Bilan de l’Inde

Dresser un bilan d’un pays comme l’Inde est un exercice périlleux. C’est un pays tellement intense et un ascenseur émotionnel permanent qu’il nous est très difficile, à chaud, de décrire précisément ce que nous ressentons. Nous allons néanmoins essayer de nous prêter au jeu du bilan.

Nous allons commencer par le plus facile, les chiffres :

En chiffres

Durée du séjour

38 jours, un peu plus de cinq semaines

Budget

96’358 roupies (1416 CHF / 1240€) soit une moyenne journalière de 37,25 CHF (32,60€). Nous nous en sortons bien sachant qu’il y a un vol interne, les entrées au Taj Mahal (18 CHF / 15,75€ par personne) et les visas (83 $ par personne)

Distance parcourue

4011 kilomètres. KochiVarkala – Coimbatore – MysoreGoa – New Delhi – AgraJaipur – Ajmer – Pushkar – Jaipur en vol interne (de Goa à New Delhi), bus de la mort, rickshaws et principalement en train.

Etats traversés

Sept : Kerala, Tamil Nadu, Karnakata, Goa, Territoire fédéral de New Delhi, Uttar Pradesh et Rajasthan.

Extrêmes d’altitude

Le niveau de la mer sur les côtes du Kerala et de Goa,  et 1093 mètres au sommet du col de Dimbham dans les Ghâts occidentaux sur la route entre Coimbatore et Mysore. Au niveau de l’Inde et de ses hauts sommets himalayens, il n’y a rien d’extraordinaire.

Extrêmes de températures

36 degrés sur les côtes du Kerala, 44 degrés à Agra. Bref, nous n’avons pas eu froid!

Maintenant, ça se corse! Nous allons essayer de vous transmettre nos ressentis mais ce n’est pas évident car c’est tellement intense, que c’est encore confus dans nos têtes. Avant  de vous donner nos coups de gueule ou coups de cœur, nous allons essayer de vous expliquer comment fonctionne la société indienne.

La société indienne est très complexe, surtout pour des Occidentaux ignorants comme nous. Elle repose sur un système de castes (pourtant interdit depuis les années 1950), la religion et les valeurs familiales. En tant que visiteurs étrangers, nous essayons de nous adapter au mieux et surtout d’éviter d’offenser la population locale. Mais avec le nombre hallucinants de codes sociaux, nous commettons très probablement une douzaine d’impairs à la minute et ça ne passe pas toujours. Avec le manque d’éducation, aller à l’école ne va pas de soi en Inde, certaines personnes n’ont pas le recul pour se dire qu’il existe des gens d’ailleurs avec une autre culture qui ne font pas exprès de commettre des erreurs. Du coup, bonjour l’hostilité ambiante! A noter également que pour les castes supérieures, les non Indiens sont hors caste, donc considérés comme impurs! Eh non, en Inde, nous ne nous sommes de loin pas toujours sentis les bienvenus! Quel choc après Oman où tout le monde nous ouvrait la porte de sa maison!

Le langage universel, le sourire, ne fonctionne pas à tous les coups pour désamorcer une situation. Au contraire, l’Inde est sûrement le pays le moins souriant qu’il nous a été donné de visiter. Nous trouvons, en général, la population d’une tristesse effroyable et nous ressentons un cruel manque d’amour entre les personnes. La faute sûrement à des pressions familiales et religieuses trop élevées et aux mariages arrangés, encore très courants, qui ne placent pas l’amour en priorité.

Malgré le tableau sombre que nous venons de dresser, nous avons tout de même rencontré des gens extraordinaires, ouverts, curieux et très souriants qui venaient nous dire bonjour et nous demander une photo. Mention spéciale à une grand-mère de plus de 80 ans qui a insisté auprès de sa petite-fille pour nous demander un selfie (le seul mot d’anglais qu’elle connaissait!) alors qu’elle savait à peine se servir d’un téléphone portable!

Avec plus d’1,2 milliards d’habitants, 300 langues et des dizaines de croyances différentes, il est normal de croiser une population hétéroclite. En ce qui nous concerne, échanger avec la population locale fut la pire ET la meilleure expérience de l’Inde.

Les regards

En Inde, fixer quelqu’un du regard n’est pas considéré comme inconvenant. Et comme, en tant qu’Occidentaux, nous ne passons pas inaperçus, nous avons été souvent la cible des regards. Nous avons décelé trois types de regards principaux :

Le regard pervers

Van y a eu droit plus souvent qu’à son tour et la présence de Fab n’y a rien changé. Là, l’expression « déshabiller du regard » prend tout son sens! C’est un regard très appuyé accompagné de gestes obscènes. Le fait d’être habillée comme une religieuse ne va pas empêcher ce genre de regards non plus. Ceci s’explique par un cruel manque de femmes dans le pays pour cause de discrimination sexuelle. Une femme, se sachant enceinte d’une fille, opte souvent pour l’avortement. Pire encore, il y a des fillettes assassinées à leur naissance car une fille ne rapporte rien à sa famille, au contraire, elle lui coûte une dot. Donc certains hommes, dès qu’ils croisent une femme, occidentale de surcroît, se transforme en véritable porc. Vu le peu de considération des femmes dans ce pays, c’est un comportement presque perçu comme normal. Malgré l’envie de balancer ce genre de personnage par la fenêtre du train, la meilleure défense est l’indifférence car ces mecs essayent surtout d’attirer l’attention et le pire affront que nous pouvons leur faire, c’est de ne surtout pas la leur donner.

Le regard hostile

C’est un regard qui te donne envie de disparaître six pieds sous terre! Comme expliqué plus haut, les différences de culture ne sont pas toujours bien perçues ou comprises par la population locale. Du coup bonjour les regards noirs! Le fait que Fab aide Van à enfiler son sac à dos nous a également valu ce genre de regard car c’est considéré comme une marque d’affection et c’est très mal vu! En même temps, il y a très peu de risque que ça arrive car avec les mariages arrangés il n’y a pas vraiment d’affection ou de galanterie dans les couples! Au début, nous étions assez déstabilisés par ce genre de regard, nous qui essayons à tout prix de respecter la population locale, nous étions frustrés par ces marques évidentes d’hostilité, mais avec le temps, nous avons fini par nous blinder et ne plus y prendre garde.

Le regard curieux

C’est souvent par ce genre de regard qu’ont commencé nos plus belles rencontres. C’est déstabilisant au début car ça reste un regard très appuyé mais il suffit de sourire ou de dodeliner de la tête à l’Indienne pour désamorcer la situation. Les plus timides se contentent de répondre à notre sourire tandis que les plus téméraires viennent nous parler ou nous demander un selfie.

Nous avons conscience de vous avoir pondu un pavé, mais c’est ce que nous vivions au quotidien en Inde. Et ce n’est pas fini! Voici maintenant le fameux « j’aime/j’aime pas »!

