La Orotava, la cité-jardin de Tenerife

La première fois que nous sommes montés à la Orotava c’était un jour de marché afin d’aller acheter nos fruits et légumes directement aux agriculteurs locaux. Ce qui se fait très fréquemment sur toute l’île de Tenerife avec ses « mercados del agricultor », littéralement marchés de l’agriculteur. Nous savions qu’il y avait un petit centre historique mais nous n’avions pas poussé nos recherches plus loin. Nous avons juste profité d’y jeter un coup d’œil au passage et nous avons découvert un véritable bijou! Mais comme la météo était maussade et que nous étions chargés de nos courses, nous ne nous y sommes pas attardés mais nous nous sommes fait la promesse d’y revenir. Nous avons donc profité d’une météo clémente, c’est-à-dire d’une journée où les nuages ne s’accrochent pas trop à la montagne pour y retourner et explorer la ville un peu plus sérieusement.

La Orotava se situe juste en-dessus de Puerto de la Cruz, c’est idéal pour contrôler la météo avant de partir et ça nous fait une petite journée de visite tranquille entre deux randonnées ou deux sessions de job. C’est la plus grande commune de Tenerife et elle contient tout le parc national du Teide, y compris donc le sommet du volcan. C’est le village le plus escarpé d’Espagne, nos genoux le confirment! Mais c’est ce qui donne un charme fou au lieu, nous rappelant les rues tout aussi pentues, et jolies, du centre historique de Quito.

Centre historique

Il y a actuellement pas mal de travaux de réaménagement dans le centre historique donc c’est parfois un peu le bordel surtout avec le trafic mais nous y avons quand même trouvé notre compte dans les superbes ruelles pentues de la vieille ville. En plus des Espagnols, il y a également des Portugais, des Anglais et des Italiens qui sont venus s’y installer dès le XVIIe siècle et ça se ressent dans l’architecture hétéroclite de la ville. La part belle est quand même laissée aux maisons canariennes avec leurs balcons et leurs persiennes en bois sculpté.

Casa de los Balcones

Comme son nom l’indique, cette maison est connue pour ses superbes balcons en bois sculpté. Elle fut construite en 1632 comme maison seigneuriale et abrite aujourd’hui, depuis 1932, la fondation des métiers artisanaux des Canaries. Hors Covid, il est possible de visiter les ateliers, les plus important de tout l’archipel et d’acheter les objets qui y sont fabriqués.

En parlant de balcon, La Orotava est un véritable balcon sur Puerto de la Cruz et l’océan Atlantique. Par beau temps, on y voit bien le Teide mais là, Monsieur boude au-dessus de sa mer de nuages comme c’est souvent le cas en cette saison. Mais rassurez-vous, vous le verrez dans notre big article sur l’Anaga que nous sommes en train de vous préparer.

Plaza de l’Ayuntamiento

En Espagne, l’Ayuntamiento correspond à la mairie ou à l’hôtel de ville. A la Orotava, il faut avouer que ça en jette avec cet ensemble néoclassique typique de la fin du XVIIIe siècle. La place, construite sur une petite esplanade, est le seul endroit plat de la ville et c’est plutôt pratique pour sortir d’une cérémonie de mariage avec des talons aiguilles. Mais pour la suite, il vous faudra enfiler une paire de baskets, voire une jaquette pour les changements de météo. Pour la petite anecdote, le maire de la ville fait partie de la Coalition Canarienne. C’est un parti politique qui contient des adhérents de tout bord (nationalistes, libéraux, monarchistes, insulaires, centristes, conservateurs, écologistes, progressistes, etc) mais qui se revendiquent entièrement canariens. Une sorte de parti indépendantiste en somme, mais qui n’est pas fou au point de vraiment proclamer l’indépendance. Economiquement, la région ne s’en sortirait pas sans l’aide financière de la péninsule. Ce parti a quand même gouverné toute la communauté autonome des Canaries durant vingt-six ans jusqu’en 1993 avant de subir une motion de censure. Aujourd’hui son influence reste anecdotique dans quelques petites commune de l’archipel dont la Orotava.

