Jérica et sa tour mudéjare

Après notre coup de cœur pour Segorbe, nous avions vraiment envie d’explorer un peu plus cette magnifique vallée de la Palancia. Mais nous avons attendu que les grosses chaleurs de cette fin août cessent un peu car, oui nous aimons le chaud, mais marcher à quarante degrés sous un soleil de plomb, ce n’est pas idéal. Comme les températures ont fini par bien se rafraîchir, nous avons rechaussé nos baskets et sommes partis à l’aventure! Par « températures fraîches », nous entendons un bon 28 degrés. Nous sommes en Méditerranée, il ne faut pas trop pousser dans la fraîcheur quand même!

Nous avons repris la pittoresque ligne de train qui relie Valence à Teruel puis Zaragoza et nous avons été un peu plus loin de notre périple tout en restant dans les limites de la Communauté Valencienne, Covid-19 oblige. Nous nous sommes arrêtés dans la petite localité de Jérica, située au pied de la Sierra de Espadan, plus très loin de la frontière avec l’Aragon.

Jérica

Jérica nous séduit par ses petites ruelles et son caractère qui est resté très médiéval grâce à quelques maisons en pierre bien conservées. Mais le village a d’abord été musulman, comme c’est souvent le cas dans la région. D’ailleurs, le nom « Jérica » nous vient directement de l’arabe et signifie « flanc oriental d’une montagne ». Par contre, la conquête catholique s’est faite un peu plus tôt qu’ailleurs dans la région, au XIe siècle déjà. Nous devons la conquête de Jérica à Rodrigo Diaz de Vivar, un célébre leader militaire de Castille plus connu sous son surnom de « Cid ». Pour la petite histoire, Cid est également un nom arabe qui signifie « seigneur ». Malgré cette prise de pouvoir chrétienne, les musulmans ne furent pas expulsés avant le XVIIe siècle. Le fameux Jaime I est également passé par là pour conquérir la ville afin de l’offrir à son fils Jaime II pour en faire un petit royaume indépendant et une zone franche. Une situation qui perdura jusqu’au XVe siècle quand Jérica fut finalement rattachée à la couronne espagnole.

Santa Agueda la Nueva

Enfin un bâtiment religieux qui n’est pas coincé au milieu de minuscules ruelles! Cette église a même droit à sa propre place : la « Plaza de la Iglesia » et se laisse observer des passants. Elle a été construite en 1385 sous le règne des rois d’Aragon et est de style typique gothique valencien. Pendant la Guerre Civile Espagnole (1936-1939), elle a été très abîmée et a dû être détruite pour être reconstruite intégralement à l’identique quelques années plus tard grâce à la Direction générale des régions dévastées mise en place par le général Franco à la fin de la guerre. C’est un peu difficile à avaler qu’on doit cette superbe reconstruction au pire dictateur que l’Espagne ait connu mais au moins, le patrimoine historique a pu revivre.

Torre mudéjar de las Campanas

Difficile de louper cet édifice qui domine totalement le village! Cette superbe tour octogonale a été construite en 1616 sur la base d’une autre tour antérieure qui date de l’époque romaine. La petite forteresse à son pied date du XIXe siècle et a été construite comme muraille défensive pendant les guerres carlistes. Elle est de style mudéjar (ou maure) qui est le terme qui détermine les musulmans qui sont restés en Espagne après la conquête catholique dont l’art est unique en son genre. Cette tour est le seul édifice de ce style qui nous reste dans toute la Communauté Valencienne.

Le château

Jérica ne déroge pas à la règle du château sur la colline. Ce sera donc notre grimpette du jour! Mais l’effort en vaut la peine. Nous traversons une superbe pinède qui domine les petites gorges du rio Palancia et la Sierra de Espadan nous toise avec son relief incroyable!

Au sommet, il ne reste qu’une petite tour appelée judicieusement « la Torreta » (petite tour, tiens donc!). Jérica était un endroit stratégique dans le couloir qui relie Valence à Teruel, il était donc logique qu’une forteresse y trouve sa place. La construction du château date du XVe siècle et a vu défiler les divers rois d’Aragon. Il a été détruit pendant les guerres carlistes du XIXe siècles mais la destruction du château a permis de mettre à jour des vestiges archéologiques remontant jusqu’à l’Epoque Romaine. Au pied du château, se trouvent les ruines de l’ermitage de San Roque datant de la même époque et connaissant le même destin.