Coups de gueule / Coups de cœur

Coups de gueule

Le manque d’hygiène

L’Inde, c’est vraiment crade! Montagnes de déchets, excréments de vaches, de chèvres et même d’humains sur les trottoirs (quand il y en a! des trottoirs pas des humains!), les gens qui passent leur temps à cracher leurs glaires, pollution atmosphérique, cours d’eau méga pollués, etc. Voici le côté vraiment pas glamour de l’Inde mais c’est présent à chaque coin de rue.

Les inégalités sociales

En Inde, il y a des très riches qui vivent dans des cages dorées et des très pauvres qui vivent dans une misère insoutenable, sans compter la condition des femmes qui est une des plus déplorables au monde! Voir certaines personnes des castes supérieurs traiter les gens qui leur sont inférieurs pire que des chiens, c’est franchement à vomir. Comment une nation qui se veut la plus grande démocratie du monde et une future puissance mondiale peut-elle accepter ça sur son territoire?

Les procédures

En Inde, c’est un bordel permanent! Et pourtant les procédures sont suivies à la lettre! Notre passeport a été contrôlé presque partout et notre visa scrupuleusement photocopié! Impossible d’être clandestin dans ce pays. A l’aéroport de Kochi, entre le bureau d l’immigration et la sortie, nous avons été contrôlés trois fois pour vérifier que nous avons bien obtenu notre visa. Pour réserver son billet de train ce n’est pas mal non plus. Il faut déjà se rendre à un guichet spécial, souvent situé à un endroit improbable de la gare, et remplir un formulaire ad hoc.

Le bruit

En Inde, il y a partout le bruit du trafic, des klaxons, des gens qui hurlent et de la musique made in Bollywood! Et ça dure 24 heures par jour! De quoi rendre dingue le plus zen des moines tibétains!

La surpopulation

Ce n’est pas vraiment le fait qu’il y ait du monde qui nous dérange mais plutôt les instincts primaires que cela engendre. Par exemple, pour pouvoir sortir du train, nous avons dû plusieurs fois nous servir de nos sacs comme boucliers car les gens se ruaient à l’intérieur, sans laisser les autres descendre, dans l’espoir de trouver une place assise.

D’avoir dû nous blinder

Après 18 mois de périple , nous avons fini par devenir des personnes plus ouvertes, plus curieuses des autres et plus tolérantes. Malheureusement, certaines attitudes franchement hostiles nous ont parfois fait rentrer dans notre coquille et nous ont donné l’impression d’avoir fait un pas en arrière. C’est affligeant car il existe une catégorie de personnes qui sont vraiment extraordinaires et qui ne méritent ni notre méfiance ni notre indifférence.

Coups de cœur 

La gastronomie

Là, nous nous sommes régalés! La cuisine indienne est vraiment savoureuse bien que végétarienne. Nous avons tenu cinq semaine sans manger de viande et ça ne nous a même pas manqué! Nous avons eu de la chance de ne pratiquement jamais tomber sur des plats trop épicés ou alors c’est notre palais qui commence à devenir insensible. Nous sommes étonnés par notre système digestif qui a bien tenu le choc de ces découvertes gastronomiques.

Les paysages

Que ce soit la jungle au sud ou les paysages méditerranéens au nord, nous avons été fascinés par les trésors naturels de l’Inde. Un bon lot de consolation pendant les trajets interminables en train. Dommage que les Indiens ne s’en rendent pas compte et ne pensent pas à protéger leur environnement.

L’architecture du Rajasthan

La couleur du grès rouge local, c’est vraiment sympa!

Bizarreries indiennes

Le manque d’intimité et d’espace personnel

Se coller à ton voisin de devant quand tu fais la queue quand tout le reste du hall est vide est tout à fait normal! Pour une fois qu’un hall de gare est vide, les gens n’en profitent même pas tellement ils sont habitués à vivre les uns sur les autres! Quand on frappe à la porte, le moment où tu ouvres la porte est considéré comme une invitation à rentrer. T’as intérêt à n’avoir personne tout nu chez toi! Une fois, nous avions la porte de notre chambre ouverte car nous nous préparions à partir, un gars est entré sans autre cérémonie pour essayer de nous vendre un balai!

Les vaches dans la rue

Il est de notoriété publique que les vaches en Inde sont sacrées et qu’elles sont libres de se promener dans la rue. Mais ce qui est vraiment marrant, c’est qu’on dirait vraiment qu’elles sont totalement conscientes de leur statut privilégié et se baladent telles des princesses en bloquant le trafic ou en squattant les meilleures places à l’ombre.

La curiosité

Quand nous croisons des gens (les sympas donc!), nous avons droit à un interrogatoire en règle sur nous et notre famille. (Où habitent tes parents? Quel est le métier de ton frère? Ta sœur a-t-elle des enfants?, etc). Notre situation financière est également passée au crible. Dans ces cas là, il faut rester vague et évaluer vers le bas, le niveau de vie étant très bas en Inde. Van a été submergée de questions concernant sa belle-mère car en Inde, lors de son mariage, une fille habite dans la famille de son mari et devient soumise à sa belle-mère qui est alors sa personne de référence.

La ley seca à Goa

Il est interdit de consommer de l’alcool pendant les jours fériés à Goa. Et devinez où nous avons passé le week-end de Pâques? Surtout que Goa, ancienne colonie portugaise, est le seul état à accorder les jours fériés chrétiens!

Ce bilan aura été le plus difficile qu’il nous a été donné d’écrire. Il n’est pas évident, surtout à chaud, de transcrire un tel ascenseur émotionnel. L’Inde est un pays où tout se vit intensément, où nous nous prenons des baffes en permanence et où la remise en question est perpétuelle. C’est très enrichissant mais c’est usant psychologiquement! Il nous faudra sûrement pas mal de recul pour prendre pleinement conscience de tout ce que nous avons vécu, pour digérer ce trop plein d’émotions. Nous vous reparlerons sûrement de notre expérience indienne dans quelques mois avec beaucoup plus de recul.

On dit souvent que l’Inde on l’aime ou on la déteste. Nous l’Inde, nous l’aimons ET nous la détestons! C’est vrai que la demi-mesure n’existe pas, tout est dans l’extrême. Les choses que nous avons adorées, nous les avons aimées avec nos tripes et les choses que nous avons détestées, nous les avons haïes de toutes nos forces. Malheureusement, ces dernières ont eu tendances à prendre le dessus à force, avec la fatigue. Là aussi, il nous faudra du recul pour relativiser.

L’Inde n’était pas un rêve, nous y sommes arrivés presque par hasard. Nous n’avions pas d’attentes donc nous n’avons pas connu de déceptions, mais pas de réelles bonnes surprises non plus. Nous sommes contents d’avoir tenté le coup mais pour l’instant, on ne nous y reprendra plus!

