Parque rural et massif de l’Anaga

Lorsque nous étions en train d’étudier la carte de Tenerife avant notre arrivée sur l’île, une grosse tâche verte a tout de suite attiré notre attention sur la pointe nord-est. C’était le Parque Rural Anaga. Les renseignements que nous avions glanés à ce sujet laissaient présager un truc sympa. Mais voilà, le hasard a fait que nous avons passé la première partie de notre séjour canarien dans le sud de l’île et nous avons laissé notre projet en stand-by jusqu’à notre déménagement à Puerto de la Cruz.

L’Anaga est un massif et une réserve de biosphère grande de 14’500 hectares et recouvre toute la pointe nord-est de l’île de Tenerife dans un paysage de montagnes et de vallées très découpées. Elle contient des dizaines d’espèces endémiques, que ce soit pour la faune ou pour la flore, et est un refuge pour les oiseaux. Nous nous sommes d’ailleurs baladés dans une jolie cacophonie de chants d’oiseaux. Mais ces petites bêtes sont timides et nous avons juste pu les apercevoir furtivement. Vu l’immensité de la réserve et les possibilités presque infinies de randonnées, nous avons dû venir plusieurs fois afin d’en avoir un petit aperçu.

Comme toute réserve naturelle qui se respecte, il y a un centre de visiteurs. La salle d’exposition est actuellement fermée pour cause de Covid-19 mais il y a toujours des rangers à disposition. C’est bien desservi par les guaguas et c’est un bon point de départ pour de nombreuses randonnées. Pays catholique oblige, nous sommes accueillis par une petite église et par une statue de la Vierge Marie.

La laurisylve

La laurisylve est la forêt subtropicale humide typique de la Macaronésie. De la Macaron quoi? Non, la Macaronésie n’est pas une fabrique géante de macarons comme son nom pourrait le laisser penser (dommage!), mais un grand archipel de l’Atlantique auquel appartiennent les Canaries mais aussi les îles portugaises des Açores ainsi que Madère et le Cap Vert. Voilà, vous aurez de quoi vous la péter au prochain quizz de géo! Ces forêts ont plus de 40 millions d’années et se situent plutôt sur les versants nord des îles car elles bénéficient de l’humidité apportée par les alizés. Aujourd’hui, il en subsiste encore à Madère, un petit peu aux Açores, à la Gomera, sur l’île de la Palma et bien sûr à Tenerife, dans l’Anaga. Après quelques mois passés dans le sud presque désertique, nous sommes plus qu’heureux de retrouver nos forêts humides! C’est Bornéo mais en beaucoup plus froid! Dire qu’à environ 40 kilomètres à vol d’oiseau, c’est pratiquement le désert! On ne le voit pas du tout sur les photos mais il faisait un temps splendide, c’est juste que la brume s’accroche désespérément à la montagne. Mais c’est grâce à elle que nous pouvons profiter de cette superbe végétation luxuriante!

NB : Ceci n’est pas le « Bosque Encantado »! Si vous prévoyez de vous rendre à l’Anaga, vous avez peut-être entendu parler du fameux « Bosque Encantado » (forêt enchantée en français). Sachez qu’il faudra demander un permis pour y accéder. Le ranger du centre de visiteurs nous a déconseillé de nous y rendre. Selon lui, ce n’est qu’un attrape-touriste et n’importe quelle forêt de laurisylve du parc peut prétendre au titre de forêt enchantée. (Effectivement!) Et comme il y vit des espèces en danger d’extinction, il préfère dissuader les gens d’y aller. Nous avons décidé de suivre son conseil que nous trouvons très sensé. La forêt dans la galerie photo ci-dessous se situe entre la localité de Carboneras (à un arrêt de guagua du centre de visiteurs) et le Mirador de Pico del Ingles.

Mirador de Pico del Ingles
En premier-plan, les montagnes de l’Anaga, puis le plateau de la Laguna et enfin, sa majesté le Teide!

