Les villages blancs de Cadiz

Un séjour en Andalousie ne serait pas complet sans un petit tour dans ses « pueblos blancos » ou villages blancs en français. On en trouve dans toute la région andalouse mais ils sont plus nombreux dans les provinces de Cadiz et de Malaga. On les appelle villages blancs à cause des façades peintes en blanc immaculé des maisons. Pourtant, à l’origine, l’histoire de ces villages pittoresques n’est pas très cool. Du XVIe au XIXe siècle, la région est frappée par diverses épidémies comme la peste, la fièvre jaune ou encore le typhus. Sympa, n’est-ce pas? On imposa donc de couvrir les murs avec de la chaux vive de couleur blanche à laquelle on prêtait des vertus antiseptiques et antibactériennes. D’après nos recherches sur le net, la chaux aurait effectivement ces vertus! La tradition de peindre les maisons en blanc est restée jusqu’à aujourd’hui et c’est devenu une des (nombreuses!) cartes de visite de l’Andalousie.

façade blanche typique d’une maison andalouse
Petits conseils avant de partir à l’assaut des villages blancs

L’Andalousie c’est immense! Elle a la superficie d’un pays comme le Portugal. Pour nos compatriotes, sa superficie fait plus du double de la Suisse! Les distances sont énormes donc ne partez pas trop à l’arrache! Si vous en avez la possibilité, louez une voiture, ce sera beaucoup plus pratique et, en général, le trajet entre les villages est tout aussi pittoresque.

En général, ces villages sont construits sur des collines ou des promontoires rocheux. C’est mal plat et en plus, les ruelles sont pavées avec des cailloux! Chaussez-vous avec des bonnes baskets sinon vos petits pieds vont souffrir!

Les façades blanches sont superbes mais elles reflètent le soleil déjà torride en été. Attendez-vous à avoir vraiment chaud! Chaque village possède au moins une terrasse à l’ombre où prendre une boisson fraiche, ce n’est pas un problème, mais pensez-y avant de littéralement mourir de chaud. En plus, si vous baragouinez quelques mots d’espagnol, vous y serez reçus comme des papes! Et n’oubliez pas, si les Andalous respectent scrupuleusement l’heure de la sieste, ce n’est pas par fainéantise mais bien pour se protéger de la chaleur pendant les heures les plus critiques de la journée. Si vous avez la possibilité, privilégiez le printemps ou l’automne pour une visite dans le coin. Ou faites la sieste l’après-midi!

Paysage typique du sud de l’Andalousie même si ça ressemble à la Toscane!

Arcos de la Frontera

Arcos et son lac

Arcos est le village blanc le plus accessible depuis Jerez ou Cadiz et un des plus grands, pourtant, ce n’est pas le plus connu. Il est affublé du suffixe « de la frontera » car, à l’époque de la Reconquista, il était sur la frontière entre le royaume chrétien et le royaume musulman.

Il est construit sur un promontoire rocheux dominant les collines environnantes ainsi que le lac d’Arcos, qui en vérité est un lac de retenue du Rio Guadalete. Il se mérite car il n’est accessible qu’au prix d’une grimpette à pieds, la station de bus et le parking se situant au bas du village. Mais les ruelles sont tellement belles qu’on en oublie l’effort à fournir pour arriver au sommet!

Au sommet du promontoire rocheux, se trouve la place centrale d’Arcos avec son château qui est, comme partout dans la région, un ancien alcazar musulman. On y trouve également la mairie ainsi que la basilique de Santa Maria de la Asuncion, superbe édifice du XVe siècle, mi-gothique, mi-Renaissance espagnole qui domine tout le village.

Benvenuti in Toscana!

Oui, on est bien en Andalousie!

Non, nous ne sautons pas du coq à l’âne ou, dans ce cas précis, de l’Andalousie à la Toscane mais avec ses petites collines arrondies et ses champs de tournesols, il faut avouer que la vue depuis le promontoire d’Arcos ressemble à s’y méprendre à la belle région italienne! Espagne ou Italie, peu importe finalement, le paysage est magnifique et nous en prenons plein les yeux!

