Ça peut paraître fou mais à Séville, nous sommes plus proches de la frontière portugaise que de la plupart des grandes villes espagnoles! Pourtant, en trois ans, nous n’avons jamais été rendre visite à nos voisins! C’est un peu une honte, surtout qu’il ne nous faut qu’une petite centaine de kilomètres pour changer de pays et que le Portugal fait partie des pays que nous adorons! Finalement, le hasard a voulu que nous ayons une petite semaine de libre, en mars, juste avant la haute saison et nous avons décidé d’enfin retourner au pays des pasteis de nata!
Depuis la station de bus de Plaza de Armas de Séville, il y a plusieurs bus directs qui desservent l’Algarve comme Alsa ou Flixbus. Les prix varient en fonction de la saison et de la demande. Nous nous sommes arrêtés à Lagos, pratiquement tout à l’ouest, car lors de nos précédents séjours dans la région, c’est la ville que nous avons préférée. Il faut compter normalement quatre heures de route entre Séville et Lagos mais, à l’aller, nous avons perdu une heure à la frontière pour un contrôle douanier inopiné de la part des agents portugais. Normalement, Schengen oblige, nous aurions dû passer tout droit mais sachez que ce genre de contrôle peut arriver à tout moment.

Silves

Notre séjour à Lagos a coïncidé avec celui de Regina, une tempête atlantique très vigoureuse qui, heureusement, ne nous a pas apporté trop de pluie, mais de fortes rafales de vent rendant toute promenade au bord de l’océan très désagréable. Rassurez vous, nous avons quand même profité de petites accalmies pour aller découvrir le coin mais nous vous raconterons tout ça dans notre prochain article. En attendant, nous avons préféré nous abriter du vent en venant découvrir une petite perle de l’arrière-pays. Si le temps est un peu plus calme que sur la côte, de gros nuages sont quand même bien présents et rendent, malheureusement, le paysage un peu tristounet. (Sorry!) Mais ça ne nous a pas empêché de bien profiter de notre petite virée, des apéros et, bien évidemment, des pasteis de nata, les pâtisseries typiques portugaises dont nous raffolons.

C’est Fab qui a eu l’idée de venir dans le coin. Il avait déjà fait un petit séjour en Algarve il y a fort longtemps et avait déjà été charmé par ce petit village de l’arrière pays que Van, elle, avait zappé, pour une raison inconnue, durant ses précédents voyages dans la région.

Silves se trouve juste en dessus de la station balnéaire de Portimão. Depuis Lagos, nous avons pris le train régional. Il faut compter une bonne demi-heure de trajet et le billet coûte 3,30€ l’aller simple par personne. Le centre se trouve à une petite vingtaine de minutes de marche de la gare. Il faut marcher au bord de la route et ce n’est pas très Feng shui mais il n’y a pas trop de trafic non plus.
Il y a également des bus depuis Portimão qui s’arrêtent dans le grand parking juste en dessous de la citadelle mais c’est une option que nous n’avons pas choisie pour cause d’horaires.

Silves, comme l’Algarve en général, a, jusqu’au XIIIe siècle, une histoire assez similaire à celle de sa voisine l’Andalousie. Elle fait partie de ces villes du pourtour méditerranéen élargi, comme Huelva ou Cádiz, qui ont été peuplées, il y a plus de 3000 ans déjà, par les Phéniciens. Vinrent ensuite, sans surprise, les Romains, les Visigoths et les Arabes. Ces derniers en firent la capitale du royaume musulman d’Algarve. C’était également un port important avant l’ensablement du fleuve Arade qui a éloigné Silves de l’océan. En 1189, Sancho Ier, roi catholique du Portugal conquiert la ville avec l’aide de quelques croisés anglais. Mais, l’année suivante, les Almohades reprirent leur ville. Finalement, Silves passe définitivement en mains portugaises en 1242.
Malheureusement, de toute cette riche histoire, il n’en reste plus grand chose puisque le tremblement de terre de Lisbonne de 1755 a quasiment tout rasé. La plupart des bâtiments du centre historique datent donc du XVIIIe siècle mais ils sont jolis quand même avec leur architecture typique portugaise et leurs ornements colorés.






