Lagos et ses plages

Un séjour en Algarve ne serait pas un vrai séjour si nous ne restons pas un peu sur la côte, surtout qu’elle est réputée être une des plus belles de l’Europe Occidentale! Manque de bol, notre séjour a coincidé avec la tempête Regina. Heureusement, elle ne nous a apporté que très peu de pluie. Par contre, il soufflait un vent à décorner des boeufs et c’était vraiment désagréable! En plus, il ne faisait pas très chaud. Mais nous avons quand même été braver la tempête pour aller découvrir un peu le coin.

La côte de l’Algarve est tellement belle et diversifiée que nous avons l’embaras du choix pour poser nos sacs. Nous avons choisi Lagos car, dans nos souvenirs de voyage au Portugal, c’était la ville que nous avons préférée en Algarve. Sans dénigrer les autres, bien évidemment! Comme nous y avons été hors saison, nous avons trouvé une ambiance de retraités venu chercher un climat un peu plus clément qu’au nord, mais nous avons quand même profité des cafés, des terrasses (quand il ne soufflait pas trop) et d’une certaine douceur de vivre.

Centre historique

Lagos a été fondée il y a environ deux mille ans par les Carthaginois qui vinrent y établir un comptoir. Elle passa très vite aux mains des Romains avant de subir l’assaut des Visigoths. La ville se développa vraiment avec l’arrivée des Arabes dans la péninsule ibérique. Ces derniers fortifièrent la ville et développèrent des routes commerciales et maritimes. Il reste quelques traces de cette époque sur les remparts, ceux qui sont côté mer. La Reconquista portugaise se fit dès 1241. Lagos devint alors un port très prospère et surtout le point de départ des découvertes portugaises qui commencèrent en 1415 avec la conquête de Ceuta, aujourd’hui territoire espagnol au nord de l’Afrique sur le détroit de Gibraltar. On y ouvrit le premier marché aux esclaves d’Europe (photo ci-dessus) et de nombreux navigateurs et explorateurs vinrent s’installer à Lagos pour aller conquérir le Brésil, Goa, une partie de l’Afrique, Malacca, Galle, le Timor, etc et fonder l’immense empire colonial portugais. Lagos devint alors la capitale de l’Algarve.

Mais cet âge d’or s’arrêta subitement, en 1755, lors du tremblement de terre de Lisbonne qui ravagea presque totalement la ville. Seule une partie des remparts et de la vieille ville survécut au drame et la capitale régionale dut être transférée à Faro. Le centre historique date donc plutôt du XIXe siècle mais il reste très joli avec ses façades colorées et blanches, ses azulejos et ses mosaïques noires et blanches au sol. Gros point positif, le centre historique à l’intérieur des remparts est complètement piéton!

Les remparts

Lagos est une ville fortifiée depuis le Xe siècle, à l’époque musulmane. Les remparts que nous voyons aujourd’hui sont une extension de la forteresse construite entre le XIVe et le XVIe siècle par les rois portugais. Ils ont pas mal morflé lors du tremblement de terre de 1755 mais ont été parfaitement restaurés dans les siècles qui ont suivi. Côté mer, c’est plus fin et on distingue parfaitement quelques restes de l’architecture arabe. Pour le reste, ce sont les bonnes grosses murailles portugaises bien robustes qui resistent presque à tout et qu’on retrouve à travers le monde dans les anciens comptoirs comme Galle ou El Jadida.

Il y a une petite promenade qui fait le tour des remparts sur environ un kilomètres et demi. C’est facile, presque plat, dans un parc au nord et au bord de la mer au sud.

Sur les photos ci-dessous : à droite, les remparts portugais de Lagos, à gauche : la forteresse du comptoir portugais de Mazagão, aujourd’hui El Jadida au Maroc. On ne peut pas nier la ressemblance!