La Vuelta de la Hoz

C’est une petite réserve naturelle toute proche du centre du village. Elle fait partie du parc naturel de la Sierra de Espadan qui couvre toute la région. C’est idéal pour observer les immenses paroi de roche calcaire façonnée par l’érosion. C’est le meilleur endroit de toute la Communauté Valencienne pour observer la faune et la flore de montagne méditerranéenne. Nous avons d’ailleurs pu apercevoir quelques beaux spécimens de rapaces ainsi qu’une maman chamois avec son petit.

Le Rio Palancia

La réserve naturelle de la Vuelta de Hoz est en plein cœur de la Vallée du Rio Palancia. Ce petit fleuve, long de 85 kilomètres prend sa source dans la Sierra del Toro, un peu plus à l’est pour se jeter dans la mer Mediterranée entre Sagunto et Canet, même si, en cette saison, il s’assèche lors de son arrivée en plaine. A Jérica, il forme une petite gorge dans la Sierra de Espadan avant de retrouver un aspect totalement sauvage.

Notre petite randonnée du jour

La petite balade de la Vuelta de la Hoz nous ayant mis en appétit, nous décidons d’aller explorer, avec nos jambes, encore un peu plus cette vallée vraiment sympa. Nous commençons notre tour à travers des oliviers centenaires dont les champs sont arrosés grâce à un système d’irrigation qui ne sont pas sans rappeler les fameux bisses valaisans.

Le paysage se fait ensuite plus sec : une vraie garrigue méditerranéenne! Mais l’érosion a fait un superbe travail sur les roches calcaires de la région!

Quelques petites grottes viennent égayer un peu le paysage à l’instar des « Cuevas de Gallur ». Ce sont juste des particularités géographiques, elles n’ont pas été creusées par l’homme pour un usage particulier.

Enfin, ayant plus ou moins résisté à l’assaut du temps et des divers conflits, se dresse, au milieu de nulle part, une petite tour arabe datant du XIIe siècle et sobrement appelée « La Torre » (la tour).

Viver

Notre balade nous emmène au petit village voisin de Viver. Il est moins pittoresque que Jérica mais ses petites ruelles bordées de façades blanches immaculées nous donne déjà un avant-goût d’Andalousie. Sinon l’histoire reste la même : les arabes, Jaime I puis la couronne espagnole. Le village a presque entièrement été détruit lors de la Guerre Civile (1936-1939) car c’était un haut lieu de combats entre les Franquistes et les Républicains.

Viver ne possédant pas de gare, nous avons dû retourner à pied à Jérica pour pouvoir prendre notre train du retour. Mais dans un panorama pareil, ça ne nous a pas gêné le moins du monde! Le timing ne nous a juste pas permis d’explorer plus en profondeur le village. Mais comme ce ne sera sûrement pas notre dernier passage dans le coin, nous y reviendrons sûrement…

Nous sommes bien contents d’avoir suivi notre instinct pour aller découvrir cette belle vallée plus en profondeur! Le mois de septembre s’annonce propice à ce genre de petites escapades. Nous avons d’ailleurs des tonnes d’idées en réserve et comptons bien profiter des trésors que nous offre cette magnifique région dans les jours à venir.

Segorbe, un trésor caché de l’arrière-pays valencien

Une fois n’est pas coutume, nous nous éloignons de la côte pour nous enfoncer du côté de la Sierra de Calderona, la petite chaîne de montagne qui domine la plaine de la Huerta. Pour nous y rendre, nous empruntons la jolie ligne de chemin de fer ValenceHuesca. D’ailleurs en découvrant les lieux d’arrêt du train comme Teruel ou Zaragoza, notre esprit de voyageur est au taquet et meurt d’envie d’aller découvrir ces endroits pleins de promesses. Mais la Covid-19 est toujours là et l’Aragon en est une des région d’Espagne les plus touchées. Nous nous contentons donc de rester dans notre belle Communauté Valencienne qui nous en met déjà plein les yeux.

Segorbe

Après vingt-cinq minutes de train, nous changeons complètement de décor et arrivons dans la magnifique petite ville de Segorbe. Elle est idéalement située dans la vallée de la Palancia, à mi-chemin entre l’Aragon et la côte méditerranéenne. D’ailleurs, c’est à Segorbe que le roi Jaime I (Nous vous expliquons qui il est ici) arrivé d’Aragon, a établi sa base pour aller conquérir Valence. Malgré sa position centrale dans la région, Segorbe ne fait pas partie de la zone linguistique valencienne, on n’y parle que le castillan.