Medina Sidonia

Vue de Medina Sidonia depuis le château

Jouons à un petit jeu : prononcez « Medina Sidonia » à voix haute! Vous entendez cette mélodie? Oui, celle qui nous vient directement d’Afrique du Nord! D’ailleurs, « medina » signifie « ville » en arabe et le terme est couramment utilisé au Maghreb et en Afrique de l’Ouest pour désigner un centre historique d’une ville. Vous vous doutez donc bien qu’avec un nom pareil, ce village blanc a connu la conquête musulmane. Et c’est bien le cas même si il a été fondé par les Phéniciens, comme la plupart des localités de la province de Cadiz avant de connaître les périodes wisigothe et romaine. Medina Sidonia a été reconquise en 1264 par le roi Alphonse X et elle se situait, pendant deux siècles à la frontière du royaume chrétien et du califat de Granada qui était musulman. Pourtant, contrairement à ses voisines, on ne lui affubla pas un nouveau nom avec le suffixe « de la frontera », elle garda tout simplement son nom arabe.

Une porte en forme de serrure typiquement musulmane

Medina Sidonia se situe à une petite vingtaine de kilomètre de la Costa de la Luz (la côte atlantique entre Cadiz et Tarifa) et est particulièrement bien desservie depuis la station balnéaire de Chiclana de la Frontera. (environ 25 minutes en bus) ou Cadiz. Depuis ailleurs, c’est un peu plus compliqué si vous n’êtes pas véhiculés. La proximité de l’océan se ressent grâce au vent du Poniente qui vient rafraîchir et humidifier un petit peu l’atmosphère étouffante de l’été. Le centre historique est tout petit et se visite facilement en quelques heures même si les ruelles ne sont pas plates. Le temps ici c’est arrêté et le seul bruit provient des enfants qui jouent au football sur la place de l’église. Il faut les comprendre, c’est le seul endroit plat de tout le village!

Iglesia Mayor de Santa Maria la Coronada
Sorry pour le gros contrejour, mais ça lui donne un certain charme…

Il vaut quand même la peine d’effectuer la grimpette dans les ruelles du village pour arriver jusqu’à ce superbe édifice qu’est la Iglesia Mayor. (littéralement, l’église principale). Dans le genre multiculturel, cette église fait fort. Elle a bien sûr été construite au XVIe siècle sur une ancienne mosquée mais pas n’importe laquelle, celle de l’alcazar dont on peut encore observer la tour sur la droite du bâtiment. Pour rappel, un alcazar était un palais royal durant la période musulmane. La façade principale ainsi que le clocher sont typiquement baroques, tandis que l’arrière est d’architecture gothique. Quant à la façade frontale, avec ses ornements latéraux en briques foncées, elle nous rappelle certaines églises de Tenerife. Et ce n’est pas tout, l’arrière paraît vide et dépouillé. Que nenni! Il y a les vestiges d’une nécropole hispano-wisigothe. Donc, l’ancienne mosquée avait déjà été construite sur un ancien site chrétien. Quand nous vous parlions de multiculturalisme…

L’Iglesia Mayor se trouve sur la jolie petite place du même nom qui est notamment bordée par la sacristie et l’ancien cabildo. Un cabildo est, en général, un bâtiment avec des arcades où se trouvait la mairie d’une ville. Le terme est assez peu usité en Espagne, sauf en Andalousie. C’est un mot qu’on utilise plus facilement en Amérique latine pour désigner exactement le même genre de bâtiment dans les villes coloniales.

On grimpe encore!
Un des restes du château et le paysage de la Janda

Pour ceux que la grimpette jusqu’à la Iglesia Mayor ne suffit pas, il est possible de monter encore plus haut! Bon pas de beaucoup on vous l’accorde. On y trouve les ruines de l’ancien château de Medina Sidonia dont certaines parties datent de l’époque romaine. Il n’en reste pas grand chose car une partie des pierres ont été utilisée pour la construction de Santa Maria la Coronada. Historiquement, ce n’est pas l’endroit le plus intéressant d’Andalousie vu le peu qui nous reste mais l’environnement au milieu de quelques oliviers centenaires et vraiment sympa! Il y a une partie du château en meilleur état ainsi qu’un site archéologique à visiter quelques mètres plus haut mais étant tributaires des transports publics, notre timing était un peu trop serré pour la visite. Oui, on avoue, c’est aussi parce-que nous avons voulu nous garder du temps pour l’apéro et les tapas!

