Aracena et sa Sierra

Vivre dans une grande ville bouillonnante comme Séville c’est génial, nous n’avons pas le temps de nous ennuyer, nous avons une vie sociale de ouf et notre grande soif de culture y est étanchée mais, parfois, nous aimons la quitter quelques temps pour aller voir un joli coin de nature et une ambiance un peu plus rurale, plus tranquille. C’est ce que nous avons fait un dimanche. Nous avons embarqué deux amis assez fous pour être sur le pied de guerre à neuf heures du matin à la station de bus de Plaza de Armas et nous sommes partis tous les quatre à l’aventure.

L’Andalousie, ce n’est pas que la mer et des palais mudéjars, c’est également très montagneux! Pour cause, elle est traversée par trois cordillères! Nous n’avons pas été en montagne depuis notre retour d’Amérique Centrale à cause, entre autres, des gros risques d’incendie de l’été. En vrai, l’automne n’est pas vraiment arrivé dans notre région mais il y a quand même eu quelques pluies au mois de septembre qui ont été bienvenues et qui ont un peu atténué les risques. Même si dans les faits, il nous faudrait des mois de pluie continue pour atténuer la sécheresse.

Aracena

Il faut compter environ une heure et demie de bus depuis Séville pour arriver à Aracena. Nous sommes ici dans le nord de la province de Huelva, à quelques kilomètres de l’Estrémadure dans une région naturelle appelée Sierra de Aracena mais que, dans la culture populaire, on appelle, à tort, Sierra de Huelva (qui signifie les montagnes de Huelva) car ce sont les seules montagnes de toute la province qui est composée principalement de plaines et de lagunes. Le village d’Aracena est « perché » à 682 mètres d’altitude. Ça peut paraître modeste pour des natifs des Alpes comme nous mais nous vivons dans la plaine du Guadalquivir à sept petits mètres d’altitude. Nous avons donc quand même pris un peu de hauteur.

Aracena n’a pas l’importance historique qu’ont d’autres localités andalouses même si elle a vu passer les différents peuples qui ont conquis le sud de la péninsule ibérique allant des Phéniciens aux Visigoths. Elle prit un peu d’essor au VIIIe siècle lors de la conquête arabe et l’âge d’or de la taïfa de Niebla de laquelle elle dépendait directement. La Reconquista catholique ne s’est pas faite par les rois d’Aragon mais par Sancho II du Portugal en 1231. Il est vrai que nous sommes bien plus proches de nos voisins lusitaniens que de Zaragoza! Les siècles qui ont suivi l’ont vu passer alternativement sous les règnes des couronnes de Castille et du Portugal jusqu’au XVIe siècle où Aracena fut rattachée définitivement au Royaume de Séville. En 1831, lors de la nouvelle administration territoriale qui perdure encore aujourd’hui, Aracena fut rattachée à Huelva car il fallait bien donner quelques montagnes à cette pauvre petite province lagunaire! Nan, en vrai ce n’est pas tout à fait pour ça mais nous on la trouve cool comme raison!

Même s’il n’est pas sur la liste officielle, Aracena pourrait prétendre sans vergogne au titre de Pueblo Blanco avec ses petites ruelles bucoliques et ses façades blanchies à la chaux.

Gruta de las Maravillas

Si nous avons pris des photos promotionnelles de la ville d’Aracena ou de l’office du tourisme d’Andalousie pour illustrer cet article, ce n’est pas par flemme mais parce qu’il est strictement interdit de prendre la moindre photo ou vidéo à l’intérieur de la grotte pour des motifs de conservation. Et c’est THE grosse frustration de notre journée car la grotte elle est juste WOW et n’a pas volé son nom! (Maravillas signifie merveilles en espagnol) Mais nous comprenons aisément les raisons de cette interdiction et n’avons même pas essayé de voler quelques clichés en cachette.