Iglesia de la Concepcion

Nous avons là sûrement une des plus belles cathédrales de Tenerife avec son architecture baroque. Elle a été construite en 1768 mais a subi plusieurs transformations à travers les siècles. Sa superbe coupole a été dessinée sur le modèle du dôme de Florence, ce qui explique pourquoi elle nous a tapé dans l’œil. Pour la jolie petite histoire, Florence a été notre première destination d’amoureux. Pour les bulbes recouvrant les clochers, nous penchons pour une influence de l’Europe de l’Est mais nous n’avons trouvé aucune info à leur sujet. Comme presque partout à Tenerife, la cathédrale possède une forme qui épouse le relief très mal plat et irrégulier du lieu.

Ancien couvent de Santo Domingo

Il faut descendre jusqu’à la partie basse du centre historique pour découvrir cet édifice. Attention aux genoux, c’est très pentu! Cet ancien couvent date du XVIIe siècle et mixe joliment le style baroque classique de Toscane avec des détails typiquement canariens. Aujourd’hui, il abrite le musée de l’artisanat latino-américain.

Cité jardin

Une chose nous a frappée à la Orotava, c’est que la ville est remplie de jardins, pour notre plus grand bonheur! En plus, nous sommes en plein printemps et les fleurs, dont beaucoup d’espèces tropicales, déploient leurs plus belles couleurs et ça sent hyper bon. Ici aussi on peut noter plusieurs influences notamment anglaises et andalouses.

Jardins de Victoria

Ce superbe jardin en terrasses a été construit en 1884. C’était un mausolée pour Diego Ponte del Castillo, un marquis local. Aujourd’hui, le lieu a juste la fonction de jardin, la dépouille ayant été transférée dans le cimetière municipal. Les sept terrasses donnent un aspect plat à la ville mais ne vous y trompez pas, il faut grimper pour y accéder! Mais l’effort en vaut la peine, surtout en pleine floraison!

La Orotava pourrait, à l’instar de Garachico, également figurer sur la liste des plus beaux villages d’Espagne. En tout cas, il nous a conquis! Et comme nous sommes tout près, nous risquons bien de revenir déambuler dans ses ruelles, même si elles sont mal plates!

La Candelaria, chez la patronne de toutes les Canaries

Nous sommes partis depuis notre fief de San Isidro pour la Candelaria lors d’une très belle matinée ensoleillée… pour nous retrouver sous une pluie battante à l’arrivée! Pourtant, nous avons tout juste parcourus une vingtaine de kilomètres en direction du nord. Ah Tenerife et ses microclimats qui vont finir par nous rendre dingues! Mais ce n’est pas quelques gouttes d’eau qui vont nous arrêter même si nous ne sommes pas assez équipés! Encore une leçon que nous venons d’apprendre : ne jamais être trop optimiste avec la météo dans les Canaries! Mais nous devons quand même reconnaitre qu’après un épisode de calima particulièrement éprouvant pour notre système respiratoire, nous ne sommes pas mécontents de retrouver un taux d’humidité de l’air suffisant.

La Candelaria se trouve sur la côte orientale à une petite vingtaine de kilomètres au sud de Santa Cruz de Tenerife, la capitale de l’île, dont elle fait office de banlieue chic avec ses clubs nautiques et ses restos branchés.

Centre historique

Le centre historique est composé de petites maisons typiques canariennes avec leur balcon en bois, coincées entre mer et montagnes. Avec le temps maussade, l’océan déchaîné et les habitations à flanc de coteau, nous nous serions vraiment cru dans un petit village des Asturies ou de Cantabrie, deux régions situées au nord de l’Espagne, sur la côte atlantique, où le climat est encore plus chelou qu’aux Canaries! (oui, ça existe!) Le premier village date du XIV siècle et fut construit par les Guanches, le peuple autochtone de la famille des Berbères qui peuplaient l’archipel avant l’arrivée des conquistadors espagnols.

Cueva de San Blas

Cette grotte creusée dans la roche volcanique a plus une importance symbolique que géologique même si elle est impressionnante. C’est ici que serait apparue la Vierge Marie au peuple guanche mais l’endroit était déjà un lieu de culte païen bien avant la christianisation. Il y a une statue en bronze de la Vierge à l’intérieur mais nous n’avons pas pu y accéder pour cause de travaux. De toute façon, avec les vagues qu’il y a, nous nous serions faits trempés. C’était un grand lieu de pèlerinage catholique avant la construction de la basilique quelques mètres en amont. Le petit ermitage à l’entrée de la grotte date de 1790 et est le tout premier édifice de culte chrétien érigé dans l’archipel des Canaries.