Nous sommes arrivés au mirador par la forêt depuis Carboneras mais il est également accessible en voiture pour ceux qui ne veulent / ne peuvent pas marcher. Le Pico del Ingles ne s’est pas toujours appelé comme ça. Il s’appelait Pico de las Aguilillas (pic des petits aigles) jusqu’au jour où un Anglais y fit une chute mortelle. Les locaux ont pris l’habitude en parlant de ce sommet de parler « du pic d’où l’Anglais est tombé » pour finalement officiellement s’appeler Pico del Ingles. Il culmine à 990 mètres d’altitude et, par beau temps, offre une vue imprenable sur le massif d’Anaga, Santa Cruz de Tenerife, le plateau de la Laguna et même sur sa majesté le Teide! A notre arrivée, tout était bouché mais la brume circule très vite et nous avons pu tout de même profiter du paysage. Nous y sommes restés environ 10 minutes et la vue a changé une bonne douzaine de fois.

Nous sommes retournés au centre des visiteurs par une forêt à flanc de côteau. On y voit que l’humidité est déjà moins présente mais ça reste quand même une belle forêt comme on les aime!

Fin de balade

Si votre randonnée se termine au centre de visiteurs, il vaut la peine de faire quelques pas supplémentaires pour traverser le parking et se rendre au mirador. Une belle vue sur la Laguna et sur le Teide vous y attend.

Cruz del Carmen – Punta del Hidalgo

Ce n’était pas du tout ce que nous avons prévu comme balade quand nous sommes retournés au centre des visiteurs de l’Anaga. Nous voulions emprunter le chemin des crêtes jusqu’à Tegueste. Mais un samedi matin très ensoleillé, nous n’étions pas les seuls à avoir eu la même idée et le chemin était bondé. Nous avons, sur un coup de tête, bifurqué en direction de Punta del Hidalgo et entamé la descente dans une magnifique forêt de laurisylve.

Après environ 2 kilomètres, la forêt cède la place à une végétation plus sèche, moins dense et nous pouvons observer la magnifique vue sur le massif de l’Anaga.

Batan

Il paraît fou d’avoir construit un village aussi isolé sur un flanc de côteau très escarpé. A l’époque, c’était un endroit très important grâce à l’industrie textile locale assez florissante. Aujourd’hui, le temps s’y est arrêté. A mi-chemin entre Cruz del Carmen et la Punta del Hidalgo, c’est un endroit pratique pour le ravitaillement. Mais le petit bar a l’air d’avoir fermé ses portes définitivement. Nous avons néanmoins trouvé une fontaine pour remplir nos gourdes.

Barranco del Rio

Nous ne sommes pas au bout de nos peines avec ce barranco del Rio. Il a l’air idyllique au premier abord, et franchement, il l’est mais la descente est raide et assez scabreuse. Il ne faut pas trop se laisser subjuguer par le paysage et se concentrer un peu où on pose nos pieds sous peine de trébucher sur une des nombreuses pierres. On doit ce barranco à « El Morro », un ancien volcan vieux de plus de 100’000 ans et qui a fait un joli boulot de façonnage de relief à l’époque.

Punta del Hidalgo

Après plus de 11 kilomètres et une descente de plus de 1000 mètres, nous voici enfin à la Punta del Hidalgo, plus précisément à la Playa de los Troches. Nous devons également ce cap rocheux à « El Morro ». Nous n’avons pas eu le courage de tirer jusqu’au village surtout que, grâce à un super timing, la guagua nous attendait à l’arrivée. Nous n’avons apparemment rien loupé car le coin s’apparente assez à un « Los Cristianos » local, c’est-à-dire un lieu super touristique que nous n’affectionnons pas vraiment.

Vallée d’Igueste

Nous changeons de versant pour nous retrouver du côté est du massif de l’Anaga, à une vingtaine de kilomètres au nord de Santa Cruz de Tenerife et ça se remarque! Les flancs des montagnes sont beaucoup plus « râpés » et la végétation beaucoup plus sèche. La guagua nous dépose dans le petit village d’Igueste, coincé entre le barranco du même nom et l’océan Atlantique. Il y règne une vraie ambiance de bout du monde. Il est difficile d’imaginer que la dynamique capitale régionale se trouve juste un peu plus au sud!

