Cuenca (Espagne) et sa cité médiévale perchée

NB : A ne pas confondre avec la ville du même nom en Equateur!

C’est l’été, nous avons un peu de temps libre, mais pas trop et les vagues de chaleur nous laissent quand même quelques jours de trêve. Bien sûr, nous en profitons également pour aller chiller du côté de l’océan afin de perdre quelques degrés mais nous avons aussi envie d’un peu plus de culture, de découvrir quelque-chose de nouveau et de voyager un peu en train. Voilà pourquoi nous nous sommes retrouvés en Castille en plein mois de juillet.

Pour situer, Cuenca se trouve au sud-est de Madrid dans la région Castilla-la-Mancha, presque à la frontière de l’Aragón, en direction de Valence. Elle est accessible en train à grande vitesse par les lignes Madrid-Valence / Alicante ou Séville-Valence. (toutes les infos sur www.renfe.es ou sur l’application trainline) La gare AVE se trouve au milieu de nulle part dans la plaine mais est très bien desservie par les bus urbains (toutes les 20 minutes, 1,20€ le trajet)

Cuenca est divisée en deux parties : la ville haute et la ville basse. La ville haute est la cité médiévale inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et c’est la partie qui nous intéresse. La ville basse est moderne, moche et fonctionnelle. Mais c’est là que vous trouverez de quoi vous loger ainsi que des bars et restaurants super sympas et beaucoup moins surfaits que dans le centre historique. La ville haute est très pentue avec des escaliers et des ruelles aux pavés inégaux, un peu comme l’Albaicín : Ça peut être un peu pénible et scabreux. Une bonne paire de chaussures s’impose. Un petit bus électrique monte jusqu’à la Plaza Mayor, mais pour ceux qui peuvent, nous vous conseillons de faire l’effort de marcher, les petites ruelles sont pittoresques!

Le centre médiéval

Le centre historique se trouve sur un promontoire rocheux entouré par les méandres des rivières Huécar et Júcar. Le sommet culmine à 1060 mètres d’altitude contre 990 mètres pour la ville basse. Quand nous vous disions qu’il y avait une belle grimpette! Fini les côtes méditerranéenes et leur climat doux, ici c’est le coeur de l’Espagne avec ses montagnes, ses reliefs et sa météo bien plus capricieuse qui, pourtant, n’échappe pas aux vagues de chaleur estivales. Pour la petite anecdote, lors de notre visite, il faisait plus chaud à Cuenca que chez nous, à Sevilla! Mais nous avons chaussé nos baskets, notre motivation et notre bonne humeur et nous sommes partis à l’assaut de ces petites ruelles pentues afin de découvrir cette petite merveille médiévale.

Cuenca n’est pas aussi ancienne que la plupart des villes espagnoles. Certes, quelques peuplades préhistoriques ont passé par là mais sans s’y installer. Ce sont les Arabes qui ont fondé la ville sous le nom de Qunka au VIIIe siècle à l’époque du califat de Cordoue. De cette époque, il ne reste plus grand chose à part le tracé sinueux des ruelles de la Juderia (le quartier juif). Il faut dire que la ville a été prise par les Rois Catholiques très tôt dans l’histoire de la Reconquista. C’était en 1177 déja par le roi Alfonso VIII de Castille. Avec sa position enviable de surplomb et sa proximité géographique avec le royaume d’Aragón, la ville fut assiegée plusieurs fois par les Aragonais mais n’a jamais réussi à être conquise et resta historiquement castillane jusqu’à aujourd’hui.

L’économie de la ville s’est développée grâce au textile et à la fabrication de tapis mais est toujours restée à l’écart des grands centres qui ont forgé la grandeur de l’Espagne. De nos jours encore, elle reste très provinciale, très rurale mais super agréable et entourée de magnifiques paysages. Quant au centre, il est resté très médiéval avec ses maisons à pans de bois, ses églises gothiques, et ses labyrinthes de ruelles.