Le centre historique et ses petites ruelles typiques du sud de l’Europe témoignent du riche passé multiculturel de la ville. S’y sont succédé les Ibères, les Arabes, les Aragonais puis enfin les Valenciens. La guerre civile espagnole (1936-1939) a mis à mal le patrimoine culturel de la ville mais une énorme campagne de restauration a eu lieu dans les années 1990 donnant au lieu une idée de sa splendeur passée.

Anciennes fortifications

Il y a encore de beaux restes de la cité fortifiée d’antan. La muraille la plus ancienne date d’avant le XIIe siècle, en pleine période musulmane. Le centre historique regorge d’anciennes portes, elles aussi d’origines islamiques. Quant aux tours, elles sont plus récentes (XIV-XVe siècles) et la plus grande d’entre elle, la tour de la prison, mesure 21,3 mètres de haut. Une belle prouesse pour l’époque.

La cathédrale-basilique

Coincée dans les petites ruelles de la vieille-ville, l’énorme cathédrale de style gothique valencien a de la peine à dévoiler toute sa splendeur. (d’où le cadrage super pourri des photos, sorry…) Sa forme est un peu particulière car elle épouse les formes du relief et de l’ancienne muraille. Comme souvent en Espagne, elle a été construite sur les restes d’une ancienne mosquée. Elle date du XIIIe siècle et a été agrandie au XVIIIe siècle.

L’aqueduc

Le premier aqueduc de Segorbe fut construit au XIe siècle en pleine période arabe pour acheminer l’eau du Rio Palancia dans le village. Celui qui est visible aujourd’hui date du XVe siècle et a été bâti sur les ruines de l’ancien. Au XIXe siècle, il a été coupé en son centre afin de laisser passer la route. Un canal en métal a été construit pour relier les deux parties qui ont été sectionnées.

Castillo de la Estrella

Encore une fois, nous n’avons pas pu manquer l’occasion de grimper sur la colline qui domine la ville et qui s’appelle monte de Sopeña. Au sommet, on y trouve le castillo de la Estrella (Château de l’Etoile en français) qui a très probablement été construit sur une ancienne nécropole ibérique. La première construction, comme le reste de la ville, date du XIe siècle durant le règne musulman mais atteignit sa splendeur au XVe siècle quand Segorbe était un carrefour commercial important. Son déclin commença au XVIe siècle avec la construction de la « ville moderne » et du palais ducal (l’actuelle mairie) plus bas. Il connut un regain d’intérêt et un agrandissement au XIXe siècle pendant les guerres carlistes (plusieurs guerres ayant eu lieu en Espagne au XIXe siècle dont les enjeux étaient la conquête du trône royal). D’ailleurs, les fortifications encore visibles aujourd’hui datent de cette époque. Malheureusement, lors de notre passage, le site était fermé pour travaux de rénovation, nous avons dû nous contenter d’une petite partie des extérieurs.

La fermeture du château ne nous a pas empêchés d’admirer la superbe vue sur Segorbe, sa cathédrale, qu’on distingue beaucoup mieux depuis en haut que depuis les ruelles de la ville, et sur tout le paysage de la Sierra de Calderona.

Fuente de los 50 caños

Il nous faut sortir un peu de Segorbe et marcher un petit kilomètre en descendant en direction de la rivière pour découvrir cette magnifique fontaine et ses cinquante robinets, comme son nom l’indique. Chaque robinet est surmonté d’un emblème, un pour chaque province espagnole. Pour la petite leçon de géopolitique (oui, on se la pète un peu), l’Espagne est divisée en 17 communautés autonomes qui sont, elles, divisées en provinces. La Communauté Valencienne compte trois provinces : Valence, Castellon de la Plana et Alicante.