Côté Playa

Venons-en au pourquoi de notre séjour en Algarve! La Playa! Et les pasteis de nata aussi, avouons-le! Nous y avons été en mars et pendant une tempête. Nous y avons trouvé un océan un peu agitée et une eau bien trop froide. Quoique, il y avait quelques téméraires qui ont été faire trempette et qui ont l’air d’avoir apprécié. Par contre, malgré le manque de soleil, nous avons quand même vu une couleur de l’eau incroyable!

Forte da Ponta da Bandeira

Quand on sort de la vieille ville côté mer, juste à côté du port, se dresse le fort de Ponta da Bandeira. Construit vers 1690 et d’une remarquable architecture militaire, c’est le fort le mieux conservé d’Algarve. Son but était de protéger la ville des corsaires et des pirates qui sévissaient dans la région. Même Francis Drake himself, le célèbre corsaire anglais, s’y cassa les dents. Ce qui nous a frappé, c’est la ressemblance avec les forts espagnols de la côte, comme ceux de Cádiz ou ceux des anciennes colonies comme Portobelo ou Cartagena.

En saison, il ouvre ses portes au public et il paraît qu’on peut y admirer des astrolabes, des maquettes de caravelles ainsi qu’un expo sur les grandes explorations portugaises.

Si vous continuez vers l’ouest, en direction de la gare, il y a une jolie petite marina avec des terrasses qui ont l’air sympa. Mais le vent soufflait tellement fort qu’il commençait sérieusement à nous taper sur le système. Nous avons préféré aller nous réfugier à l’abri dans un café avec un bica (espresso portugais) et une pastel de nata.

La playa (enfin!)

Lagos compte en fait une dizaine de plages, toutes plus belles les unes des autres. Elles sont surplombées par de magnifiques falaises de calcaires façonnée par l’érosion qui nous donnent un paysage spectaculaire. Certaines de ces plages forment presque une baie fermée par les rochers ce qui les protège bien du vent, qui peut souffler très fort même hors tempêtes. Lagos ne se trouve qu’à une petite trentaine de kilomètres du cap de São Vicente, la pointe la plus au sud-est de l’Europe continental donc elle subit de plein fouet les courants venus tout droit de l’Atlantique.

La première de ces plages se trouve juste à l’est du fort du Ponta da Bandeira. A marée basse, il est possible de passer d’une à l’autre en se faufilant dans les ouvertures s’ouvrant dans les rochers.

Si la marée est haute, pas de panique! Il y a un chemin sur les rochers accessible depuis chaque plage par un escalier. Il s’appelle Ponta da Piedade, du nom de la dernière plage qu’il dessert et on nous a dit que ça venait d’ouvrir. C’est vrai que les passerelles en bois sentent encore le neuf! C’est super facile d’accès et c’est bien indiqué. Evidemment, le paysage vu depuis en haut est à couper le souffle!

Ponta da Piedade

Au bout de ce fameux sentier côtier, se trouve la Ponta da Piedade, un amphithéâtre naturel formé par de magnifiques roches calcaires façonnées par des années érosion. Grâce à sa géologie particulière, le coin abrite une des plus belles réserves marines du Portugal.

A cause du mauvais temps et du décalage horaire entre l’Espagne et le Portugal qui nous a un peu surpris avec la nuit qui tombe une heure plus vite, nos photos ci-dessous sont un peu sombres (Sorry!). Mais nous pouvons vous assurer que c’est une promenade qui vaut largement le coup!

Notre mémoire ne nous a pas joué des tours, Lagos est vraiment un endroit super cool en Algarve! Mais nous sommes persuadés que toute la région regorge de trésors à découvrir. Honte sur nous d’avoir tant traîné avant de venir y faire un petit tour alors que nous vivons pratiquement à côté! Promis, cette fois, nous n’attendrons pas trois ans de plus avant d’aller faire une petite visite à nos chers voisins portugais!

