Almenara et les vestiges de la Guerre Civile Espagnole

Lors de notre visite au Vall d’Uixo, nous étions partis sur les traces de la Guerre Civile Espagnole via la ligne de défense XYZ. Nous avons découvert que cette fameuse ligne partait de la localité d’Almenara, à mi-chemin entre Sagunto et Vall d’Uixo, donc tout près de chez nous. La motivation fut vite trouvée pour nous rendre dans ce nouveau coin à découvrir.

Notre visite s’est faite en deux fois : la première fois, début septembre, dans la plaine car nous avons bénéficié d’une visite guidée de la ligne XYZ. Mais avec la chaleur écrasante de l’époque et la longueur de la visite, nous avions renoncé à grimper jusqu’au château le même jour. C’est par une belle journée d’octobre avec des températures plus agréables bien qu’encore estivales que nous sommes partis à la découverte du village d’Almenara.

Le village d’Almenara n’est pas le plus pittoresque de la région mais il subsiste un petit patrimoine historique comme l’église paroissiale du XVIIIe siècle, un reste de muraille du XVIe siècle ainsi que l’ancien lavoir.

Le nom Almenara est directement tiré de l’arabe Al-manara et signifie tour de garde, en référence aux deux tours de garde, encore bien conservée, qui entouraient le château.

Le château

Vous commencez à avoir l’habitude de notre petite grimpette du jour. Almenara ne déroge pas à la règle puisqu’elle aussi possède sa colline avec son château. La montée est facile et accessible à tous, il faut toutefois se munir de bonnes chaussures! Le sentier traverse un superbe maquis méditerranéen. La veille de notre balade, il a plu toute la journée, la végétation était donc bien verte.

En chemin, nous croisons une petite grotte de chauves-souris mais comme nous sommes en journée, elles dorment et nous ne nous attardons pas afin de ne pas les déranger.

Le château date du Xe siècle et a été construit sur d’anciens restes romains. Après la conquête de Jaime Ier (le fameux!), il fut rattaché au royaume d’Aragon puis peu à peu laissé à l’abandon d’où un état de conservation déplorable. Les deux tours de gardes sont, quant à elles, bien conservées.

La vue de ouf!

Si nous avons pris la peine de grimper jusqu’au château, c’est quand même pour la vue sur la Huerta et la Sierra de Espadan. Mais nous ne nous attendions pas à quelque-chose d’aussi grandiose! Il faut dire que le temps est splendide, la végétation bien verte et la mer Méditerranée a une couleur incroyable qui n’a rien à envier à la mer des Caraïbes!

En chemin, nous avons découvert quelques vestiges dont nous soupçonnons fortement qu’ils nous viennent tout droit de la guerre civile, la ligne XYZ passant dans le coin.

Estanys

Estany en Valencien signifie étang. Effectivement, il y a trois lagunes d’eau douce classées parc naturel, vestiges d’une ancienne grande zone humide qui couvrait toute la plaine côtière avant l’arrivée des cultures. Elles se situent entre le village d’Almenara et la mer Méditerranée. Le coin ressemble plus aux plaines cambodgiennes qu’à la côte méditerranéenne espagnole. Une fois n’est pas coutume, nous avons une bonne nouvelle concernant cette petite réserve : le niveau de l’eau n’a jamais été aussi élevé en été depuis 25 ans! Ceci grâce à des militants écolos de la région qui ont convaincu les agriculteurs de diminuer les cultures intensives dans la plaine et de ne pas pomper l’eau des lagunes pour l’arrosage des champs. Le pari est réussi et nous en sommes évidemment ravis! Le mouvement écologique prend de plus en plus d’ampleur en Espagne et ses membres commencent vraiment à être pris au sérieux. Une petite victoire qu’il vaut la peine de souligner.

Marjal de los Ullals

C’est une grande zone humide couvrant 1486 hectares dont font partie les Estanys. C’est exactement le même environnement que la Marjal del Morro près de Puçol. Ici aussi les écologistes ont réussi leur pari de garder un niveau d’eau assez élevé pour l’été. En hiver, pendant les jours pluvieux, il n’est pas rare que la plaine soit inondée.

Ligne XYZ

Si nous avons fait tout ce chemin depuis le village jusqu’à la Marjal, ce n’est pas uniquement pour la beauté du paysage. Quoique, il vaudrait la peine de ne venir que pour ça. On y trouve également quelques vestiges de la fameuse ligne XYZ. Lors de notre précédent article mentionnant cette ligne, certains d’entre vous vous êtes étonnés de son nom. Donc, oui, XYZ c’est bien son vrai nom! Mais pourquoi ce nom? Car ce sont les trois dernières lettres de l’alphabet et après, il n’y a plus rien. Et c’est vrai, c’était la dernière ligne où les Républicains défendaient la ville de Valence, devenue capitale d’Espagne depuis la chute de Madrid au mains des Franquistes. La Communauté Valencienne étant la dernière région a avoir résisté à l’assaut des Nationalistes. Pour y accéder, il faut se rendre au centre d’interprétation de la ligne XYZ située près des Estanys et demander une visite guidée. N’essayez pas de vous y rendre tout seul, vous ne trouverez pas les vestiges cachés au milieu de la végétation de la réserve! Surtout que la balade est gratuite et très intéressante. Il faut juste comprendre le castillan ou le valencien. Le seul petit hic, c’est que les historiens galèrent à trouver des archives fiables sur le sujet dans la région car tout ce qui avait trait aux Républicains a été détruit ou brûlé sur ordre du Général Franco après la guerre. Ils se basent donc sur les récits des anciens combattants ou de leurs descendants et, bien sûr, toutes les histoires ne sont pas vérifiables.

La construction de la ligne a été commencée durant l’été 1938 et a été terminée en trois semaines. Une vraie prouesse car les travaux s’effectuaient principalement de nuit afin de ne pas attirer l’attention de l’ennemi. Les conditions de travail étaient difficiles. C’est une zone humide, inondable, les températures grimpent facilement jusqu’à quarante degrés et les moustiques prolifèrent. Beaucoup d’ouvriers moururent du paludisme, ce qui peut paraître fou aujourd’hui mais pas à l’époque. La maladie n’a été éradiquée d’Espagne qu’en 1964. Mais une ligne de défense dans les marécages n’a pas que des inconvénients. Les bâtiments se fondent dans la végétation et sont pratiquement indétectables vus d’avion. C’est grâce à ce flou géographique que les Républicains réussirent à maintenir le front de guerre quelques kilomètres plus au nord laissant la localité d’Almenara relativement paisible pendant les périodes de combats.

Après trois heures de visite, il commence à faire chaud, la fatigue se fait sentir et le cerveau de Van commence à saturer à force de se concentrer sur les explications en castillan. Mais la balade s’achève en beauté sur la Belle Bleue!

Voilà encore un petit trésor valencien que nous venons de découvrir. Almenara a le mérite de mixer culture et nature, c’est exactement ce que nous aimons!

Petite spoiler alert!

Souvenez-vous, dans notre article sur Séville, nous avons glissé un indice sur notre retraite hivernale! Vous avez été plusieurs à jouer le jeu de la devinette, certains d’entre vous ont même essayé de lire entre les lignes ou d’interpréter nos propos afin d’essayer de trouver notre destination. Nous nous sommes bien amusés à lire vos réponses. En fait, il fallait juste observer les photos. L’indice qu’il fallait trouver est celui-là :

Bravo à notre ami Seb qui a été le premier à trouver la réponse! Si la situation sanitaire le permet, nous devrions partir pour Tenerife le 28 octobre. La tendance actuelle est plutôt d’instaurer un couvre-feu nocturne donc nous avons bon espoir de pouvoir nous y rendre. Nous avons avancé notre programme d’un mois car avec la Covid qui joue les trouble-fêtes nous avons préféré anticiper un éventuel reconfinement. Vu l’actualité, nous avons renoncé à quitter l’Espagne pour ne pas nous retrouver avec des problèmes de visa comme ça a fini par être le cas en Malaisie. De toute façon, Tenerife est une île que nous ne connaissons pas du tout et c’est un coin où nous n’aurions pas forcément pensé à y aller en d’autres circonstances.

Santa Pola, ses plages et ses salines

Etre backpacker en Espagne, ce n’est pas impossible mais c’est un peu la galère pour trouver un logement dans notre budget. Il faut anticiper et bien comparer les prix. Le système de « partir à l’arrache » comme en Asie ou en Amérique du Sud ne fonctionne pas en Europe à moins d’avoir un budget illimité. Nos recherches nous ont mené dans la petite ville côtière de Santa Pola, un coin dont nous n’avions jamais entendu parler. Mais comme ça se situe en bord de mer, nous n’avons pas hésité à tenter le coup.

Santa Pola est une petite ville côtière et une station balnéaire au sud d’Alicante située sur un petit cap. C’est un fief de retraités anglais et scandinaves dont la plupart y possède une résidence secondaire afin de profiter du climat clément du sud de l’Espagne toute l’année.

Château-forteresse de Santa Pola

C’est vraiment le seul édifice digne d’intérêt dans la ville de Santa Pola. Cette forteresse, en très bon état de conservation, fut construite dès 1557. Des ingénieurs italiens ont été engagés pour les travaux afin de donner à l’édifice un style Renaissance. Le but du château était de protéger les marins des attaques de pirates très courantes à l’époque.

Patio de Armas

C’est la cour intérieure du château qui fait office de place centrale de la ville. Aujourd’hui, on y trouve le musée de la mer ainsi que quelques salles municipales. La cour sert également de lieu pour les évènements culturels (hors Covid, bien sûr!). Au centre du patio, se trouve l’emblème de la ville de Santa Pola.

Côté mer

Si Santa Pola n’offre que très peu d’intérêt côté ville, elle se rattrape un peu côté mer. La ville est située sur un cap et possède treize kilomètres de côtes.

Le port de pêche

La pêche est la principale économie de la ville et emploie plus de huit pour cent de la population. C’est une tradition qui remonte à l’époque romaine pour connaître son apogée dans les années 1980 quand Santa Pola possédait la plus grande flotte de bateau de pêcheurs de toute la Communauté Valencienne. Aujourd’hui, c’est une activité qui a un peu diminué mais qui reste essentielle pour la survie d’une partie des habitants de la ville. Une grande variété de poissons et de fruits de mer y est pêchée chaque jour avant d’être vendue au marché attenant au port. Il faut venir aux aurores pour assister à la criée, mais comme nous ne sommes pas du matin et que nous ignorions que ça existait, nous l’avons loupée. Nous avons, en revanche, assisté, dans la torpeur d’un chaud après-midi d’arrière été, à l’entretien des bateaux et des filets.