Petite randonnée de Segorbe à Navajas

Au mois d’août, ce n’est franchement pas le bon plan car le soleil cogne et il n’y a pas une once de courant. Mais nous sommes équipés de casquettes, d’une bonne crème solaire et d’une bonne réserve d’eau et il en faut beaucoup plus pour nous arrêter, surtout que nous sommes des amoureux de la chaleur. Quoique, avec 38 degrés, c’est quand même limite. Au moins, nous ne croisons personne en chemin. C’est l’idéal en temps de Covid et ça nous permet d’enlever les masques quelques instants. La balade commence dans les cultures d’arbres fruitiers. Il y a de quoi satisfaire tous les goûts : olives, figues, grenades, oranges, diverses variétés de prunes, poires, etc… Ensuite, le chemin traverse un maquis typiquement méditerranéen et un relief de calcaire où l’érosion a fait un superbe travail.

Salto de la Novia

Après l’effort, le réconfort! Et pas n’importe lequel! Une superbe cascade de plus de trente mètres de hauteur se jette dans le Rio Palancia et nous donne une fraîcheur bienvenue. Mais nous ne sommes pas seuls à vouloir profiter d’un répit pendant cette canicule, le coin est très fréquenté, surtout par des baigneurs. Mais malgré le monde, le coin vaut le détour.

La suite de la balade se fait dans des conditions beaucoup plus agréables puisque nous nous enfonçons dans la forêt bien ombragée qui longe le Rio Palancia. Là aussi, nous pouvons admirer le travail de Dame Nature sur la roche calcaire très friable du coin.

Le long du chemin, nous rencontrons une dizaine de petites fontaines du même style que la Fuente de los 50 caños mais en plus petit. L’eau y est puisée directement depuis le Rio Palancia tout proche. Elles faisaient office de puits à l’époque. Malheureusement pour nous, l’eau n’y est pas potable et nous ne pouvons pas remplir nos gourdes. Nous avons été pourtant prévoyant avec l’eau (quatre litres pour une marche d’à peine plus d’une heure) mais il fait tellement chaud et sec que nos réserves commencent déjà à s’amenuiser.

Navajas

Après un peu plus d’une heure de marche et des litres de transpiration perdus, nous voici arrivé au petit village de Navajas. C’est tout petit et il n’y a pas grand chose à voir mais nous trouvons tout de même une jolie terrasse à l’ombre pour boire une boisson fraîche bien méritée avant de prendre le train du retour.

C’est encore un véritable petit trésor que nous avons déniché là. L’arrière-pays valencien est tout aussi intéressant que le littoral, voire plus. Nous avons pu faire coïncider culture et nature comme on aime tout en étant en dehors des gros circuits touristiques. Nous allons d’ailleurs mettre tout en œuvre pour faire d’autres découvertes de ce genre.

El Puig de Santa Maria et son monastère royal

Depuis que nous nous sommes posés dans la région du Levante, nous sommes toujours à la recherche de coins sympas dans la Communauté Valencienne. Lors de nos longues heures passés à prospecter, nous avons déniché un village qui avait l’air de valoir le détour situeé seulement à deux arrêts plus au sud sur la ligne de Cercanias qui va à Valence.

El Puig de Santa Maria (à prononcer Poudje car c’est du valencien) est un petit village situé à équidistance de Valence et de Sagunto. C’est un véritable havre de paix dans la torpeur estivale où nous avons été accueillis comme des rois, les touristes étrangers se faisant vraiment rares cette année à cause de la pandémie de Covid 19. Les ruelles endormies et les façades des maisons blanchies à la chaux nous donnent déjà un petit avant goût de « pueblos blancos » (villages blancs typiques d’Andalousie) andalous même si la culture, la langue et les coupoles de tuiles bleues sont typiquement valenciennes.

Colline de la Pata

Vous nous connaissez, dès qu’il y a une colline à escalader, nous répondons présents! La colline de la Pata est la plus grande de la ville car, oui, il y en a plusieurs. A son sommet, on y trouve les ruines du château de Jaime I. En parlant de ruines, ce sont juste quelques cailloux éparpillés par terre qui sont parvenus jusqu’à nous. C’est bien dommage car l’histoire de cette forteresse est vraiment intéressante. Elle fut construite au XIe siècle par les Arabes. Pour rappel, à cette époque, l’Espagne du sud était musulmane. Mais au XIIIe siècle, un jeune roi fougueux venu d’Aragon du nom de Jaime I, surnommé « el conquistador » (le conquérant en français) vint conquérir la région et chasser les musulmans. Très vite, il céda le territoire à un local, Arnau de Cardona car, après avoir conquis les Baléares, il devait encore aller conquérir la région de Murcia. Rien que ça! Ensuite, se déroula la guerre des Pedros, tout simplement car elle impliqua quatre Pedro différents qui tous occupèrent le château : Pedro el Ceremonioso, Pedro de Jérica, Pedro Boïl et Pedro IV d’Aragon. Ils n’étaient pas très inspirés pour les prénoms à l’époque! Finalement, le dernier, Pedro IV d’Aragon ordonna la destruction de l’édifice, d’où les trois pauvres pierres en croix observables aujourd’hui.