Jaipur, la Pink City

Pour venir à Jaipur depuis Ajmer, nous avons, cette fois-ci, prévu le coup! Nous avons réservé nos billets de train en avance! Mais ça ne nous a pas empêché de devoir trouver une place de fortune au milieu de nos sacs et d’arriver avec plus d’une heure de retard. Nous passons une bonne partie de notre séjour indien sur le quai de la gare à attendre notre train! Et dire qu’en Europe on se plaint pour cinq minutes de retard! Il y a de quoi relativiser. Mais bon, notre convoi a bien fini par arriver et nous emmener à bon port, c’est-à-dire Jaipur.

Jaipur, en un mot, c’est l’enfer! Capitale du Rajasthan, c’est une ville tentaculaire de plus de trois millions d’habitants au trafic infernal. Les travaux du métro n’arrangent pas à fluidifier le trafic et, lors de notre arrivée, les rues étaient remplies de manifestants pour les élections présidentielles. Imaginez un peu le chaos! Et pourtant, avec son architecture, ses palais, ses arcades, ses échoppes, ses odeurs de curry et ses vaches, la ville possède tout de même un certain charme.

Pink City

Jaipur est surnommée Pink City (la ville rose en français) en raison de la couleur de ses façades. Mais ce n’est pas d’origine. En 1876, une visite officielle du prince Albert, mari de la reine Victoria d’Angleterre, est prévue. Pour cette occasion, toute la ville est entièrement repeinte, le rose étant la couleur de bienvenue en Inde. Finalement, les autorités trouvèrent que cette couleur était trop stylée et décidèrent de la garder. Grâce à ça, la ville est aujourd’hui inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

City Palace

Au milieu du brouhaha de la ville, se dresse le City Palace, tout un complexe de palais construits entre 1729 et le XXe siècle. Nous n’avons pas été visiter l’intérieur car pour chaque salle, une entrée supplémentaire est demandée et il faut également payer un permis pour prendre des photos. Bref, une grosse arnaque! Nous nous sommes contentés de faire le tour. Ici le rose cède sa place et c’est plutôt le jaune qui domine. Nous trouvons son architecture très belle.

Jai Niwas Garden

Derrière le City Palace, se trouvent les jardins Jai Niwas. Ce n’est pas très pittoresque et c’est entretenu à l’Indienne, c’est-à-dire au strict minimum mais un endroit avec des arbres et sans voitures en pleine ville en Inde mérite que nous nous y attardons! Surtout que les températures dépassent allègrement les quarante degrés et que nous sommes désespérément en recherche d’ombre. Il y a également quelques bâtiments dignes d’intérêt dans le parc.

Hawa Mahal

C’est sûrement l’édifice le plus connu de Jaipur, voir du Rajasthan. D’ailleurs, à l’instar du Taj Mahal, nous nous attendions à quelque-chose de bien plus grand. Le Hawa Mahal, palais des Vents en français, est un bâtiment de cinq étages en forme de pyramide construit en grès rouge en 1799. Il mesure quinze mètres de haut et mélange les architectures mogholes et radjpoutes comme beaucoup de monuments de la ville. Il est vraiment superbe mais se trouve en bord d’une route très circulante. C’est difficile de s’y approcher ou d’avoir un peu de recul pour bien l’admirer. C’est dommage mais, malheureusement en Inde, c’est souvent comme ça.

Côté pile, le palais arbore une architecture plus sobre et privilégie une couleur jaune, comme le City Palace voisin. Il donne sur une petite ruelle piétonne bien agréable, loin du trafic. Oui, à Jaipur, il y a un parc ET une rue piétonne! C’est tellement rare en Inde qu’il vaut la peine de le mentionner! Mais nous aurions préféré voir la façade principale donner sur la rue piétonne.

Jaipur sera déjà notre dernière étape en Inde. Nous commençons à saturer de ce pays vraiment too much et préférons partir avant d’en être vraiment dégoûtés. Certes, tout n’a pas été négatif, loin de là, mais là nous sommes fatigués du choc culturel constant. Le fait de passer la plupart de notre temps dans les transports, ou à la gare en train de les attendre, pour finalement pas grand chose a fini également par nous décourager. Les températures constantes de plus de quarante degrés dans le nord ont également penché dans la balance de notre décision de partir.

Nous avons donné une deuxième chance à l’Inde quand nous étions à Goa, nous ne lui en donnerons pas une troisième, en tout cas pas maintenant. Nous ne regrettons pas du tout notre séjour indien mais nous nous réjouissons de quitter le pays. C’est un pays tellement intense qu’il nous a épuisés psychologiquement! C’est sur ces sentiments mitigés que nous allons essayer de vous livrer un bilan avant de nous envoler vers de nouvelles aventures.

La cité sainte de Pushkar et son lac sacré

Les horaires de trains n’étant pas du tout à notre convenance, nous décidons de partir d’Agra en bus. Quelle mauvaise idée! Nous sommes de nouveau tombés sur un chauffeur kamikaze conduisant un bus en lambeaux sur des routes défoncées. Les nombreux accidents de la route dont nous sommes témoin en chemin ne nous rassurent guère! Nous descendons à Bharatpur où nous arrivons par miracle sains et sauf! De là, nous continuerons en train même si ça nous prend des plombes. A la gare, nous sommes les seuls étrangers donc nous sommes le centre de l’attention, pas toujours bienveillante malheureusement mais nous apprenons gentiment à nous blinder. Comme le train a plus de deux heures de retard, nous devons encore passer une nuit à Jaipur car nous avons loupé notre correspondance. Le lendemain matin, à la gare de Jaipur, nous sommes étonnés de voir arriver à quai un train tout neuf, climatisé et pratiquement vide et pourtant c’est bien le train qu’on nous a indiqué. Mais une fois à l’intérieur, ça se corse, il paraîtrait que notre billet n’est pas valable pour ce train là. De bonne foi, nous essayons de parlementer avec le contrôleur pour savoir comment faire pour nous acquitter d’un billet valable. Mais son niveau d’anglais est très faible et finalement, il lâche l’affaire et nous laisse continuer jusqu’à destination. Après toutes ces petites péripéties, nous voilà enfin à Ajmer!

Ajmer

Ajmer était une capitale royale au XIIe siècle mais n’a rien gardé de sa splendeur d’antan! Aujourd’hui, c’est une ville typique indienne, sale, bruyante et au trafic infernal. Malgré sa taille modeste, l’équivalent de Zaragoza plus ou moins, nous la trouvons particulièrement sans charme et invivable malgré certains jolis monuments. Mais c’est une bonne base pour partir à la découverte de Pushkar et, finalement, c’est tout ce que nous demandons.

Heureusement, il y a un lac! Il s’appelle Ana Sagar Lake et même si ça ne paraît pas évident au premier regard, cette étendue d’eau est totalement artificielle et date du XIIe siècle avant notre ère. Wow, ils construisaient des lacs à cette époque là! Il est entouré des monts Arâvilla, une chaîne de montagnes modeste dont le plus haut sommet atteint 1722 mètres d’altitude mais qui est d’une importance capitale pour la sauvegarde d’une partie de la faune sauvage du Rajasthan.