L’Algarve côté arrière-pays : la citadelle de Silves

Ça peut paraître fou mais à Séville, nous sommes plus proches de la frontière portugaise que de la plupart des grandes villes espagnoles! Pourtant, en trois ans, nous n’avons jamais été rendre visite à nos voisins! C’est un peu une honte, surtout qu’il ne nous faut qu’une petite centaine de kilomètres pour changer de pays et que le Portugal fait partie des pays que nous adorons! Finalement, le hasard a voulu que nous ayons une petite semaine de libre, en mars, juste avant la haute saison et nous avons décidé d’enfin retourner au pays des pasteis de nata!

Depuis la station de bus de Plaza de Armas de Séville, il y a plusieurs bus directs qui desservent l’Algarve comme Alsa ou Flixbus. Les prix varient en fonction de la saison et de la demande. Nous nous sommes arrêtés à Lagos, pratiquement tout à l’ouest, car lors de nos précédents séjours dans la région, c’est la ville que nous avons préférée. Il faut compter normalement quatre heures de route entre Séville et Lagos mais, à l’aller, nous avons perdu une heure à la frontière pour un contrôle douanier inopiné de la part des agents portugais. Normalement, Schengen oblige, nous aurions dû passer tout droit mais sachez que ce genre de contrôle peut arriver à tout moment.

Silves

Notre séjour à Lagos a coïncidé avec celui de Regina, une tempête atlantique très vigoureuse qui, heureusement, ne nous a pas apporté trop de pluie, mais de fortes rafales de vent rendant toute promenade au bord de l’océan très désagréable. Rassurez vous, nous avons quand même profité de petites accalmies pour aller découvrir le coin mais nous vous raconterons tout ça dans notre prochain article. En attendant, nous avons préféré nous abriter du vent en venant découvrir une petite perle de l’arrière-pays. Si le temps est un peu plus calme que sur la côte, de gros nuages sont quand même bien présents et rendent, malheureusement, le paysage un peu tristounet. (Sorry!) Mais ça ne nous a pas empêché de bien profiter de notre petite virée, des apéros et, bien évidemment, des pasteis de nata, les pâtisseries typiques portugaises dont nous raffolons.

C’est Fab qui a eu l’idée de venir dans le coin. Il avait déjà fait un petit séjour en Algarve il y a fort longtemps et avait déjà été charmé par ce petit village de l’arrière pays que Van, elle, avait zappé, pour une raison inconnue, durant ses précédents voyages dans la région.

Silves se trouve juste en dessus de la station balnéaire de Portimão. Depuis Lagos, nous avons pris le train régional. Il faut compter une bonne demi-heure de trajet et le billet coûte 3,30€ l’aller simple par personne. Le centre se trouve à une petite vingtaine de minutes de marche de la gare. Il faut marcher au bord de la route et ce n’est pas très Feng shui mais il n’y a pas trop de trafic non plus.

Il y a également des bus depuis Portimão qui s’arrêtent dans le grand parking juste en dessous de la citadelle mais c’est une option que nous n’avons pas choisie pour cause d’horaires.

Silves, comme l’Algarve en général, a, jusqu’au XIIIe siècle, une histoire assez similaire à celle de sa voisine l’Andalousie. Elle fait partie de ces villes du pourtour méditerranéen élargi, comme Huelva ou Cádiz, qui ont été peuplées, il y a plus de 3000 ans déjà, par les Phéniciens. Vinrent ensuite, sans surprise, les Romains, les Visigoths et les Arabes. Ces derniers en firent la capitale du royaume musulman d’Algarve. C’était également un port important avant l’ensablement du fleuve Arade qui a éloigné Silves de l’océan. En 1189, Sancho Ier, roi catholique du Portugal conquiert la ville avec l’aide de quelques croisés anglais. Mais, l’année suivante, les Almohades reprirent leur ville. Finalement, Silves passe définitivement en mains portugaises en 1242.

Malheureusement, de toute cette riche histoire, il n’en reste plus grand chose puisque le tremblement de terre de Lisbonne de 1755 a quasiment tout rasé. La plupart des bâtiments du centre historique datent donc du XVIIIe siècle mais ils sont jolis quand même avec leur architecture typique portugaise et leurs ornements colorés.