L’accès se fait par une petite maison médiévale juste derrière l’Ayutamiento (la mairie) en plein centre historique. Le dernier endroit où on imagine trouver une grotte! Et pourtant il y a plus de deux kilomètres de galeries souterraines réparties sur trois étages. La partie ouverte au public fait environ 1,2 kilomètre. A l’intérieur, c’est un enchantement de stalagmites, de stalactites et de pierres superbement façonnées par l’érosion. Les lacs contiennent une eau cristalline, riche en minéraux et propre à la consommation qui alimentaient le village en eau potable jusque dans les années 1970. Nous sommes restés tous les quatre bouche bée devant une telle merveille de la nature.

La température intérieure est de 19 degrés environ toute l’année. C’est une parfaite climatisation naturelle pour les étés torrides d’Andalousie. Même au début octobre, nous y avons apprécié la fraîcheur (oui, même Van la frileuse!) car nous vivons un veranillo de San Miguel (l’équivalent de l’été indien) particulièrement chaud.

Aussi fou que ça puisse paraître, il ne faut pas souffrir de vertige pour visiter la grotte. Non, nous n’avons pas abusé de la manzanilla (le vin blanc local de la région de Séville) et avons bien écrit le mot vertige en toute conscience! En général, grotte rime plutôt avec claustrophobie. Mais celle-ci est super haute et bien large à part à quelques petits passages, mais c’est vraiment minime. Van, qui n’aime pas du tout les espaces clos, n’a pas du tout été incommodée durant sa visite. Par contre, il y a des escaliers et des passerelles qui surplombent les lacs et ça peut effectivement être vertigineux et très impressionnant pour les personnes qui ont peur du vide.

L’entrée de la grotte se trouve derrière l’Ayutamiento, il suffit de traverser les arcades. Il y a des panneaux indicatifs dans tout le village. Nous avons pris le billet qui inclut également les entrées au château et au musée du jambon. (15€ soit 14,45CHF le week-end ou 12,50€ soit 12,05CHF en semaine). Etant tributaires des transports publics, nous n’avons pas eu le temps de visiter ce dernier. En vrai c’est parce-que nous avons préférer aller le manger le jambon dans un bistrot! La Sierra de Aracena produit un délicieux jambon sous l’appellation d’origine contrôlée Jabugo, qui est un des villages de la Sierra.

A l’achat de vos entrées, on vous indiquera une heure de visite. Vous serez accompagnés obligatoirement d’un guide et dans un petit groupe d’une vingtaine de personnes, souci de conservation oblige. Pas de panique si vous ne maîtrisez pas le castillan : il y a des visites en anglais et même dans notre belle langue de Molière grâce à des audioguides.

Fuente del Concejo

La structure actuelle de cet ancien lavoir date de 1923 mais des vestiges trouvés sur les lieux nous laissent penser qu’on y lavait déjà ses vêtements au Moyen-Age. Si l’eau paraît si claire c’est parce qu’elle provient directement de la Gruta de las Maravillas. Donc oui, elle est potable! Mais nous n’avons pas osé la boire car nous y avons vu des gens y tremper leurs pieds juste avant (Beurk!). De toute façon, il est déconseillé de trop en consommer car elle est hyper calcaire et risque donc de nous donner de jolis calculs rénaux.

Iglesia de Nuestra Señora del Mayor Dolor

Vous ne pensiez quand même pas que nous allions échapper à notre traditionnelle grimpette du jour? Ce à quoi nous pensions échapper, c’est aux températures du mois de juillet! Loupé! Mais nous commençons à nous habituer aux étés interminables que finalement nous aimons bien et nous nous sommes équipés en conséquence.

La colline sur laquelle nous montons est celle qui abrite la Gruta de las Maravillas. Toute cette hauteur qui nous a impressionnés à l’intérieur, il faut la grimper maintenant! Après avoir passé la porte surplombée d’un clocher-mur typique du XVIe ou XVIIe siècle nous tombons sur cet immense mastodonte de style gothique tardif du XVe siècle. Comme presque toute église qui se respecte en Andalousie, elle a été construite sur une ancienne mosquée datant du XIIe siècle dont on peut encore observer aujourd’hui la tour mudéjar dont les détails ne sont pas sans nous rappeler notre merveilleuse Giralda. Malheureusement, le minaret est mal orienté et se trouve à l’ombre une bonne partie de la journée. Difficile d’y faire ressortir les détails architecturaux.