Il y a même une longue promenade piétonne qui longe une partie de la rive, ce qui est assez étonnant un endroit sans véhicule en Inde. Mais nous sommes super contents, ça nous permet d’échapper à l’enfer de la ville un petit moment. Avec les montagnes qui descendent à pic dans le lac, il y a un petit air de lac Majeur, mais la comparaison s’arrête là!

Pushkar

A onze petits kilomètres d’Ajmer, se trouve la ville sacrée de Pushkar. Il y a un train par jour qui relie les deux villes. C’est assez pratique même s’il fait un détour de plus de trente kilomètres pour contourner la montagne qui sépare les deux villes. A notre arrivée, nous voyons tout de suite que la ville est de taille vraiment modeste et pourtant, il y a autant de frénésie que dans une grande ville avec les klaxons, les enfants qui crient dans la rue et les traditionnelles vaches. Chaque année, vers octobre-novembre, se tient une immense foire aux chameaux qui est le plus grand marché de bétail de toute l’Asie. Vu l’agitation de la ville lors d’une simple journée de cette fin avril, nous n’osons pas imaginer le bordel que doit générer cette manifestation!

Pushkar est une ville sainte et un lieu de pèlerinage pour les Hindous, sorte de Varanasi (ex Bénarès) miniature. Il y a plus quatre cents temples dans la ville pour à peine 15’000 habitants, c’est à dire un village à l’échelle de l’Inde. Même si l’hindouisme est la religion principale, on y trouve également des mosquées et des temples sikhs. Dans les années 1970, c’était également un lieu de pèlerinage pour la communauté hippie mais le mouvement s’est un peu tari depuis.

Le lac sacré de Pushkar

La ville de Pushkar est construite autour du lac du même nom. La légende raconte qu’un cygne aurait déposé un lotus dans ce lac où le dieu Brahma l’aurait accueilli. Brahma est un des dieux fondateurs de l’hindouisme avec ses comparses Vishnou et Shiva. Les trois forment une trinité importante pour l’hindouisme.

Donc depuis cette histoire de cygne, les eaux du lacs sont considérées comme sacrées et s’y baigner fait partie du rituel hindou. Pushkar est d’ailleurs un des seuls lieux sacrés d’Inde a être dédié uniquement au dieu Brahma. C’est beaucoup plus petit et plus modeste que Varanasi mais il nous semble un peu plus sûr de se baigner dans ce petit lac que dans les eaux méga polluées du Gange!

Les ghats

En Inde, les ghats sont des escaliers qui permettent aux pèlerins de rejoindre les eaux de lac pour s’y baigner. Pushkar en compte 52. Pour pouvoir y accéder, il est obligatoire de se déchausser mais avec les températures caniculaires, la pierre est bouillante et il y est pratiquement impossible d’y poser la plante des pieds. Le supplice prend sûrement fin une fois qu’on rentre dans l’eau mais nous n’avons pas oser y aller. Déjà par respect pour les croyants parce que nous ne sommes pas hindous et que nous ne voulons pas avoir l’air de profaner les lieux et puis, nous ne sommes quand même pas convaincus de la propreté de l’eau.

Nous avons dû renoncer à aller à Varanasi et dans la vallée du Gange en général à cause de la saison des pluies. Nous aurions adoré y aller mais Pushkar a été une très belle alternative. Nous avons adoré l’architecture des temples ainsi que les ghats descendant dans le lac. Malgré que la ville soit frénétique, il y a une vraie sensation de calme et de sérénité une fois qu’on s’approche du lac.

Pour le retour nous allons repasser par Jaipur et s’y arrêter cette fois-ci afin d’aller découvrir les trésors de la capitale du Rajasthan.

Agra , le Fort Rouge et le Taj Mahal

Nous redoutions un peu de passer par New Delhi mais finalement tout s’est parfaitement déroulé. Depuis l’aéroport, il y a un métro flambant neuf, très pratique et super propre qui nous emmène directement à la gare. Le quartier de la gare est d’une propreté douteuse mais avec tous les stands de nourriture, ça sent plus le curry que les égouts. Evidemment, la street food est à proscrire en Inde sous peine de choper des maladies intestinales de ouf! La gare est immense mais bien organisée et, oh miracle, notre train est parfaitement à l’heure! Nous avons même trouvé des places avec un poil d’espace même si c’était dans les couchettes supérieures. Environ quatre heures plus tard, nous voici à Agra!

Agra est une ville typique indienne avec sa surpopulation, son trafic infernal, sa pollution, ses rickshaws, ses vaches, ses singes, et ses quartiers bordéliques. Mais nous n’allons pas à Agra pour flâner en ville mais pour visiter ses monuments emblématiques.

Fort Rouge

Avec ses 38 hectares, le fort rouge d’Agra est le plus grand fort d’Inde. Il a été achevé en 1573 sur les ruines d’un ancien fort en briques et est construit en grès rouge directement importé du Rajasthan voisin. Il servit à la fois de fort militaire et de palais résidentiel. Aujourd’hui encore, l’armée indienne occupe une partie de ses murs. Nous n’avons pas été visiter l’intérieur du fort car nous sommes arrivés sur le tard et notre budget visites n’est pas illimité. Mais nous en avons déjà pris plein les yeux juste en faisant le tour même si, une fois passé l’entrée joliment aménagée pour les touristes, nous retrouvons les travers typiquement indiens : montagnes de déchets, fils électriques qui pendent anarchiquement, urine sur les murs, etc. C’est dommage car le bâtiment est encore beau et il ne faudrait pas qu’ils subisse trop de dégradations.

Mosquée Fatehpuri

Oui, il y a des mosquées en Inde! La deuxième communauté religieuse du pays est l’islam avec plus de cent millions de fidèles. C’est d’ailleurs la deuxième communauté musulmane au monde après l’Indonésie.

La mosquée Fatehpuri une petite mosquée, également construite en grès rouge, que nous croisons au détour d’un chemin. Elle a été vendue aux enchères pendant les révoltes populaires de 1857 pour finalement tomber dans les mains du gouvernement qui restitua le bâtiment à la communauté musulmane d’Agra. Sachant que la majorité hindoue malmène les musulmans, ce geste symbolique nous met un peu de baume au cœur.

Le TaJ Mahal

Lorsque nous avons parlé de notre séjour en Inde à nos familles, Angela, la maman de Fab, nous a carrément ordonné d’aller voir le Taj Mahal. Nous avons donc été obligés de venir à Agra afin de mener à bien notre mission! (Arf, l’excuse à deux balles!)

Qui n’a jamais entendu parler du Taj Mahal et de sa jolie histoire? Celle d’un mausolée construit par le sultan Shâh Jahân en l’honneur de son épouse adorée décédée en couches? Nous avons donné de notre personne pour aller voir ce monument de plus près! A six heures du matin, nous étions sur le pied de guerre! Nous qui ne sommes pas du tout matinaux! Mais ça valait le coup, les températures était encore agréables (28 degrés contre plus de 42 degrés en journée!) et il n’y avait encore pas trop de monde. Nous avons également eu de la chance avec la météo, pas de brume matinale assez courante dans le coin et une pollution pas trop présente, la lumière était donc parfaite! Les Dieux de la météo étaient avec nous! Nous sommes contents de nos photos que nous pourrions regarder à l’avenir car, pour l’instant, nous ne réalisons toujours pas que nous venons de visiter ce monument vraiment emblématique!