Castelo de Silves

Cette magnifique forteresse de grès rouge surplombe tout le village de Silves sur près de douze hectares. Les premiers à avoir érigé un fort à cet endroit étaient les Romains. Bien entendu, le complexe a été agrandi et amélioré au fil des siècles et au grés des occupants. Le grand tremblement de terre de 1755 n’a pas épargné la citadelle et ce que nous voyons aujourd’hui est le fruit d’une restauration datant de 1835.

Avec les pluies abondantes de cet hiver, la végétation est luxuriante et le vert profond contraste magnifiquement avec la pierre de grès rouge de la forteresse.

Comme nous n’avons pas assez de châteaux en Espagne, (#ironie), nous devons aller voir ceux du Portugal!

Il est possible de visiter l’intérieur de la forteresse. (2,80€, pour 1€ de plus, il y a également l’entrée au musée archéologique situé un peu plus bas) Nous avons pris l’option avec le musée et nous avons trouvé que c’était un bon plan. Le musée est très intéressant et couvre l’histoire de toutes les époques qu’a vécues Silves à travers les siècles.

Petite anecdote : en général, pour communiquer, nous utilisons notre espagnol en y mettant les quelques mots de portugais que nous connaissons et on nous répond en portugais avec quelques mots d’espagnol et ça fonctionne très bien autant linguistiquement que culturellement. On nous prend pour des touristes espagnols et ça passe nickel. Au château, l’agent du guichet fort sympathique, a quand même dû nous préciser que les horaires à Silves étaient « a la hora portuguesa » qu’on ne faisait pas la sieste et qu’on fermait tôt! Apparemment, même pour nos plus proches voisins, nos horaires à l’espagnole sont complètement éclatés!

L’intérieur de la forteresse

L’intérieur de la forteresse est assez épuré. Il s’agit surtout d’une promenade sur les remparts pour avoir une vue sur les alentours. Mais vu la météo, c’est un peu tristounet. Au centre, il y a une cafétéria super moderne qui contraste un peu. Nous ne savons pas trop quoi en penser…. La citerne, qui date de la période musulmane, a été utilisée jusqu’en 1990 et, lors de notre passage, abritait une expo assez sympa sur le lynx ibérique, espèce en voie de disparition mais présent dans la région. Il fait partie de notre liste d’animaux emblématiques que nous espérons apercevoir un jour. Ce n’est pas le château le plus ouf que nous avons visité mais nous avons quand même trouvé l’ensemble intéressant.

Le palais almohade

Adossé à une partie de la muraille, toujours à l’intérieur de la forteresse, se trouvent les vestiges archéologiques d’un palais almohade du XIe siècle qui, du temps de sa splendeur, couvrait une superficie de 320 mètres carré. Il ne reste plus grand chose aujourd’hui, toujours à cause du tremblement de terre de 1755, mais il y a une petite maquette dans la tour qui surplombe les ruines pour se faire une idée de comment c’était à l’époque. Les ruines du palais ressemblent à s’y méprendre à celles de Madinat Azahara près de Cordoue, preuve que l’histoire était vraiment la même!

Juste avant l’entrée du château, il y a la Sé, la cathédrale. Construite au XIIIe siècle sur le site de l’ancienne mosquée, elle a été reconstruite dans le plus pur style baroque portugais au XVIIIe siècle après le tremblement de terre. Malheureusement, elle est recouverte d’échafaudages car Madame s’offre une grande cure de jouvence. Vu l’état de la façade, ça s’avère grandement nécessaire! Nous serons donc obligés de revenir pour l’admirer quand elle aura retrouvé toute sa splendeur. Quel dommage!

Silves est assez petit et est idéal pour une petite virée depuis les stations balnéaires de Portimão ou de Lagos. Il y a une vraie douceur de vivre qui contraste un peu avec l’ambiance un peu plus frénétique du littoral. Nous vous recommandons chaudement un petit détour si vous êtes de passage dans la région.