Phnom Penh entre frénésie asiatique et calme à la Française

Notre séjour à Phnom Penh, la capitale du Cambodge, a un but bien précis. Nous devons nous rendre à l’ambassade du Vietnam afin de demander notre visa. Mais nous sommes les rois du mauvais timing et notre arrivée coïncide avec un jour férié et tout est fermé, y compris les ambassades étrangères. Ce n’est pas grave, nous ne sommes pas si pressés. Nous en profitons pour aller découvrir les festivités de plus près.

Le festival de l’eau

Voici la raison pourquoi tout est fermé à Phnom Penh! Le festival de l’eau est une fête très importante au Cambodge, voire la plus importante! Elle a lieu chaque année entre fin octobre et début novembre lors de la pleine lune. Phnom Penh est un haut lieu des festivités avec ses courses d’aviron sur le Tonle Sap. Tout le pays (non, ce n’est pas exagéré!) se rend pour l’occasion dans la capitale afin de soutenir l’équipe de son village ou de son district. Les réjouissances durent trois jours et se clôturent par un magnifique feu d’artifice.

Mais nous n’avons pas passé tout notre séjour à faire la fête même si c’était vraiment cool de voir un festival de cet ampleur de près! Nous avons profité de l’attente de notre visa pour aller explorer cette ville et découvrir tout ce qu’elle a à offrir.

Phnom Penh historique

Phnom Penh était déjà la capitale du Cambodge lors du protectorat français sur l’Indochine. (1863-1953) Il existe quelques vestiges de cette époque, mais il faut bien chercher car, avec la construction anarchique de la ville, les bâtiments coloniaux sont bien cachés et ne sont absolument pas mis en valeur. C’est vraiment dommage car il y a vraiment de beaux spécimens. Mais tout n’est pas perdu, la French touch reste très présente dans la gastronomie locale et quelques petits restos ont gardé un charme très frenchy.

Phnom Penh moderne

Ou plutôt devrions-nous dire : Phnom Penh chinoise. Grâce aux investissements chinois, de nouveaux quartiers et des gratte-ciels futuristes poussent comment des champignons. Nous ne savons pas vraiment quoi en penser. Le Cambodge a besoin d’une aide financière extérieure, c’est indéniable mais là, nous assistons à une nouvelle forme de colonisation et on sait pertinemment que les Chinois ne font rien gratuitement. Il y aura un prix à payer que ce soit diplomatique ou commercial. Il faudra sûrement plusieurs années pour mesurer les conséquences de l’arrivée massive des Chinois mais en attendant, la ville est un véritable chantier et un véritable parc publicitaire où tout est écrit en mandarin.

Phnom Penh bouddhiste

Le bouddhisme étant très présent dans la culture cambodgienne, surtout après la chute du régime des Khmers Rouges où les Cambodgiens ont eu un grand besoin de spiritualité et on les comprend. Il est donc normal de trouver un temple (ou plusieurs!) à chaque coin de rue de la capitale. Il y en a tellement qu’il faudrait plusieurs vies pour tous les visiter! C’est toujours un régal pour les yeux, surtout avec l’architecture khmère et avec la restauration sur laquelle on n’a pas lésiné à Phnom Penh.

Les parcs

C’est LA bonne surprise de la ville! Près du Palais Royal, ont été aménagés plusieurs parcs urbains avec des fleurs et quelques monuments, certes modernes mais fidèles à l’architecture khmère. C’est surtout un endroit piéton au centre-ville! La circulation n’est pas vraiment infernale à Phnom Penh, surtout si on compare aux autres villes d’Asie du Sud-Est, mais les gens semblent n’avoir aucune idée du code de la route et les trottoirs sont souvent encombrés.

Tonle Sap et Mékong

C’est en plein centre de Phnom Penh que le Tonle Sap se jette dans le Mékong créant une grande étendue d’eau au centre de la ville et un grand bol d’air frais. C’est également ici que commence la plaine de l’immense delta du Mékong qui se jette dans la mer de Chine Méridionale quelques centaines de kilomètres plus à l’est, au sud du Vietnam. Une grande promenade piétonne, qu’on doit encore aux Chinois, a été aménagée et il y est agréable de se promener un peu à l’abri de la pollution et où, parfois, les cours d’eau nous donne une petite brise bien agréable dans cette torpeur tropicale.

