Tarifa

Il y a deux raisons principales pour lesquelles nous voulions nous rendre à Tarifa. La première est sa situation géographique particulière et vous commencez à le savoir que nous sommes férus de géographie. La deuxième, c’est son nom. Tarifa avec ses sonorités arabisantes nous évoque l’âge d’or du royaume d’Al-Andalus et promet une petite incursion dans l’Histoire. Mais est-ce que Tarifa tient-elle vraiment ses promesses? C’est ce que nous allons voir plus bas.

Tarifa côté Méditerranée

L’arrivée à Tarifa déçoit un peu. Sur la route principale s’alignent des dizaines de magasins de sports dédiés principalement au surf et à ses dérivés. C’est vrai qu’avec la situation privilégiée de la ville sur le détroit qui reçoit les courants de la Méditerranée et de l’Océan Atlantique, ça promet de belles vagues. Mais il ne faut pas s’arrêter sur le côté très station balnéaire de Tarifa car la localité a quelques autres choses à offrir comme le château de Guzman el Bueno, une forteresse almohade du Xe siècle qui ceinture encore aujourd’hui une partie de la vieille ville.

Centre de Tarifa

Tarifa n’est de loin pas la ville la plus pittoresque d’Andalousie mais les ruelles du centre historique possèdent quand même un certain charme! Par de sa position stratégique sur le détroit de Gibraltar, elle a attiré les convoitises de nombreux royaume même si son histoire reste très similaire aux autres régions du sud de la péninsule ibérique, c’est à dire les Ibères, les Romains / Carthaginois, les Wisigoths, les Arabes puis la Reconquista en 1292. Avec la prise de Gibraltar par les Anglais en 1704, Tarifa devint un poste stratégique pour l’armée et la marine espagnoles. Aujourd’hui, la ville est devenue très touristique mais comme elle attire une majorité de surfeurs et autres sportifs de la mer, l’ambiance est très chill et reste somme toute très bon enfant.

Plazuela del Viento

Cette jolie petite esplanade a été construite par les Arabes avec la forteresse mais les maisons typiques blanchies à la chaux qui la bordent datent d’après la Reconquista (XVIIe siècle environ) et, avec les bancs en azulejos, nous rappellent que nous sommes bien en Andalousie et qu’il faut encore traverser le détroit pour arriver enfin sur le continent africain.

Mais le clou du spectacle reste la vue côté mer, où par beau temps on peut nettement apercevoir les côtes marocaines de l’autre côté du détroit. Mais être aussi près de l’Afrique (14 petits kilomètres seulement) et du désert du Sahara nous soumet à un régime de calima (Ah les bons souvenirs de Tenerife!) et nous brouille un peu la vue. Nous avons quand même essayé de prendre quelques photos mais ce n’est pas très concluant. Nous devrons donc nous sacrifier pour traverser le détroit afin d’aller voir tout ça de plus près. C’est d’ailleurs dans nos projets mais pour un peu plus tard, nous n’en avons pas fini avec l’Andalousie qui est devenue ces derniers mois notre véritable terre de cœur.

La Pointe de Tarifa
Admirez cette couleur de flotte!

Comme nous l’avons mentionné en début d’article, notre principal intérêt pour Tarifa est son emplacement géographique et c’est plus particulièrement cette pointe qui nous intéresse! En réalité c’est une petite île, reliée au continent par un isthme, où se trouvent un fort et un phare mais ils ne sont pas accessibles au grand public. Par contre, il est possible de se promener sur la chaussée d’accès et c’est assez fou car à droite viennent se fracasser les vagues de l’Océan Atlantique tandis qu’à gauche on trouve les eaux plus calmes de la mer Méditerranée. Tarifa est baignée par deux mers bien distinctes! Déjà ça, ce n’est pas rien! Et ce n’est pas tout! L’extrémité du cap est le point le plus méridional de l’Europe continentale*! En tant que grand passionnés de cartes et de points géographiques particuliers nous ne pouvions décemment pas laisser passer ça!!