Le porche d’entrée

Comme partout, il faut pénétrer sur le site en passant par la porte d’entrée, même en Inde où ils ne font rien comme tout le monde. Mais cette porte là en jette particulièrement. Elle en impose avec sa façade de grès rouge ponctuée de mosaïques en marbre blanc et son style architectural perse.

Le mausolée

Construit entre 1631 et 1643, ce joyau de l’architecture moghole est composé uniquement de marbre blanc. Il est de forme octogonale, les huit côtés symbolisant les huit jardins du paradis. Il est entouré de quatre minarets, de marbre blanc également, donnant à l’ensemble une illusion de symétrie parfaite. Malgré la beauté du monument, nous sommes quand même frappé par sa taille modeste. Nous nous attendions à quelque-chose de plus grand.

A l’intérieur se trouvent les sépultures du sultan et de sa femme. Tout est construit dans le même style architectural que l’extérieur. Les photos y sont interdites et il nous est demandé de garder le silence en signe de respect. Ce qui nous semble totalement logique. C’est sans compter sur la population locale, et surtout les guides locaux, censés montrer l’exemple, qui se croient plus à Disneyland que dans un mausolée et qui hurlent à tout va. Il y en a même certains qui ont lancé un concours d’écho. Nous trouvons ce comportement vraiment limite et très irrespectueux.

La mosquée

A gauche du mausolée, se trouve la mosquée. Elle est construite en grès rouge du Rajasthan son style architectural tend plus vers la tradition indienne mais on y retrouve des mosaïques de marbre blanc ainsi que quelques détails architecturaux piqués aux Persans.

Au risque de paraître blasés, nous avons trouvé le mausolée du Taj Mahal en lui même plutôt petit. Bon, nous venons du Moyen-Orient où les mosquées sont gigantesques et reflètent la mégalomanie de leurs dirigeants. Alors que le Taj Mahal est juste un geste d’amour d’un sultan à sa défunte épouse.

Par contre, nous n’avons pas trouvé le site surfait et ça reste, à nos yeux, un incontournable de tout séjour en Inde. La maman de Fab avait raison!

Nous ne regrettons pas notre détour par Agra car le Taj Mahal restera quand même un excellent souvenir et il a réussi l’exploit à nous faire sortir du lit à une heure indécente!

Pour continuer sur notre lancée, notre route nous mènera, si tout va bien, au Rajasthan afin de découvrir, nous l’espérons, d’autres merveilles de ce genre.

Goa et son histoire portugaise

Dans la suite de nos aventures ferroviaires nous avons testé pour vous :

  • Assis sur nos sacs à côté des toilettes. Heureusement, ça n’a pas duré longtemps car, à moins d’être champion d’apnée, l’odeur est vraiment insupportable! Surtout que les trains ne sont pas climatisés et qu’il fait super chaud!
  • Assis sur les compartiments à bagages. Ce n’est pas très confortable mais la densité de population est assez faible.
  • Assis à la porte les jambes dehors sur le marchepied. C’est un peu étroit pour nous deux mais il y a la vue panoramique sur les paysages magnifiques du sud de l’Inde et l’air conditionné naturel.
  • En ayant une place assise mais c’est parce-que nous avions réservé les billets au préalable.

Après toutes ces aventures et un petit trajet en bus pour traverser la chaînes des Ghâts Occidentaux, nous pénétrons enfin dans l’état de Goa!

Goa est un petit état côtier de la mer d’Arabie coincé entre le Maharashtra et le Karnakata bien plus grands. L’histoire a commencé comme dans beaucoup d’endroits. Ce sont les Portugais, dont Vasco de Gama himself, qui ont découvert le coin et qui y ont bâti un comptoir au XVIe siècle. L’endroit leur a tellement plu qu’ils y sont restés jusque en 1961! Même les Anglais sont partis d’Inde avant eux, en 1947!

Palolem Beach

Nous nous octroyons une petite pause playa à Palolem, dans le sud de l’état. C’est la station balnéaire typique avec ses hôtels, ses restaurants, ses bars et ses échoppes où on t’interpelle constamment d’un « Hello my friend! Look my shop! Buy something! » Mais la plage est vraiment sympa et l’eau a la température de l’air (36-37 degrés).

Par contre, nous sommes les rois du mauvais timing! Nous sommes arrivés en plein week-end de Pâques dans le seul état chrétien de toute l’Inde! Bon ce n’est pas si grave en soi, les autres états ne célébrant pas la Résurrection de Jésus, ce n’est pas la grande saison touristique. Mais, pendant les jours fériés, la vente d’alcool est totalement interdite à Goa! C’est loupé pour notre mojito en bord de mer! C’est déjà la deuxième fois que nous sommes victimes d’une « ley seca » (littérallement : loi sèche)! La première fois, c’était lors de notre arrivée au Mexique le week-end des élections présidentielles.

Panaji

Panaji est la capitale de l’état de Goa et est située à 70 kilomètres au nord de Palolem. Mais pour effectuer ce saut de puce, ça nous a pris la journée entre trains en retard, changement de train dans la gare chaotique de Madgao et chauffeurs de rickshaws n’ayant aucune idée de notre destination.

Centre colonial

On nous avait conseillé de nous arrêter à Panaji que si nous avions le temps pour admirer les deux ou trois bâtiments historiques qui subsistent. Quelle ne fut pas notre surprise de trouver un vrai centre colonial, bordélique à l’indienne certes, mais relativement bien conservé avec des jolies maisons colorées. Le vice-roi du Portugal décida de s’y installer en 1759 après un tremblement de terre qui détruisit en partie Old Goa et d’y bâtir par la même occasion une nouvelle ville, Nova Goa, qui devint capitale de la colonie.

Eglise Notre-Dame-de-l’Immaculée-Conception

Construite en 1609, ce joyau du baroque portugais domine la ville de Panaji. On y accède par un escalier en zigzag d’un blanc aussi immaculé que la façade de l’église. C’est un lieu de culte encore actif aujourd’hui et on y donne encore la messe en portugais tous les dimanches.

L’intérieur

L’intérieur est plutôt sobre pour une église de ce genre, malgré quelques dorures, mais possède tout de même quelques richesses et surtout, ça nous permet de rester à l’ombre quelques instant car dehors le soleil cogne vraiment très fort!

Old Goa

Tout près de Panaji se trouve Old Goa, la toute première capitale de la colonie portugaise de Goa qui a été abandonnée après un tremblement de terre en 1759 au profit de Nova Goa, aujourd’hui Panaji. On y trouve tout un ensemble assez fou d’églises et de couvents de style baroque colonial. Tout cet ensemble est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Basilica de Bom Jesus

Construite entre 1594 et 1602, cette basilique abrite le corps de François-Xavier, un missionnaire espagnol ayant passé du temps à Goa. Nous trouvons les briques apparentes assez stylées. C’est un lieu de pèlerinage important pour toute la communauté chrétienne d’Inde.