Château de Aracena

Nous sommes en Espagne donc même s’il y a des grottes et des églises gotico-mudéjars, il y a toujours un château sur la colline! Ou au moins, les restes d’un château! Celui d’Aracena conserve une belle muraille d’enceinte mais pour le reste, c’est bien en ruines même si on peut quand même deviner le donjon grâce à une paroi qui est vaillament restée debout. Nous devons cette fortification du XIIIe siècle aux musulmans. Après la Reconquista, elle fut brièvement cédée à l’ordre des Templiers. Aracena n’a jamais été un endroit stratégique à défendre, le château à donc été laissé gentiment à l’abandon, d’où un état de conservation pas terrible.

Nous avons particulièrement apprécié la promenade sur les remparts car elle donne une vue magnifique sur le village d’Aracena.

Il y a également une superbe vue sur la Sierra de Aracena qui fait partie de la réserve de biosphère de Dehesa de la Sierra Morena, un espace protégé qui s’étend sur plus de 424’000 hectares sur trois provinces andalouses. Nous avons été étonnés de voir un paysage si vert qui contraste avec la sécheresse de la plaine du Guadalquivir. Aussi fou que ça puisse paraître, la Sierra reçoit des précipitations parmi les plus importantes de la péninsule ibérique, ce qui permet à de magnifiques forêts de s’épanouir. Ce climat méditerranéen tempéré par les pluies permet l’élevage des porcs pour le fameux « jamon de Jabugo », la culture des oliviers et celle des chênes-lièges car il faut bien des bouchons pour les bouteilles de manzanilla! Ce ne sont pas les montagnes les plus impressionnantes que nous ayons vues et les sommets y dépassent rarement les 1000 mètres d’altitude mais ce relief doux et vallonné ainsi que toute cette verdure nous ont quand même enchantés.

Ce qui, à la base, ne devait être qu’une petite promenade dominicale s’est avéré être une véritable découverte! Il y a encore trois mois, nous ne connaissions rien de la province de Huelva! Cette pauvre petite région coincée entre l’Algarve super touristique et les coins hyper connus et tout autant touristiques de Séville et de Cádiz a été un peu oubliée, y compris par nous qui, pourtant, aimons sortir des sentiers battus. Certes, elle n’a pas le pittoresque de ses voisins mais possède quand même quelques trésors dignes d’être découverts. Nous allons évidemment essayer de réparer ce lamentable oubli lors de prochaines aventures.

Niebla et le règne des Guzman

Lors de nos trajets en train pour Huelva, nous avons aperçu par la fenêtre une superbe forteresse dans la localité de Niebla, à environ vingt-six kilomètres de la capitale provinciale. Evidemment, ça a titillé notre curiosité et nous n’avons pas pu nous empêcher de nous y arrêter pour aller voir ça de plus près!

Si aujourd’hui, Niebla est un petit village andalou de peu d’importance, ça n’a pas toujours été le cas dans le passé. La localité fut fondée à l’Age de Bronze par les Tartessos, une civilisation du Ier millénaire avant Jésus-Christ qui occupait l’ouest de l’Andalousie actuelle. Les Romains développèrent la ville qui passa sous l’influence directe d’Italica, dans l’actuelle Santiponce en banlieue de Séville. Ensuite, l’histoire est exactement la même que dans tout le sud de la péninsule ibérique : les Wisigoths chassèrent les Romains et furent eux-mêmes chassés par les musulmans. Niebla devint alors un taïfa indépendant avant d’être englobé dans celui de Séville. La ville fut reconquise par les catholiques sous l’égide d’Alphonse X de Castille en 1262 après neuf longs mois de siège. A cette époque, Niebla devint un comté riche et important. Mais tout se gâta en 1508 quand le roi d’Espagne, Fernando II réclama le duché voisin de Medina Sidonia. Niebla, en tant qu’allié de ce dernier, refusa et se mis à le défendre. En représailles, le roi y envoya 1500 hommes et ordonna l’assaut de la ville. Mais heureusement, le massacre attendu n’eut finalement pas lieu car le duc a fini par abdiquer et céder son duché à la couronne de Castille. Mais cet épisode marqua le début du déclin pour Niebla qui fut aggravé par le grand tremblement de terre de Lisbonne de 1755 qui fit beaucoup de dégâts dans toute l’Andalousie.