*Par Europe continentale nous entendons la partie « continent » européen sans les îles. Sinon le point le plus méridional se trouve à Gavdos, une petite île grecque située à 40 kilomètres au sud de la Crète. Tandis que pour l’Union Européenne, le sud extrême se trouve à la Restinga, sur El Hierro, dans les Canaries, toujours en Espagne donc. Avec tous ces points, notre liste à idées n’est pas prête de cesser de se rallonger!

Côté terre, la pointe de Tarifa est surplombée par le château de Santa Catalina sur la colline du même nom. Nous ne pouvons pas y accéder à cause de travaux et c’est bien dommage car c’est un beau témoignage de l’histoire de la Guerre Civile Espagnole. L’édifice a été construit comme bâtiment défensif en 1933 avant d’être bombardé par les Républicains en 1936. Il fut reconstruit dans les années 1940 en pleine Seconde Guerre Mondiale et a été affublé des fameux bunkers qu’on peut encore trouver un peu partout en Espagne. Bon, pour ces derniers, nous les avons juste aperçu entre les palissades de chantier, mais ils sont bien là!

La Playa

Pour la playa, c’est du côté Atlantique que ça se passe. Il y en a bien une du côté Méditerranée pour ceux qui n’aiment pas les courants mais c’est vraiment tout mini. Elle se nomme d’ailleurs « Playa Chica », la petite plage. Le côté mer est plutôt réservé aux départs de ferries pour Tanger et au port de pêche, le détroit regorgeant de poissons.

Donc la « vraie » plage borde l’océan et il faut avouer qu’elle en jette! Ce sont presque 8 kilomètres de sable fin, un peu malmené par le vent c’est vrai, qui s’étendent le long d’une eau turquoise presque digne de la Mer Rouge! Et pour ne rien gâcher, le paysage de montagnes surplombant la playa est juste magnifique. Le tout fait partie de la réserve naturelle du détroit de Gibraltar qui abrite quelques espèces de faune et de flore endémiques. En plus, il paraît que plus on se dirige vers l’ouest, plus les plages sont belles! Promis, nous ne manquerons pas d’aller vérifier tout ça de plus près!

Par contre, avec les forts courants du détroit, rester sur le sable peut être désagréable et même dangereux, l’air y est constamment rafraîchi et on ne sent pas forcément les forts rayons du soleil sur la peau. Pour la baignade, ce n’est pas beaucoup mieux, c’est beaucoup plus adapté pour le wind-surf ou d’autres sports avec une planche de surf. En plus, l’eau est glacée, et c’est Fab le même pas frileux qui le dit!

Si vous êtes dans le coin, il peut valoir la peine de s’arrêter une petite journée à Tarifa. Si vous êtes des adeptes de coins pittoresques, préférez plutôt la route des villages blancs. Par contre, si vous êtes des fans de surf, planche à voile, kite-surf, etc.. Foncez! Le coin y est idéal pour la pratique de ces sports et l’ambiance de la station balnéaire est vraiment sympa!

Gibraltar : british style sur Méditerranée

Nous avons beaucoup été du côté de l’Atlantique ces derniers temps pour des raisons purement pratiques puisque l’océan ne se situe qu’à 12 petits kilomètres de notre lieu d’habitation à Jerez. Cette fois, nous nous rendons un petit plus à l’est, du côté méditerranéen de la force.

Algeciras

La Plaza Alta, seul coin un peu joli d’Algeciras

Algeciras ne se situe qu’à une petite centaine de kilomètres au sud-est de Jerez mais les deux villes sont mal reliées entre elles par les transports publics. Nous avons d’ailleurs fait le trajet en BlaBlaCar. A propos de la ville d’Algeciras, circulez, il n’y a rien à voir! C’est super moche mais c’est une bonne base pour se déplacer ailleurs dans la baie. C’est le plus grand port d’Espagne et le quatrième d’Europe grâce à sa position stratégique sur le détroit de Gibraltar. Malgré le manque total d’intérêt touristique dans la ville, nous avons adoré le coin, surtout pour l’ambiance marquée par les voyages à travers le détroit. Nous ne sommes plus vraiment en Espagne, pas encore tout à fait au Maroc mais dans un espèce de melting pot où les habitants côtoient les gens de passage qui voyagent en ferry entre les deux continents. Ces différentes cultures, langues et histoires dotent Algeciras d’une âme unique que nous affectionnons tout particulièrement.

