Cadiz et sa baie

Voilà, l’été est arrivé et il nous a fallu songer à prendre nos quartiers pour les prochains mois à venir. Sans grande surprise, nous avons jeté notre dévolu sur l’Andalousie. Nous reviendrons plus longuement sur le sujet de notre installation dans cette belle région plus tard car, pour l’instant, c’est place à la fête! En effet, après avoir célébré l’anniversaire de Fab en Aragon, c’est au tour de Van de prendre une année de plus. (Team Gémeaux!) Mais le plus important et symbolique pour nous est que nous fêtons également, cette année, nos cinq ans de mariage! Bien sûr, il y a le côté tout mignon et romantique d’un anniversaire de mariage mais pour nous, c’est bien plus que ça. Nous avions intégré notre union dans notre projet de tour du monde pour diverses raisons, notamment administratives, et ça a été le coup d’envoi de notre nouvelle vie de voyageurs puis de nomades digitaux. Et dire que dans notre jeunesse, nous étions tous les deux farouchement opposés à l’institution du mariage!

Voilà pourquoi nous avons décidé de nous accorder quelques jours dans un endroit sympa pour marquer le coup!

Paysage des lagunes dans la baie de Cadiz

Pour ce petit trip, c’est Fab qui a tout organisé de A à Z! Il lui tenait à cœur d’organiser une petite surprise pour Van et il a vraiment assuré. Elle adore les zones humides naturelles, le bord de mer et elle avait émis plusieurs fois le souhait de retourner une fois à Cadiz, ville qu’elle avait visité dans sa jeunesse et qu’elle avait adoré. Comme quoi, ce n’est pas forcément une légende : il y a des maris qui écoutent leurs femmes même après cinq ans de mariage!

ruelle typique andalouse à San Fernando

Cadiz

Vue sur la cathédrale depuis le malécon

Avouez, un nom comme Cadiz ça fait rêver non? En tout cas, nous ça nous fait rêver! C’est une promesse de bout du monde, de départ vers de nouveaux horizons (Cadiz doit beaucoup à la conquête de l’Amérique) ainsi qu’un environnement marin très présent.

Il y a une ambiance très particulière à Cadiz qu’on ne retrouve nulle part ailleurs en Espagne, voire même en Europe. La ville est chaleureuse et colorée comme l’Andalousie, impétueuse et sauvage comme l’Atlantique et exotique comme l’Amérique du Sud sans compter l’influence arabe même si c’est moins marqué qu’ailleurs ainsi que ses hauts palmiers sous un ciel d’azur qui lui donne un air très californien. Nous avons retrouvé quelques petits souvenirs de certaines ville coloniales maritimes comme Campeche ou Colonia.

Cadiz se situe vraiment au bout du monde! La ville se situe à l’extrémité de la baie du même nom sur une petite île séparée du continent par un petit canal nommé Caño de Sancti Petri. Grâce à sa situation, elle a développé, avec ses voisines de la baie, d’importantes activités portuaires et commerciales au cours de son histoire.

Centre historique

Plaza de la catedral

Si vous n’aimez pas les petits espaces étroits, surtout s’il y a un peu de monde, Cadiz n’est pas faite pour vous! Par manque de place, la vieille ville s’est construite autour de minuscules ruelles qui ne manquent pas de charme mais peuvent vite devenir oppressantes avec ses immenses bâtiments. Mais ça peut être un bon plan de s’y cacher pour s’abriter du vent de l’Atlantique qui peut parfois être très frais et pénible. Si vous hésitez de vous rendre en Andalousie à cause des températures excessives, sachez que Cadiz échappe pratiquement à chaque fois aux vagues de chaleurs grâce à sa situation sur l’océan. Il ne fait jamais chaud à Cadiz!

Cadiz aurait été fondée par les Phéniciens et serait la ville la plus ancienne d’Europe occidentale. Ensuite, l’histoire ne varie pas beaucoup du reste de l’Espagne : les Ibères, les Romains, les Wisigoths et les Arabes. La Reconquista survint assez tardivement, au XIIIe siècle, en même temps que toute la plaine du Guadalquivir. Elle fut ensuite un point important pour la marine royale et pour les voyages de découverte du Nouveau Monde. Christophe Colomb himself est d’ailleurs parti de Cadiz pour son deuxième voyage vers l’Amérique (même s’il ne le savait pas!) en 1493.

