemps oblige, c’était blindé de courses d’écoles. Nous avons préféré laisser les jeunes s’instruire tranquillement et en attendant, nous nous sommes posé sur un banc déguster une bonne pastel de nata!

Puerta del Calvario

L’entrée de la ville depuis l’ouest, côté Portugal donc, se fait par la Puerta del Calvario. C’est la seule des trois portes d’accès qui nous reste encore aujourd’hui et on peut encore observer le système de fermeture / ouverture de la porte grâce à un pont-levis. Elle date du XVIIe siècle et possède encore l’ecusson royal portugais.

Iglesia Santa Maria del Castillo

Le castillo possède même sa propre église près du donjon! Elle date du XIIe siècle comme la forteresse mais ce que nous voyons aujourd’hui c’est une rénovation du XVe siècle de style baroque manuélien. C’était l’église principale d’Olivenza avant d’être remplacée par Santa Maria Magdalena située plus au centre de la ville.

Olivenza a également une forte culture taurine et une « Plaza de Toros » (arènes) ayant une capacité dépassant le nombre d’habitants de la ville et accueillant, chaque année, les toutes premières corridas de la saison. Etant donné que nous ne cautionnons en rien les activités taurines, nous n’avons pas été voir de quoi il en retourne.

Dans notre imaginaire, un territoire revendiqué par un autre pays était forcément en conflit avec des rebelles armés défendant leur patrie de l’envahisseur. A Olivenza, rien de tout ça! C’est une petite bourgade tranquille, une sorte de banlieue dortoir de Badajoz et un point frontière avec un vrai air de bout du monde. Comme déjà mentionné plus haut, le Portugal et l’Espagne ont bien d’autres problèmes à régler que ce différend territorial qui date de plus de deux siècles et leurs relations diplomatiques sont excellentes. Le statu quo risque de durer bien des années encore.

Est-ce qu’Olivenza mérite vraiment son label de plus beau village d’Espagne! Amplement! La forteresse est impressionnante, la vieille-ville est trop mimi et les mosaïques sont superbes! Si vous êtes dans le coin, venez y faire un tour! Ça ne vous prendra qu’une demi-journée de visite mais ça vaut le coup d’oeil!

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