Torre de Mangana

Si vous arrivez au pied de cette tour, félicitations! Vous avez grimpé jusqu’au point culminant du centre historique! C’est une tour médiévale typique du début du XVIe siècle qui culmine sur la plaza de Santa Maria. La version que nous voyons aujourd’hui est le fruit de plusieurs restaurations hasardeuses à travers les siècles dont la dernière remonte à 1970. Ce n’est de loin pas le coin le plus pittoresque de Cuenca mais c’est un bon point de repère pour nous motiver à continuer notre grimpette quand on s’attaque au centre historique.

Plaza de la Merced

Quand nous quittons la Torre de Mangana pour nous diriger au coeur du centre médiéval, nous tombons sur cette petite place toute mignonne. C’est la Plaza de la Merced du nom de l’église et du couvent du même nom. Si l’architecture vous paraît plutôt baroque, c’est normal. Les édifices datent du XVIe et XVIIe siècle en plein Renaissance espagnole. Les soirées d’été, il y a des petits concerts improvisés sur la place.

Plaza Mayor

Une ville castillane ne serait pas digne de ce nom sans sa Plaza Mayor!(littéralement grande place). Celle de Cuenca n’est pas la plus impressionnante si on compare à Madrid ou Salamanca, topographie oblige, mais elle a gardé intact son caractère médiéval et se fond parfaitement avec le reste de la ville assez petit et modeste. Elle se trouve en plein coeur de la cité et, depuis le XIIe siècle, c’est le lieu de rencontre et le noeud de communication de la ville. Si tous les chemins mènent à Rome, à Cuenca toutes les rues mènent à la Plaza Mayor.

Catedral de Santa María y San Julián

Cette cathédrale construite dans le plus pur style gothique occupe un angle de la Plaza Mayor. C’est d’ailleurs le premier grand édifice religieux de style gothique en Castille. C’est le genre d’architecture que nous sommes plus habitués à voir en France qu’en Espagne. Mais il y a une explication à cela. Au XIIe siècle, la construction de la cathédrale a été impulsée par la reine Leonor Plantagenet, épouse du roi précedemment cité Alfonso VIII, qui était normande. Elle a également fait appel à des artisans venus de Champagne. Ceci explique donc cela. La topographie de la place ainsi que le tracé des ruelles lui donnent un air de mastodonte inachevé. Ce n’est pas la cathédrale la plus impressionnante d’Espagne mais il faut quand même reconnaître le travail de fou qui a été effectué à l’époque.

Las casas colgadas

C’est LA raison pour laquelle nous sommes venus jusqu’à Cuenca! Ces maisons médiévales suspendues sur les falaises qui surplombent le rio Huécar sont tout simplement impressionnantes! Elles datent du XVe siècle mais ont déjà été restaurées plusieurs fois. Elles font l’objet d’une surveillance constante à cause de l’érosion des falaises qui les soutiennent. A plus ou moins long terme, tout risque de s’effondrer et ces magnifiques bâtiments risquent de finir en gravats dans la rivière.

Ces maisons suspendues nous rappellent Ronda dans la province de Málaga. Les deux villes sont d’ailleurs jumelées pour leur ressemblance. La ville de Cuenca rend hommage à sa jumelle en baptisant une de ses places, Plaza Ciudad de Ronda. En échange, Ronda a donné le nom de Cuenca aux jardins des gorges du Guadalevin.

Puente de San Pablo

Le meilleur point d’observation des Casas Colgadas est le pont de San Pablo. La majorité de nos photos du paragraphe précédent ont été prises depuis ce pont. Cette passerelle construite en 1902 remplace l’ancien pont médiéval qui se trouvait exactement au même endroit. Cette structure en fer est soutenue par des poutres de 39 mètres de haut et surplombe la rivière Huécar. Si vous êtes sujets au vertige, mieux vaut vous abstenir, c’est assez impressionnant.

Si vous aimez la nature, n’hésitez pas à aller faire un tour en dehors des remparts, la vue sur la Serrania de Cuenca est très belle. Descendez également au bord du Rio Huécar, l’air y est plus frais à l’ombre des arbres et la nature y est très intéressante.