Basilique de la Candelaria

Voilà pourquoi nous avons bravé le vent, le froid et la pluie! Candelaria signifie en français « Chandeleur ». Oui, celle que nous fêtons dans les pays francophones le 2 février en mangeant des crêpes! Et nous l’avons d’ailleurs fêtée dignement cette année, on ne dit jamais non aux crêpes! Mais aux Canaries, c’est beaucoup plus important que quelques galettes puisque la « Virgen de la Candelaria » (Vierge de la Chandeleur ») est la patronne de tout l’archipel! Rien que ça! La grande place sur laquelle se trouve la basilique s’appelle d’ailleurs la « Place de la Patronne des Canaries » et a été conçue pour accueillir une foule de pèlerins lors de la procession de la Chandeleur. (hors Covid bien sûr!) La basilique actuelle ne date que de 1959. Nous avons été très surpris par la date de construction assez récente car son style architectural nous a bien fait penser aux églises Renaissance espagnoles que nous avons vues en Amérique du Sud et qui datent, pour la plupart, du XVe ou XVIe siècle. Cette énorme place, cette église néoclassique ainsi que le temps plutôt à la pluie nous a rappelé Quito que nous avons visité dans les mêmes conditions. Ici, il y a juste l’océan Atlantique en plus qui vient frapper la place de ses vagues déchaînées.

L’intérieur paraît sobre au premier abord mais les fresques sont vraiment admirables. La Candelaria est le plus grand sanctuaire catholique des Canaries et même un des plus grand d’Espagne. Elle accueille, hors période Covid bien sûr, plus de deux millions et demi de pèlerins par an, plus les touristes de passage comme nous. Avec la situation sanitaire et la météo maussade du jour, nous avons trouvé un lieu presque vide. Nous avons vraiment de la peine à imaginer cet endroit rempli de fidèles.

Le front de mer

Difficile de le remarquer avec la marée haute, les grosses vagues et le temps tout gris mais la Candelaria possède une jolie plage de sable noir provenant de la roche volcanique et du Teide himself. La promenade qui longe l’océan est vraiment sympa et offre, quand il fait beau, une jolie vue sur la côte mais, lors de notre passage, le courant était tellement fort que nous nous sommes fait rincés par les vagues et l’eau était vraiment très froide! Les statues qui bordent la place de la Patronne des Canaries représentent les différents chefs guanches que connut Tenerife durant son histoire. Il y a également un petit port de pêche avec une confrérie locale de pêcheurs qui approvisionnent les restaurants locaux très prisés par les habitants de la capitale.

Nous n’avions pas prévu une météo aussi pourrie mais elle a donné un charme un peu breton ou galicien au lieu et ça nous a finalement bien plu. Plus à Fab qu’à Van pour être vraiment honnêtes! Nous étions un peu en manque de culture ces derniers temps donc nous avons été bien contents de trouver un petit coin avec une petite histoire à raconter.

Petite spoiler alert!!

Ceux qui nous suivent sur les réseaux sociaux sont déjà au courant de notre futur déménagement. Pour les autres, nous avons le plaisir de vous annoncer que nous allons changer de coin pour aller nous installer au nord. Quand nous disons « nord » nous parlons de la partie septentrionale de l’île de Tenerife pas du Grand Nord! Nous ne sommes pas téméraires à ce point! Nous avons trouvé une coloc qui a l’air sympa dans la petite ville de Puerto de la Cruz, au nord-ouest de Tenerife et le coin à vraiment l’air idyllique. Nous y emménagerons le 5 mars. En attendant, nous vous donnons un petit aperçu de notre futur lieu de vie avec ces quelques photos que nous avons prises lors de la visite de notre appartement. Vous remarquerez qu’il y a l’air d’avoir un meilleur climat qu’à La Candelaria!

Tajao et les villages côtiers de l’est de Tenerife

Nous n’avons pas été très productifs en découvertes ces derniers temps. Les mesures anti-Covid nous recommandent, entre autres, de ne pas quitter notre commune. C’est une recommandation pas une obligation mais nous préférons tout de même nous y conformer le plus possible et jouer le jeu si nous voulons que cette situation cesse enfin! Et comme il y a pas mal de petites balades à faire dans les volcans à côté de chez nous, ce n’est pas vraiment une contrainte.