La marina

Bienvenue dans le quartier chic de Santa Pola conçue pour exaucer tous les désirs des touristes fortunés d’Europe du Nord. En gros, il y a des yachts, des restaurants de poissons surfaits, des bars tout aussi surfaits et des menus écrits en anglais. Vous l’aurez compris, nous ne nous y sommes pas attardés.

Playa de Tamarit

C’est la plage urbaine de Santa Pola située au bout du cap. C’est une des seules plages de la Communauté Valencienne à être située plein sud. Le sable est gris et paraît inesthétique au premier abord mais il est super doux sous la plante des pieds. L’eau, quant à elle, est limpide et grouille de poissons mais elle commence à être vraiment froide et seuls quelques téméraires venus du nord s’adonnent à la baignade. Par contre, les températures restent très estivales pour rester sur le sable.

Playa la Gola

Il suffit de longer la côte en direction du sud sur un bon kilomètres pour arriver sur cette superbe plage complètement sauvage. L’eau n’y est pas plus chaude qu’en ville mais elle reste très belle et cristalline. La plage est protégée par de magnifiques dunes.

Les salines

Les salines de Santa Pola couvrent 2470 hectares et ont été déclarées parc naturel car plusieurs espèces d’oiseaux comme des flamands roses, des cormorans ou encore des grues qui viennent nicher dans les lagunes salées et car il y pousse une espèce unique de végétation capable de vivre dans un environnement très salé. L’activité dans les salines a commencé un peu par hasard au début du XXe siècle. On a d’abord découvert que l’eau de mer avait une forte teneur en sel. Nous confirmons : nous avons été tremper nos gambettes dans la mer et elles en sont ressorties blanches de sel! Puis, grâce au climat semi-aride et très ensoleillé de la région, on a découvert que l’eau s’évaporait rapidement laissant des montagnes de sel. Avec la pêche, l’extraction de sel est une de principales activités économiques de la ville.

Non, ce blanc étincelant n’est PAS de la neige!

C’est une montagne de sel qui a été extrait des salines et qui est prêt à être conditionné pour atterrir dans nos plats ou sur des routes enneigées. Avec tout ce sel, l’air ambiant est vraiment très iodé. Un bon remède pour nos bronches mises à mal par le climat semi-aride du sud de l’Espagne.

Casamatas

Lors de notre balade dans les salines, nous sommes tombés complètement par hasard sur ces vestiges de la Guerre Civile Espagnole. Ces petits édifices en béton armés servaient principalement à l’observation du littoral et de l’espace aérien. Ils sont restés en très bon état car, selon les services secrets de Franco, la région n’avait rien de stratégique et la zone n’a pas été bombardée.

Faro de Santa Pola

Lors de notre pause estivale à Alicante en 2021, nous avons été découvrir le nord du Cap de Santa Pola que nous avons zappé lors de notre premier passage dans la station balnéaire en septembre 2020. Il y a un petit phare sur un promontoire rocheux, à 3,5 kilomètres du centre de Santa Pola, accessible en marchant dans une petite garrigue depuis la localité de Gran Alacant, sur la ligne de bus Alicante – Santa Pola. Il a été construit en 1858 et domine toute la baie d’Alicante ainsi que la huerta d’Elche. La particularité de ce rocher est qu’il ne se jette pas dans la mer mais surplombe une petite plaine côtière bordée par des dunes et de superbes plages. Il y a un mirador pour observer la superbe vue mais nous vous le déconseillons si vous souffrez de vertige : la passerelle s’avance un peu dans le vide et le sol est grillagé, donc vous pouvez voir le vide sous vos pieds. Mais il est possible de profiter du site sans passer par la passerelle.

Le petit îlot que nous apercevons au large, c’est l’île de Tabarca, la plus grande île de la Communauté Valencienne et la seule à être habitée. (51 habitants quand même!) En gros, les autres îles de la région sont de simples rochers émergeant de la mer. Elle est accessible en bateau d’Alicante ou de Santa Pola et elle est surtout connue pour ses eaux transparente et sa réserve marine.

Clot de Galvany

En descendant de la colline du phare en direction du nord, nous avons aperçu de petits étangs au milieu du maquis ressemblant étrangement à des zones humides. Il nous fallait absolument voir ça de plus près! En fait, il y a en tout cinq étangs d’eau douce alimentés par l’eau de pluie en automne et en hiver. C’est un sanctuaire à oiseaux comme des canards, des poules d’eau, des grues, des flamands roses, etc… Une grande boucle de quatre kilomètres en fait le tour (et nous qui pensions que c’était tout petit!). Le chemin est facile et, sauf pour monter à certains miradors, c’est tout plat. Avec les complexes touristiques de Gran Alacant et d’Arenas del Sol tout proches, nous ne nous attendions absolument pas à trouver autant de nature dans le coin!

Sur le chemin, nous croisons quelques casamatas. Le clot de Galvany se trouve exactement sur l’ancienne ligne de défense républicaine de la ville d’Alicante durant la Guerre Civile.

Les dunes

Il y a tout un système de dunes mobiles, c’est à dire constituées entièrement de sable et qui changent au gré du vent. Elles abritent la superbe plage de Arenas del Sol. Malgré la haute fréquentation du mois d’août, nous avons eu vrai coup de cœur et n’avons pas pu nous empêcher de nous tremper dans les eaux dignes d’une mer des Caraïbes afin d’en tester la température. Verdict : l’eau est super bonne même pour Van la frileuse!

Nous ne nous attendions vraiment à rien de Santa Pola. Finalement, ce sera une étape vraiment sympa et une grosse surprise pour les espaces naturels. Nous nous sommes cultivés sur l’extraction du sel et avons bien profité des températures estivales au bord de la mer. C’est très bien pour des vacances balnéaires en famille et si la culture vous manque, Alicante et Elche ne sont vraiment pas loin.

Elche, la plus grande palmeraie d’Europe et son mystère médiéval

Ce qu’il y a de bien avec Alicante, c’est qu’elle est située dans une région où il y a une multitude de choses à découvrir. Il suffit de prendre le train! Mais pour ça, il faut se rendre à la gare. Comme nous ne logeons pas directement au centre-ville, nous nous rendons à la petite halte de San Gabriel au sud du centre-ville plus proche qu’Alicante Terminal, la gare centrale. Nous n’avons pas pour habitude de vous parler des gares, surtout qu’en Espagne elle sont, en général, peu dignes d’intérêt mais quand celle-ci est située en bord de mer, ça vaut le coup d’œil!

Notre but du jour est de nous rendre à Elche, accessible en quinze minutes d’Alicante avec le Cercanias (le TER ou S-Bahn espagnol).

Nous avons trouvé Alicante très calme. Elche, c’est cent fois plus tranquille! C’est quand même en partie à cause de la pandémie de Covid 19. Pourtant, c’est la troisième ville de toute la Communauté Valencienne! Si vous aimez les villes dynamiques pour faire la fête, passez votre chemin! Par contre, si vous êtes férus d’histoire et fascinés par les Mille et Une Nuits, foncez!

Centre historique

Ici, il saute au yeux que le sud de la péninsule ibérique a un passé arabe! L’architecture islamique y est encore très présente! Certaines places nous ramènent au Maroc. Pourtant, la ville a un passé très multiculturel. Ce sont les Ibères qui les premiers s’y sont installé, suivi des Carthaginois, des Romains, des Wisigoths, des Arabes et enfin des Castillans. Vu l’ambiance du centre-ville, nous sentons que nous nous sommes rapprochés un peu de l’Andalousie.

La Dame d’Elche

A notre arrivée dans le centre historique, nous sommes accueillis par une femme au look un peu particulier, la Dame d’Elche. Ce n’est pas une personnalité connue mais juste une sculpture. Mais pas n’importe laquelle! C’est sûrement l’œuvre d’art hispanique la plus ancienne (Ve siècle avant J-C). Cette statue haute de 56 centimètres a été découverte en très bon état de conservation sur le site romain d’Elche, à deux kilomètres du centre-ville. Il y a une cavité dans le buste qui servait probablement a y introduire des reliques, des objets sacrés ou des offrandes. L’œuvre originale se trouve au musée archéologique national de Madrid mais on peut observer des reproductions dans le centre-ville et au musée archéologique local.

Le Mystère d’Elche

Le Mystère d’Elche, ou Festa, est une représentation théâtrale qui se tient chaque année au mois d’août dans la basilique. Elle se joue en valencien et en latin. Elle a été créée au XIIIe ou XVe siècle (tout le monde n’arrive pas à se mettre d’accord sur la date d’origine) et possédait des droits spéciaux car, selon le Concile de Trente, il était interdit de jouer une pièce de théâtre dans des églises. Chaque personnage était incarné par des hommes car il était interdit, à l’époque, aux femmes de prendre part à des représentations de ce genre. Cette pièce est unique en son genre car elle a été jouée sans interruption depuis sa création au Moyen-Age jusqu’à aujourd’hui. Elle a même eu lieu en cette année de pandémie, mais, évidemment, sous des conditions particulières. Grâce à son histoire et son caractère uniques, elle figure sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO.

La basilique Santa Maria

L’histoire se répète, la basilique a été construite sur les ruines de l’ancienne mosquée. La première église chrétienne, de style gothique, a été construite en 1265 lors de la conquête de la ville par Jaime I (oui, encore lui!) Le bâtiment actuel date des XVIIe et XVIIIe siècles et est de style baroque espagnol. Pour être francs, nous n’avions pas vraiment capté l’architecture baroque car, à part pour le portail sur la façade d’entrée, la basilique est plutôt sobre et de style bien médiéval. Rien à voir avec Vienne ou les villes italiennes où le baroque est beaucoup plus chargé.

Palais d’Altamira

La première partie du palais a été construite par les Arabes dès les XIIe siècle. Ensuite, il fut agrandi au XVe siècle par Guttiere de Cardenas, le premier seigneur catholique de la ville qui en fit sa résidence principale. Pendant la Guerre Civile Espagnole, il a été utilisé comme camp de concentration pour Républicains. Elche, comme sa voisine Alicante et toute la Communauté Valencienne, a été une résistante républicaine jusqu’à la victoire des Franquistes.