Niebla ne redevint jamais prospère. Aujourd’hui, c’est un village andalou endormi, qui sert de cité-dortoir pour la population qui va travailler à Huelva ou même à Séville. Seuls quelques monuments historiques d’envergure rappellent ce passé glorieux dans une des provinces les plus oubliées d’Espagne et qui porte le titre peu enviable de parent pauvre de l’Andalousie.

Les remparts de Niebla

Niebla peut se targuer d’avoir une muraille d’une conservation remarquable. Ce que nous voyons aujourd’hui nous vient tout droit de l’époque almohade, c’est-à-dire musulmane, mais la base avait déjà été construite par les Tartessos, à l’Age de Bronze. Il en reste six portes dont certaines ont la fameuse forme en serrure des portes islamiques. C’est la muraille la plus ancienne la mieux conservée d’Europe.

Le château des Guzman

Bien qu’on y ait trouvé des restes wisigoths, romains et mudéjars, ce château en question est un pur produit de la Reconquista. Il fut construit en 1368 lors de la création du comté de Niebla qui allait grosso modo de Sanlúcar de Barrameda jusqu’à la frontière portugaise mais en passant par l’arrière-pays. Le château appartenait à la noble famille Guzman, qui malgré la consonnance un peu germanique, est un nom typiquement castillan. La famille appartenait à la maison de Medina Sidonia et donna même une reine du Portugal (Luisa de Guzman, femme de Jean IV du Portugal) ainsi qu’une impératrice (Eugenia de Montijo, femme de Napoléon III). Elle reçut ses titres de noblesse directement du roi pour services rendus à la couronne de Castille. C’est grâce aux Guzman qui maîtrisaient l’art des alliances et du commerce que Niebla connut une époque très prospère pendant la Renaissance. Le lignage de la famille existe toujours et il y a encore aujourd’hui un comte de Niebla même si son rôle se limite à parrainer des fondation et à donner des conférences dans diverses universités du pays.

Le château se visite pour quatre euros. L’avantage des petites structures telles que celles-ci, c’est que le personnel, super sympa, a le temps de vous accueillir, de vous faire un brin de causette et de répondre à toutes vos questions concernant la région ou le patrimoine historique. C’est le château-fort typique avec sa ceinture extérieure, son donjon, ses tours, son chemin de ronde, ses mâchicoulis, ses cachots, etc… Malgré son côté calme et un peu oublié, le château de Niebla grouille d’activités. Il y a déjà les archéologues qui cherchent des vestiges antérieurs à la construction de l’édifice. Ensuite, il y a les restaurateurs qui font un boulot de dingue depuis des années car avec le tremblement de terre de Lisbonne de 1755, la mise à sac par les troupes napoléoniennes lors de la Guerre d’Indépendance (1808-1814) et l’abandon qui en découla, l’édifice a bien morflé! Enfin, outre la mise à disposition des touristes pour les visites, l’enceinte du château accueille un festival de théâtre renommé dans la région. Ça nous fait plaisir de voir qu’on bichonne ces bijoux historiques et qu’on les fasse vivre à travers diverses activités culturelles.

Iglesia San Martin

Même si l’intérêt principal de Niebla reste son château, il vaut la peine de faire quelques pas dans le village pour accéder aux ruines de l’église de San Martin. On y voit clairement l’ancienne mosquée avec sa porte en forme de serrure (à gauche) sur laquelle a été construite, au XVe siècle, une énorme cathédrale gothique dont il nous reste l’abside ainsi que le clocher. Mélange des cultures oblige, la mosquée a été transformée en chapelle dont la déco est on ne peut plus catholique.