Prison S21

L’histoire du Cambodge au XXe siècle est vraiment dramatique, encore plus dans les années 1970 lorsque les khmers rouges (l’armée révolutionnaire) étaient au pouvoir sous le joug du dirigeant Pol Pot, un dictateur sanguinaire et un des pires que l’Histoire mondiale ait connu. Pour comprendre un petit peu cette part sombre de l’histoire, nous nous sommes rendus au musée du génocide situé sur le site de l’ancienne prison S21. A la base, ce complexe était un simple lycée construit par les Français. La clique de Pol Pot en fit la prison la plus sécurisée du pays, mais aussi la plus cruelle et la plus meurtrière. Les salles de classes ont été séparées en minuscules cellules ou en salles de torture où se pratiquaient les coups de fouet, les simulacres de noyade ou encore l’électrocution dans le but de faire avouer aux détenus des crimes, souvent imaginaires, contre le pouvoir. Les fils barbelés, présents absolument partout, servaient à prévenir les suicides car seule la direction de la prison pouvait décider de la mort d’une personne. Mais les chances de survie étaient très minces, il y avait de fortes chances de se faire exécuter sous n’importe quel prétexte. Ceux qui y ont échappé sont morts de malnutrition ou de maladie. Lors de la libération de Phnom Penh par l’armée vietnamienne en 1979, les soldats ne trouvèrent qu’onze survivants sur environ 18’000 détenus durant le règne des khmers rouges. C’était une visite très enrichissante mais aussi bouleversante. Nous n’étions vraiment pas bien après la visite. Nous sommes toujours sidérés par la cruauté dont peut parfois faire preuve l’être humain. Mais nous comprenons mieux la propension des Cambodgiens à ne rien anticiper et à vivre au jour le jour. Après avoir vécu une horreur pareille, il est difficile de se projeter sur du long terme!

Nous n’avons pas tout de suite flashé sur Phnom Penh, surtout en arrivant depuis la tranquille Battambang. Mais après quelques jours, nous avons commencé à l’apprécier malgré ses défauts. Ce ne sera pas notre ville préférée mais nous y avons quand même passé un bon moment, surtout dans les restos. La gastronomie khmère influencée par la cuisine française est vraiment un régal pour les papilles!

Si vous avez lu le début de cet article, vous voudriez sûrement savoir si nous avons atteint notre objectif! La réponse est oui! Nous sommes en possession de notre visa vietnamien! Le procédé est super simple. Il faut préalablement charger le formulaire ad hoc sur le site de l’ambassade, l’imprimer et le remplir. Une fois que c’est fait, assurez-vous d’avoir une photo passeport et la somme demandée en liquide (le prix varie selon le pays duquel vous émettez votre visa). Faites juste attention qu’on ait bien pris en compte la durée de validité du visa que vous désirez, nous avons failli nous faire avoir et obtenir un seul mois au lieu des trois demandés. Il y a, en principe, un délai de 48 heures heures après lequel vous pourrez directement aller récupérer votre passeport avec un joli visa collé à l’intérieur.

Mais avant de partir à la découverte de ce nouveau pays, nous allons continuer notre exploration du Cambodge qui, espérons, nous réservera quelques bonnes surprises…

Luang Prabang : french touch sur le Mékong

Nous changeons de pays pour quelques jours afin de pouvoir bénéficier plus tard d’un nouveau visa thaï gratuit de trente jours. Nous avons choisi de transiter par le Laos parce que la frontière n’est qu’à deux heures de route de Chiang Rai et aussi parce que, juste pour nous, ressortissants suisses, il existe une exemption de visa gratuite pour le Laos pour quinze jours. Pour une fois que notre beau passeport rouge à croix blanche nous donne des avantages, autant en profiter!

C’est un vieux rafiot des années 1960 qui nous sert de bus, mais au moins, il n’y a pas l’air conditionné qui nous congèle! Et c’est parti pour deux heures de route au milieu des rizières, des montagnes et des petits villages aux temples somptueux! Le temps semble s’être arrêté. Nous sommes loin de la trépidante Bangkok et des plages bondées du sud.

Arrivés à Chiang Khong, la ville frontière côté thaïlandais, il faut encore prendre un tuk-tuk jusqu’à la douane pour se faire tamponner le passeport pour la sortie du territoire. De là, c’est un bus qui passe le Pont de l’Amitié entre les deux pays et qui traverse Monsieur le Mékong himself! La particularité de ce pont, c’est qu’il change de sens de circulation! En Thaïlande, on roule à gauche, au Laos, ancienne colonie française, on roule à droite. L’entrée au Laos est une simple formalité mais il faut encore une fois affréter un tuk-tuk pour enfin arriver à la ville frontière de Houayxai.