Le musée archéologique

Il se trouve à l’intérieur du palais d’Altamira et couvre toutes les époques depuis la période Ibérique. Les vestiges proviennent de diverses fouilles archéologiques situées dans les alentours d’Elche. Il est intéressant sans être trop pompeux. Il vaut la peine d’y jeter un coup d’œil surtout que l’entrée est gratuite! Nous ne l’avons pas mentionné dans nos précédents articles (ouh les vilains!) mais l’accès à la culture est très facile et peu couteux en Espagne. Pour l’instant, nous n’avons pas déboursé un centime pour une visite culturelle, un musée, un site archéologique, un château, etc…. Voilà, il valait la peine de le préciser. C’est peut-être juste des mesures prises pendant la pandémie et ne seront sûrement pas reconduites mais pour l’instant, nous en profitons.

Un des intérêts du musée est de pouvoir découvrir la cour intérieure du palais d’Altamira. On peut même y apercevoir les vestiges d’un ancien aqueduc romain!

Les remparts

Le clou de la visite reste la balade sur les remparts supérieurs du palais d’Altamira. De là, il y a une superbe vue sur le centre-ville, la basilique Santa Maria et la palmeraie.

La palmeraie

C’est la raison principale de notre trip à Elche, même si le centre historique mérite à lui seul la visite. Avec ses 500 hectares, c’est la plus grande palmeraie d’Europe et même une des plus grandes du monde. Elle possède plus de 200’000 palmiers de plusieurs espèces mais aussi des cactus, des rosiers, des citronniers et d’autres espèces tropicales. Ce sont les Carthaginois qui trouvèrent un terrain propice à la culture du palmier-dattier, le climat de la région étant semi-aride. Les Romains qui arrivèrent par après y prirent bien soin. Les Arabes agrandirent la plantation et y installèrent un système d’irrigation. Depuis le Moyen-Age, la palmeraie fait l’objet de diverses lois de protection. Finalement, en l’an 2000, l’UNESCO la met sur sa liste du patrimoine mondial. Nous avons adoré déambuler à travers les différentes espèces de palmiers. Nous ne nous y connaissons rien mais nous vouons un culte à ces arbres juste parce qu’ils nous rappellent le soleil et les climats chauds.

Aujourd’hui, la culture de dattes est plutôt modeste. La palmeraie a plutôt un intérêt touristique et paysager. D’ailleurs, le parc a été aménagé avec des fontaines, des bancs, des étangs, etc tout en gardant le style arabisant typique du sud de l’Espagne. L’effet est plutôt réussi, nous arrivons presque à croire que nous sommes en Afrique du Nord.

Elche vaut vraiment la peine qu’on lui consacre un peu de temps, et pas uniquement pour la palmeraie! Elle n’est située qu’à une petite vingtaine de kilomètres d’Alicante et est super accessible que ce soit par la route ou par le rail. Même l’aéroport d’Alicante se trouve à proximité! Une journée de visite suffit amplement même en prenant tout son temps.

Pour la suite, nous allons nous rapprocher de la côte pour découvrir d’autres facettes du sud de la Communauté Valencienne.

Alicante et sa citadelle

Il y a fort longtemps, Fab fit une promesse à Van : « Un jour, je t’emmènerai à Alicante. » C’était même bien avant que nous sortions ensemble. Et c’est le genre de promesse que Van n’oublie pas! Il était donc temps que Fab honore sa parole et emmène Van à la découverte de ce nouveau coin.

Nous profitons donc des billets dégriffés de la RENFE (les chemins de fer espagnols) afin de nous rendre à Alicante et en moins de deux heures de train, nous y sommes. C’est la deuxième ville de la Communauté Valencienne, après Valence mais l’atmosphère y est totalement différente. Alicante est beaucoup plus tranquille, plus provinciale, plus italienne aussi grâce à la diaspora transalpine très présente en ville.

Le centre historique est assez petit et il faut bien chercher pour admirer quelques bâtiments intéressants car les années 1960-1970 et leur massacre architectural sont malheureusement passés par là.

Basilique Santa Maria

Située au pied du château, c’est l’église la plus ancienne d’Alicante. Elle a été construite entre les XIVe et XVIe siècles sur les restes de l’ancienne mosquée principale de la ville. Elle est de style gothique mais on remarque bien que les fioritures baroques de la façade ont été rajoutées par après (sûrement au XVIIIe siècle). Durant la Guerre Civile Espagnole, elle a été utilisée comme arsenal militaire, ce qui ne l’a pourtant pas mise à l’abri des déprédations.

Cathédrale St-Nicolas de Bari

Ici, il est plus facile d’apercevoir les traces de l’ancienne mosquée sur laquelle la cathédrale a été construite. Il reste un carré central avec une coupole. Elle a été construite au XVIIe siècle dans un style Renaissance tardif et on peut également voir quelques vestiges du baroque balbutiant de l’époque. Son nom proviendrait des fresques à l’intérieur sur lesquels apparaît Nicolas de Bari. Pour une église de cette importance, nous la trouvons particulièrement sobre.

L’intérieur paraît, au premier abord, tout aussi sobre que l’extérieur. Mais ce n’est qu’une impression. Très vite, apparaissent des détails richement décorés.

Quartier de Santa Cruz

Adossé à la colline Benancatil, au pied du château de Santa Barbara, Santa Cruz est le quartier médiéval d’Alicante. L’ambiance en ville est déjà relativement tranquille mais ici, le temps s’est carrément arrêté. Pas de bruit, pas de voitures, juste quelques habitants qui vaquent à leurs occupations dans leurs superbes petites maisons blanchies à la chaux. C’est une balade incontournable lors d’un passage à Alicante!

Ermitage de Santa Cruz

Au dessus du quartier du même nom, se trouve le petit mais mignon ermitage de Santa Cruz qui date de la fin du XVIIIe siècle. On y accède par quelques escaliers mais la montée n’a rien de bien méchant.

Même si nous ne sommes pas montés bien haut, nous pouvons déjà jouir d’une jolie vue sur Alicante et son château.

Château Santa Barbara

Là, c’est déjà du promontoire rocheux de ouf! Ils ont bien dû s’amuser à construire le château dessus à l’époque. Mais c’était une bonne stratégie de défense car le mont Benacantil (c’est le nom du promontoire rocheux) est vraiment escarpé, difficile d’accès et culmine à 169 mètres au dessus de la mer. D’ailleurs le nom est dérivé de l’arabe et signifie plus ou moins « la pointe d’Alicante ».

Evidemment que monter au château se mérite, surtout qu’un panneau au début du chemin nous annonce une déclivité de vingt pour cent! Mais nos mollets adorent ce genre de petite grimpette! Il existe des ascenseurs à l’intérieur de la roche pour les personnes à mobilité réduite (aux dernières nouvelles, il ne serait pas en service pour cause de Covid-19) mais pour nous, l’intérêt est de marcher. Assez vite, nous nous trouvons à longer les murailles qui descendent presque jusqu’à la mer et nous pouvons avoir un petit aperçu de la vue qui nous attend au sommet.

Nous en avons vu des châteaux en Espagne mais celui-là, c’est du niveau de compétition et mérite amplement l’effort fourni pour monter jusqu’à lui! Le château de Santa Barbara (rien à voir avec une série pourrie des années 1980) doit son nom à Sainte-Barbe, une martyre qui aurait vécu au IIIe siècle en Anatolie et qui a choisi la voie du Christ plutôt qu’un mariage arrangé par son père et qui a été torturée, puis tuée pour cela. La prise du château par les Castillans date du 4 décembre 1248, jour de la Sainte-Barbe pour les catholiques, d’où son nom.

La colline a été occupée dès l’Age de Bronze, ce qui n’est guère étonnant vu l’emplacement du promontoire rocheux. Quant à l’histoire du château, elle remonte au IXe siècle, en pleine période musulmane. Les Castillans sont arrivés en 1248 sous les ordres du futur roi Alphonse X avant de laisser la place aux Aragonais de Jacques II d’Aragon ( le fils de notre fameux Jaime Ier!) en 1296. C’est à cette période qu’il fut agrandi. Il a même été anglais durant trois ans, puis bombardé par les Français pendant la guerre de Succession d’Espagne dont l’enjeu était le trône d’Espagne après la mort, sans héritier, du roi Charles II. Evidemment que plusieurs puissances européennes de l’époque étaient intéressées à gouverner le territoire espagnol! Il a servi de prison pendant la Guerre Civile Espagnole avant d’être définitivement abandonné. Il a rouvert ses portes en 1963 dans un but purement touristique et culturel.

L’intérieur

Le château étant relativement bien conservé, il est possible de visiter les quelques salles qui restent. C’est une petite oasis de fraîcheur bienvenue car, même si nous sommes en automne, le matin, les températures atteignent allègrement les trente degrés, ce qui n’est, évidemment, pas pour nous déplaire! A l’intérieur, se trouvent les armoiries des différentes familles influentes du château, des drapeaux ainsi que quelques toiles.

Il vaut vraiment la peine de monter au château, il est vraiment superbe, bien conservé et en plus, l’entrée est gratuite!

La vue

Déjà, lors de la montée la vue promettait d’être belle et la promesse a bel et bien été tenue! Depuis le château, nous avons une magnifique vue sur Alicante au sud, la cathédrale, la marina, la plage, la mer Méditerranée à l’est, et la cordillère bétique à l’ouest. Le coin nous rappelle un peu la montée à la Kasbah d’Agadir.

Château San Fernando

Il en jette moins que son grand frère le château de Santa Barbara! Il est bien plus récent également. Pourtant, son histoire est quand même très intéressante. Il a été construit en 1813 sur le mont Tossal durant la Guerre d’Indépendance contre les Français afin de renforcer la défense du château de Santa Barbara. En 1939, lors de la prise de la ville par les Franquistes, la forteresse a été utilisée comme camp de concentration pour loger la grande quantité de Républicains faits prisonniers. Pour rappel, la Communauté Valencienne est restée républicaine jusqu’au bout! Nous n’avons malheureusement pas pu accéder à l’intérieur des murailles car le site est fermé pour cause de travaux mais nous avons tout de même pu observer la vue sur le nord d’Alicante et Santa Barbara.

Côté mer

Alicante se trouve directement sur les rives de la Méditerranée et est partiellement tournée vers elle. L’ambiance se fait beaucoup plus chic, la présence de la marina n’y est pas pour rien. C’est ici que se pressent le peu de touristes que compte la ville. Hors Covid, vous pensez bien que le coin est beaucoup plus touristique!

La plage El Postiguet

Nous sommes loin des plages de rêve mais Alicante peut se targuer d’avoir une plage en plein centre-ville pas trop pourrie. Le coin vaut plus le détour pour la vue sur le mont Benacantil et le château que pour la baignade même si les températures encore très estivales incitent à faire trempette.