Niebla n’est pas un incontournable en Andalousie mais elle a le mérite de nous offrir une petite halte culturelle hors des grands circuits touristiques. En plus, elle est facilement accessible depuis les stations balnéaires de la côte atlantique pour ceux qui en auraient marre de se dorer la pilule à la playa.

Ayamonte

Dans notre conquête de l’ouest, nous avons décidé de pousser le bouchon encore plus loin et de nous rendre au bout du bout, à l’extrême sud-ouest de l’Espagne péninsulaire, à la frontière portugaise : Ayamonte. Ce petit village de pêcheurs fondé par les Phéniciens connut une histoire similaire à toute la région avec les Romains, les Wisigoths et les Arabes tout en ayant une forte influence portugaise qui ne se ressent plus trop aujourd’hui. Elle eut de grandes relations économiques et commerciales avec l’empire colonial espagnol en Amérique qui lui assura assez de ressources pour connaître la prospérité. Aujourd’hui, c’est une petite ville andalouse agréable et néanmoins assez animée grâce au tourisme des plages atlantiques proches comme la Isla Canela ou la station balnéaire portugaise de Vila Real de Santo Antonio qu’on peut rejoindre en ferry.

En transports publics, Ayamonte est accessible en bus depuis Huelva, et parfois, directement depuis Séville.

Plaza de la Laguna

Difficile de faire plus andalou avec cette magnifique place au centre d’Ayamonte. Tout y est : les maisons blanchies à la chaux, les palmiers, une pergola pour faire un peu d’ombre, une statue en marbre (dans ce cas la statue de l’Immaculée Conception datant de 1954) ainsi que les bancs ornés de mosaïques. Seuls quelques azulejos bleus nous rappellent que nous ne sommes qu’à deux pas du Portugal. La place date du XVIIIe siècle mais a été remaniée au moins une fois par siècle depuis sa construction. Elle est bordée par l’Ayuntamiento (la mairie) et par de jolies terrasses à l’ombre bienvenue dans cette chaleur estivale.

Bom dia Portugal!

Ayamonte se trouve sur la rive gauche du Rio Guadiana pratiquement à son embouchure dans l’océan Atlantique. Si le nom de ce fleuve vous dit quelque-chose, c’est normal, nous vous en avons déjà parlé puisqu’il traverse également la ville de Badajoz avant de tracer la frontière entre l’Espagne et le Portugal jusqu’à la mer. Vous l’aurez compris, sur la rive droite, ce sont nos voisins et amis portugais. Pour aller leur dire bonjour, il y a deux solutions. La première consiste, si vous avez une voiture, de prendre l’autoroute A22 et d’emprunter le magnifique pont international du Guadiana qui traverse la rivière. Cet impressionnant pont suspendu de 666 mètres de long, le troisième plus long du Portugal après les deux ponts qui traversent le Tage à Lisbonne, fut inauguré en 1991 après vingt-huit ans de travaux. Si ça a pris si longtemps, ce n’est pas parce que les ouvriers ont trop fait la sieste comme le disent souvent les préjugés venus du nord, mais à cause du Rio Guadiana trop large (plus de cinq cents mètres) et trop profond (une bonne dizaine de mètres) ce qui posa de grands défis techniques aux constructeurs.

La deuxième solution pour rejoindre la localité portugaise de Vila Real de Santo Antonio est d’emprunter le ferry. Il part sur le quai du Guadiana tout proche du centre-ville, la traversée coûte 2,30€ et il y en a toutes les trente minutes. Par contre, nous ne l’avons pas testé pour vous. Etant tributaires des transports publics, nous étions pris par le timing. Mais ce n’est pas l’envie qui nous a manqué!