Le cloître

C’est une cour intérieure typique avec ses arcades comme on trouve dans presque tous les couvents catholiques d’Europe du Sud. Il y a une crèche géante permanente au milieu du jardin luxuriant. Au mois d’avril, en plein cagnard et dans une végétation tropicale, l’esprit de Noël n’est pas vraiment là! En plus, ce n’est même pas la bonne fête puisque nous venons de fêter Pâques! Mais il vaut quand même la peine de sortir dans le cloître pour y jeter un coup d’œil.

Sé Cathédrale

Achevée en 1619, la cathédrale Sainte-Catherine est une des églises les plus anciennes et les plus grandes d’Asie. Avec sa façade blanche et son style baroque typique portugais, elle nous fait penser au couvent Sao Vicente de Lisbonne mais ici, il n’y a pas la brise du Tage pour nous rafraîchir.

L’intérieur

Au premier abord, l’intérieur de la cathédrale paraît très sobre avec ses hautes parois blanches qui apportent une fraîcheur bienvenue. (La température extérieure est de 38 degrés!). Mais c’est trompeur et la nef dévoile rapidement toute ses richesses notamment avec ses nombreuses chapelles latérales toutes construites dans un souci du détail évident.

Eglise Saint-François d’Assise

Tournant le dos à la cathédrale, cette église datant du début du XVIIe siècle abrite également un couvent franciscain converti aujourd’hui en musée archéologique que nous n’avons pas eu le courage de visiter.

L’intérieur

Ici, c’est le marbre rose qui domine et nous sommes fans! Les dorures sont tout aussi belles que dans les autres édifices. Par contre les chapelles sont beaucoup plus épurées, mais ça ne veut pas dire qu’elle sont moches!

Goa fut une étape très intéressante entre playa et culture. C’est aussi une partie de l’Inde un peu plus soft et plus reposante également. Cependant, nous avons quand même eu une grosse déception : contrairement à Malacca, les Portugais sont partis sans laisser la recette des pasteis de nata! Mais nous devons reconnaître que la gastronomie indienne est délicieuse et qu’elle n’a pas besoin d’apports européens pour être savoureuse!

Goa a failli être notre dernière étape indienne. Nous avons vraiment de la peine avec certaines différences culturelles et, contrairement à la plupart des autres pays, tout le monde n’est pas bienveillant, certaines personnes sont même carrément hostiles. Mais nous avons fait également des rencontres extraordinaires qui marquent les esprits et qui nous donnent envie d’avancer. Nous avons donc décidé de laisser une deuxième chance à l’Inde en nous envolant pour Delhi afin de découvrir une partie du nord du pays.

Mysore et son palais

Rejoindre un endroit précis en Inde, ça se mérite! Nous effectuons déjà un premier trajet de Varkala jusqu’à Ernakulam, dans la banlieue de Kochi. Jusque là, rien à signaler. Le train était presque à l’heure et presque vide! Ce fut un trajet relativement agréable au milieu des paysages de jungle du Kerala. Mais une fois arrivés à Ernakulam, ça se corse! Impossible de réserver un billet de train pour Coimbatore car c’est dimanche et tout est archi-complet! Le dimanche, toute la population indienne se retrouve dans les trains. Nous sommes donc bloqués une journée à Ernakulam et devons attendre lundi jusqu’à treize heures avant de pouvoir avancer un petit peu. Nous prenons notre mal en patience et trouvons de quoi nous occuper au Mangalavanam bird sanctuary. Ce n’est pas énorme mais ça fait du bien de s’éloigner du brouhaha de la ville dans cette petite forêt où diverses espèces d’oiseaux et de papillons se laissent observer.

Le lundi, nous sommes sur le pied de guerre avec nos sacs sur le quai de la gare pour continuer l’aventure et attendre notre train qui n’arrivera finalement qu’à quinze heures! C’est ponctuel pour l’Inde! Heureusement, nous avons des places à la fenêtre, ce qui nous permet de respirer un peu car le train est bondé. Nous traversons des kilomètres de rizières dans un paysage qui devient de plus en plus montagneux, avec des buffles, des singes et des paons aux abords des voies. Il est déjà bien tard quand nous arrivons enfin à Coimbatore, car s’il est rare d’avoir un train à l’heure en Inde, il est encore plus utopique d’espérer qu’un train rattrape son retard! Le lendemain, c’est en bus que nous parcourons les deux cents derniers kilomètres. Heureusement, cette fois notre chauffeur n’est pas un kamikaze de la route et nous ne sommes pas sujets au mal des transports malgré la montée du col de Palakkad et ses vingt-sept virages. Le trajet se passe en partie dans une réserve de léopards et de tigres, même si nous n’en avons pas aperçus. En revanche, singes et biches sont nombreux à nous observer depuis le bord de la route. C’est un superbe paysage de montagnes et de savane que nous traversons mais le trajet commence à être long et nous ne sommes pas fâchés, en fin de journée, d’arriver enfin à Mysore.

Mysore

Mysore (ou Mysuru) est la deuxième ville de l’état du Karnataka après Bangalore, et possède le titre prestigieux de capitale culturelle. Mais, avec son petit million d’habitants, à l’échelle de l’Inde, ça correspond plus à une petite bourgade qu’à une grande ville. Mysore est une petite ville indienne typique avec ses rickshaws, son trafic infernal, ses klaxons, ses odeurs et ses couleurs mais la municipalité à investi dans des vrais trottoirs protégés par des barrières! Il existe donc une ville en Inde où il est possible d’être piéton sans se fouler la cheville et sans risquer de se faire renverser par un véhicule. Le seul risque est de croiser une vache! Ce qui est sympa également c’est que la ville possède quelques anciens palais, relativement bien conservés, reconvertis aujourd’hui en bureaux administratifs.

Mysore Palace

En plein cœur de la ville, se trouve le Palais de Mysore, énorme édifice qui rassemble les architectures indiennes, anglaises, islamiques et mogholes. Oui, tout ça! L’édifice actuel à été construit entre 1897 et 1912, à l’emplacement même de l’ancien palais en bois qui a été détruit par un incendie en 1896. C’était au début un palais royal pour la dynastie des Wodeyar mais aujourd’hui, il appartient au gouvernement de l’état du Karnataka. Il n’a plus aucune fonction et est juste ouvert au public pour les visites touristiques. Visite que nous nous sommes empressés d’aller faire!

La cour extérieure

La cour extérieure abrite quelques bâtiments de style anglais, des temples (il y en aurait dix-huit en tout!) et des jardins à la française. Vu la chaleur écrasante, nous ne nous y sommes pas trop attardés. Dommage, car il semblerait que cette cour soit une vraie oasis de verdure au milieu de la ville.