Cuenca est une bonne idée de visite pour ceux qui recherchent quelque chose en dehors des gros circuits touristiques mais avec un potentiel culturel élevé. La ville médiévale se visite amplement en une journée. Nous avons bien aimé retrouver une ville médiévale classique surtout que celle de Cuenca est super bien préservée et dans un environnement naturel spectaculaire. Nous mettons juste un petit bémol sur la gastronomie que nous trouvons beaucoup trop riche et trop grasse comparée à la diète méditerranéenne d’Andalousie. Mais les hivers en Castille sont super rigoureux et il faut de quoi affronter les grands froids qui durent plusieurs mois.

Nous sommes un peu en manque de temps en ce moment et nous travaillons sur d’autres projets qui nous prennent pas mal d’énergie, mais nous allons quand même essayer de faire quelques autres petites escapades comme celle-ci. Bien entendu, nous continuerons de partager nos petites aventures avec vous!

Cuenca et Baños, culture et nature dans les Andes équatoriennes

Nous vous avons laissé à Trujillo et voici que nous vous retrouvons déjà en Equateur. Nous avons pris une petite semaine de « vacances » dans la petite station balnéaire de Máncora, au nord du Pérou, avant de nous arrêter à Tumbes, à l’extrême nord du pays afin de voir nos premières mangroves depuis bien longtemps. Le désert laisse enfin la place à une végétation un peu plus dense! Comme ça nous avait manqué!

Depuis Tumbes, il nous faut une petite demi-heure de minibus pour rejoindre la ville frontière d’Aguas Verdes.  De là, nous traversons à pied le pont sur la rivière qui fait office de frontière. D’un côté, le Pérou, de l’autre, l’Equateur, facile n’est-ce pas? Ben non, pas tant que ça car nous sommes entrés clandestinement sur le territoire équatorien vu qu’il n’y a pas de bureau d’immigration. Pour avoir un joli tampon sur notre passeport, nous devons nous rendre à trois kilomètres du centre-ville de Huaquillas (la ville frontière côté Equateur) sur la Panaméricaine au milieu de nulle part. Heureusement, il y a des collectivos (bus urbains) qui nous y emmènent. Le passage de l’immigration est une simple formalité et il n’y avait qu’une dizaine de personnes en attente. Quelle ne fut donc pas notre surprise de croiser un autre couple avec le même passeport rouge à croix blanche que nous! C’étaient deux Zurichois qui avaient embarqué leur van avec, ils ont du coup bien plus galéré que nous pour passer la frontière!

Cuenca

Depuis Huaquillas, il faut environ quatre heures de bus pour arriver à Cuenca, la troisième ville du pays. Cette fois, nous avons définitivement laissé le désert derrière nous et nous roulons à travers une végétation luxuriante et des champs de bananes, l’Equateur étant le premier exportateur mondial de cet emblématique fruit jaune. Mais nous prenons vite de l’altitude et les montagnes bien vertes de pâturages remplis de vaches nous font penser à certains paysages du Jura Vaudois ou des Préalpes fribourgeoises et ça ne nous enchante pas vraiment puisque nous cherchons de l’exotisme. Mais c’est bon signe car si ça nous ennuie encore de voir des paysages ressemblant trop à la Suisse, c’est que nous n’allons pas rentrer de sitôt!

La ville fut fondée en 1557 par Gil Ramirez Dávalos, encore un andalou, sous les ordres du vice-roi du Pérou, qui lui dépendait directement de la couronne espagnole. Le centre historique qui nous reste possède un patrimoine incroyable inscrit à l’UNESCO. Mais, pas de bol pour nous, une bonne partie du centre historique était en travaux de restauration donc la visite fut un peu restreinte. C’est dommage car le surnom de Cuenca est « l’Athènes des Andes » grâce à ses trésors architecturaux et nous aurions bien aimé le découvrir en entier.

Cuenca se situe sur un plateau qui culmine à 2350 mètres d’altitude. Et oui, fini les chaleurs tropicales (😭), ici c’est journées tempérées et nuit très fraîches surtout que les chauffages ne sont pas très monnaie courante par ici et Van la frileuse passe d’assez mauvaises nuits.