Malgré ces jolies petites découvertes, nous n’avons pas renouvelé notre abonnement gratuit pour Huelva pour ce dernier quadrimestre de 2023. Nous avons préféré prendre celui pour Cádiz que nous adorons et dont la province nous coupe le souffle à chaque fois. Mais ce n’est pas pour autant que nous allons abandonner la province onubense (oui, c’est comme ça qu’on appelle les gens de Huelva!) à son triste sort. Il y a toute la Sierra de Huelva, mieux accessible depuis Séville et idéale pour des balades automnales sans risque d’incendie, que nous mourrons d’envie d’aller découvrir!

Huelva et la découverte de l’Amérique

Le gouvernement espagnol a renouvelé ses mesures anti inflation en nous offrant des abonnements pour les trains régionaux et moyenne distance. Comme nous sommes basés à Séville même, nous avons choisi la destination d’Huelva pour l’été car c’est un coin que nous ne connaissons absolument pas. L’autre raison de ce choix, c’est la proximité avec l’océan Atlantique, ce qui nous permet de perdre quelques degrés par rapport à la capitale andalouse pendant les grosses vagues de chaleurs qui sont monnaie courante dans la plaine du Guadalquivir. Ça nous permettra également de profiter un peu de la playa.

Nous allons être honnêtes, Huelva, ce n’est pas Cádiz! Néanmoins, la région possède quelques petits lieux dignes d’intérêts ainsi qu’une riche histoire conjointe au reste de l’Andalousie.

Nous n’avons pas du tout accroché avec la ville de Huelva. Elle fait un peu pâle figure si on compare avec les autres capitales provinciales d’Andalousie qui sont vraiment pittoresques et, manque de bol, la place centrale qui a l’air assez jolie et qui possède une statue de Christophe Colomb est en travaux. C’est assez difficile de s’en faire une idée. Par contre, nous avons adoré son environnement dans les marismas del Odiel, une réserve de biosphère de marais et de lagunes composée par les deltas des rivières Odiel et Tinto. Un truc sympa à faire, si le soleil ne tape pas trop fort, c’est de se balader dans la ria (un terme portugais mais également utilisé à Huelva ou en Galice pour désigner un delta) sur l’ancien pont de chargement des minerais qui a été reconverti en promenade et, pour les plus téméraires, en plongeoir. Ce pont qui date de la fin du XIXe siècle et qui représente parfaitement l’architecture industrielle de cette époque était en fait un pont ferroviaire. Le port de Huelva se trouvait à cet emplacement jusqu’au milieu du XXe siècle et ce quai de chargement permettait de faire passer les marchandises directement du train au bateau.

Palos de la Frontera

Palos de la Frontera se situe à quatorze kilomètres à l’est de Huelva et est facilement accessible en bus depuis cette dernière. Le hic c’est que la gare de Huelva se situe de l’autre côté de la ville par rapport à la station de bus. Il faut compter bien vingt minutes de marche entre les deux, à prendre en compte lorsque vous regardez les horaires des transports. Ancien village de pêcheurs, la ville est aujourd’hui tristement célèbre pour sa culture intensive de fraises qui assèche les lagunes protégées du parc national de la Doñana. Malgré ce gros bémol, Palos est typiquement andalouse avec ses maisons blanchies à la chaux, ses mosaïques, ses petites places, ses anciens remparts arabes et sa douceur de vivre dans la torpeur estivale.

Iglesia de San Jorge

Ce n’est de loin pas la cathédrale la plus pittoresque d’Andalousie mais elle est très intéressante d’un point de vue architectural. Elle est construite sur une acropole (nom grec qui signifie le point le plus haut d’un ville) qui domine les lagunes de la ria de Huelva. Elle est du plus pur style gothique-mudéjar et pourtant, il n’y a jamais eu de mosquée à cet emplacement. Au XIVe siècle, lors du début de sa construction, il était courant de construire des édifices en prenant comme modèle le style musulman déjà présent, même après la Reconquista. Puis le XVe siècle arriva et on continua les travaux en gothique cette fois-ci. Le clocher, quant à lui, est du plus pur style Renaissance avec son corps baroque et son toit de mosaïque typiquement andalou sans oublier l’indispensable nid à cigognes!