L’Esplanade d’Espagne

C’est sûrement le coin le plus connu d’Alicante. C’est une promenade en bord de mer longue de cinq cents mètres bordée de palmiers. Elle date de la première moitié du XXe siècle et son sol a été recouvert avec plus de six millions et demi de mosaïques de couleurs rouge, bleue et blanche formant un dessin de vagues géantes. Avec la crise de la Covid-19, la promenade est presque vide. C’est cool pour nos photos mais c’est catastrophique pour le tourisme en Espagne qui, en temps normal, compte, en septembre, pas mal de ressortissants d’Europe du Nord venus chercher un peu de douceur d’arrière-été méditerranéen.

En continuant notre balade en direction du nord, nous arrivons dans un coin un peu moins urbanisé. C’est notre endroit préféré d’Alicante avec sa plage sauvage de galets surplombée par la colline de la Serra Grossa.

En général, les vacanciers passent par Alicante juste pour se rendre dans les stations balnéaires de la Costa Blanca sans s’y arrêter. C’est bien dommage car la ville a plus à offrir qu’un aéroport. Donc n’hésitez pas à vous y arrêter si vous passez dans le coin surtout qu’une grosse journée de visite suffit amplement si vous n’êtes pas des escargots qui aiment prendre leur temps comme nous.

Maintenant, Fab sait qu’il ne doit pas lancer des promesses en l’air, surtout celles qui concernent les voyages! Mais puisque nous sommes dans le coin, nous allons profiter pour aller explorer les alentours au gré de nos envies et des opportunités.

Albufera de Valencia, une zone humide pour oiseaux migrateurs de grande importance

Lors de nos incessantes recherches de coins naturels, nous avons découvert, sur la carte, une grande étendue bleue et verte à proximité de Valence appelée Albufera qui est un mot dérivé de l’arabe signifiant « petite mer ». Le lieu est en plus facilement accessible avec le bus urbain de la ville de Valence. Il ne nous a pas fallu plus d’arguments pour y foncer!

El Palmar

Notre exploration commence par la petite bourgade de El Palmar. C’est une petite localité qui fait partie de la ville de Valence mais l’ambiance y est beaucoup plus tranquille même si nous sommes à peine à dix kilomètres du centre-ville. Le village est entouré de canaux qui permettent l’accès à l’étang de l’Albufera en barque donnant au lieu un petit air de Venise, en un peu moins pittoresque quand même. Mais il ne faut pas se fier à cette sensation de tranquillité et de bout du monde, le coin est hyper connu dans toute l’Espagne. C’est ici que se mange la seule, la vraie et l’unique paella! Oui, la paella est originaire de Valence et de nulle part ailleurs! Mais c’est un mets tellement cool que toute l’Espagne s’est mise d’accord pour en faire LE plat national! (Oui, même les plus indépendantistes comme la Catalogne et le Pays Basque!) C’est vrai que c’est bien plus glamour et vendeur que la fabada, la soupe de fèves de Castille. (mais la Castille a un hiver rigoureux qui justifie ce genre de plat roboratif). A El Palmar, il y a d’ailleurs plus « d’arrocerias » (restaurants dont la spécialité est la paella ainsi que d’autres plats à base de riz) que d’habitants.

Pour la petite anecdote culinaire, il n’existe qu’une seule paella qu’on peut nommer comme telle! C’est celle qui est élaborée avec du lapin et des haricots plats et c’est tout! Les autres ont juste le droit à la dénomination « arroz con cosas », du riz avec des choses…

La barraca

Ces petites maisons blanches bien sympathiques sont typiques de la Huerta de Valence. Leur toit triangulaire et bien pentu sert à évacuer l’eau rapidement en cas de fortes précipitations. Les propriétaires de ces « barracas » sont en général des pêcheurs ou des agriculteurs. La famille vit en général au rez de chaussée où se trouvent la cuisine, le séjour et les chambres tandis que l’étage supérieur est, en principe, dédié à l’élevage de vers à soie.

La culture du riz

Si on vient des quatre coins de l’Espagne et même de plus loin pour venir manger la paella ou autres plats de riz à El Palmar, ce n’est pas un hasard. L’environnement humide de l’Albufera est propice à la culture du riz. La Communauté Valencienne est d’ailleurs le plus gros et le plus ancien producteur de riz en Espagne même s’il existe quelques rizières en Catalogne et en Andalousie. L’Espagne est le deuxième producteur européen de riz, derrière l’Italie. Cette céréale a été importée par les Arabes au VIIIe siècle et à même fait l’objet d’une prohibition au XIIIe siècle car sa culture dans les zones humides était responsable du paludisme chez une bonne partie de la population. Elle fut finalement réhabilitée au XVe siècle mais sous des conditions très strictes. Pratiquement toutes les sortes de riz y sont cultivées mais le plus courant, celui utilisé pour la paella, est le riz bomba très absorbant. L’ayant testé, nous pouvons confirmer qu’il est parfait pour un bon risotto bien italien et pas du tout valencien! (#on ne mérite pas notre passeport espagnol)

Les rizières sont irriguées grâce à des canaux directement reliés à l’étang de l’Albufera. D’ailleurs, les paysages nous rappellent plus le delta du Mékong au Vietnam que le sud de l’Espagne!

Voilà, ça c’était l’aspect culturel de l’Albufera, nous allons maintenant vous emmener au cœur de la réserve à travers les pinèdes bien méditerranéennes avec de magnifiques pins d’Alep qui nous donnent une petite ombre bienvenue.

L’étang de l’Albufera

C’est le point d’orgue de la réserve. C’est une lagune d’eau douce de 2100 hectares qui a été formée par les sédiments des fleuves Turia (avant son détournement bien sûr, c’était il y a des milliers d’années!) et Jucar. C’est grâce à sa présence qu’il est possible de cultiver du riz. Le parc naturel comprend également d’autres étangs ou lagunes, des pinèdes et des dunes sur une surface totale de plus de 21’000 hectares. Seule une partie du site est accessible, le reste est laissé à l’état sauvage afin de garantir un havre de paix pour les animaux.

Un héron s’est glissé sur certaines de nos photos, sauriez-vous le retrouver?

Les lagunes d’El Raco de l’Olla

Il faut passer par le centre d’interprétation du parc pour y accéder. C’est gratuit, le bus urbain vous y pose juste devant et il vaut la peine de s’y arrêter quelques minutes pour lire les panneaux explicatifs. Il vaut également la peine de monter sur le toit afin d’admirer la vue sur les étangs et sur la plaine de l’Albufera en général.

Contrairement à l’étang de l’Albufera, ces lagunes sont d’origine marine. L’eau y est donc salée mais pleine de micro organismes, de quoi nourrir les échassiers qui peuplent leurs rives. Certaines espèces y vivent toute l’année et profitent du calme estival pour faire leur nid et se reproduire. C’est également une aire de repos pour les oiseaux migrateurs. Au printemps, ils s’y reposent en revenant d’Afrique avant de s’envoler pour l’Europe centrale ou du nord, tandis qu’en automne, il s’y arrêtent avant d’entamer la traversée du détroit de Gibraltar situé plus au sud.

Certains spécimens se sont invités, de loin, sur nos photos, sauriez-vous en reconnaître quelques-uns?

Les dunes

Une autre particularité de la réserve, ce sont les dunes. Ce sont des dunes dites « fixes » car elles sont de formation rocheuse et ne se détruisent pas au premier coup de vent. Les dunes formées uniquement de sable sont appelées « dunes mobiles », mais il n’y en a pas dans l’Albufera. Elles mesurent en moyenne six mètres de haut.

Et que trouve-t-on derrière les dunes? La plage pardi! Bon ce n’est pas la plage de rêve au sable fin mais elle est vraiment sauvage et il n’y a que très peu de monde.

Etang d’El Pujol

Cet étang n’est pas naturel mais il n’était pas vraiment prévu non plus. Dans les années 1960-1970, la zone a été choisie pour abriter un grand complexe sportif car l’urbanisation de Valence était censée se développer dans l’Albufera. Les travaux avaient même commencé mais ont dû cesser sous la pression populaire qui voulait conserver cet espace naturel. Les excavations ont fini par se remplir d’eau et c’est ainsi que cet étang a vu le jour. Aujourd’hui, c’est un sanctuaire pour les mouettes.

Ce genre de réserve naturelle est notre lot de consolation d’avoir dû rentrer en Europe. C’est quand même sur le Vieux Continent que la conscience écologique est la plus grande et où les sites naturels sont les mieux gérés.

El Perello

Nous décidons cette fois d’explorer la partie sud de l’Albufera. Pour ce faire, nous partons depuis la petite localité d’El Perello accessible avec le bus urbain de Valence même s’il faut compter une bonne heure de trajet pour s’y rendre. La balade est facile, c’est tout plat mais, malgré une agréable brise marine, elle se trouve en plein cagnard donc il faut penser à se protéger de la chaleur et du soleil. Nous avons fait la variante à pieds mais c’est également super sympa de le faire à vélo, c’est tout plat, bien indiqué et la ville de Valence possède un système de vélib au top.

Le paysage ressemble beaucoup à El Palmar avec ses rizières à perte de vue et ses canaux d’irrigation, appelés sequias, qui nous font plus penser aux plaines du Cambodge qu’à la côte méditerranéenne. En cette saison (au printemps), les champs sont arides car nous sommes en période de semis mais d’ici quelques semaines, les vannes des canaux seront ouvertes et la plaine sera joliment inondée.

Qui dit printemps dit saison des migrations. Nous avons pu observer des dizaines et des dizaines d’oiseaux, principalement des échassiers comme des grues, des hérons, des cigognes et d’autres espèces inconnues. C’est également la saison des amours et nous avons surpris à plusieurs reprises Monsieur et Madame Colvert batifoler dans les roseaux aux abords des canaux! Nous avons également observé quelques oiseaux rouge-brun qui ressemblent fortement à des ibis. Ce qui nous a semblé un peu surprenant car le climat méditerranéen a beau être tempéré, ce n’est pas une zone tropicale non plus! Notre insatiable curiosité nous a poussé à faire quelques recherches et nous avons découvert que l’Albufera abrite bel et bien une espèce d’ibis! L’ibis falcinelle comme on l’appelle, vit normalement dans les zones tropicales d’Afrique ou d’Australie même si elle niche parfois dans les zones humides de l’est de l’Europe comme le delta du Danube. Dans le sud de l’Espagne, nous avons une petite population de ces oiseaux qui vivent en permanence! En général, ils sont du côté de l’Andalousie mais viennent parfois « prendre le frais » dans l’Albufera valencienne.

