Albufera de Valencia

Lors de nos incessantes recherches de coins naturels, nous avons découvert, sur la carte, une grande étendue bleue et verte à proximité de Valence appelée Albufera qui est un mot dérivé de l’arabe signifiant « petite mer ». Le lieu est en plus facilement accessible avec le bus urbain de la ville de Valence. Il ne nous a pas fallu plus d’arguments pour y foncer!

El Palmar

Notre exploration commence par la petite bourgade de El Palmar. C’est une petite localité qui fait partie de la ville de Valence mais l’ambiance y est beaucoup plus tranquille même si nous sommes à peine à 10 kilomètres du centre-ville. Le village est entouré de canaux qui permettent l’accès à l’étang de l’Albufera en barque donnant au lieu un petit air de Venise, en un peu moins pittoresque quand même. Mais il ne faut pas se fier à cette sensation de tranquillité et de bout du monde, le coin est hyper connu dans toute l’Espagne. C’est ici que se mange la seule, la vraie et l’unique paella! Oui, la paella est originaire de Valence et de nulle part ailleurs! Mais c’est un mets tellement cool que toute l’Espagne s’est mise d’accord pour en faire LE plat national! (Oui, même la Catalogne et le Pays Basque!) C’est vrai que c’est bien plus glamour et vendeur que la fabada, la soupe de fèves de Castille. (mais la Castille a un hiver rigoureux qui justifie ce genre de plat roboratif). A El Palmar, il y a d’ailleurs plus « d’arrocerias » (restaurants dont la spécialité est la paella ainsi que d’autres plats à base de riz) que d’habitants.

Pour la petite anecdote culinaire, il n’existe qu’une seule paella qu’on peut nommer comme telle! C’est celle qui est élaborée avec du lapin et les haricots plats et c’est tout! Les autres ont juste le droit à la dénomination « arroz con cosas », du riz avec des choses…

La barraca

Ces petites maisons blanches bien sympathiques sont typiques de la Huerta de Valence. Leur toit triangulaire et bien pentu sert à évacuer l’eau rapidement en cas de fortes précipitations. Les propriétaires de ces « barracas » sont en général des pêcheurs ou des agriculteurs. La famille vit en général au rez de chaussée où se trouvent la cuisine, le séjour et les chambres tandis que l’étage supérieur est, en principe, dédié à l’élevage de vers à soie.

La culture du riz

Si on vient des quatre coins de l’Espagne et même de plus loin pour venir manger la paella ou autres plats de riz à El Palmar, ce n’est pas un hasard. L’environnement humide de l’Albufera est propice à la culture du riz. La Communauté Valencienne est d’ailleurs le plus gros et le plus ancien producteur de riz en Espagne même s’il existe quelques rizières en Catalogne et en Andalousie. L’Espagne est le deuxième producteur européen de riz, derrière l’Italie. Cette céréale a été importée par les Arabes au VIIIe siècle et à même fait l’objet d’une prohibition au XIIIe siècle car sa culture dans les zones humides était responsable du paludisme chez une bonne partie de la population. Elle fut finalement réhabilitée au XVe siècle mais sous des conditions très strictes. Pratiquement toutes les sortes de riz y sont cultivées mais le plus courant, celui utilisé pour la paella, est le riz bomba très absorbant. L’ayant testé, nous pouvons confirmer qu’il est parfait pour un bon risotto bien italien et pas du tout valencien!

Les rizières sont irriguées grâce à des canaux directement reliés à l’étang de l’Albufera. D’ailleurs, les paysages nous rappellent plus le delta du Mékong au Vietnam que le sud de l’Espagne!

Voilà, ça c’était l’aspect culturel de l’Albufera, nous allons maintenant vous emmener au cœur de la réserve à travers les pinèdes bien méditerranéennes avec de magnifiques pins d’Alep qui nous donnent une petite ombre bienvenue.

L’étang de l’Albufera

C’est le point d’orgue de la réserve. C’est une lagune d’eau douce de 2100 hectares qui a été formée par les sédiments des fleuves Turia (avant son détournement bien sûr, c’était il y a des milliers d’années!) et Jucar. C’est grâce à sa présence qu’il est possible de cultiver du riz. Le parc naturel comprend également d’autres étangs ou lagunes, des pinèdes et des dunes sur une surface totale de plus de 21’000 hectares. Seule une partie du site est accessible, le reste est laissé à l’état sauvage afin de garantir un havre de paix pour les animaux.

Un héron s’est glissé sur certaines de nos photos, sauriez-vous le retrouver?

Les lagunes d’El Raco de l’Olla

Il faut passer par le centre d’interprétation du parc pour y accéder. C’est gratuit, le bus urbain vous y pose juste devant et il vaut la peine de s’y arrêter quelques minutes pour lire les panneaux explicatifs. Il vaut également la peine de monter sur le toit afin d’admirer la vue sur les étangs et sur la plaine de l’Albufera en général.

Contrairement à l’étang de l’Albufera, ces lagunes sont d’origine marine. L’eau y est donc salée mais pleine de micro organismes, de quoi nourrir les échassiers qui peuplent leurs rives. Certaines espèces y vivent toute l’année et profitent du calme estival pour faire leur nid et se reproduire. C’est également une aire de repos pour les oiseaux migrateurs. Au printemps, ils s’y reposent en revenant d’Afrique avant de s’envoler pour l’Europe centrale ou du nord, tandis qu’en automne, il s’y arrêtent avant d’entamer la traversée du détroit de Gibraltar situé plus au sud.

Certains spécimens se sont invités, de loin, sur nos photos, sauriez-vous en reconnaître quelques-uns?