Malgré un site historique plutôt maigre en vestiges, nous ne sommes pas déçus d’avoir fait l’effort de grimper cette petite colline car la vue vaut à elle seule le détour. Le panorama s’étend sur le village d’El Puig, sur la Huerta (la grande plaine fertile qui entoure Valence), sur la Sierra de Calderona, sur la mer Méditerranée, jusqu’à Sagunto au nord et jusqu’à Valence au sud.

Colline Santa Barbara

Nous vous avions bien dit qu’il n’y avait pas qu’une seule colline au Puig! Etant plus petite que sa voisine, la Pata, la colline de Santa Barbara n’offre pas une vue de ouf sur les alentours. Par contre, une magnifique pinède ainsi que quelques oliviers bordent ses flancs. Pas de doute, nous sommes bien en région méditerranéenne! Et c’est tant mieux car le soleil tape fort et nous avons besoin de ces arbres pour nous faire un peu d’ombre! Pour y monter, nous empruntons le « Chemin des Poèmes », car il y a quelques poèmes de poètes locaux, en castillan ou en valencien, affichés au bord du sentier.

A son sommet, se trouve le tout petit ermitage de Santa Barbara, bien mieux conservé que le château. Il a été construit au XVIIIe siècle, en l’honneur de Santa Barbara, la patronne des travailleurs.

Monastère royal

Ce mastodonte est le bâtiment emblème du village. Le monastère royal, également appelé monastère de Santa Maria, a été construit sur ordre de Jaime I, le fameux roi conquistador, dans le but de convertir la population locale au catholicisme. D’ailleurs, la Vierge du Puig a été, pendant des siècles, considérée comme la patronne de tout le royaume de Valence, dont le territoire correspond plus ou moins à la Communauté Valencienne actuelle. Elle est encore fêtée aujourd’hui, chaque année, le 9 octobre. Si vous êtes déjà venus dans la région et si vous vous êtes demandés (comme nous!) pourquoi tout se référait au 9 octobre, maintenant vous savez! Le bâtiment est de style Renaissance avec quatre tours défensives à chaque coin. L’église attenante est, elle, de style gothique. Pourtant, tout date de la même époque (XIIIe – XIVe siècle). L’emplacement du monastère n’est pas un hasard. Les musulmans avaient décrété cette petite colline libre de foi. Jaime I en a profité pour s’approprier le lieu afin d’asseoir la suprématie catholique. Aujourd’hui, le site est fréquemment visité par la famille royale espagnole. Il possède deux héliports, un pour le roi, un pour la reine. Si le couple royal se promène dans deux hélicoptères différents, ce n’est pas pour se la péter, ni pour éviter les disputes conjugales mais pour garantir la gouvernance du pays en cas de crash d’un des deux appareils. L’Espagne est une monarchie parlementaire et le roi a parfois son mot à dire en politique, principalement en ce qui concerne le Senat. Même si le pays ne s’arrêterait pas complètement de tourner sans son monarque, ce serait un peu embêtant que toute la famille royale périsse dans un crash. Il n’y aurait plus personne pour prononcer le fameux discours du Nouvel An ou pour soutenir « La Roja », notre équipe nationale de football, lors des compétitions internationales.

El Puig de Santa Maria est un bel exemple de l’Espagne rurale avec ses ruelles, sa torpeur estivale, ses heures de sieste et son bâtiment religieux autour duquel toute la vie du village s’organise. Pourtant, nous ne sommes qu’à une dizaine de kilomètres de Valence qui est la troisième ville du pays et qui est bien plus dynamique!

C’est le genre de coin un peu hors des sentiers battus que nous affectionnons particulièrement et qui, en Europe, sont encore assez faciles d’accès. Même si nous savons pertinemment que nous devons ce calme en partie à la crise du Covid-19.

