Segorbe

Une fois n’est pas coutume, nous nous éloignons de la côte pour nous enfoncer du côté de la Sierra de Calderona, la petite chaîne de montagne qui domine la Huerta. Pour nous y rendre, nous empruntons la jolie ligne de chemin de fer Valence – Huesca. D’ailleurs en découvrant les lieux d’arrêt du train comme Terruel ou Zaragoza, notre esprit de voyageur est au taquet et meurt d’envie d’aller découvrir ces endroits pleins de promesses. Mais la Covid-19 est toujours là et l’Aragon en est une des région d’Espagne les plus touchées. Nous nous contentons donc de rester dans notre belle Communauté Valencienne qui nous en met déjà plein les yeux.

Paysage de la Sierra de Calderona

Segorbe

Vue de Segorbe et de sa cathédrale depuis la colline du château

Après 25 minutes de train, nous changeons complètement de décor et arrivons dans la magnifique petite ville de Segorbe. Elle est idéalement située dans la vallée de la Palancia, à mi-chemin entre l’Aragon et la côte méditerranéenne. D’ailleurs, c’est à Segorbe que le roi Jaime I (Nous vous expliquons qui il est ici) arrivé d’Aragon, a établi sa base pour aller conquérir Valence. Malgré sa position centrale dans la région, Segorbe ne fait pas partie de la zone linguistique valencienne, on n’y parle que le castillan.

Le centre historique et ses petites ruelles typiques du sud de l’Europe témoignent du riche passé multiculturel de la ville. S’y sont succédé les Ibères, les Arabes, les Aragonais puis enfin les Valenciens. La guerre civile espagnole (1936-1939) a mis à mal le patrimoine culturel de la ville mais une énorme campagne de restauration a eu lieu dans les années 1990 donnant au lieu une idée de sa splendeur passée.

Anciennes fortifications

Il y a encore de beaux restes de la cité fortifiée d’antan. La muraille la plus ancienne date d’avant le XIIe siècle, en pleine période musulmane. Le centre historique regorge d’anciennes portes, elles aussi d’origines islamiques. Quant aux tours, elles sont plus récentes (XIV-XVe siècles) et la plus grande d’entre elle, la tour de la prison, mesure 21,3 mètres de haut. Une belle prouesse pour l’époque.

La cathédrale-basilique

Coincée dans les petites ruelles de la vieille-ville, l’énorme cathédrale de style gothique valencien a de la peine à dévoiler toute sa splendeur. (d’où le cadrage super pourri des photos, sorry…) Sa forme est un peu particulière car elle épouse les formes du relief et de l’ancienne muraille. Comme souvent en Espagne, elle a été construite sur les restes d’une ancienne mosquée. Elle date du XIIIe siècle et a été agrandie au XVIIIe siècle.

L’aqueduc

Le premier aqueduc de Segorbe fut construit au XIe siècle en pleine période arabe pour acheminer l’eau du Rio Palancia dans le village. Celui qui est visible aujourd’hui date du XVe siècle et a été bâti sur les ruines de l’ancien. Au XIXe siècle, il a été coupé en son centre afin de laisser passer la route. Un canal en métal a été construit pour relier les deux parties qui ont été sectionnées.

Castello de la Estrella

Encore une fois, nous n’avons pas pu manquer l’occasion de grimper sur la colline qui domine la ville et qui s’appelle monte de Sopeña. Au sommet, on y trouve le castillo de la Estrella (Château de l’Etoile en français) qui a très probablement été construit sur une ancienne nécropole ibérique. La première construction, comme le reste de la ville, date du XIe siècle durant le règne musulman mais atteignit sa splendeur au XVe siècle quand Segorbe était un carrefour commercial important. Son déclin commença au XVIe siècle avec la construction de la « ville moderne » et du palais ducal (l’actuelle mairie) plus bas. Il connut un regain d’intérêt et un agrandissement au XIXe siècle pendant les guerres carlistes (plusieurs guerres ayant eu lieu en Espagne au XIXe siècle dont les enjeux étaient la conquête trône royal). D’ailleurs, les fortifications encore visibles aujourd’hui datent de cette époque. Malheureusement, lors de notre passage, le site était fermé pour travaux de rénovation, nous avons dû nous contenter d’une petite partie des extérieurs.