Les dunes

Une autre particularité de la réserve, ce sont les dunes. Ce sont des dunes dites « fixes » car elles sont de formation rocheuse et ne se détruisent pas au premier coup de vent. Les dunes formées uniquement de sable sont appelées « dunes mobiles », mais il n’y en a pas dans l’Albufera. Elles mesurent en moyenne 6 mètres de haut.

Et que trouve-t-on derrière les dunes? La plage pardi! Bon ce n’est pas la plage de rêve au sable fin mais elle est vraiment sauvage et il n’y a que très peu de monde.

Etang d’El Pujol

Cet étang n’est pas naturel mais il n’était pas vraiment prévu non plus. Dans les années 1960-1970, la zone a été choisie pour abriter un grand complexe sportif car l’urbanisation de Valence était censée se développer dans l’Albufera. Les travaux avaient même commencé mais ont dû cesser sous la pression populaire qui voulait conserver cet espace naturel. Les excavations ont fini par se remplir d’eau et c’est ainsi que cet étang a vu le jour. Aujourd’hui, c’est un sanctuaire pour les mouettes.

Ce genre de réserve naturelle est notre lot de consolation d’avoir dû rentrer en Europe. C’est quand même sur le Vieux Continent que la conscience écologique est la plus grande et où les sites naturels sont les mieux gérés.

El Perello

Nous décidons cette fois d’explorer la partie sud de l’Albufera. Pour ce faire, nous partons depuis la petite localité d’El Perello accessible avec le bus urbain de Valence même s’il faut compter une bonne heure de trajet pour s’y rendre. La balade est facile, c’est tout plat mais, malgré une agréable brise marine, elle se trouve en plein cagnard donc il faut penser à se protéger de la chaleur et du soleil. Nous avons fait la variante à pieds mais c’est également super sympa de le faire à vélo, c’est tout plat, bien indiqué et la ville de Valence possède un système de vélib au top.

Le paysage ressemble beaucoup à El Palmar avec ses rizières à perte de vue et ses canaux d’irrigation, appelés sequias, qui nous font plus penser aux plaines du Cambodge qu’à la côte méditerranéenne. En cette saison (au printemps), les champs sont arides car nous sommes en période de semis mais d’ici quelques semaines, les vannes des canaux seront ouvertes et la plaine sera joliment inondée.

Qui dit printemps dit saison des migrations. Nous avons pu observer des dizaines et des dizaines d’oiseaux, principalement des échassiers comme des grues, des hérons, des cigognes et d’autres espèces inconnues. C’est également la saison des amours et nous avons surpris à plusieurs reprises Monsieur et Madame Colvert batifoler dans les roseaux aux abords des canaux! Nous avons également observé quelques oiseaux rouge-brun qui ressemblent fortement à des ibis. Ce qui nous a semblé un peu surprenant car le climat méditerranéen a beau être tempéré, ce n’est pas une zone tropicale non plus! Notre insatiable curiosité nous a poussé à faire quelques recherches et nous avons découvert que l’Albufera abrite bel et bien une espèce d’ibis! L’ibis falcinelle comme on l’appelle, vit normalement dans les zones tropicales d’Afrique ou d’Australie même si elle niche parfois dans les zones humides de l’est de l’Europe comme le delta du Danube. Dans le sud de l’Espagne, nous avons une petite population de ces oiseaux qui vivent en permanence! En général, ils sont du côté de l’Andalousie mais viennent parfois « prendre le frais » dans notre Albufera.

PS : la photo suivante n’est pas de nous. Nous n’avons pas trouvé de spécimen assez patient pour prendre la pose.

un ibis falcinelle
Muntanyeta dels Sants

Nous avons quand même trouvé un endroit pas trop plat dans l’Albufera! Ce petit promontoire rocheux de 27 mètres sorti de nulle part au milieu de l’immense plaine qui l’entoure abrite une réserve de flore de Méditerranée dont des oliviers et des pins parasols qui nous offrent une ombre bienvenue. Au sommet, se trouve un petit ermitage du XVIIe siècle mais, lors de notre passage, il y avait une cérémonie religieuse et nous n’avons pas voulu déranger cet instant solennel. Ce n’est pas la première fois que nous sommes victimes d’un mauvais timing dans ce genre d’endroit!

Ullal de Baldovi

Le clou du spectacle de l’Albufera reste quand même les étangs. Celui de Baldovi ne déroge pas à la règle. Cet étang de plus de 3000m2 est formé par de l’eau entièrement douce qui provient du sous-sol de la plaine. Petite déception : nous pensions y observer plus d’oiseaux. Apparemment, ils préfèrent les rizières aux plans d’eau en cette saison. Il est sûrement plus facile d’aller chercher des petites bébêtes à manger dans les champs pas encore irrigués.

Nous avons effectué une boucle depuis la localité d’El Perello mais il est également possible, depuis l’ermitage, de continuer sur le village de Sueca où le retour sur Valence se fait en train. Dans les deux cas, la marche se fait en environ 3 heures 30 et il y a des panneaux indicateurs à chaque intersection.

Si vous passez quelques jours à Valence, n’hésitez pas à faire un détour par l’Albufera, au moins pour le Raco de l’Olla. C’est proche du centre-ville, facilement accessible en bus et la balade dans les étangs est très facile (c’est tout plat!) et n’excède pas deux heures de marche. En ce qui nous concerne, nous allons approfondir nos découverte de l’Albufera ainsi que d’autres zones humides de la côte qui nous font déjà de l’œil!

3 réflexions sur « Albufera de Valencia »

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