Gibraltar

Pour accéder à Gibraltar, il faut passer par la petite ville frontière de la Linea de la Concepcion. Il y a des bus toutes les 30 minutes depuis Algeciras qui nous déposent à la station de bus à proximité de la douane. Si vous êtes en voiture, garez-là également du côté espagnol, la ville de Gibraltar n’est pas du tout adaptée aux voitures et les parkings y sont rares. Si vous voulez tout de même y faire le plein d’essence, il y a un rond-point juste après la station service qui vous permettra de retourner à la Linea pour vous garer.

La ville de la Linea de la Concepcion est aussi inintéressante que sa voisine Algeciras sauf pour sa plage qui vaut vraiment le détour et qui offre une superbe vue sur le rocher de Gibraltar.

Gibraltar appartenant au Royaume-Uni, il faut donc traverser une frontière depuis l’Espagne. Rassurez-vous, depuis le Brexit, le passage en douane s’est bien adouci.

Euh Van et Fab là je crois que le vin de Jerez a bien dû vous monter à la tête car un des but du Brexit est justement de NE PAS adoucir le passage à la frontière!

Eh bien, pour Gibraltar le Brexit a justement eu l’effet inverse, après d’âpres négociations entre Londres et Madrid of course! En effet, Gibraltar aurait perdu l’accès au marché commun de l’UE duquel il dépend énormément vu sa situation géographique. En plus, plus de 15’000 frontaliers passent la frontière chaque jour pour travailler à Gibraltar, plus quelques touristes comme nous, des automobilistes profitant du bas prix de l’essence ainsi que de fins gastronomes voulant profiter de l’exquise cuisine anglaise. Nan, pour le dernier point on déconne!

Un accord a finalement été conclu entre l’Espagne et le Royaume-Uni permettant la libre circulation des personnes et des marchandises entre les deux entités. Du coup, le passage d’un pays à l’autre n’est qu’une simple formalité. Imaginez le bordel à la douane sans cet accord! Oui c’est vrai, ça arrive parfois lorsque les douaniers espagnols font preuve d’excès de zèle à cause des revendications territoriales de leur gouvernement. On nous contrôle quand même nos passeports mais c’est surtout pour s’assurer que nous avons le « bon faciès » et le bon passeport. C’est horrible de dire ça comme ça mais c’est la cruelle vérité!

Une fois passé la douane, il reste une petite formalité à accomplir. Traverser la piste de l’aéroport… à pied! Bon ce n’est pas un gros hub avec plein de trafic non plus, il y a juste quelques vols quotidiens pour Londres et des barrières qui bloquent le passage en cas de décollage ou d’atterrissage d’un avion. Quand on a un territoire grand comme un mouchoir de poche, il faut optimiser l’espace et c’est plutôt bien foutu, à condition d’avoir des pilotes chevronnés car entre le rocher, la baie et la mer Méditerranée, ce ne doit pas être la piste la plus facile à appréhender!

Evidemment, entre la douane et les installations aéroportuaires, nous n’avons pas été autorisés à prendre des photos…

L’entrée de la vieille ville
En fait, pourquoi Gibraltar est-il britannique?

A la base, l’histoire de Gibraltar ne diffère pas de celle de l’Andalousie. C’est à dire qu’elle a été sous domination musulmane avant la Reconquista espagnole. Mais, en 1704, pendant la guerre de succession d’Espagne, les Britanniques s’emparèrent de ce petit territoire. Le traité d’Utrecht qui signa la fin de la guerre en 1713 reconnut officiellement le Rocher comme propriété du Royaume-Uni. Bien évidemment, les Espagnols ont essayé à plusieurs reprises, et essaient toujours de reconquérir le territoire, sans succès. Les habitants, quant à eux, ont toujours souhaité rester britanniques. C’est assez logique : nous avons remarqué que les gens sont autant espagnols que le pudding.