La cour intérieure

La cour intérieure est très modeste pour un bâtiment de cette taille mais elle donne un bel aperçu de l’architecture typiquement indienne. Les façades sont quand même dignes d’intérêt!

A l’intérieur

L’intérieur est richement décoré! Rien n’est laissé au hasard. Même les couloirs et les escaliers reliant les différentes salles valent le détour. Et surtout, il ne faut pas oublier de regarder en l’air car les plafonds sont tout aussi sublimes!

La nef centrale

La première salle que nous visitons est la nef centrale impressionnante avec ses colonnes. Nous sommes juste dubitatifs par le choix de l’éclairage beaucoup trop vif car il ne met pas du tout la pièce en valeur. Mais nous savons que les Indiens ont un goût plus prononcé que nous, Occidentaux, par les couleurs vives et par tout ce qui brille.

La salle des audiences

C’est clairement, à nos yeux la plus belle salle du palais! C’est ici que le roi s’entretenait avec ses ministres et qu’il recevait ses invités prestigieux. La salle est ouverte sur l’extérieur et jouit donc  d’un éclairage naturel. Le sol en mosaïque est incrusté de pierres semi-précieuses. Les peintures au plafond valent à elles seules le détour.

La salle des mariages

La structure au centre de la salle a été fabriquée à Glasgow, en Ecosse et pourtant, tout le kitsch à l’indienne est présent! Evidemment que c’est magnifique mais tous les détails ont tellement été travaillés que ça en devient surchargé! Mais les Indiens en raffolent et un mariage en Inde, surtout royal, n’est jamais sobre! Nous restons toujours dubitatifs sur le choix de l’éclairage mais il faudra bien qu’on s’y fasse!

Nous ne regrettons aucunement notre trajet, Mysore mérite amplement le détour. Nous ne voulions pas attendre le Rajasthan (si nous y arrivons un jour!) pour visiter un palais indien. Donc Mysore est une belle alternative culturelle pour les voyageurs qui restent seulement dans le sud de l’Inde.

Pour la suite, il y a des heures de transport qui nous attendent et nous verrons bien où nous atterrirons….

Varkala, le Kerala côté plage

Comme nous avons pas mal vadrouillé en ce début d’année, nous avons décidé de nous octroyer une pause avant de partir vraiment à la découverte de ce nouveau pays. Au programme : détente, sieste, playa, lecture, promenades, gastronomie locale et surtout repos. Nous voulions également profiter, entre deux coupures de courant, d’une connexion internet afin de préparer un peu la suite de notre périple car, ayant pris notre billet d’avion à la dernière minute, nous avons atterri en Inde complètement à l’arrache. Et l’Inde, c’est un pays qui se prépare! (#voyageurs inconscients!)

Allepey

Nous nous arrêtons d’abord à Allepey (ou Allapuzha, les Indiens aiment donner plusieurs traductions à leurs villes) petite station balnéaire à environ soixante kilomètres au sud de Kochi. Comme la gare ferroviaire est loin de Fort Cochin, nous choisissons d’y aller en bus. Très mauvais plan! Les chauffeurs sont complètement à la masse! Ils feraient presque passer les Sri Lankais et les Equatoriens pour des enfants de cœur! Même un trafic saturé ne les ralentit pas!

Allepey est connue pour ses backwaters, petits cours d’eau dans la jungle sur lesquels il est possible de naviguer sur des embarcations traditionnelles. Mais, comme souvent dans ces contrées, pour ce genre de balade, il faut contracter un tour. Rien que le mot « tour » nous donne de l’urticaire et en plus, ce n’est pas bon marché. Nous abandonnons tout de suite l’idée et quittons Allepey assez vite car, à part une superbe plage, il n’y a pas grand chose d’intéressant.

Nous descendons encore plus au sud mais cette fois, nous choisissons le train! Un must en Inde! Nous prenons même la peine de réserver nos billets. Et là, nous nous heurtons déjà aux habitudes très procédurières indiennes. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’Inde est, pour l’instant, le pays le plus procédurier que nous ayons visité! Il faut remplir un formulaire avec une quantité d’informations juste pour un billet de train couvrant une distance d’un peu plus de cent kilomètres! Ensuite, il faut aller un peu avant le départ du train à un autre guichet pour faire valider la réservation. Tout ça pour avoir des sièges dans deux voitures complètement différentes! Finalement, nous nous débrouillons quand même, une fois dans le train, pour nous asseoir ensemble! Le train en Inde, c’est comme les reportages à la télé, les odeurs de curry en plus! Mais, malgré une ponctualité défaillante, ça avance pas mal et, deux petites heures plus tard, nous voilà à Varkala!

Varkala

Située sur la côte de Malabar (oui, comme les chewing-gums roses de notre enfance!), Varkala est la station balnéaire typique avec ses hôtels, ses restaurants et ses boutiques de souvenirs. Elle a la particularité d’être construite sur des falaises surplombant la mer d’Arabie. Ce sont d’ailleurs les seuls falaises de tout l’état du Kerala. Le village est séparé en deux : North Cliff et South Cliff du nom de ses deux falaises principales et des points cardinaux où elles se trouvent. En plus d’être paradisiaque, l’endroit est totalement sans voiture! Le rêve! C’est le lieu idéal pour une petite semaine de repos et de recharge de batteries!

Selon une légende locale, Varkala serait un endroit sacré. Pour être francs, les seuls endroits sacrés que nous avons trouvés ce sont les terrasse surplombant la mer à l’heure de l’apéro et les petites gargotes servant une cuisine indienne vraiment savoureuse.

North Cliff

C’est sur la partie nord, sur la falaise, qu’est construite la grande majorité des infrastructures touristiques de la station balnéaire de Varkala. Il y a un chemin piéton qui longe toute la falaise sur quelques kilomètres et c’est très agréable pour une petite promenade. Comme les boutiques et les restaurants regardent plutôt vers l’intérieur, il n’y a aucun rabatteur qui vient nous déranger durant notre petite balade! Nous avons tout loisir d’observer la vue sur la mer d’Arabie au calme.

South Cliff

La falaise sud est plus sauvage, plus abrupte et beaucoup plus impressionnante. La plage à ses pieds est complètement déserte et contraste joliment avec les différentes couleurs, plutôt rouge, des différentes couches géologiques de la roche.

La plage principale

Entre les deux falaises, au milieu du village, se trouve la plage principale de Varkala. La baignade est agréable, c’est assez calme, l’eau est à la température de l’air (37-38 degrés, presque trop chaud, même pour Van!) et la vue sur les falaises est imprenable. C’est exactement ce qu’il nous fallait après ces derniers mois un peu trépidants! Cette magnifique plage de Varkala va vraisemblablement rentrer dans notre top ten de nos plages préférées et même y trôner en très bonne place!