La météo est également venue jouer les trouble-fêtes. Nous n’avons pas vu les sommets des montagnes depuis un bon mois et le temps est très instable. Pas facile dans ces conditions d’organiser une randonnée. Le coup de grâce nous a été donné par Filomena, une tempête venue tout droit de l’Atlantique qui nous a apporté des fortes rafales de vent ainsi que des pluies torrentielles et qui nous a contraints de rester à l’intérieur pendant trois jours consécutifs! Ça ne nous était jamais arrivé, même en Suisse en plein hiver! Evidemment, dès la première accalmie, nous avons chaussé nos baskets et sommes partis à l’aventure même si nous avons dû composer avec une météo très changeante et capricieuse.

San Miguel de Tajao

Depuis notre déménagement à San Isidro, en dessus de la station balnéaire d’El Medano, nous sommes bien situés pour aller découvrir la côte est de Tenerife. Nous nous arrêtons à la localité de San Miguel de Tajao, appelée tout simplement Tajao pour ne pas être confondue avec l’autre San Miguel, celui de Abona. C’est un petit village de moins de deux cents âmes qui vit exclusivement de la pêche. Il y a d’ailleurs plus de restaurants de poissons que d’habitants! Mais ils sont tellement réputés que les gens viennent exprès des quatre coins de l’île, et même d’ailleurs, pour déguster des fruits de mer fraîchement pêchés. En journée, l’ambiance est vraiment calme, loin de l’agitation touristique des stations balnéaires du sud et de l’ouest. Il n’y a pas un hôtel ni aucune infrastructure touristique et ça nous plait énormément!

Les falaises

Au nord du village, sur la côte, se dressent de magnifiques et impressionnantes falaises qui appartiennent déjà au parc national du Teide. Pour rappel, le Teide est, avec ses 3718 mètres d’altitude le point culminant de Tenerife, et de toute l’Espagne. Mais il ne se laisse pas vraiment observer ces derniers temps, il se cache en permanence sous une épaisse couche de nuages. Aux dernières nouvelles, la tempête Filomena lui aurait apporté un joli manteau neigeux.

Barranco de Vijagua et Arco de Tajao

Nous devons ce coin extraordinaire, juste en dessus de San Miguel de Tajao, à Dame Nature et à des années d’érosion. A l’origine, ce n’était qu’une grosse masse de lave que nous devons au Teide himself. Et voilà ce que ça donne plus de deux mille ans plus tard! Après le passage de Filomena, c’est la première fois que nous pouvons observer un barranco avec de l’eau!

Nous aurions pu nous contenter de cette petite boucle, déjà très intéressante, autour de San Miguel de Tajao mais nous étions motivé à continuer un peu notre randonnée en longeant la côte en direction du sud même si l’arrivée de la pluie a failli nous faire changer d’avis.

Las Arenas

Appeler un village « Las Arenas » (les sables en français) dans un endroit où il n’y a que de la roche et des galets, il fallait oser! C’est tout aussi calme et endormi que le voisin San Miguel. Le village à la particularité d’être construit en cercle autour d’un éperon rocheux. Le relief a Tenerife est très accidenté, il faut une bonne dose d’ingéniosité pour y construire les urbanisations.

Nous continuons notre chemin en direction du sud dans un paysage de falaises et d’éperons rocheux vraiment incroyable. Nous devons tout cela aux diverses éruptions du Teide.

La Caleta

Ce petit hameau porte bien son nom (caleta signifie crique en français) car il est construit sur un éperon rocheux encerclé par deux petites criques. Ici aussi il a fallu faire preuve d’ingéniosité pour construire le village sur ce relief très particulier.

Las Maretas

C’est le plus grand village que nous avons traversé et aussi le plus animé. Mais nous sommes encore loin de la frénésie de Los Cristianos ou d’El Medano. Le village est construit sur divers éperons rocheux et longe une superbe plage de galets. C’est le dernier village de notre petite randonnée car ensuite, il y a un grand parc éolien et ce n’est pas très intéressant.

Barranco del Rio

Comme il nous faut remonter sur l’autoroute pour prendre notre guagua de retour, nous empruntons une partie du barranco del rio qui longe le village de las Maretas dans sa partie sud. Suite aux pluies diluviennes de la veille, nous avons de la chance d’y apercevoir un peu d’eau.