Houayxai

C’est la ville frontière typique, mais plutôt tranquille, avec ses guesthouses et ses bureaux de change. Nous y passons tout de même une nuit afin de prendre le temps de nous familiariser avec ce nouveau pays, ses coutumes, sa monnaie et sa gastronomie. Et puis, nous devons de toute façon attendre le lendemain car un nouveau moyen de transport nous attend pour nous mener à notre destination finale : Luang Prabang

Vat Jom Khao Manilat

A l’instar de la Thaïlande, la religion dominante au Laos est le bouddhisme, malgré le communisme qui essaie, sans trop de succès, de gommer toute croyance spirituelle. Il est donc tout à fait logique d’y trouver un somptueux temple. Il se mérite! Comme il se trouve sur une colline dominant la ville, il faut monter une volée de marches pour y accéder. Le plus pénible n’est pas la montée en elle-même mais le climat tropical chaud et humide. Mais une fois en haut, on oublie ces petites contrariétés de rien du tout. La vue sur le Mékong est magnifique et l’architecture du temple vaut le détour.

Sur le Mékong : de Houayxai à Luang Prabang

Une fois n’est pas coutume, nous prenons le bateau pour rejoindre notre destination. Il faut deux jours de navigation et passer une nuit à Pak Beng pour arriver enfin à Luang Prabang, les bateaux ayant l’interdiction de naviguer sur le Mékong de nuit. C’est un excellent moyen de transport : il y a de l’espace, c’est bien plus facile de se lever que dans un bus, il y a de l’air frais, la navigation est vraiment tranquille, aucun risque de mal de mer même pour nous et même en lisant et, cerise sur le gâteau, les paysages sont vraiment somptueux. Et puis le Mékong reste quand même un fleuve mythique. Se dire que nous y avons navigué c’est quand même ouf, n’est-ce pas?

Luang Prabang

Luang Prabang est une petite ville fort agréable et la capitale culturelle du Laos. Son centre-ville, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO est vraiment sympa avec ses maisons coloniales, ses cafés à la française et ses temples somptueux. Elle a été la capitale royale du Lan Xang qui signifie en français « Royaume du Million d’Eléphants ». Trop mignon, n’est-ce-pas? Mais l’histoire est moins mignonne pour cette pauvre petite ville. En 1773 Luang Prabang est pillée par les Birmans. L’année suivante, la ville fraîchement reconstruite est détruite par un incendie pendant les célébrations du Nouvel An Lao. Au XIXe siècle, ce sont les Chinois qui laissent la ville exsangue avant de laisser la place au Royaume de Siam (l’actuelle Thaïlande) qui vient carrément occuper les lieux. Enfin, en 1893, ce sont les Français qui viennent imposer leur protectorat sur tout le Laos et certains officiers vinrent même s’installer à Luang Prabang juste parce qu’ils trouvaient la ville très jolie. Ils n’étaient pas très sympas les Français mais ils avaient du goût!

En 1989, la ville ouvre ses portes au tourisme et entreprend une grande campagne de restauration de ses quartiers historiques. Malgré l’afflux de visiteurs étrangers, Luang Prabang reste une ville zen où il fait bon vivre à proximité du Mékong qui traverse des paysages somptueux.

Les temples

La ferveur religieuse est tellement présente que plus d’un tiers de la surface de la ville est occupée par des temples bouddhistes, pour le plus grand plaisir de nos yeux. La plupart d’entre eux date de l’époque royale et sont tellement beaux que même les communistes au pouvoir n’ont pas osé y toucher.

Mékong et Nam Khan

Luang Prabang se situe sur les rives de la rivière Nam Khan et du fleuve Mékong. Il y a donc de jolies promenades en bord de rivière. En plus, ça donne à la ville une vraie oasis de fraîcheur et de verdure, sans parler du paysage montagneux au loin, vraiment magnifique.

Colline Phousi

En plein cœur de Luang Prabang se dresse le mont Phousi, une colline sacrée dominant la ville de 150 mètres. Il faut gravir 300 marches pour parvenir au sommet et le chemin est jalonné de petits temples et autres monuments dédiés à Bouddha au milieu d’une végétation luxuriante.

Wat That Chomsi

Au sommet de la colline se dressent un petit temple, le Wat That Chomsi, ainsi que son superbe stupa doré haut de 24 mètres construits en 1904. D’ici, nous jouissons également d’une superbe vue sur Luang Prabang, le Mékong et les montagnes alentours.

Le chemin des Bouddhas

Pour redescendre de la colline, nous empruntons le chemin sur l’autre versant. Il est bordé de dizaines de statues dorées de Bouddha à différents stades de sa vie.

Nous avons eu un véritable coup de foudre pour Luang Prabang! Elle n’a pas volé son titre de capitale culturelle et est juste superbe! Nous avons adoré son architecture coloniale, ses temples, son ambiance tranquille et son environnement montagneux.

Ce qui devait être un petit passage au Laos pour des raisons de visas se révèle finalement un véritable coup de cœur. Ce petit pays au milieu de l’Asie du Sud-Est est une véritable perle et mérite vraiment à être connu. Ça tombe bien, il nous reste encore quelques jours pour en découvrir un peu plus.