Varkala sera notre étape la plus méridionale de l’Inde. Après cette semaine tranquille, nous sommes remontés à bloc, les batteries rechargées pour vivre de nouvelles aventures. Nous remontrons gentiment vers le nord pour une étape un peu plus culturelle. Evidemment, notre itinéraire dépendra des trains et des aléas de la vie, les Indiens ayant un rapport au temps complètement différent des Occidentaux. Mais peu importe, nous ne sommes pas pressés et avons l’habitude des plans B (ou C, ou D…)

Cochin, ses carrelets chinois et ses trésors historiques

Nous n’avons jamais autant galéré pour trouver notre prochaine destination! Quand nous avons atterri au Moyen-Orient, notre but était de traverser le détroit d’Ormuz en ferry afin de rejoindre l’Iran puis, plus tard, le Caucase et l’Asie Centrale. Mais pour obtenir un visa iranien dans une ambassade à l’étranger c’est la croix et la bannière et c’est même impossible dans certains cas. Pour nous, ça l’a été car nous n’étions pas résidents ni aux Emirats, ni à Oman. Bref, tant pis pour l’Iran… Notre deuxième idée était de survoler l’Iran et d’atterrir directement à Bakou ou Tbilissi mais les conditions encore hivernales dans la région nous en ont vite dissuadés! Il nous restait la solution de l’Afrique, un continent qui figure évidemment sur notre wishlist. Mais depuis la péninsule arabique, les vols sont vraiment hors de prix. En plus, il aurait fallu dégoter un traitement antipaludique et la plupart des endroits qui nous intéressaient étaient en pleine saison des pluies. Bref, l’Afrique sera pour une autre fois. Nous commencions vraiment à désespérer quand nous sommes tombés par hasard sur un article parlant du nouveau e-visa indien valable une année pour un séjour jusqu’à 90 jours (contre 60 jours de validité totale auparavant). Nous n’étions pas enchantés de « retourner en arrière » et Fabien était très réticent à l’idée d’aller en Inde. Mais les prix des vols, la saison encore bonne et le fait que peut-être c’était notre seule opportunité d’y aller une fois dans notre vie nous ont fait changer d’avis. Nous y avons vu un signe. Donc c’est décidé : nous irons en Inde!

Notre choix se porte sur Cochin (ou Kochi) dans le Kerala car la saison est encore idéale et commencer par le Kerala c’est entrer gentiment dans la culture indienne. C’est l’état le plus riche du pays, où l’éducation est la plus élevée et c’est l’endroit le plus « soft » de l’Inde. Notre première étape nous emmène à Fort Cochin, la partie historique de la ville, située sur une île dans la mer d’Arabie reliée au continent par des ponts.

Fort Cochin

L’histoire se répète comme souvent en Asie. C’est Vasco de Gama himself qui a découvert le coin, donc ses compatriotes, les Portugais, y ont installés un comptoir au XVIe siècle pour le commerce des épices. Ensuite, les Hollandais ont débarqué, ont chassé les Portugais et ont construit des maisons coloniales encore visibles aujourd’hui. C’était en 1663. La passation de pouvoir entre les Hollandais et les Britanniques s’est faite beaucoup plus pacifiquement grâce à la signature d’un traité, en 1814. De ces périodes subsiste aujourd’hui le christianisme, plus précisément le catholiscime, qui est la religion d’environ trente-cinq pour cent de la population. Il y a d’ailleurs une multitude d’églises à chaque coin de rue.

Santa Cruz Basilica

C’est très latin comme nom Santa Cruz, n’est-ce-pas? En effet, c’est du Portugais. Ce sont les Lusitaniens qui ont érigé cette basilique catholique en 1505. Elle a été épargnée par l’arrivée des Hollandais, mais pas par celle des Anglais qui la détruisirent complètement. En 1887, la communauté chrétienne du Kerala fit un appel aux dons afin de reconstruire l’église, chose qui a été faite en 1902 sur le modèle de l’ancienne. Aujourd’hui, la messe est célébrée tous les jours en anglais et en mayalam, la langue d’état. Comme nous logions à côté, nous nous sommes fait réveiller par des chants liturgiques à six heures du matin! Ce n’est pas du tout le genre de réveil que nous nous attendions à avoir en Inde!

Le front de mer

Comme Fort Cochin est située sur une île, il est donc logique qu’il y ait un front de mer! Le coin est assez sympa, il y a une longue promenade piétonne avec vue sur les docks, Cochin étant le port le plus important du pays. Bien sûr, étant dans un lieu touristique, on essaie de nous vendre toutes sortes de babioles, mais les rabatteurs ne sont encore pas trop énervants. Nous avons également été arrêtés par des jeunes pour les traditionnels selfies avec des occidentaux mais c’est un jeu auquel nous nous plions toujours avec plaisir.

Les carrelets chinois

Un des emblèmes du Kerala est le carrelet chinois, un immense filet de pêche accroché à d’immenses poutres en bois que les pêcheurs déploient au coucher du soleil. Ce serait les marchands chinois qui auraient importé ce mode de pêche au XIVe siècle, d’où le nom. Ce serait le plus grand filet de pêche au monde. C’est vrai qu’ils sont impressionnants ces filets mais ils ne nous semblent pas très pratiques. Mais bon, nous ne connaissons absolument rien à la pêche!

Nous nous attendions pas du tout à ça en débarquant en Inde. Certes nous savions que le Kerala était un état vraiment calme par rapport au reste du pays mais nous ne pensions pas à ce point. Ici, pas de pollution (merci l’air marin!), pas d’embouteillage, pas de surpopulation, pas (trop) de rabatteurs, pas de regards insistants et s’il y en a, c’est plutôt de la curiosité que du matage en règle mais une atmosphère vraiment calme, une ville historique agréable à arpenter à pied et une cuisine vraiment savoureuse et pas trop épicée. Ce n’est pas du tout l’image que nous nous faisions d’une ville indienne! Nous avons été également très surpris par les mesures écologiques prises. L’aéroport de Kochi est intégralement alimenté en électricité issue de l’énergie solaire, les déchets sont triés et recyclés, le plastique très peu utilisé et des campagnes de sensibilisation sont affichées partout en ville. Même si c’est loin d’être parfait (nous avons, par exemple, vu traîner pas mal de déchets), ces quelques petites mesures représentent plus en matière d’écologie que tout ce que nous avons vu en seize mois de voyage!

Notre voyage en Inde a failli s’arrêter là, faute de pouvoir retirer de l’argent liquide. Nous avons couvert nos premières dépenses grâce aux quelques rials omanais qui nous restaient et que nous avons changés. Ensuite, nous avons arpenté toute la ville à la recherche de distributeurs de billets. Ce n’est pas ça qui manque mais à chaque fois, soit ça ne fonctionnait pas, soit ça nous refusait notre carte ou soit c’était vide. Nous étions à deux doigts de trouver un wifi pour réserver un vol pour quitter le pays! Heureusement, le dernier distributeur de tout Fort Cochin a fini par fonctionner! Ouf, c’était moins une!

Pour la suite, nous allons découvrir le Kerala côté nature, en fonction des opportunités et des transports. Nous n’allons pas planifier grand chose car, nous le savons bien, en Inde, rien ne se passe comme prévu!