Malgré une histoire riche et variée, le centre historique est pratiquement entièrement baroque et date du XV ou XVIIe siècle, époque où l’argent coulait à flot grâce au pillage effectué par les conquistadors espagnols au Nouveau Monde.

Cathédrale de Santa Cruz

Malgré un centre historique aux dimensions restreintes, de l’espace a été laissé autour de la cathédrale pour la mettre en valeur. C’est super cool car ce n’est pas toujours le cas en Espagne. Avec ses coupoles et sa cour intérieure de forme carrée, on aurait pu croire que l’édifice fut bâti sur une ancienne mosquée. Que nenni! La cathédrale a bien été construite sur une précédente église mais qui était déjà de culte catholique. Ce géant baroque et néoclassique date du XVIIIe siècle et sa construction a nécessité 116 ans. Elle a quand même la classe avec ses deux tours, ses palmiers et sa façade bicolore! Pourtant, ce dernier point n’est point une coquetterie! Cadiz subissait une grave crise économique à l’époque et il fallait économiser sur le marbre, d’où la base en pierre.

Cadiz militaire

fortifications sur le malécon

Cadiz jouit d’une position stratégique très enviée et a attiré les convoitises plus d’une fois durant sa longue histoire! Il fallait donc la protéger surtout que l’ennemi pouvait surgir autant de la terre via la baie que de la mer. Les Romains avaient déjà compris cet état de fait en édifiant les premières fortifications qui se sont multipliées et améliorées au cours des siècles. Aujourd’hui quelques restes de forts et châteaux subsistent dans la ville.

Castillo de Santa Catalina

En se promenant à Cadiz au XXIe siècle, il paraît un peu incongru de voir ce bâtiment super austère juste à côté de la playa du centre-ville qui est un lieu complètement dédié aux loisirs. Mais à l’époque, au XVIe siècle, l’heure était grave. L’Espagne était en guerre contre les Anglais et la ville de Cadiz subit un assaut de la part de ces derniers et de leurs alliés néerlandais. Suite à cette catastrophe, il fut décidé de construire un fort défensif sur la mer. Il a une forme octogonale typique de l’époque et ne comporte pas beaucoup de fioritures, il fallait quelque-chose de fonctionnel pour défendre la ville. Le ministère espagnol de la défense a d’ailleurs utilisé le bâtiment jusqu’en 1991. Aujourd’hui, il reçoit diverses manifestations culturelles dont un festival de cinéma.

Castillo de San Sebastián

A l’extrémité nord de l’île de Cadiz, se trouve… encore une île! Il y aurait eu, à l’époque des Phéniciens, un temple dédié à Kronos. Malgré l’endroit idéal pour une défense stratégique de la ville, le fort ne fut construit qu’au XVIIIe siècle et fut servi plus souvent de prison que d’élément défensif à proprement parler. A l’époque, on y accédait en barque ou à marée très basse, le pont d’accès n’a été construit qu’en 1860. C’est vraiment une balade sympa à faire, plusieurs fois dans la journée à cause des différentes marées. On y découvre un environnement très océanique battu par les vents et occupé par une petite faune locale comme des crabes et des oiseaux. On ne peut pas accéder à l’intérieur du fort, le lieu est occupé par le laboratoire de recherche marine de l’université de Cadiz. Mais il vaut la peine de marcher jusqu’au bout de la jetée, la forteresse posée sur les eaux cristallines de l’Atlantique nous rappelle Galle, cette magnifique ville fortifiée sur l’Océan Indien.

Parque Genovés

La structure des cascades datant de 1892

S’il ne fait jamais chaud à Cadiz, il n’y fait jamais froid non plus. Van reste quand même un peu dubitative sur cette dernière affirmation mais à voir toute cette végétation tropicale s’épanouir dans le parc, le climat doit effectivement être relativement doux. Ce magnifique havre de verdure en plein centre et au bord de l’océan date du XVIIIe siècle mais a été remanié à plusieurs reprises depuis. Il y a plus de 150 espèces de plantes, exotiques pour la plupart. Nous y avons retrouvé notre fameux dragon des Canaries! Le parc a également changé de nom plusieurs fois au cours de son histoire mais nous n’avons pas réussi à trouver pourquoi on l’a nommé Parque Genovés (parc génois en français). Il y a sûrement un rapport avec Christophe Colomb qui a marqué l’histoire de la ville et qui était natif de Gênes. Peu importe son nom, nous avons été trop contents de retrouver toute cette verdure tropicale qui nous manque parfois dans cette sécheresse méditerranéenne.