PS : la photo suivante n’est pas de nous. Nous n’avons pas trouvé de spécimen assez patient pour prendre la pose.

Muntanyeta dels Sants

Nous avons quand même trouvé un endroit pas trop plat dans l’Albufera! Ce petit promontoire rocheux de vingt-sept mètres sorti de nulle part au milieu de l’immense plaine qui l’entoure abrite une réserve de flore de Méditerranée dont des oliviers et des pins parasols qui nous offrent une ombre bienvenue. Au sommet, se trouve un petit ermitage du XVIIe siècle mais, lors de notre passage, il y avait une cérémonie religieuse et nous n’avons pas voulu déranger cet instant solennel. Ce n’est pas la première fois que nous sommes victimes d’un mauvais timing dans ce genre d’endroit!

Ullal de Baldovi

Le clou du spectacle de l’Albufera reste quand même les étangs. Celui de Baldovi ne déroge pas à la règle. Cet étang de plus de trois mille mètres carré est formé par de l’eau entièrement douce qui provient du sous-sol de la plaine. Petite déception : nous pensions y observer plus d’oiseaux. Apparemment, ils préfèrent les rizières aux plans d’eau en cette saison. Il est sûrement plus facile d’aller chercher des petites bébêtes à manger dans les champs pas encore irrigués.

Nous avons effectué une boucle depuis la localité d’El Perello mais il est également possible, depuis l’ermitage, de continuer sur le village de Sueca où le retour sur Valence se fait en train. Dans les deux cas, la marche se fait en environ trois heures et demie et il y a des panneaux indicateurs à chaque intersection.

Si vous passez quelques jours à Valence, n’hésitez pas à faire un détour par l’Albufera, au moins pour le Raco de l’Olla. C’est proche du centre-ville, facilement accessible en bus et la balade dans les étangs est très facile (c’est tout plat!) et n’excède pas deux heures de marche. En ce qui nous concerne, nous allons approfondir nos découverte de l’Albufera ainsi que d’autres zones humides de la côte qui nous font déjà de l’œil!

Valencia, troisième ville d’Espagne mais une douceur toute méditerranéenne

Après presque deux mois à vous donner du Valence par-ci et du Valence par là, il est temps que nous vous présentions sommairement notre grande voisine et accessoirement un des endroits où nous passons beaucoup de temps.

Valence, c’est la troisième ville d’Espagne derrière les gigantesques Madrid et Barcelone mais elle possède déjà un caractère beaucoup plus provincial que ses deux grandes sœurs. C’est le plus grand port de conteneurs du pays, devant Barcelone et une grande ville universitaire. D’ailleurs l’ambiance de la ville est très étudiante, très festive et très dynamique. Mais Valence est surtout mondialement connue pour être la capitale de la paella, le plat national espagnol!

Centre historique

Valence ne possède pas le centre historique le plus pittoresque d’Espagne, mais nous trouvons qu’il en jette déjà pas mal. Par sa position géographique au centre de la côte méditerranéenne et par son passé historique multiculturel, Valence nous permet d’observer des vestiges de diverses influences. Nous ne sommes clairement plus en Catalogne mais pas encore en Andalousie. Pourtant, quelques places nous rappellent le Barri Gotic de Barcelone ou la vieille-ville de Tarragone et la langue valencienne, dérivée du catalan, nous rappelle que les Catalans ont participé à la conquête du Royaume de Valence au côté de l’aragonais Jaime I. Mais, certaines mosaïques et l’architecture d’inspiration islamique même si peu représentée, sont là pour nous rappeler le passé Arabe du sud de la péninsule ibérique. Quant aux bâtiments gothiques, ils sont typiquement valenciens. L’ambiance est bien méditerranéenne, typique d’une ville du sud de l’Europe avec ses ruelles, ses places, ses terrasses, ses orangers et son climat clément. Valencia, et la Communauté Valencienne en générale, fait très bien son job de transition entre le nord catalan et le sud qui fait plus Espagne profonde.

Torres de Serrano

Les Tours de Serrano sont la porte d’entrée du centre historique. Elles faisaient partie du mur d’enceinte de la ville qui a complètement disparu aujourd’hui. Cette énorme porte de style gothique valencien date du XIVe siècle et est restée dans un état de conservation irréprochable. Elles se voient de loin et sont devenues l’emblème de la ville de Valence.

Plaza de la Virgen

C’est le cœur névralgique de la vieille ville. D’ailleurs, elle se trouve sur l’emplacement de l’ancien forum romain. Elle est bordée, entre autres, de la cathédrale, de la basilique royale et du palais de la Communauté Valencienne. En son centre, trône une superbe fontaine de style Renaissance italienne. Ce n’est pas la place la plus pittoresque d’Espagne mais, malgré son emplacement central et son potentiel touristique, elle a su garder une âme et c’est un point de rendez-vous prisé des Valenciens, même s’ils se déplacent ensuite dans des endroits moins connus pour échapper aux touristes et aux prix prohibitifs pratiqués dans le coin.

Cathédrale Ste-Marie

La cathédrale est tellement énorme qu’elle s’étend sur trois places du centre-historique! Comme souvent en Espagne, elle a été construite sur l’emplacement d’une ancienne mosquée. Les premiers travaux commencèrent en 1262 mais des modifications ont eu lieu jusqu’au XVIIIe siècle. L’édifice mélange les architectures mudéjare, romane, gothique valencien et baroque, rien que ça! C’est sûrement la cathédrale la plus stylée du pays! (Après celle de Séville, évidemment!) En tout cas, nous on adore!

La Lonja de la Seda

Voilà un bel exemple de gothique valencien! D’ailleurs, le bâtiment est tellement ouf que l’UNESCO l’a inscrit sur sa liste du patrimoine mondial! Il a été construit à la fin du XVe siècle et abritait la bourse du commerce. C’était censé représenter la puissance économique de Valence à l’époque.

Le marché central

C’est vrai qu’il n’arrive pas à la cheville du marché de la Boqueria de Barcelone mais le marché central a quand même de l’allure. C’est d’ailleurs l’œuvre d’architectes barcelonais, collaborateurs de Lluis Domènech y Montaner, un des grands pontes du modernisme catalan. Les travaux débutèrent en 1914 mais ils ont dû subir des modifications afin de coller au style valencien. (non, Valence ce n’est PAS la Catalogne, pigé?) L’édifice, de style art nouveau, ne fut achevé qu’en 1928. On y trouve tous les produits espagnols (fruits, légumes, huile d’olive, charcuterie, produits de la mer,…) mais dans une gamme supérieure et à des prix prohibitifs. Mais les denrées sont très belles, nous donnent envie et nous ouvrent l’appétit.

Les bains arabes de l’Amiral

Pour trouver des vestiges de l’époque islamique à Valence il faut vraiment bien chercher car il n’y en a vraiment pas beaucoup. Ces bains publiques arabes datent du XIVe siècles et ont été utilisés jusqu’en 1959 au fil des différentes modifications architecturales. En 1985, la municipalité rachète ces bâtiments et entreprend une grande campagne de restauration afin de redonner au lieu son aspect d’origine dans le but de perpétrer les connaissances historiques.

Plaza del Ayuntamiento

Là, nous faisons un saut dans le temps pour nous retrouver au début du XXe siècle. La place est bordée de différents bâtiments modernistes dont l’Ayuntamiento (la mairie) et l’ancienne poste. C’est également un lieu de rassemblement lors des fêtes comme « Las Fallas », une manifestation typique de Valence qui a lieu chaque année en mars, mais sûrement pas en 2021 pour cause de Covid-19. Bonne nouvelle pour l’urbanisme, la place est devenue complètement piétonne en août 2020.

Estacion del Norte

Pour une gare, ce bâtiment moderniste en jette! Elle a été construite entre 1907 et 1908 par la compagnie des chemins de fer et se situe au sud du centre historique. Pourtant, « Norte » signifie nord en castillan et même en Valencien on utilise le mot « Nord ». Il faut croire que les Valenciens ont quelques petits soucis avec la géographie. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’une petite gare régionale car une nouvelle gare, Joaquin Sorolla, a été construite il y a quelques années pour le trafic longue distance.

Jardins du Turia

Le Turia est le fleuve qui traverse Valence. Enfin, ça c’était avant 1957 quand il a été détourné dans la Huerta comme punition pour avoir inondé la ville à plusieurs reprises. L’ancien lit, c’est-à-dire une surface de 110 hectares s’étendant sur plus de six kilomètres, a été converti en jardins, en pistes cyclables ou en terrains de sports. Il est traversé par quelques ponts historiques. C’est un vrai havre de paix et de verdure en plein cœur de la ville.

Parc de la Cebera

A l’extrémité nord des jardins du Turia, se trouve une belle zone humide créée grâce à un lac artificiel. Nous sommes à deux pas du centre-ville et pourtant, c’est d’un calme absolu! Nous promener au bord du lac nous a rappelé avec nostalgie le jardin botanique de Kuala Lumpur.

Jardin botanique

C’est le jardin botanique de l’université de Valence. Il date de la fin du XVIIIe siècle à l’époque où l’étude des espèces végétales exotiques était à la mode. Nous y sommes allés car nous sommes vraiment en manque de végétation tropicale luxuriante.

Cité des Arts et des Sciences

On doit ce complexe architectural un peu fou et complètement futuriste à un enfant du pays, Santiago Calatrava, un architecte valencien. Il a été construit entre 1998 et 2009 et se situe à l’extrême sud des jardins du Turia. On y trouve l’Hemisferic, un cinéma en forme d’œil, le musée des sciences Principe Felipe (oui, Felipe est roi d’Espagne mais à l’époque de la construction du musée, il n’était encore que prince!), l’Umbracle qui abrite un petit jardin, l’Oceanografic qui est un aquarium, le Palais des Arts de la Reine Sofia (la mère du roi actuel), le pont de l’Assut de l’Or et l’Agora, une grande place couverte d’une structure bleu marine de 80 mètres de haut. Le complexe est très controversé parmi la population valencienne. Nous, nous trouvons ça plutôt cool et ça nous change des vieilles pierres.

Valence regorge sûrement de plein d’autres trésors mais nous aurons l’occasion d’aller les découvrir prochainement. C’est une ville vraiment cool, très jolie, très dynamique et très variée. Nous sommes vraiment ravis et fiers (allez, un peu de chauvinisme pour une fois!) d’avoir vécu à proximité de cet endroit vraiment sympa!