Mais le Brexit pourrait changer la donne…. Gibraltar a souhaité, à une grande majorité, rester dans l’UE et n’exclut pas totalement une sortie du Royaume-Uni. De là à dire que la couronne espagnole va récupérer le rocher… Affaire à suivre…

Pour l’instant l’Union Jack flotte encore fièrement à Gibraltar

Manque de bol, nous avons complètement zappé que le jour de notre virée à Gibraltar coïncidait avec les funérailles de la Reine Elisabeth II. Du coup, nous avons trouvé porte close à peu près partout sauf dans quelques pubs et, sur la place centrale, un écran géant avec retransmission de la messe d’enterrement en direct depuis Westminster. Décidément, nous avons le don des mauvais timings! Ce n’est pas la première fois que ce genre de mésaventure nous arrive.

C’est également pour cette raison que nous avons renoncé à la montée en télécabine sur le rocher. (Et aussi pour les 18 £ soit 20,50€ ou 19,85 CHF) En effet, c’étaitt une des seules choses ouvertes en ville en ce jour de deuil national et c’était blindé de monde. En plus la météo était mitigée : couverture nuageuse le matin et calima l’après-midi, la vue n’aurait de toute façon pas été optimale.

Le centre-ville
Avez-vous reconnu le repère pour passage piétons sooo british?

La ville de Gibraltar se trouve au pied de son rocher sur la côte ouest, côté baie, donc à l’abri du vent qui peut parfois souffler violemment depuis le détroit. Pas de doute, nous sommes bien au Royaume-Uni avec ses pubs, son architecture victorienne et ses restos de « fish and chips ». Mais les parois abruptes du rocher, les constructions à flanc de coteau, le mini territoire, l’humidité de l’air et la végétation subtropicale nous rappellent Hong Kong qui était, rappelons-le, également une colonie anglaise jusqu’en 1997.

Et s’ils nous reste quelques doutes sur le fait que nous soyons bien au Royaume-Uni, nous avons des preuves ci-dessous! Bon d’accord le « Look left » (regardez à gauche) est un peu louche. Mais c’est parce-qu’à Gibraltar on roule à droite, comme dans le reste de l’Europe continentale.

Alameda Botanical Gardens

S’il y a bien quelque-chose qu’il faut laisser aux Britanniques, ce sont les jardins botaniques! Bon celui de Gibraltar n’est pas le plus pittoresque mais il a fallu composer avec le relief très mal plat du territoire. Et puis, après avoir vu celui de Kuala Lumpur et surtout celui de Singapour (tous deux fondés par les Anglais), il y a de quoi être blasé. Le climat étant très humide à cause des montagnes de la baie bloquant les nuages et également très doux, le jardin se dote d’une très belle végétation subtropicale (plus de 1900 espèces de plantes!) qui nous manque parfois. Nous retrouvons également les fameux dragons des Canaries. A Tenerife, on nous a bassiné avec ces dragons sur le fait qu’on en trouverait jamais ailleurs. Nous n’en avons jamais autant vus depuis que nous sommes en Andalousie!

Catalan Bay

Comme nous n’avons pas grimpé sur le rocher, nous l’avons contourné. Vu d’en bas, c’est un immense monolithe de calcaire haut de 426 mètres. Bien qu’il paraisse isolé, il fait partie des cordillères bétiques, trois chaînes de montagnes qui traversent la péninsule ibérique du sud-est au sud-ouest, en gros d’Alicante à Cadiz. Au sommet, on y trouve des grottes, les restes d’un fort et… des macaques! C’est la seule colonie de singes sauvages en Europe et une légende raconte que tant qu’ils y resteront, le rocher restera britannique.