Rio Tomebamba

Le Tomebamba est la rivière qui passe à Cuenca. Ce n’est qu’un petit cours d’eau mais il nous fait rêver car son chemin va le mener tout droit en Amazonie! La municipalité a laissé ses rives à la nature et c’est sympa pour éviter le trafic de la ville qui est assez infernal à cause de tous les travaux du centre-ville. Avec l’altitude, la pollution devient pénible à supporter. Il y a même un parc naturel protégé où les habitants se promènent au milieu d’une forêt d’eucalyptus. Après les kilomètres de désert au Pérou, nous sommes trop heureux de revoir du vert et des arbres!

Notre première étape équatorienne fut assez sympa même si nous commençons à en avoir un peu assez des changements d’altitude. Une chose que nous avons particulièrement apprécié c’est que, contrairement au Pérou, nous ne nous sommes pas fait rabattre une seule fois!

Baños de Santa Agua

Nous en avons fait des trajets en bus mais celui entre Cuenca et Baños restera dans les annales de nos pires cauchemars. Déjà les bus sont bien moins confortables qu’au Pérou ou qu’en Argentine, ce qui n’est pas très grave en soi mais quand tu hérites d’un chauffeur kamikaze qui confond les petites routes de montagnes avec un circuit de formule 1, tu commences à vraiment être mal barré. Heureusement, le mal des transports nous a un peu embrouillé les idées et nous ne nous sommes pas rendus compte à 100% du danger que nous courions.  Après sept heures à être ballottés dans ce danger sur roues, nous voici arrivés à Baños, super contents d’être vivants!

Le problème en Equateur, c’est que le gouvernement, sous la pression populaire, a refait toutes les routes du pays, y compris celles de montagne dans les Andes. Ce n’est pas vraiment un problème de refaire des routes mais les chauffeurs se sont retrouvé en confiance sur cette asphalte lisse et toute neuve et roulent comme des malades malgré les virages et les ravins.

Baños est une petite ville perchée à 1840 mètres d’altitude entre Andes et Amazonie, même si le climat est plutôt andin en un peu plus tempéré et un peu plus humide. En gros, moins glacial. Elle se situe au pied du volcan Tungurahua (5023m.) que personne ne voit jamais car toujours couvert de nuages. Mais comme c’est un volcan actif et assez sympa, il donne à la ville des eaux thermales très chaudes atteignant les 52 degrés (même pour Van c’est trop chaud!) et d’excellente qualité, de quoi bien se réchauffer lors des soirées fraîches. Nous les avons testées et effectivement les bains sont un super endroit pour passer une soirée dans les bains à observer les étoiles.

Gorges de San Martin 

Juste à la sortie de la ville, à une petite vingtaine de minutes à pied du centre-ville, se trouvent les gorges de San Martin. La rivière Pastaza, qui elle aussi nous vient de ce fameux volcan Tungurahua, se fraie un chemin entre d’immenses falaises rocheuses très impressionnantes. D’ailleurs Fabien, sujet au vertige, n’a pas fait le malin sur le pont les surplombant. Nous n’avions pas été au canyon de Colca pour cause de météo, nous avons là notre lot de consolation. Un peu plus loin, un petit chemin se rend jusqu’à la cascade Inés Maria. Ce n’est pas une cascade très impressionnante, ni très haute mais l’environnement au milieu de ces blocs de pierre vaut le détour. Nous étions contents de nous retrouver à marcher en pleine nature, ça nous avait manqué et le chemin de montagne entre la végétation luxuriante nous a enchantés.

Pour les amateurs de « sensations fortes », il y a également un parc aventures avec tyrolienne dans le coin mais nous avons préféré profiter de la nature en faisant une petite randonnée.

Baños fut une étape bien sympathique, nous avons pu profiter de la nature et des bains thermaux, bien agréables après des jours de douches froides.

Pour la suite, si notre bus arrive à bon port et si un anaconda géant ne nous choisit pas comme repas, nous devrions vous donner des nouvelles depuis l’Amazonie.