Si vous êtes dans le sud de l’Andalousie et avez l’occasion de passer par Cadiz, foncez! Vous ne trouverez la même ambiance nulle part ailleurs! Une bonne journée de visite suffit et la ville est bien desservie par les transports publics depuis le reste de la région.

San Fernando

A la base, nous nous sommes arrêtés à San Fernando juste pour dormir car les offres de logement y sont meilleures. La petite ville se situe sur une petite île juste avant le canal qui la sépare de Cadiz. Elle est séparée de la péninsule ibérique par des marais salants datant de l’époque romaine. C’est un des berceaux de la culture gitane et du flamenco et la ville est particulièrement fière de son enfant du pays, Camaron de la Isla, un célèbre chanteur de flamenco des années 1970 – 1980, un des rares qui a réussi à exporter ce genre musical hors des frontières espagnoles. Nous ne nous attendions pas à trouver un petit centre historique à San Fernando, certes pas aussi pittoresque qu’à Cadiz mais qui possède de jolies maisons baroques andalouses qui nous rappellent les villes coloniales de Valladolid au Mexique ou d’Arequipa au Pérou.

Parque natural Bahia de Cadiz

Malgré les grandes activités portuaires de la zone, il existe tout de même un véritable paradis naturel qui s’étend sur plus 10’520 hectares. Il est principalement constitué de lagunes mais aussi de quelques plages sauvages, de pinèdes ainsi que de marais salants qui étaient déjà exploités à l’époque romaine. C’est un endroit idéal pour observer des dizaines d’espèces d’oiseaux car les lagunes sont idéalement situées à mi-chemin entre le parc de la Doñana, grand parc national et lieu de nidation de multitudes d’espèces aviaires, à l’ouest et le détroit de Gibraltar, lieu de passage pour une traversée vers le continent africain, à l’est.

La majorité de la flore existante dans le parc est endémique de la région de Cadiz / la Doñana et le principal but du parc est de la protéger car elle est très vulnérable aux activités humaines ainsi qu’au réchauffement climatique.

Parmi les espèces d’oiseaux que nous avons pu reconnaître, il y avait des gravelots, des cigognes, des grues, des canards, des mouettes, des hirondelles et des ibis. Par contre, les flamants roses sont les grands absents, pourtant nous en avions aperçu depuis le train dans les lagunes du Puerto de Santa Maria.

A marée basse, il est possible d’apercevoir des dizaines de crabes qui s’activent dans la vase à la recherche de nourriture. Ce sont des crabes violonistes. Non, il ne jouent pas du violon, du moins pas à notre connaissance, mais il sont appelés ainsi car les mâles possèdent une grande pince blanche un peu disproportionnée qui rappelle l’archet d’un violon. Elle leur sert juste à se battre contre d’autres mâles. Voilà pourquoi les femelles, plus pacifiques, en sont dépourvues.

Les moulins de marée

Les quelques bâtisses en ruines que nous pouvons apercevoir dans les lagunes sont des moulins du XVe siècle. Ils s’appellent moulins de marée car ils fonctionnaient grâce au mouvement de l’eau provoqué par les marées de l’Atlantique. Un bel exemple d’énergie renouvelable! Ils ont été en fonction jusqu’à la fin du XIXe siècle avant d’être laissés à l’abandon. Nous ne pouvons pas nous approcher des bâtiments pour des raisons de sécurité. Du coup les oiseaux y ont une paix royale et en profitent pour y établir leur nid.

La région de Cadiz est la moins « typiquement andalouse » si on se conforme aux clichés véhiculés sur la région mais elle n’est pas la moins authentique! Nous en avons pris plein les yeux durant notre séjour et nous avons déjà trouvé d’autres lieux qui ont l’air tout aussi prometteurs! Comme nous allons nous attarder dans la région, il y a de fortes chances de découvrir d’autres trésors de ce genre!

2 réflexions sur « Cadiz et sa baie »

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