Puçol, ses réserves naturelles et randonnée sur le Monte Picayo

Lors de notre étude très sérieuse de la carte de la Communauté Valencienne, nous sommes tombés sur plusieurs étendues vertes tout près de chez nous. Evidemment, il n’en a pas fallu plus pour éveiller notre curiosité et nous avons, de ce pas, chaussé nos baskets pour aller voir de quoi il en retournait exactement.

Puçol

Puçol, c’est notre voisine du sud, à un arrêt de Cercanias de la gare de Sagunto. Si l’orthographe du nom vous interpelle avec le « ç », c’est parce-que ce n’est pas de l’espagnol mais du valencien. C’est comme du catalan mais avec plein de « x »! Certains petits villages, notamment dans l’arrière pays côtier, pratiquent encore beaucoup le valencien même si dans les grandes villes, sur le littoral et près de la frontière aragonaise, c’est le castillan qui prime. Puçol n’a pas vraiment d’intérêt mais c’est un point de départ intéressant pour nos balades dans la nature environnante.

La Huerta

Puçol, comme les villages alentours, fait partie de ce qu’on appelle la Huerta. Littéralement, ça signifie verger. C’est une grande plaine côtière très fertile et un des greniers de l’Espagne. On y cultive du riz (le fameux riz pour la paella vient d’ici!), des citrons, des figues, des grenades, des olives, etc… et surtout des oranges. Une bonne partie des récoltes part pour l’exportation via le port de Valence.

Marjal del Moro

C’est une réserve naturelle de zone humide méditerranéenne, étendue sur plus de trois cents hectares, située entre Puçol et Puerto de Sagunto. Elle est composée essentiellement de marais et de lagunes d’eau douce. A la base, cette zone couvrait toute la surface littorale entre Valence et Sagunto mais une bonne partie de ce territoire a été utilisée pour la culture du riz, pour l’horrible zone industrielle de Puerto de Sagunto et pour l’urbanisation. L’Espagne est connue pour être vraiment un très mauvais élève dans l’aménagement et la protection de ses côtes. Mais concentrons-nous sur ce qui reste, car ça vaut vraiment le coup d’œil! Le site est fameux pour être un sanctuaire d’oiseaux, migrateurs ou non. Et c’est vrai, des oiseaux, nous en avons aperçu des centaines! Mais trop loin et pas assez statiques pour notre zoom malheureusement. Parmi ceux que nous avons pu reconnaître, il y avait des hérons, des cigognes, des grues, des hirondelles, des flamands roses et, en bord de mer, des mouettes. Il paraîtrait qu’au printemps, il y a foule, tous les oiseaux migrateurs s’y donnent rendez-vous. Si la Covid nous coince encore en Europe, il faudra que nous aillons vérifier! L’environnement et la végétation valent également le détour. Le climat méditerranéen étant plutôt sec, il n’est pas très habituel de croiser des étangs bordés de roseaux.

Une partie du sentier longe une plage avec de superbes galets où seuls quelques naturistes viennent s’y aventurer. Mais la mer est un des dangers que court la réserve naturelle. Avec le réchauffement climatique et la montée des eaux, l’eau salée risque d’inonder les lagunes d’eau douce et y abîmer cet écosystème si spécifique.

Grau Vell

Notre promenade se termine dans la minuscule localité de Grau Vell caché derrière la zone industrielle de Puerto de Sagunto dont c’était le port au Moyen-Age. (Grau Vell signifie d’ailleurs vieux port en valencien) De cette époque, ne subsiste que le donjon qui date du XVe siècle. Aujourd’hui, c’est un petit village endormi dont l’ambiance nous rappelle l’Afrique du Nord. De là, il nous reste une petite heure de marche pour rentrer mais le paysage est beaucoup moins idyllique. Nous devons traverser l’horrible zone industrielle avant d’arriver à bon port.

Réserve du Mont Picayo

Le Marjal del Morro était magnifique et incontournable mais un peu trop plat à notre goût, surtout que les premiers reliefs de la Sierra Calderona sont bien visibles depuis Puçol. Il nous faut juste patienter car les températures du mois d’août (près de quarante degrés!) sont vraiment trop élevées pour des grimpettes de ce genre. Mais septembre a fini par arriver entraînant avec lui une petite baisse des températures (28-30 degrés environ). Pour nous, c’était idéal, mais si vous souffrez du chaud, attendez encore un mois de plus avant d’entamer la montée car il n’y a que très peu d’ombre fournie par quelques pins parasols.

Le GR10

Un GR est un chemin de grande randonnée, exactement comme en France. Le GR10 espagnol part justement de Puçol et parcourt la péninsule ibérique sur près de 1600 kilomètres pour terminer à Lisbonne, au Portugal. Nous l’empruntons seulement sur son premier kilomètre afin de nous rendre au Mont Picayo.

Notre première idée était de rejoindre la Reserva Costera mais ça nous paraissait un peu court. Nous étions vraiment motivés a une grimpette un peu plus compliquée. Mais nous gardons le lieu sur notre longue liste à idée pour une balade ultérieure.

Montée au mont Picayo

Nous abandonnons le GR10 pour entamer la montée à proprement parler. Le chemin est bien pierreux et le soleil cogne malgré l’heure matinale mais nous sommes bien équipés, avons de bonnes réserves d’eau et surtout, nous sommes motivés d’en venir à bout de cette petite montagne. Nous traversons une réserve naturelle, celle du Mont Picayo, où diverses espèces d’oiseaux viennent nous honorer de leur présence dans ce magnifique sanctuaire où peu d’humains ont le courage de venir s’y aventurer.

Le sommet

Comme chaque sommet en pays catholique qui se respecte, celui du Mont Picayo est doté d’une croix chrétienne qui domine toute la Huerta à ses pieds à une altitude honorable de… 373 mètres! (Oui, c’est l’altitude de Genève!) Mais ne vous y trompez pas! L’altitude peut sembler ridicule, surtout pour ceux qui vivent dans les Alpes, mais le sentier d’accès n’a rien à envier aux chemins de haute montagne de nos régions. Nous on s’en fiche de l’altitude! Nous avons effectué une jolie randonnée et trouvé un coin idyllique sur les rochers que nous élirons sûrement « Place de pique-nique de l’année »!

La vue

Comme vous devez sûrement vous en douter, la vue depuis le sommet est vraiment à couper le souffle. Elle s’étend sur la Huerta Norte et la mer Méditerranée à l’est, jusqu’à Almenara au nord et le port de Valence au sud. A l’ouest, ce sont les magnifiques reliefs de la Sierra de Calderona et la vallée de la Palancia qui s’offrent à nous.

Le GR10, encore lui!

Comme nous n’aimons pas vraiment prendre le même chemin au retour qu’à l’aller, nous empruntons le versant ouest du Mont Picayo pour rejoindre, encore une fois, une petite portion du GR10. Nous aurions pu continuer et emprunter le col de Borregos, mais nous n’étions pas sûrs de nos réserves d’eau et nous avions déjà pas mal de kilomètres efforts dans les jambes.

Pico de Aguila

Nous préférons donc contourner le Pico del Aguila qui nous domine durant presque toute la marche de retour en plaine du haut des 466 mètres d’altitude. La descente se fait plus douce mais le paysage reste enchanteur. La roche rouge, le climat semi-aride et les montagnes escarpées, façonnées par l’érosion ne sont pas sans nous rappeler les paysage du sud-ouest américain. Nous vous disions déjà dans notre précédent article que la Communauté Valencienne était un peu l’Arizona espagnol, ça se confirme encore une fois ici!

Gilet

Gilet est le but de notre descente depuis le Mont Picayo. Comme son nom ne l’indique pas, on n’y fabrique ni des gilets, ni des rasoirs. (oui, le jeu de mots est pourri mais après une randonnée pareille, on a le droit à des blagues douteuses! Non?) Le village est encore moins intéressant que Puçol, c’est plutôt le Beverly Hills local avec ses villas huppées possédant chacune une grande piscine. Ici, nous sommes dans le commencement de la vallée de la Palancia, la fameuse qui relie Valence à l’Aragon.

Nous rentrons en train jusqu’à Sagunto, bien fatigués mais heureux de notre journée avec plein d’idées supplémentaires à rajouter sur notre liste, déjà très longue!

Si le beau temps reste au rendez-vous, nous aurons de quoi user nos baskets ces prochaines semaines, ce ne sont pas les sentiers qui manquent! Nous avons également un petit projet pour changer de région quelques jours et découvrir d’autres trésors hispaniques. Bref, plein de petites aventures en perspectives que nous ne manquerons pas de partager avec vous!

Vall d’Uixo, sur les traces de la Guerre Civile Espagnole

En préparant notre précédent article sur Jérica, nous sommes tombés sur plusieurs références à la Guerre Civile Espagnole qui a conduit à une des pires dictatures d’Europe occidentale du XXe siècle. En creusant un peu plus, nous avons découvert qu’il était possible d’en voir quelques vestiges dans la Communauté Valencienne, plus précisément au Vall d’Uixo. En plus, ce n’est qu’à dix-huit kilomètres au nord-ouest de Sagunto et facilement accessible en bus, à condition de mettre le réveil de bonne heure le matin. Nous ne sommes pas des gens très matinaux mais quand c’est pour la bonne cause, nous savons trouver de la motivation à nous lever le matin. Oui, la découverte d’un coin sympa c’est une bonne cause à nos yeux!

Mais de quoi parle-t-on en mentionnant la Guerre Civile Espagnole?

Ben d’une guerre pardi! Plus sérieusement, nous allons essayer de vous en faire un bref résumé en quelques lignes car c’est un gros morceau de l’histoire d’Espagne et nous ne sommes pas encore très calés sur le sujet.

En 1931, fut proclamée la Deuxième République Espagnole, plutôt orientée politiquement à gauche, afin de mettre fin à une monarchie qui ne satisfaisait personne. Mais les années 1930 étaient des années de crise économique en Espagne comme dans toute l’Europe et des troubles sociaux commencèrent à éclater. C’est dans ce climat de tension que des nationalistes ont préparé de longue date un coup d’état militaire qui devait avoir lieu le 18 juillet 1936. Mais il a été mis en échec par la République en place. C’est suite à cet événement qu’éclata une terrible et sanglante guerre civile entre les Républicains (ceux de gauche et d’extrême gauche loyaux au gouvernement en place) et les Nationalistes. (ceux de droite et d’extrême droite sous les ordres du Général Franco).