Nous avons quand même effectué une petite grimpette (environ 200 mètres la grimpette, une petite promenade de santé!) afin de profiter de la superbe vue sur la côte nord est de Tenerife où nous pouvons observer Santa Cruz, la côte jusqu’à la Candelaria, le massif de l’Anaga, l’île de Gran Canaria et même sa majesté le Teide quand il daigne sortir de sous les nuages. Le relief découpé du littoral, la roche volcanique et la route côtière ne sont pas sans rappeler la côte Amalfitaine au sud de Naples.

Las Teresitas

Nous nous sommes arrêtés à la fameuse plage de Las Teresitas située entre Santa Cruz de Tenerife et Igueste. C’est la plage la plus célèbre des Canaries et c’est sûrement celle qui nous a le plus déçus! Il faut savoir que c’est une plage construite artificiellement avec du sable importé du Sahara. Et ça se voit à des kilomètres à la ronde que c’est du fake! Tenerife est une île volcanique, sauvage, soumise aux courants de l’Atlantique avec une mer agitée, des falaises, des plages de cailloux ou de sable un peu grossier mais de couleur noir! Cette plage calme, super accessible, de sable blond et bordé d’un immense parking n’a, à notre avis, rien à faire là! Oui, la situation au pied de l’Anaga est idyllique mais ce n’est pas naturel. En plus, c’est le lieu de mouillage des bateaux de croisières qui desservent Tenerife, ce qui renforce la sensation de tourisme de masse que nous abhorrons! La seule chose vraiment sympa du coin ce sont les maisons du village accrochées à flanc de montagne.

Descente sur Las Mercedes

Décidément, nous sommes un peu maudits avec notre fameuse marche jusqu’à Tegueste! Cette fois-ci, c’est une pluie battante qui nous attend à notre arrivée à Cruz del Carmen. Oui c’est vrai, c’est sous la pluie que la forêt est la plus belle mais Tenerife n’est pas Bornéo et quand il y pleut, il fait vraiment froid. Nous décidons juste de descendre jusqu’à Las Mercedes, le premier village en dessous du centre des visiteurs afin de reprendre une guagua de retour. Finalement, nous continuerons jusqu’à la Laguna, histoire quand même de mériter notre zaperoco à l’arrivée. Notre plan A est tombé à l’eau mais nous avons quand même pu traverser une superbe forêt de laurisylve embellie par la pluie.

Nous avons tout de même eu un peu de chance. Nous sommes arrivés vers un mirador et le temps s’est juste dégagé pour nous laisser entrevoir la superbe vue sur le massif de l’Anaga.

Tegueste

Nous avons finalement réussi à atteindre Tegueste, mais par la guagua, c’est plus sûr!! De toute façon, la météo n’était pas compatible avec la randonnée. Nous avons quand même couplé ça avec un jour de marché, histoire de joindre l’utile à l’agréable et de faire le plein de fruits et légumes locaux. Tegueste est dominée par les montagnes du massif de l’Anaga. C’est un petit village de montagne sympa avec un mini centre historique. L’ambiance rappelle certains coins d’Italie du Nord.

Nous décrétons officiellement que l’Anaga est notre coin préféré de Tenerife! La forêt humide de laurisylve y est pour beaucoup dans cette nomination! Nous qui nous languissons des Tropiques et de leur végétation luxuriante, ce massif est un petit lot de consolation. Une vie ne suffirait pas pour découvrir tous les trésors de ce coin de paradis mais nous il n’est pas impossible que nous succomberons encore à l’appel de la forêt pour quelques petites randonnées sympas dans cet endroit magique!

5 réflexions sur « Parque rural et massif de l’Anaga »

  1. Je confirme la beauté de l’Anaga pour y êttre allé deux fois. Le sentier entre Las Carboneras et Chimanada n’est pas mal non plus. Mais la plage de Las Teresitas n’est pas toujours très propre (morceaux de plastique, mégots..;).

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