Castelo de Silves

Cette magnifique forteresse de grès rouge surplombe tout le village de Silves sur près de douze hectares. Les premiers à avoir érigé un fort à cet endroit étaient les Romains. Bien entendu, le complexe a été agrandi et amélioré au fil des siècles et au grés des occupants. Le grand tremblement de terre de 1755 n’a pas épargné la citadelle et ce que nous voyons aujourd’hui est le fruit d’une restauration datant de 1835.
Avec les pluies abondantes de cet hiver, la végétation est luxuriante et le vert profond contraste magnifiquement avec la pierre de grès rouge de la forteresse.






Comme nous n’avons pas assez de châteaux en Espagne, (#ironie), nous devons aller voir ceux du Portugal!
Il est possible de visiter l’intérieur de la forteresse. (2,80€, pour 1€ de plus, il y a également l’entrée au musée archéologique situé un peu plus bas) Nous avons pris l’option avec le musée et nous avons trouvé que c’était un bon plan. Le musée est très intéressant et couvre l’histoire de toutes les époques qu’a vécues Silves à travers les siècles.
Petite anecdote : en général, pour communiquer, nous utilisons notre espagnol en y mettant les quelques mots de portugais que nous connaissons et on nous répond en portugais avec quelques mots d’espagnol et ça fonctionne très bien autant linguistiquement que culturellement. On nous prend pour des touristes espagnols et ça passe nickel. Au château, l’agent du guichet fort sympathique, a quand même dû nous préciser que les horaires à Silves étaient « a la hora portuguesa » qu’on ne faisait pas la sieste et qu’on fermait tôt! Apparemment, même pour nos plus proches voisins, nos horaires à l’espagnole sont complètement éclatés!

L’intérieur de la forteresse

L’intérieur de la forteresse est assez épuré. Il s’agit surtout d’une promenade sur les remparts pour avoir une vue sur les alentours. Mais vu la météo, c’est un peu tristounet. Au centre, il y a une cafétéria super moderne qui contraste un peu. Nous ne savons pas trop quoi en penser…. La citerne, qui date de la période musulmane, a été utilisée jusqu’en 1990 et, lors de notre passage, abritait une expo assez sympa sur le lynx ibérique, espèce en voie de disparition mais présent dans la région. Il fait partie de notre liste d’animaux emblématiques que nous espérons apercevoir un jour. Ce n’est pas le château le plus ouf que nous avons visité mais nous avons quand même trouvé l’ensemble intéressant.





Le palais almohade

Adossé à une partie de la muraille, toujours à l’intérieur de la forteresse, se trouvent les vestiges archéologiques d’un palais almohade du XIe siècle qui, du temps de sa splendeur, couvrait une superficie de 320 mètres carré. Il ne reste plus grand chose aujourd’hui, toujours à cause du tremblement de terre de 1755, mais il y a une petite maquette dans la tour qui surplombe les ruines pour se faire une idée de comment c’était à l’époque. Les ruines du palais ressemblent à s’y méprendre à celles de Madinat Azahara près de Cordoue, preuve que l’histoire était vraiment la même!



Juste avant l’entrée du château, il y a la Sé, la cathédrale. Construite au XIIIe siècle sur le site de l’ancienne mosquée, elle a été reconstruite dans le plus pur style baroque portugais au XVIIIe siècle après le tremblement de terre. Malheureusement, elle est recouverte d’échafaudages car Madame s’offre une grande cure de jouvence. Vu l’état de la façade, ça s’avère grandement nécessaire! Nous serons donc obligés de revenir pour l’admirer quand elle aura retrouvé toute sa splendeur. Quel dommage!

Silves est assez petit et est idéal pour une petite virée depuis les stations balnéaires de Portimão ou de Lagos. Il y a une vraie douceur de vivre qui contraste un peu avec l’ambiance un peu plus frénétique du littoral. Nous vous recommandons chaudement un petit détour si vous êtes de passage dans la région.