En pratique

  • Itinéraire : Nous avons pris la guagua 111 depuis l’intercambiador de San Isidro, celui qui fait le tour de Santa Cruz à Adeje par l’autoroute en s’arrêtant partout. Nous sommes descendus à l’arrêt Tajao. Nous avons emprunté le barranco de Vijagua pour aller observer l’arco de Tajao avant de descendre en direction de l’océan et rejoindre San Miguel de Tajao. Le sentier n’étant pas balisé, il faut prévoir une application maps sur votre smartphone. Une fois à San Miguel, c’est facile, il suffit de longer la côte et les villages se succèdent en étant très proches. Depuis, Las Maretas, nous avons emprunté le barranco del Rio pour rejoindre l’autoroute. Là aussi une application maps peut être utile.
  • Distance : environ 6,5 kilomètres
  • Temps de parcours : environ deux heures et demies
  • Dénivelé : 60 mètres en descente, 80 mètres en montée
  • Difficulté : moyen. Le chemin n’est pas toujours évident à trouver dans les barrancos mais il n’y a rien de très difficile.

Nous sommes contents d’avoir enfin pu découvrir quelque-chose de nouveau même si la météo a changé au moins quatorze fois durant les deux heures et demi de marche! (Et notre humeur aussi du coup). Nous avons arrêté de compter combien de fois nous avons dû enlever et remettre notre veste! Si les restrictions Covid restent en vigueur au moins jusqu’à la fin du mois, la météo s’annonce, quant à elle, plus clémente. Nous espérons qu’elle nous permettra de prendre un peu d’altitude afin de marcher un peu du côté de Granadilla qui fait encore partie de notre commune. Mais les prévisions climatiques aux Canaries sont aussi fiables que l’horoscope dans le journal!

Randonnée côtière à Tenerife : Montaña Guaza et Mesas de Guaza

Ce qui nous a attiré à Tenerife, ce sont les paysages de ouf ainsi que les volcans et toutes les possibilités de randonnées qu’ils offrent. Mais l’île a un atout encore plus irrésistible : l’océan Atlantique, même s’il est souvent déchaîné dans le coin. Et, cerise sur le gâteau, il y a la possibilité de profiter de ses trois facettes en même temps grâce à de superbes sentiers côtiers. En voilà déjà un premier que nous allons essayer de vous faire découvrir dans cet article.

Los Cristianos

Ce n’est clairement pas notre endroit préféré de Tenerife mais c’est très bien desservi par les guaguas et c’est un bon point de départ pour randonner au sud de l’île. C’est une station balnéaire créée de toutes pièces lors du boom touristique des années 1960-1970 avec de gros immeubles en béton, des alignées d’hôtels, des bars, des fast-foods américains et tout y est écrit en allemand. Et encore, nous sommes en pleine période de Covid, il n’y a pas beaucoup de touristes. Nous n’osons pas imaginer comment c’est blindé de monde en temps normal! C’est dommage car l’environnement entre océan Atlantique et pics volcaniques est vraiment sympa.

Evidemment, nous ne nous attardons pas à Los Cristianos et sortons vite de la ville en direction de l’est pour entamer notre balade côtière. Mais ce ne sera pas si simple car le littoral ressemble à ça :

La Montaña Guaza

Vous l’aurez compris, si nous voulons profiter de rester près du bord de mer, il va falloir grimper. Cette falaise, la Montaña Guaza, est un dôme volcanique exogène, c’est-à-dire que les roches ont été formées en surface après une éruption. Elle fait partie d’une zone protégée de 725 hectares et contraste bien avec l’urbanisation galopante de Los Cristianos. C’est un sanctuaire à oiseaux et il est vrai que nous en avons aperçus beaucoup mais la seule espèce que nous avons réussi à reconnaître est la mouette.

La montée n’est pas très difficile car le sentier est bien sinueux à flanc de côteau et la pente est très douce.

Dans notre précédent article, nous vous faisions découvrir les barrancos, ces fameuses failles formées par les mouvements des plaques tectoniques. La Montaña Guaza en possède également quelques-uns (cinq ou six, nous ne les avons pas comptés) qu’il faut évidemment traverser. Mais ils ne sont pas très profonds et les sentiers sont très faciles.

Notre chemin passe à proximité de cratères de trachytes. Mais qu’est-ce le trachyte? C’est un type de roche volcanique un peu grise et très visqueuse. En général, on trouve ce type de roche vers un volcan dit explosif, c’est à dire que, pendant l’éruption, le volcan explose littéralement projetant des cendres, des scories et beaucoup de gaz. Grâce à notre séjour à Tenerife, (et surtout grâce à Wikipédia!) nous allons bientôt être experts en vulcanologie!