La Communauté Valencienne resta loyale à la République pendant toute la durée de la guerre. Valence devint même capitale d’Espagne après la chute de Madrid. Les provinces de Valence et de Castellón furent les derniers territoires résistants, contrôlés par la République avant l’arrivée des rebelles nationalistes.

La fin de l’histoire est connue, ce sont les troupes nationalistes du Général Franco qui ont gagné plongeant le pays dans une cruelle dictature qui perdura pendant près de quarante ans.

C’est le dernier conflit que connut l’Espagne puisque le pays était officiellement neutre pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais ça c’est une autre histoire, mais pas moins intéressante…

Vall d’Uixo

Non, l’orthographe n’est pas cheloue, c’est du Valencien. En gros, c’est comme du Catalan sauf qu’il y a plein de « X »! C’est une petite ville nichée dans la Vallée du Belcaire entre mer et montagnes au pied des premiers sommets de la Sierra de Espada. L’histoire est la même que partout dans la région : les Ibères, les Romains, les Arabes puis les Aragonais s’y succédèrent. Mais la ville a été presque entièrement détruite pendant la Guerre Civile Espagnole malgré le fait qu’elle ait résisté aux rebelles presque jusqu’à la fin. Et ça se voit! La ville a souffert de l’urbanisation anarchique du milieu du XXe siècle et n’a vraiment aucun charme.

Des peuples anciens, il ne reste plus que les vestiges d’une petite nécropole hispano-wisigothe. Elle n’a été découverte que très récemment. Les archéologues ont trouvé huit fosses ainsi que les ossements de 66 personnes. On suppose qu’elle date du VII siècle avant J-C.

Iglesia del Santo Angel Custodio

C’est le seul bâtiment historique encore debout et en bon état de la ville. Comme les petites ruelles médiévales ont toutes disparu après la reconstruction de Vall d’Uixo, l’église a droit à sa propre place et n’est pas coincée au cœur d’un centre historique trop petit pour elle. Elle a été construite entre les XVII et XVIII, donc assez tard, et est de styles baroque et néoclassique, un fait assez rare dans une région plutôt habituée au gothique valencien. Elle est reconnaissable de loin grâce à sa magnifique coupole en tuiles bleues typique de la région.

Aqueduc de San José y Alcudia

Cet aqueduc date de l’époque romaine même s’il a été dévié plusieurs fois au Moyen-Age à la suite des différentes étapes du développement de la ville. Il a été entretenu et restauré plusieurs fois à travers les siècles et a servi à l’irrigation des cultures jusque dans les années 1950.

Colline de la Cova

Ce n’est pas cette fois que nous allons échapper à notre traditionnelle grimpette. Tant mieux, car nous adorons ça même si 135 petits mètres de dénivelé restent une petite balade pour nous! Mais le paysage de roche, de maquis et de pinède est vraiment sympa et apporte une petite touche de difficulté à la promenade.

En chemin, nous croisons quelques grottes qui ont servi de refuges aux Républicains pendant l’assaut des troupes nationalistes durant la Guerre Civile Espagnole.

Et évidemment, au sommet, nous jouissons de la superbe vue sur Vall d’Uixo, la Sierra d’Espada et la mer Méditerranée.

La ligne XYZ

Mais nous n’avons pas fait l’effort de grimper à travers le maquis pour rien! Notre but était de voir les vestiges de cette forteresse qui ne date ni de la période arabe ni du Moyen-Age mais… de 1938! C’est une ligne de défense construite par les Républicains pour défendre la région des assauts des nationalistes pendant la Guerre Civile Espagnole. Et ça a en partie fonctionné puisque la région a été la dernière à résister aux troupes du Général Franco. Pourtant, même pour l’époque, elle est de construction sommaire : pierre et ciment, un peu de béton pour les bunkers. Elle part des rives de la mer Méditerranée à Almenara (juste au sud de Vall d’Uixo) et traverse les provinces de Castellón et de Teruel avant de terminer à Santa Cruz de Moya dans la province de Cuenca (Castille-la-Manche). Le but étant de protéger la ville de Valence puisqu’elle était, par circonstance, devenue capitale d’Espagne. Après la guerre, Franco fit démanteler toutes les installations défensives ne laissant que les murs.

Rio Belcaire

La montée à la colline de Cova ne nous ayant pas suffi, nous avons trouvé une autre balade dans le Rio Belcaire. Oui, vous avez bien lu, DANS le Rio Belcaire. Le sentier se trouve effectivement dans le lit de la rivière. Mais rassurez-vous, le cours d’eau est asséché à cause de la sécheresse, grand fléau en Méditerranée et de l’utilisation de ses eaux pour assainir les nappes phréatiques des environs. Bon, il faut quand même éviter de s’y rendre pendant les grandes pluies d’automne ou de printemps! Et attention aux chevilles! Le sol est fait de galets et ce n’est pas stable du tout!

Nous y accédons par les grottes de San Josep mais comme c’est un site méga touristique et comme Van n’est pas du tout à l’aise dans les lieux clos, nous passons notre chemin. Mais si vous passez par là et que vous êtes intéressé par un lac souterrain et la spéléologie, sachez que ce site existe, surtout que les grottes ont l’air quand même sympa.

Marcher dans le lit du rio Belcaire nous permet d’admirer les falaises de calcaire qui nous dominent telles le Grand Canyon. La Communauté Valencienne c’est un peu l’Arizona avec un peu plus de végétation et une gastronomie bien meilleure!

Et, oh surprise, nous retrouvons un autre portion de notre ami l’aqueduc romain de San José y Alcudia!

Encore une super découverte à deux pas de chez nous! Et c’est un endroit que nous ne connaissions absolument pas avant de faire quelques recherches pour notre article sur Jérica! D’ailleurs, en faisant d’autres recherches pour étayer cet article, notamment sur la ligne XYZ, nous avons encore trouvé d’autres coins à explorer dans la région, rallongeant par la même occasion notre liste à idées!

Jérica et sa tour mudéjare

Après notre coup de cœur pour Segorbe, nous avions vraiment envie d’explorer un peu plus cette magnifique vallée de la Palancia. Mais nous avons attendu que les grosses chaleurs de cette fin août cessent un peu car, oui nous aimons le chaud, mais marcher à quarante degrés sous un soleil de plomb, ce n’est pas idéal. Comme les températures ont fini par bien se rafraîchir, nous avons rechaussé nos baskets et sommes partis à l’aventure! Par « températures fraîches », nous entendons un bon 28 degrés. Nous sommes en Méditerranée, il ne faut pas trop pousser dans la fraîcheur quand même!

Nous avons repris la pittoresque ligne de train qui relie Valence à Teruel puis Zaragoza et nous avons été un peu plus loin de notre périple tout en restant dans les limites de la Communauté Valencienne, Covid-19 oblige. Nous nous sommes arrêtés dans la petite localité de Jérica, située au pied de la Sierra de Espadan, plus très loin de la frontière avec l’Aragon.

Jérica

Jérica nous séduit par ses petites ruelles et son caractère qui est resté très médiéval grâce à quelques maisons en pierre bien conservées. Mais le village a d’abord été musulman, comme c’est souvent le cas dans la région. D’ailleurs, le nom « Jérica » nous vient directement de l’arabe et signifie « flanc oriental d’une montagne ». Par contre, la conquête catholique s’est faite un peu plus tôt qu’ailleurs dans la région, au XIe siècle déjà. Nous devons la conquête de Jérica à Rodrigo Diaz de Vivar, un célébre leader militaire de Castille plus connu sous son surnom de « Cid ». Pour la petite histoire, Cid est également un nom arabe qui signifie « seigneur ». Malgré cette prise de pouvoir chrétienne, les musulmans ne furent pas expulsés avant le XVIIe siècle. Le fameux Jaime I est également passé par là pour conquérir la ville afin de l’offrir à son fils Jaime II pour en faire un petit royaume indépendant et une zone franche. Une situation qui perdura jusqu’au XVe siècle quand Jérica fut finalement rattachée à la couronne espagnole.

Santa Agueda la Nueva

Enfin un bâtiment religieux qui n’est pas coincé au milieu de minuscules ruelles! Cette église a même droit à sa propre place : la « Plaza de la Iglesia » et se laisse observer des passants. Elle a été construite en 1385 sous le règne des rois d’Aragon et est de style typique gothique valencien. Pendant la Guerre Civile Espagnole (1936-1939), elle a été très abîmée et a dû être détruite pour être reconstruite intégralement à l’identique quelques années plus tard grâce à la Direction générale des régions dévastées mise en place par le général Franco à la fin de la guerre. C’est un peu difficile à avaler qu’on doit cette superbe reconstruction au pire dictateur que l’Espagne ait connu mais au moins, le patrimoine historique a pu revivre.

Torre mudéjar de las Campanas

Difficile de louper cet édifice qui domine totalement le village! Cette superbe tour octogonale a été construite en 1616 sur la base d’une autre tour antérieure qui date de l’époque romaine. La petite forteresse à son pied date du XIXe siècle et a été construite comme muraille défensive pendant les guerres carlistes. Elle est de style mudéjar (ou maure) qui est le terme qui détermine les musulmans qui sont restés en Espagne après la conquête catholique dont l’art est unique en son genre. Cette tour est le seul édifice de ce style qui nous reste dans toute la Communauté Valencienne.

Le château

Jérica ne déroge pas à la règle du château sur la colline. Ce sera donc notre grimpette du jour! Mais l’effort en vaut la peine. Nous traversons une superbe pinède qui domine les petites gorges du rio Palancia et la Sierra de Espadan nous toise avec son relief incroyable!

Au sommet, il ne reste qu’une petite tour appelée judicieusement « la Torreta » (petite tour, tiens donc!). Jérica était un endroit stratégique dans le couloir qui relie Valence à Teruel, il était donc logique qu’une forteresse y trouve sa place. La construction du château date du XVe siècle et a vu défiler les divers rois d’Aragon. Il a été détruit pendant les guerres carlistes du XIXe siècles mais la destruction du château a permis de mettre à jour des vestiges archéologiques remontant jusqu’à l’Epoque Romaine. Au pied du château, se trouvent les ruines de l’ermitage de San Roque datant de la même époque et connaissant le même destin.

La Vuelta de la Hoz

C’est une petite réserve naturelle toute proche du centre du village. Elle fait partie du parc naturel de la Sierra de Espadan qui couvre toute la région. C’est idéal pour observer les immenses paroi de roche calcaire façonnée par l’érosion. C’est le meilleur endroit de toute la Communauté Valencienne pour observer la faune et la flore de montagne méditerranéenne. Nous avons d’ailleurs pu apercevoir quelques beaux spécimens de rapaces ainsi qu’une maman chamois avec son petit.