Au pied de l’autre versant du rocher, se trouve Catalan Bay, surnommée affectueusement « la Caleta ». C’est le côté balnéaire de Gibraltar avec ses petites maisons colorées et sa petite plage plus adaptée à la pratique du surf qu’à la baignade. Malheureusement, ce côté idyllique ne va pas durer. Une marina et des buildings très moches sont déjà en cours de construction, alors qu’il y en a déjà côté baie, laissant les habitants légitimement très en colère!

Si vous avez de très bons yeux, vous pourrez deviner sur la première photo, une partie des côtes africaines. Ce ne sera pas facile car nous n’avons pas un zoom assez performant pour bien les faire ressortir et l’air est un peu flou à cause de la calima. Même nous qui les avons vues « en vrai » et qui savons où regarder, nous avons du mal à les retrouver sur la photo.

C’était sympa d’avoir fait une journée à Gibraltar et d’avoir, pour un temps, changé de pays. Mais nous ne sommes pas des fans du Royaume-Uni en général. Nos précédents séjour chez la Perfide Albion ne nous ont pas du tout enchantés et ce petit bout de territoire n’aura pas changé la donne. Nous n’avons même pas trouvé la douceur méditerranéenne à laquelle nous nous attendions un peu. Nous nous sommes bien marrés avec tous ces clichés « so british » mais ça s’arrête là. Nous ne sommes pas du tout à l’aise avec la froideur des gens et leur air très guindé. Et ils n’ont même pas une gastronomie digne de ce nom pour compenser un peu!

Vous ne verrez donc pas de sitôt d’autres articles sur le Royaume-Uni, à moins que nous ayons l’opportunité une fois de nous prélasser sur le sable fin des plages des Iles Vierges. C’est permis de rêver, non?

Kizkalesi

Comme nous vous l’avons expliqué dans notre précédent article, notre périple par l’ouest se fera par la côte méditerranéenne. En effet, la Turquie connaît ces temps de fortes chutes de neige totalement inhabituelles pour un mois de mars. Il y a juste le sud qui est plus ou moins épargné par ce retour inattendu de l’hiver. Plus ou moins car la neige n’est pas tombée sur le littoral (mais on la voit bien sur les Monts Taurus pas loin!) mais la région connaît une vague de froid tout aussi inhabituelle avec des températures qui flirtent dangereusement avec zéro degré la nuit et qui ne dépassent pas 10 degrés la journée. Le tout accompagné d’un vent du nord glacial à décorner des bœufs. (Ceux qui connaissent la bise noire savent parfaitement de quoi nous parlons!) Enorme manque de bol : pendant le jour le plus froid, il y a eu une grosse panne d’électricité d’une bonne demi-journée et nous avons été privés de chauffage!Le réveil a été un peu rude ce jour-là, surtout pour Van la frileuse, mais, heureusement, tout a fini par rentrer dans l’ordre. Cette anecdote nous a quand même donné une bonne piqûre de rappel sur le fait qu’en Occident, nous avons quand même beaucoup de chance d’avoir accès à l’électricité et surtout au chauffage pendant l’hiver!

Malgré le temps maussade, nous reprenons quand même la route car notre temps n’est pas illimité et, selon les prévisions météo, nous avons bon espoir que la situation s’améliore les prochains jours. Depuis Adana, nous avons repris le train jusqu’à Mersin et ensuite un dolmus (un minibus local) jusqu’à la petite localité de Kizkalezi. Ce n’est qu’une petite station balnéaire un peu endormie à cette saison mais nous ne nous sommes pas arrêtés pour la baignade même si ces jours avec l’inertie, l’eau est probablement moins froide que l’air. Ce qui nous intéresse ce sont les quelques sites culturels qui se trouvent dans le coin et que nous sommes impatients d’aller découvrir.

Korykos beach et son château.