Evidemment, durant notre petite grimpette, nous ne sommes pas restés constamment la tête dans les cailloux! Nous en avons également profité pour admirer la vue sur Los Cristianos qui est bien plus sympa vu d’en haut.

Mesas de Guaza

Une fois notre grimpette terminée, nous arrivons sur un vaste plateau nommé Mesas de Guaza, littéralement « tables de Guaza ». C’est l’éruption du volcan situé un peu plus au nord qui a formé ce plateau, ainsi que les falaises en contrebas, en crachant une lave visqueuse en direction de l’océan. Avec la terre très fertile et l’humidité venant directement de la mer, la végétation est un peu plus fournie qu’ailleurs dans la région. Mais elle est tout de même constituée principalement de cactus car les précipitations sont rares et ne dépassent pas cent millimètres par an.

De l’autre côté de la falaise se trouve le petit village de Palm-Mar mais y descendre est un peu plus scabreux que le reste du chemin. La descente est à pic, sur de la caillasse et vraiment à flanc de falaise. Pas idéal si vous avez le vertige.

La balade pourrait s’arrêter là mais nous utilisons les transports publics et notre guagua de retour part depuis l’entrée de la petite localité voisine d’El Fraile. Pour nous y rendre, nous passons par une partie de la réserve naturelle de la Montaña Grande. C’est vraiment tranquille pour une fin de randonnée et, une fois n’est pas coutume à Tenerife, c’est tout plat!

En pratique

  • Trajet : Los Cristianos – Palm-Mar – El Fraile. Nous vous conseillons de le faire dans l’autre sens, la descente sur Los Cristianos est beaucoup plus douce. Nous ne le savions pas et nous nous sommes fait avoir. Depuis Los Cristianos, le sentier part juste après la Playa de los Tarajales, depuis Palm-Mar, il part à l’extrémité de la plage de la Arenita. Le chemin n’est pas balisé mais il est bien marqué et bien reconnaissable et il n’y en a qu’un, impossible de se tromper!
  • Distance : 8,5 kilomètres
  • Dénivelé : du niveau de la mer à 140 mètres d’altitude, plus quelques barrancos à traverser. Environ 250 mètres et, en général, en pente douce.
  • Temps de parcours : environ deux heures et quarante-cinq minutes
  • Niveau : moyen, c’est un sentier de caillasse. Difficile si vous faites la descente Mesas de Guaza à Palm-Mar. Vraiment facile de Palm-Mar à El Fraile. Si vous avez le vertige, faites la rando dans le sens Palm-Mar – Los Cristianos pour éviter la grande descente sinon le sentier est assez loin du bord des falaises, ça ne devrait pas poser de problème.

Ce n’était pas vraiment une grande randonnée mais c’était une petite balade bien sympa qui nous a permis de rester près de l’océan, un rêve pour nous qui sommes de grands amoureux de la mer!

Nous allons évidemment poursuivre nos aventures au gré des restrictions Covid et surtout de la météo car, bien qu’il y ait un climat généralement doux et clément, Tenerife connaît une multitude de microclimats et le temps change à peu près toutes les heures!

San Miguel de Abona, le balcon sur l’Atlantique

Jamais nous n’avons été autant soulagés d’arriver à quelque-part! Avec la situation due à la Covid, ce n’était pas gagné. Nous espérions déjà passer l’hiver sous des climats chauds et l’Afrique nous faisait de l’œil depuis un moment déjà. La région de Valence où nous sommes est vraiment cool mais l’hiver y est tout de même frais (surtout pour Van!) et notre appartement, agréablement rafraîchi en été, n’est pas du tout adapté à la saison hivernale même tempérée, encore moins si nous devons y être confinés.

Mais voilà, peu de pays africains sont ouverts aux Européens où alors avec des conditions très strictes et beaucoup d’entre eux ne proposent un visa que pour un mois. Heureusement pour nous, l’Espagne possède un territoire en terre africaine au large des côtes du Maroc : les îles Canaries avec des températures clémentes toute l’année!

Nous pensions partir fin novembre afin de profiter de la douceur automnale valencienne avant de passer l’hiver au soleil. Mais la menace de la deuxième vague de Covid et notre instinct nous a fait anticiper notre départ pour le 28 octobre. Nous aurions également dû jouer à la loterie le jour où nous avons pris cette décision….