Castellón de la Plana et le méridien de Greenwich

En étudiant de plus près la carte de la Communauté Valencienne, nous remarquons qu’il y a un point assez important dans le quart nord de celle-ci, qui nous est pratiquement inconnu et au fort joli nom : Castellón de la Plana. C’est le genre de coin, loin des lieux touristiques, que nous affectionnons de découvrir. Pour ce faire, nous utilisons un transport public que nous apprécions particulièrement : le train. Depuis Sagunto, il suffit de quarante minutes de Cercanias ou plutôt de Rodalies en Valencien (l’équivalent du TER français ou de la S-Bahn suisse) pour nous rendre à notre but du jour.

Castellón de la Plana n’est qu’une petite capitale de province mais quand même la quatrième ville de la Communauté Valencienne. Vu sa situation au nord de la région, l’ambiance catalane est très présente. Elle n’a pas la beauté de sa grande voisine du sud, Valence ni le potentiel touristique d’Alicante, et notre arrivée nous laisse un peu dubitatifs, ce n’est pas vraiment fou. Par contre, ce qui nous frappe, c’est une vraie douceur de vivre très méditerranéenne et très agréable, même en dehors des heures de sieste. (de 14 heures à 17 heures environ, un peu plus en plein été). Mais à force de déambuler dans les ruelles, nous réussissons quand même à trouver des sites dignes d’intérêt et finissons même par trouver du charme à cette ville, de prime abord, ordinaire.

Plaza Mayor

C’est clairement l’atout charme de la ville! En Espagne, il est courant de nommer la place principale, Plaza Mayor (Grande Place). Castellón de la Plana ne fait pas exception à la règle et aurait tort de se priver d’un nom aussi grandiloquent car ce lieu est vraiment de toute beauté même s’il n’est pas aussi grand que son nom pourrait laisser à supposer. Elle est bordée par le bâtiment du marché central et par l’Ayutamento (la mairie), une superbe bâtisse de style baroque construite entre les XVIIe et XVIIIe siècles.

Cocathédrale Santa Maria

Située également sur la Plaza Mayor, cette magnifique cathédrale de style gothique valencien date du XIVe siècle. Mais il ne reste en réalité que peu de vestiges de cette époque car l’édifice fut presque entièrement détruit pendant la guerre civile espagnole en 1936. Il faut reconnaître que la reconstruction est assez réussie! Sa particularité réside dans son campanile (ou clocher si vous préférez), complètement séparé du bâtiment principal, surnommé ici El Fadri (aucune idée si ce nom a une signification précise, nous ne nous sommes pas encore mis au valencien). Cette tour octogonale, haute de 58 mètres, date du XVe siècle et possède quatre étages : une salle de l’horloge, une prison, le logement du sonneur de cloche et la salle des cloches. Une vraie prouesse architecturale pour l’époque!

Parque Ribalta

Il faisait déjà chaud en Espagne bien avant le réchauffement climatique! Il est donc courant de trouver, dans chaque ville, un parc avec de hauts arbres accordant une ombre bienvenue. Le parc de la Ribalta a été conçu à la fin du XIXe siècle, lors de l’essor industriel de Castellón de la Plana. Il a été construit aux abords de la gare, qui ne se trouve plus du tout au même endroit aujourd’hui, afin de montrer aux voyageurs du chemin de fer la bonne santé économique de la ville. Il est vrai qu’après une bonne journée de visite sous la chaleur du mois d’août, c’est agréable de se poser sur un de ces magnifiques bancs en céramique nous donnant un avant-goût d’Andalousie.

Parc du méridien

Il se mérite ce coin! Il faut marcher cinquante minutes depuis le centre-ville pour y arriver. Mais il en faut bien plus pour nous décourager, surtout que nous avions oublié à quel point il est vraiment facile d’être piéton en Europe! Mais nous n’avons pas fait tout ce trajet juste pour un parc, même si c’est une zone écologique de végétation humide de Méditerranée ainsi qu’un sanctuaire pour la faune locale. Le but de notre quête, comme vous l’avez sûrement deviné grâce au titre de ce paragraphe, c’est le méridien de Greenwich. Le seul et unique! Le point zéro de longitude! Le point de départ pour tous les fuseaux horaire du monde! Mais pas seulement! Nous sommes au point exact où il croise le quarantième parallèle nord. Du pain béni pour des passionnées de points géographiques comme nous! Au XIXe siècle, plusieurs scientifiques internationaux se sont installés à Castellón de la Plana pour étudier ce fameux point, mais il n’a été découvert qu’en 1988. Par contre, bien que l’Espagne soit alignée sur ce fameux méridien, son heure, elle, est alignée sur celle de…. Berlin! La faute à Franco, grand dictateur fou espagnol qui a dirigé le pays d’une main de fer de 1936 à 1975 et qui, bien qu’officiellement neutre durant la Seconde Guerre Mondiale, s’est acoquiné en douce avec l’Allemagne nazie au point d’adopter son fuseau horaire.