La ville a été fondée par des Romains au VIIIe siècle. Elle a connu ensuite, comme toute la région, différentes civilisations comme les Arméniens, les Chypriotes, les Mamelouks, les Karamanides, les Ottomans et finalement les Turcs d’aujourd’hui. La forteresse témoigne de toutes ces époques avec des nécropoles romaines, un arc de triomphe, des églises chrétiennes et des fortifications médiévales. Malheureusement, le site est fermé aux visites en hiver. Il se trouve sur une superbe petite plage aux eaux cristallines et, à voir les dépôts blancs sur le sable, bien salées. Côté terre, la végétation a été laissée à l’état sauvage et constitue un petit sanctuaire pour les oiseaux. D’ailleurs, à notre grande surprise, nous avons pu observer des espèces aux couleurs chatoyantes.

Kiz Kalesi

En turc, Kiz Kalesi signifie château de la jeune fille ou de la sirène selon les traductions. Le château en question se situe sur un petit îlot à environ 300 mètres au large de la plage et a donné son nom au village. On y accède en bateau mais seulement pendant la saison touristique. Apparemment, il existait une jetée qui reliait le continent à l’île mais, vu ce qu’il en reste, elle a dû essuyer pas mal de tempêtes. L’îlot a d’abord été habité par des pirates qui ont été chassés par les Byzantins qui y construisirent un premier fort. La forteresse que nous voyons aujourd’hui date du Royaume Arménien de Cilicie et date du XIIIe siècle. La Cilicie était la province romaine qui constitue aujourd’hui la plaine d’Adana et qui est voisine de la Lycie beaucoup plus connue. Vu depuis le continent, la forteresse paraît de taille modeste. Pourtant l’ensemble s’étend sur 15’000 mètres carrés et est entouré par 192 mètres de remparts.

Prenons un peu de hauteur!
Le canyon de Kizkalesi

Nous avons enfin une journée à la météo assez clémente pour nous permettre d’effectuer notre petite grimpette traditionnelle. Depuis le village de Kizkalesi, nous montons sur les collines environnantes, qui sont en fait les premiers contreforts de la chaîne des Monts Taurus, sur sept kilomètres entre les oliviers, les citronniers et des garrigues typiquement méditerranéennes. Malgré le vent du nord qui pique un peu, nous sommes ravis de pouvoir enfin crapahuter en nature!

Adamkayalar

Le but de notre balade se situe sur un petit promontoire rocheux haut de 140 mètres d’altitude. Oui, c’était une grimpette de santé! On y retrouve la ville antique d’Adamkayalar datant du IIe siècle, donc de l’Epoque Romaine. Les ruines sont un peu laissées à l’abandon entre les ronces et les pierres. Mieux vaut s’équiper de bonnes chaussures et d’avoir les chevilles bien accrochées pour se rendre sur le site!

Sur les parois de calcaire en face du site, il y a des trous creusés dans la roche. Ce sont des tombes qui datent de la même époque que la cité. Vu où elles se trouvent, les gens de l’époque étaient bien balèzes de creuser une nécropole dans des endroits aussi inaccessibles! De loin, on peut même apercevoir quelques gravures en bas-relief!

Nous savons pertinemment que dans l’Antiquité, si les villes étaient construites sur des éperons rocheux, c’était uniquement dans un but stratégique de défense. Mais nous pensons quand même que les Romains ont bien du kiffer la vue qui s’étend sur la côte, sur Kizkalesi (ok le village n’existait pas encore à l’époque!) et sur le magnifique canyon de Kizkalesi au fond duquel coule la rivière Karyagdi. Nous l’avons bien appréciée en tout cas et le paysage, bien que très calcaire méditerranéen, nous a rappelé les nombreux barrancos de Tenerife.

Nous avons bien aimé notre petit arrêt à Kizkalesi. Nous avons pu allier nature et culture et avons enfin retrouvé un peu de soleil, même si les températures ont encore de la peine à grimper. Mais si les prévisions météo sont correctes (spoiler : elles le sont rarement!), le printemps devrait s’installer durablement dans le courant de la semaine.

Qui dit printemps dit temps qui passe et si nous voulons respecter notre timing et rentrer en Espagne comme prévu en avril, il nous faut reprendre la route, toujours en direction de l’ouest où nous sommes sûrs de trouver encore quelques petites pépites qui feront notre bonheur!

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