Dimanche 25 octobre, soit trois jours avant notre départ, le gouvernement espagnol a décrété l’état d’urgence sur tout le territoire, sauf les Canaries. Les médias se sont un peu enflammés en annonçant tout de suite la fermeture des frontières intérieures. (Non, les médias espagnols ne sont pas mieux qu’ailleurs) Nous avons commencé à nous résigner à ne pas partir… Heureusement, la conférence de presse qui a suivi l’annonce à été très claire : l’état d’urgence ne signifie pas la fermeture des frontières mais permet aux Communautés Autonomes (les régions espagnoles) de le faire si elles le souhaitent. Un couvre-feu pendant la nuit de 23 heures à six heures du matin a également été mis en place. Mince, nous devons partir à cinq heures du matin! Un petit passage par la police, qui est très compétente et très affable soit-dit en passant, nous a confirmé qu’avec nos billets, nous ne serons pas embêtés. Ouf, c’est un soulagement! Mais qui ne dure pas! Les deux jours suivants, plusieurs Communautés Autonomes annoncent leur fermeture, ce qui signifie qu’il est interdit de sortir et de rentrer dans lesdites communautés. Ce n’est pas gagné…

Finalement, tout se passe bien! Mercredi 28 octobre, nous décollons de Valence sans avoir été embêtés d’être sortis avant la fin du couvre-feu et nous arrivons sans encombre à Tenerife. Jeudi 29 octobre, la Communauté Valencienne annonce la fermeture de ses frontières. Nous avons sûrement dû être des saints dans un vie antérieure pour avoir un karma pareil! En tout cas, nous sommes bien contents d’avoir, encore une fois écouté notre instinct!

Nous n’avons tellement pas osé nous réjouir de notre venue dans l’archipel à cause des circonstances particulières que notre arrivée a été un peu bizarre. Nous avions l’impression d’avoir débarqué du néant et avons mis plus de temps à nous adapter à notre nouvel environnement. Rassurez-vous, ça n’a pas duré! Nous avons vite trouvé notre lieu de villégiature à Las Chafiras, petit village un petit peu en hauteur non loin de la station balnéaire de Los Cristianos. Nous avons trouvé une colocation avec un couple de surfeurs germano-vénézuélien vraiment cool dans un appart avec balcon, terrasse sur le toit, accès à la piscine et commerces à proximité. En cas de nouveau confinement, nous ne serons pas à plaindre. Nous ne pensions pas trouver quelque-chose dans notre budget dans le sud de l’île où le climat est plus chaud et pourtant… Encore une fois, nous avons eu de la chance.

Nous pensons d’ailleurs bien fort à tous ceux qui nous lisent alors qu’ils sont en confinement! Nous leur envoyons un peu de soleil et plein d’ondes positives!

San Miguel de Abona

Bon assez parlé de nos petits tracas qui n’en sont pas vraiment et entrons dans le vif du sujet, une première découverte de Tenerife. Nous commençons notre première balade dans le petit village de San Miguel de Abona, perché à 580 mètres d’altitude. Certaines maisons nous rappellent quelques constructions coloniales d’Amérique du Sud même si l’ambiance, plus vraiment espagnole, est complètement différente.

Casa del Capitàn

C’est totalement par hasard que nous sommes passés par cette maison bourgeoise typique canarienne du XIXe siècle. Son nom vient d’un de ses habitants qui était capitaine à l’armée. Aujourd’hui, c’est le musée, très intéressant, d’histoire de la commune. L’entrée y est gratuite. Il y a également un petit atelier de poterie où deux gentilles dames, dont sûrement la doyenne du village, ont pris le temps de papoter avec nous et nous ont proposé, avec une insistance toute latine, de boire un café accompagné de biscuits faits maison. Elles étaient même motivées à nous offrir un verre de vin mais vu l’heure encore matinale et le fait que nous avions encore une petite rando de prévue, nous avons gentiment décliné et nous nous sommes juste contentés du café avec des douceurs.

Un balcon sur l’Atlantique

Grâce à sa situation à flanc de côteau et grâce à son altitude, le village jouit d’une vue incroyable sur une bonne partie du sud de l’île, sur quelques volcans et sur l’océan Atlantique.