Basilique Santa Maria del Lleido

C’est en nous rendant au parc du Méridien que nous sommes tombés presque par hasard sur ce petit bijou. Cette petite église au milieu de nulle part a quand même été consacrée basilique par le pape Jean-Paul II en 1983 car c’est un des hauts lieux du culte à la Vierge Marie. C’est également une étape importante d’un des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle et les pèlerins peuvent même prétendre à une bénédiction deux fois par jour. Si l’extérieur est typiquement de style valencien assez épuré (XIVe puis XVIIe siècles), l’intérieur est décoré beaucoup plus richement, avec un style plutôt baroque italien.

Castellón de la Plana est typiquement la ville qui ne paie pas de mine au premier abord mais qui dévoile petit à petit ses quelques trésors à celui qui sait observer. C’est exactement le genre de lieu que nous affectionnons tout particulièrement, hors des sentiers battus, car nous y trouvons souvent une âme, une authenticité et peu de touristes. Une bonne journée suffit pour la visiter mais nous vous recommandons chaudement un petit détour dans le coin.

Sagunto, sa juderia, son château et sa playa

Nous vous l’annoncions depuis des mois! Cette fois, ça y est! Nous sommes enfin arrivés en terre hispanique! Pour y arriver, nous avons choisi le train par conviction écologique, mais aussi parce-que nous étions bien chargés vu que nous avons pris toutes nos affaires restées en Suisse. Il nous reste encore quelques petites tracasseries administratives mais dans l’ensemble, nous sommes bien installés.

Nous avons également profité de jouer les touristes pour vous présenter le lieu où nous avons posé nos sacs le temps que la situation due à la Covid-19 se décante.

Mais, c’est où Sagunto?

En Espagne! (Sans blague!) Sagunto est une petite bourgade à vingt-cinq kilomètres au nord de la ville de Valence sur la côte méditerranéenne. Plus de 60’000 habitants quand même la petite bourgade, mais à l’échelle espagnole, c’est un village. A l’échelle suisse, c’est une mégapole! C’est le fief familial de Fabien où sa maman et ses tantes possèdent un appartement près de la plage. (Un grand MERCI à elles de nous laisser l’occuper!) A première vue, ça ressemble à une station balnéaire sans intérêt mais, en y regardant de plus près et en s’éloignant de la plage, il y a quelques sites dignes d’intérêt.

Sagunto

Sagunto se divise en deux centres urbains distincts : Sagunto, à flanc de colline où se trouvent la gare, le centre historique et le château et Puerto de Sagunto, sur le littoral, où se trouvent le port, les grands centres commerciaux, la zone industrielle et la station balnéaire.

Le centre historique

Il faut s’éloigner du quartier peu reluisant de la gare en direction des collines pour trouver ce petit bijou. On y retrouve la torpeur espagnole d’un après-midi ensoleillé durant l’heure de la sieste. C’est un vrai labyrinthe de petites ruelles dont le tracé n’a pas du tout changé depuis le Moyen-Age. Au cœur du quartier, se trouve la Juderia, le quartier juif dont les habitants avaient une grande influence sur la prospérité commerciale de Sagunto, qui s’appelait à l’époque médiévale Morvedre. Au centre, se dresse, tel un géant, la cathédrale Santa Maria, un monstre de style gothique valencien bâti au XIVe siècle sur le site d’une ancienne mosquée. Ces changements d’affectation de lieux sacrés ne sont pas rares, la très catholique Espagne a un passé religieux très multiculturel.

Le théâtre romain

Sagunto n’a pas attendu l’arrivée des juifs pour être un grand centre névralgique de la côte méditerranéenne. C’était déjà le cas à l’époque romaine quand « Saguntum », le nom latin de Sagunto, était une grande capitale régionale. En témoigne le théâtre romain, construit sous Tibère au Ier siècle de notre ère. Dans les années 1990, une grande campagne de restauration a été lancée afin de redonner vie au lieu en y créant une scène où sont joués des concerts ou des pièces de théâtre. (hors Covid, bien sûr!) dans un style très XXIe siècle. La restauration n’a pas été au goût de tout le monde et a créé de vives polémiques, l’affaire a même été portée devant les tribunaux. Tandis que certains ont applaudi l’audace architecturale, d’autres, plus puristes, ont crié au scandale….