Cette église a également une importance historique puisque c’est à l’intérieur de celle-ci que se sont déroulés les préparatifs et les discussions autour de la première expédition de Christophe Colomb qui devait le mener en Amérique.

Palos de la Frontera a le privilège, ou le fardeau selon comment on voit l’histoire, d’avoir été le point de départ du premier voyage de Christophe Colomb qui le conduira, sans qu’il le sache, à la découverte de l’Amérique. Aujourd’hui, la configuration des lieux est un peu différente avec le retrait de l’océan mais au XVe siècle, la ville se trouvait en bord de mer et possédait un port. Il y a plein de panneaux explicatifs, en mosaïques of course, qui retrace cette histoire fascinante.

La Rábida

Pour se rendre à la Rábida depuis Huelva, il faut également prendre le bus pour Palos (ou Mazagon) et s’arrêter avant, à l’université puis traverser la grande route.

Le monastère qu’on trouve sur la place a la même histoire architecturale que sa copine l’Iglesia de San Jorge au centre de Palos de la Frontera. Christophe Colomb himself y a logé quelques années au XVe siècle et c’est là qu’il eut l’idée saugrenue (ou pas) de mettre le cap à l’ouest pour tenter de rejoindre l’Inde.

Avenida de las Americas

Bien que le monastère soit magnifique, ce n’est pas lui qui nous a attiré dans ce coin de pays par une chaude journée d’été. Nous voulions comprendre l’histoire autour de la découverte de l’Amérique. Pour cela, rien de tel que de parcourir la bien nommée Avenida de las Americas! Pour la trouver, c’est facile, il suffit de repérer l’immense monument érigé en l’honneur des explorateurs. Cette colonne haute de presque 55 mètres à été inaugurée le 12 octobre 1892, le jour du quatre centième anniversaire de l’arrivée de Christophe Colomb, en Amérique, sur une île des Bahamas. Quant à l’avenue en elle-même, il n’y a rien d’inoubliable mais l’ombre des palmiers est bienvenue par cette chaleur et les mosaïques des différents emblèmes des pays américains sont très belles. Le calendrier aztèque, cadeau du Mexique à l’Espagne, est également très sympa. Nous qui venions de rentrer de notre trip en Amérique Centrale, ça nous a fait de jolis souvenirs.

Les caravelles

Voilà la vraie raison pour laquelle nous avons vu un monastère, une colonne un peu mégalo et les emblèmes des anciennes colonies espagnoles : les fameuses caravelles empruntées par Christophe Colomb himself et son équipage lors du voyage de découverte de l’Amérique. Bon d’accord, ce ne sont que des reproductions car les vraies, après une traversée de l’Atlantique, se sont sûrement retrouvées dans un état déplorable.

Le musée des caravelles se trouve dans les lagunes à quelques centaines de mètres de la fin de la Avenida de las Americas. D’après nos recherches, l’entrée devrait coûter trois euros mais, pour une raison que nous ignorons, nous ne l’avons payée qu’1,50€ . C’est le genre de surprise que nous aimons bien mais, vu la qualité de l’exposition, nous nous serions quand même acquittés des trois euros sans broncher.

La reproduction des caravelles date de 1992, année des cinq cents ans de la découverte de l’Amérique et également année de l’Exposition Universelle de Séville où les trois embarcations ont été exposées avant de couler une retraite tranquille comme musée dans la ria de Huelva.

Trois embarcations ont été affrétées pour cette fameuse expédition en 1492. Les deux petites s’appellent la Niña et la Pinta et servaient principalement de transport de matériel, d’armes et de vivres. La plus grande, la Santa Maria, transportait Christophe Colomb himself qui y avait un bureau avec tous les instruments nécessaires à la navigation qui se résumaient, à l’époque, à un compas, une carte plus ou moins précise et aux constellations dans le ciel.