De San Miguel de Abona à Aldea Blanca

En général, nous préférons les randonnées en montée mais nous sommes tributaires des bus et, au vu des horaires, il était plus judicieux de monter en guagua (le petit nom des bus aux Canaries) et de redescendre à pied. Nous suivons le « chemin royal du sud » un ancien chemin muletier au milieu des roches noires d’origine volcanique et d’une végétation endémique. C’est un environnement totalement nouveau pour nous. Malgré notre tour du monde, nous n’avions encore jamais vu quelque-chose de ressemblant à Tenerife.

L’érosion et les diverses éruptions volcaniques au cours des siècles ont façonné le paysage comme seule la nature sait le faire.

S’il y a un chemin dans le coin ce n’est pas pour faire plaisir aux randonneurs (mais ça nous fait plaisir quand même!) mais parce qu’il fallait arroser les cultures de la plaine côtière. Le sud de Tenerife est presque aride (nos bronches le confirment!), il faut donc amener de l’eau depuis les versants nord, plus humides. On y mit en place des systèmes d’irrigation exactement comme nos bisses valaisans ou on y construisit des puits bien profonds pour aller pomper de l’eau dans la roche. Aujourd’hui, il n’en reste que très peu de vestiges et certains « bisses » ont malheureusement été remplacés par des tuyaux en plastique.

L’aridité couplée à la terre volcanique très fertile nous donne une végétation particulière comme des cactus, des figuiers de barbaries, des joubarbes (merci à notre amie Delphine grande connaisseuse des plantes pour nous avoir soufflé ce dernier nom!) et d’autres espèces qui nous sont totalement inconnues.

En chemin, nous traversons le petit hameau tout mignon de Caserio de la Hoya avec ses maisons typiques canariennes. Ici, le temps s’est vraiment arrêté il y a quelques siècles.

Notre balade se déroulant principalement à flanc de côté, nous avons donc bénéficié d’une vue incroyable sur pratiquement tout le parcours.

Notre petite balade se termine dans le petit village d’Aldea Blanca. Le nom signifie « hameau blanc », pourtant les maisons sont plutôt colorées. Rien à voir avec les « Pueblos Blancos » d’Andalousie! Le coin n’a d’ailleurs rien de particulier à part un château-fort reconstitué pour des banquets et des fêtes médiévales. Mais il y a quand même une petite terrasse pour une « cerveza » bien méritée! Il nous reste ensuite un petit quart d’heure de marche jusqu’à notre appartement.

En pratique
  • Se rendre à San Miguel de Abona ou à Aldea Blanca selon que vous préférez la montée ou la descente avec le bus (Tous les horaires sous www.titsa.com)
  • Suivre le sentier TF-231 ainsi que les marques blanches et vertes le long du chemin. Le sentier est répertorié sur Wikiloc.
  • Distance : huit kilomètres une petite promenade de santé, seize kilomètres si vous faites l’aller-retour
  • Temps de parcours : Nous avons mis environ deux heures et demi mais nous avons traîné à admirer le paysage et à prendre des photos.
  • Dénivelé : 455 mètres, la descente (ou la montée) est vraiment très douce. C’était un sentier muletier donc rien de très raide.
  • Niveau : facile à moyen. Si vous faites le détour par la Fuente de Tamaide, il y a quelques cailloux à escalader mais rien de bien méchant.
  • Risques encourus : ne pas pouvoir détacher ses yeux du paysage grandiose et buter sur un caillou.

Pour notre première rando sur Tenerife nous avons déjà mis la barre assez haut niveau paysage (pas pour la facilité, on vous l’accorde!) Nous aurions pu faire l’aller-retour mais nous avions déjà fait une partie de la montée en reconnaissance, nous ne voulions pas faire de doublons.

Las Americas

Afin de ne pas mourir idiots, nous sommes allés faire une fois un petit tour à Los Cristianos. Conformément à notre attente, c’est moche et hyper touristique. Tout ce que nous détestons. Nous avons quand même poussé la balade jusqu’à las Americas. Le coin n’est pas beaucoup plus idyllique mais la plage de surf et les vagues sont quand même incroyables et valent la peine d’être partagées.

Cette première petite découverte de Tenerife nous a enchanté. Les premiers contacts avec la population locale également. Les îliens sont beaucoup plus relax et moins stressés que sur le continent et leur accent est vraiment adorable. Cette fois, nous nous réjouissons vraiment de la suite de nos aventures.