Le château

Le château de Sagunto est en fait une immense forteresse qui s’étend sur deux collines surplombant la ville et toute la plaine aux alentours. Il a été bâti au Xe siècle sur le site du forum romain et sur l’ancien village du peuple ibère. Les murs extérieurs encore debout datent de l’époque musulmane. A l’intérieur, ce ne sont plus que des ruines mais on peut y découvrir le passage des différents peuples (Ibères, Romains, Arabes, Wisigoths,…) qui ont habité le coin à travers les siècles. La ville a été prise dans tous les conflits qui ont ravagé la péninsule ibérique à l’époque médiévale et le château a pas mal morflé à chacun d’eux, d’où un état de conservation assez mauvais.

La nécropole juive

Au pied des remparts, on peut apercevoir des petites cavernes creusées dans la roche. Ce sont tout simplement les caveaux d’un ancien cimetière juif. Pendant la guerre civile espagnole, ces petites grottes ont servi d’abris aux réfugiés.

Et la vue qui en jette!

Si construire des châteaux sur les collines était, à l’époque, une stratégie de défense, nous profitons aujourd’hui, en temps de paix, de la superbe vue que nous offre le site. Le panorama s’étend de la mer méditerranée, à la Huerta (la plaine fertile qui entoure Valence) jusqu’aux magnifiques montagnes de la Sierra Calderona. Nous ne regrettons aucunement le petit effort qu’il faut faire pour grimper jusqu’à la forteresse.

Puerto de Sagunto

Pour être honnête, c’est beaucoup moins glamour que le vieux village à flanc de montagne. C’est une station balnéaire qui a été montée de toutes pièces lors de la démocratisation du tourisme de masse. Malheureusement, l’Espagne a aussi connu le massacre architectural des décennies 1960-1970, surtout sur le littoral. Mais en fouinant un peu, nous avons réussi à trouver une histoire et quelques pépites (très!) bien cachées.

Passé industriel

En 1917, une compagnie minière s’installa dans les parages afin d’y extraire divers métaux, principalement du fer. Elle y construisit un port ainsi que divers ateliers de réparation de bateaux. Avec le nombre d’emplois crées, une petite communauté prit ses quartiers dans les environs et fonda le village de Puerto de Sagunto qui connut son apogée dans les années 1920 avec l’industrie sidérurgique. Apogée qui se poursuivit durant la Guerre Civile Espagnole puis la Seconde Guerre Mondiale grâce au transport maritime des oranges. Cet âge d’or continua jusque dans les années 1980. Aujourd’hui, il reste quelques vestiges architecturaux de cette époque comme des anciens bâtiments industriels, un quartier ouvrier et des villas.

Eglise Nuestra Senora de Begonia

C’est sûrement le plus bel exemple de l’âge d’or de Puerto de Sagunto. Cette petite église baroque a été construite en 1929 sur le modèle de celle de Bilbao, une partie des nouveaux venus pour travailler dans les usines sidérurgiques venait du Pays Basque. L’architecture classique n’est pas sans rappeler les années glorieuses de la conquête espagnole en Amérique latine.

La playa

L’attrait principal de Puerto de Sagunto au XXIe siècle reste quand même la plage. Cette année, nous avons une chance incroyable car la mer est turquoise et le sable, même s’il n’est pas blanc, est vraiment fin. Fab, qui est venu pratiquement chaque année depuis son enfance, ne se souvient pas d’y avoir vu une mer aussi belle.

Finalement, notre lieu de villégiature s’avère être une vraie perle culturelle dans un environnement assez sympa!

Pour conclure, nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise est que le Coronavirus est toujours là, principalement dans les régions de la Catalogne et d’Aragon et que, suite à ça, nous n’allons pas trop crapahuter à travers toute l’Espagne. La bonne nouvelle est qu’apparemment, la Communauté Valencienne où on recense relativement peu de cas de Covid, regorge de ce genre de petits trésors et que nous sommes très motivés à aller les découvrir.