La fermeture du château ne nous a pas empêchés d’admirer la superbe vue sur Segorbe, sa cathédrale qu’on distingue beaucoup mieux depuis en haut que depuis la ville et sur tout le paysage de la Sierra de Calderona.

Fuente de los 50 caños

Il nous faut sortir un peu de Segorbe et marcher un petit kilomètre pour découvrir cette magnifique fontaine et ses 50 robinets, comme son nom l’indique. Chaque robinet est surmonté d’un emblème, un pour chaque province espagnole. Pour la petite leçon de géopolitique (oui, on se la pète un peu), l’Espagne est divisée en 17 communautés autonomes qui sont, elles, divisées en provinces. La Communauté Valencienne compte trois provinces : Valence, Castellon de la Plana et Alicante.

Petite randonnée de Segorbe à Navajas

Au mois d’août, ce n’est franchement pas le bon plan car le soleil cogne et il n’y a pas une once de courant. Mais nous sommes équipés de casquettes, d’une bonne crème solaire et d’une bonne réserve d’eau et il en faut beaucoup plus pour nous arrêter, surtout que nous sommes des amoureux de la chaleur. Quoique, avec 38 degrés, c’est quand même limite. Au moins, nous ne croisons personne en chemin. C’est l’idéal en temps de Covid et ça nous permet d’enlever les masques quelques instants. La balade commence dans les cultures d’arbres fruitiers. Il y a de quoi satisfaire tous les goûts : olives, figues, grenades, oranges, diverses variétés de prunes, poires, etc… Ensuite, le chemin traverse un maquis typiquement méditerranéen et un relief de calcaire où l’érosion a fait un superbe travail.

Salto de la Novia

Après l’effort, le réconfort! Et pas n’importe lequel! Une superbe cascade de plus de 30 mètres de hauteur se jette dans le Rio Palancia et nous donne une fraîcheur bienvenue. Mais nous ne sommes pas seuls à vouloir profiter d’un répit pendant cette canicule, le coin est très fréquenté, surtout par des baigneurs. Mais malgré le monde, le coin vaut le détour.

La suite de la balade se fait dans des conditions beaucoup plus agréables puisque nous nous enfonçons dans la forêt bien ombragée qui longe le Rio Palancia. Là aussi, nous pouvons admirer le travail de Dame Nature sur la roche calcaire très friable du coin.

Le long du chemin, nous rencontrons une dizaine de petites fontaines du même style que la Fuente de los 50 caños mais en plus petit. L’eau y est puisée directement depuis le Rio Palancia tout proche. Elles faisaient office de puits à l’époque. Malheureusement pour nous, l’eau n’y est pas potable et nous ne pouvons pas remplir nos gourdes. Nous avons été pourtant prévoyant avec l’eau (4 litres pour une marche d’à peine plus d’une heure) mais il fait tellement chaud et sec que nos réserves commencent déjà à s’amenuiser.

Navajas

Après un peu plus d’une heure de marche et des litres de transpiration perdus, nous voici arrivé au petit village de Navajas. C’est tout petit et il n’y a pas grand chose à voir mais nous trouvons tout de même une jolie terrasse à l’ombre pour boire une boisson fraîche bien méritée avant de prendre le train du retour.

C’est encore un véritable petit trésor que nous avons déniché là. Nous avons pu faire coïncider culture et nature comme on aime tout en étant en dehors des gros circuits touristiques. Nous allons d’ailleurs mettre tout en œuvre pour faire d’autres découvertes de ce genre.

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