Avant l’apéro, nous avons quand même pris le temps de profiter du superbe paysage typiquement andalou de la région de la Janda! Nous ne sommes qu’à quelques kilomètres d’Arcos et de Jerez et de leur paysages qui nous rappellent la Toscane, pourtant nous avons l’impression d’être dans un endroit totalement différent!

Bornos

Pour atteindre Bornos, il suffit de suivre la route des « Pueblos Blancos » depuis Arcos et c’est le village suivant. Bornos n’est pas aussi grand et important que son voisin mais tout aussi pittoresque. Il a été fondé en pleine époque musulmane pourtant les vestiges de cette ère se font rares. Aujourd’hui, Bornos est un village typique de la région avec ses maisons blanchies à la chaux, ses ruelles, sa torpeur estivale et sa douceur de vivre.

Plaza del Alcalde José Gonzales

C’est le cœur névralgique de Bornos et accessoirement une magnifique place andalouse où se trouvent la mairie et la cathédrale de la Résurrection. La place tient son nom de José Gonzalez Fernandez de la Bandera qui fut maire de Séville (alcalde signifiant maire en espagnol) et une des figures de la résistance républicaine d’Andalousie durant la Guerre Civile.

Palacio de los Enriquez de Ribera

Ce palais a été construit au XVIe siècle par les Ribera, une famille noble de Bornos sur les restes de l’alcazar musulman, mais ça ne se voit pas trop. Malheureusement, nous avons trouvé porte close lors de notre passage. C’est dommage car le jardin à la française et la loggia nous aurait bien plu. Et le reste aussi sûrement… Tant pis, nous nous sommes contentés de l’extérieur et du merveilleux parfum de rose émanant des magnifiques rosiers de la cour intérieure.

Plaza de las Monjas

Il faut grimper sur les hauts du village pour voir cette jolie petite place andalouse. Mais pas de panique, ce n’est pas très raide! L’édifice le plus intéressant de la place est le couvent de Corpus Christi. Ce mastodonte en brique a été construit entre 1572 et 1597 sur ordre d’Afan de Ribera, duc d’Alcala et marquis de Tarifa. Une partie du bâtiment était réservé pour les moines tandis que le reste était dédié aux enfants avec un collège et un hôpital. Aujourd’hui encore, le couvent abrite une école de degré secondaire.

Embalse de Bornos

On aperçoit vraiment le manque d’eau…

Il vaut la peine de descendre jusqu’à l’embalse de Bornos pour changer complètement de décor. Un petit quart d’heure de marche depuis le centre du village suffit pour y arriver. Malgré les apparences, ce site n’est pas totalement naturel. C’est un lac de retenue créé dans les années 1960 sur le Rio Guadalete dans le but d’en faire un réservoir d’eau dans une Andalousie déjà aride. Le paysage est superbe et il y a même une petite plage de sable pour aller faire trempette dans le lac où la température de l’eau n’est même pas trop froide, dixit Van la Frileuse! Malgré la quiétude et la beauté du coin, nous ne pouvons pas ignorer les signes évidents de la sècheresse et du manque d’eau. En moyenne, en cet été aride de 2022, les réservoirs ou lacs de retenues espagnols sont vides à presque 80% sur tout le territoire! C’est assez affolant! En Andalousie, nous avons encore de la « chance », la région est équipée d’usines de dessalement d’eau de mer et nous ne sommes pas soumis à des restrictions d’eau contrairement à d’autres régions normalement moins sèches comme la Galice. Mais ces usines tournent à plein régime et ont un impact non négligeable sur l’environnement.

Les montagnes que nous apercevons au loin appartiennent à la Sierra de Grazalema, une autre région de la province de Cadiz que nous allons vous faire découvrir très bientôt.

Bien entendu, il n’y a pas uniquement trois villages blancs dans notre belle province mais cet article commence déjà à devenir un peu longuet Nous allons vous en laisser pour une prochaine fois! Nous y travaillons déjà d’ailleurs!

Qui dit prochaine fois dit que nos aventures andalouses sont loin d’être terminées! Pour l’instant, c’est une région où nous nous sentons particulièrement bien et que nous n’avons pas du tout envie de quitter! Nous ne sommes pas du tout en train de vous annoncer que nous allons arrêter de voyager, loin de là! Nous avons d’ailleurs la tête pleine d’idées mais nous allons nous orienter vers de nouvelles choses. En attendant, nous profitons de cette magnifique région qui nous convient complètement et que nous allons encore découvrir pendant au moins quelques mois!

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