Le Rio Palancia

La réserve naturelle de la Vuelta de Hoz est en plein cœur de la Vallée du Rio Palancia. Ce petit fleuve, long de 85 kilomètres prend sa source dans la Sierra del Toro, un peu plus à l’est pour se jeter dans la mer Mediterranée entre Sagunto et Canet, même si, en cette saison, il s’assèche lors de son arrivée en plaine. A Jérica, il forme une petite gorge dans la Sierra de Espadan avant de retrouver un aspect totalement sauvage.

Notre petite randonnée du jour

La petite balade de la Vuelta de la Hoz nous ayant mis en appétit, nous décidons d’aller explorer, avec nos jambes, encore un peu plus cette vallée vraiment sympa. Nous commençons notre tour à travers des oliviers centenaires dont les champs sont arrosés grâce à un système d’irrigation qui ne sont pas sans rappeler les fameux bisses valaisans.

Le paysage se fait ensuite plus sec : une vraie garrigue méditerranéenne! Mais l’érosion a fait un superbe travail sur les roches calcaires de la région!

Quelques petites grottes viennent égayer un peu le paysage à l’instar des « Cuevas de Gallur ». Ce sont juste des particularités géographiques, elles n’ont pas été creusées par l’homme pour un usage particulier.

Enfin, ayant plus ou moins résisté à l’assaut du temps et des divers conflits, se dresse, au milieu de nulle part, une petite tour arabe datant du XIIe siècle et sobrement appelée « La Torre » (la tour).

Viver

Notre balade nous emmène au petit village voisin de Viver. Il est moins pittoresque que Jérica mais ses petites ruelles bordées de façades blanches immaculées nous donne déjà un avant-goût d’Andalousie. Sinon l’histoire reste la même : les arabes, Jaime I puis la couronne espagnole. Le village a presque entièrement été détruit lors de la Guerre Civile (1936-1939) car c’était un haut lieu de combats entre les Franquistes et les Républicains.

Viver ne possédant pas de gare, nous avons dû retourner à pied à Jérica pour pouvoir prendre notre train du retour. Mais dans un panorama pareil, ça ne nous a pas gêné le moins du monde! Le timing ne nous a juste pas permis d’explorer plus en profondeur le village. Mais comme ce ne sera sûrement pas notre dernier passage dans le coin, nous y reviendrons sûrement…

Nous sommes bien contents d’avoir suivi notre instinct pour aller découvrir cette belle vallée plus en profondeur! Le mois de septembre s’annonce propice à ce genre de petites escapades. Nous avons d’ailleurs des tonnes d’idées en réserve et comptons bien profiter des trésors que nous offre cette magnifique région dans les jours à venir.

Segorbe, un trésor caché de l’arrière-pays valencien

Une fois n’est pas coutume, nous nous éloignons de la côte pour nous enfoncer du côté de la Sierra de Calderona, la petite chaîne de montagne qui domine la plaine de la Huerta. Pour nous y rendre, nous empruntons la jolie ligne de chemin de fer ValenceHuesca. D’ailleurs en découvrant les lieux d’arrêt du train comme Teruel ou Zaragoza, notre esprit de voyageur est au taquet et meurt d’envie d’aller découvrir ces endroits pleins de promesses. Mais la Covid-19 est toujours là et l’Aragon en est une des région d’Espagne les plus touchées. Nous nous contentons donc de rester dans notre belle Communauté Valencienne qui nous en met déjà plein les yeux.

Segorbe

Après vingt-cinq minutes de train, nous changeons complètement de décor et arrivons dans la magnifique petite ville de Segorbe. Elle est idéalement située dans la vallée de la Palancia, à mi-chemin entre l’Aragon et la côte méditerranéenne. D’ailleurs, c’est à Segorbe que le roi Jaime I (Nous vous expliquons qui il est ici) arrivé d’Aragon, a établi sa base pour aller conquérir Valence. Malgré sa position centrale dans la région, Segorbe ne fait pas partie de la zone linguistique valencienne, on n’y parle que le castillan.

Le centre historique et ses petites ruelles typiques du sud de l’Europe témoignent du riche passé multiculturel de la ville. S’y sont succédé les Ibères, les Arabes, les Aragonais puis enfin les Valenciens. La guerre civile espagnole (1936-1939) a mis à mal le patrimoine culturel de la ville mais une énorme campagne de restauration a eu lieu dans les années 1990 donnant au lieu une idée de sa splendeur passée.

Anciennes fortifications

Il y a encore de beaux restes de la cité fortifiée d’antan. La muraille la plus ancienne date d’avant le XIIe siècle, en pleine période musulmane. Le centre historique regorge d’anciennes portes, elles aussi d’origines islamiques. Quant aux tours, elles sont plus récentes (XIV-XVe siècles) et la plus grande d’entre elle, la tour de la prison, mesure 21,3 mètres de haut. Une belle prouesse pour l’époque.

La cathédrale-basilique

Coincée dans les petites ruelles de la vieille-ville, l’énorme cathédrale de style gothique valencien a de la peine à dévoiler toute sa splendeur. (d’où le cadrage super pourri des photos, sorry…) Sa forme est un peu particulière car elle épouse les formes du relief et de l’ancienne muraille. Comme souvent en Espagne, elle a été construite sur les restes d’une ancienne mosquée. Elle date du XIIIe siècle et a été agrandie au XVIIIe siècle.

L’aqueduc

Le premier aqueduc de Segorbe fut construit au XIe siècle en pleine période arabe pour acheminer l’eau du Rio Palancia dans le village. Celui qui est visible aujourd’hui date du XVe siècle et a été bâti sur les ruines de l’ancien. Au XIXe siècle, il a été coupé en son centre afin de laisser passer la route. Un canal en métal a été construit pour relier les deux parties qui ont été sectionnées.

Castillo de la Estrella

Encore une fois, nous n’avons pas pu manquer l’occasion de grimper sur la colline qui domine la ville et qui s’appelle monte de Sopeña. Au sommet, on y trouve le castillo de la Estrella (Château de l’Etoile en français) qui a très probablement été construit sur une ancienne nécropole ibérique. La première construction, comme le reste de la ville, date du XIe siècle durant le règne musulman mais atteignit sa splendeur au XVe siècle quand Segorbe était un carrefour commercial important. Son déclin commença au XVIe siècle avec la construction de la « ville moderne » et du palais ducal (l’actuelle mairie) plus bas. Il connut un regain d’intérêt et un agrandissement au XIXe siècle pendant les guerres carlistes (plusieurs guerres ayant eu lieu en Espagne au XIXe siècle dont les enjeux étaient la conquête du trône royal). D’ailleurs, les fortifications encore visibles aujourd’hui datent de cette époque. Malheureusement, lors de notre passage, le site était fermé pour travaux de rénovation, nous avons dû nous contenter d’une petite partie des extérieurs.

La fermeture du château ne nous a pas empêchés d’admirer la superbe vue sur Segorbe, sa cathédrale, qu’on distingue beaucoup mieux depuis en haut que depuis les ruelles de la ville, et sur tout le paysage de la Sierra de Calderona.

Fuente de los 50 caños

Il nous faut sortir un peu de Segorbe et marcher un petit kilomètre en descendant en direction de la rivière pour découvrir cette magnifique fontaine et ses cinquante robinets, comme son nom l’indique. Chaque robinet est surmonté d’un emblème, un pour chaque province espagnole. Pour la petite leçon de géopolitique (oui, on se la pète un peu), l’Espagne est divisée en 17 communautés autonomes qui sont, elles, divisées en provinces. La Communauté Valencienne compte trois provinces : Valence, Castellon de la Plana et Alicante.

Petite randonnée de Segorbe à Navajas

Au mois d’août, ce n’est franchement pas le bon plan car le soleil cogne et il n’y a pas une once de courant. Mais nous sommes équipés de casquettes, d’une bonne crème solaire et d’une bonne réserve d’eau et il en faut beaucoup plus pour nous arrêter, surtout que nous sommes des amoureux de la chaleur. Quoique, avec 38 degrés, c’est quand même limite. Au moins, nous ne croisons personne en chemin. C’est l’idéal en temps de Covid et ça nous permet d’enlever les masques quelques instants. La balade commence dans les cultures d’arbres fruitiers. Il y a de quoi satisfaire tous les goûts : olives, figues, grenades, oranges, diverses variétés de prunes, poires, etc… Ensuite, le chemin traverse un maquis typiquement méditerranéen et un relief de calcaire où l’érosion a fait un superbe travail.

Salto de la Novia

Après l’effort, le réconfort! Et pas n’importe lequel! Une superbe cascade de plus de trente mètres de hauteur se jette dans le Rio Palancia et nous donne une fraîcheur bienvenue. Mais nous ne sommes pas seuls à vouloir profiter d’un répit pendant cette canicule, le coin est très fréquenté, surtout par des baigneurs. Mais malgré le monde, le coin vaut le détour.

La suite de la balade se fait dans des conditions beaucoup plus agréables puisque nous nous enfonçons dans la forêt bien ombragée qui longe le Rio Palancia. Là aussi, nous pouvons admirer le travail de Dame Nature sur la roche calcaire très friable du coin.

Le long du chemin, nous rencontrons une dizaine de petites fontaines du même style que la Fuente de los 50 caños mais en plus petit. L’eau y est puisée directement depuis le Rio Palancia tout proche. Elles faisaient office de puits à l’époque. Malheureusement pour nous, l’eau n’y est pas potable et nous ne pouvons pas remplir nos gourdes. Nous avons été pourtant prévoyant avec l’eau (quatre litres pour une marche d’à peine plus d’une heure) mais il fait tellement chaud et sec que nos réserves commencent déjà à s’amenuiser.

Navajas

Après un peu plus d’une heure de marche et des litres de transpiration perdus, nous voici arrivé au petit village de Navajas. C’est tout petit et il n’y a pas grand chose à voir mais nous trouvons tout de même une jolie terrasse à l’ombre pour boire une boisson fraîche bien méritée avant de prendre le train du retour.

C’est encore un véritable petit trésor que nous avons déniché là. L’arrière-pays valencien est tout aussi intéressant que le littoral, voire plus. Nous avons pu faire coïncider culture et nature comme on aime tout en étant en dehors des gros circuits touristiques. Nous allons d’ailleurs mettre tout en œuvre pour faire d’autres découvertes de ce genre.