Les caravelles ont été aménagées pour une visite à l’intérieur. Si vous avez une imagination débordante ça peut être impressionnant car les bateaux ne sont pas très grands, en bois et d’un confort très spartiate. Pourtant, ils ont traversé l’Atlantique dont on ne connaissait que très peu de choses en 1492, sur une route qui n’avait jamais été empruntée avant, en essuyant sûrement quelques tempêtes avant d’arriver dans un lieu complètement inconnu! Rien que d’y penser, ça nous file le mal de mer!

Visiter les cuisines nous a remis un peu de baume au cœur car on ne lésinait pas sur la bouffe à l’époque! Et encore moins sur le vin de Jerez dont les tonneaux prenaient les trois quarts de la place disponible! Bon l’eau n’était pas potable à l’époque, quitte à devoir boire du vin, autant que ce soit du bon! Heureusement que la Cruzcampo, la bière sévillane qui n’est objectivement pas très bonne mais dont il est interdit de dire à Séville qu’elle n’est pas bonne sous peine de se faire bannir de la ville, n’existait pas encore à l’époque sinon ils auraient dû en embarquer! Pas sûr qu’elle leur aurait permis de mener à bien l’expédition!

Nous avions auparavant visité l’Archivio de Indias à Séville qui compile tous les documents en rapport avec les explorations espagnoles et la colonisation qui s’en est suivi. Nous y avons vu les registres des marchandises qui ont été embarquées sur ces trois caravelles ainsi que sur les expéditions suivantes. Le thème du vin y était pris très au sérieux. Chaque cave devait fournir tant de tonneaux de tel type de vin. Il y a dix types de vins de Jerez différents et chacun devait y être représenté! Et tout était consigné dans les registres avec un sceau officiel! Nous ne sommes pas sûrs que les gilets de sauvetage soient gérés avec la même rigueur aujourd’hui.

NB : Pour les archives de Séville, c’est à côté de la cathédrale, c’est gratuit et dépend quels documents ils exposent au public (ça change tous les mois), ça peut être vraiment intéressant. N’hésitez pas à aller y faire un tour si vous êtes dans le coin!

Isla del Encuentro

En face des caravelles, il y a une petite reproduction de l’île de San Salvador (aujourd’hui Guanahani, aux Bahamas) sur laquelle a débarqué Christophe Colomb ainsi que ses acolytes après la traversée de l’Atlantique. Nous avons bien aimé retrouver des espèces tropicales qui poussent sans problème sous le climat andalou. Par contre, notre visite est tombée pendant un jour de calima, un vent du sud qui nous amène de l’air sec ainsi que du sable du Sahara et l’ambiance n’y était pas du tout! Ca nous a plus rappelé Tenerife que l’humidité tropicale de la mer des Caraïbes!

Christophe Colomb effectua quatre voyages jusqu’en Amérique, pensant à chaque fois débarquer en Asie Orientale. Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’Amerigo Vespucci, un cartographe et explorateur florentin, comprit qu’il s’agissait en fait d’un nouveau continent lorsqu’il débarqua sur les côtes brésiliennes.

Nous sommes totalement conscients que l’histoire qui a découlé des voyages de Christophe Colomb est particulièrement horrible et cruelle. Il y a eu la colonisation, le massacre des indigènes, la traite des esclaves, le pillage des ressources et encore d’autres choses toutes plus moches les unes que les autres. Le nier, l’occulter ou ne pas s’y intéresser ne va pas, à notre avis, faire changer le cours des choses. Nous sommes fascinés par les explorations à cause, bien sûr, du côté voyage et découvertes de nouveaux lieux mais nous sommes évidemment horrifiés par tout ce que ça a impliqué ensuite. Quoi qu’il en soit, ça fait partie de l’histoire de l’Andalousie, de l’Espagne et même de toute l’Europe et nous allons continuer de nous y intéresser.

Nous allons terminer cet article par une note un peu plus festive et positive, celle de la playa! Avec sa côte atlantique, Huelva possède de jolies longues plages où il fait bon passer quelques journées d’été loin de la chaleur accablante de Séville.

Nous avons testé pour vous :

  • Mazagon : très sympa avec des chiringuittos (des bars de plages servant à manger) vraiment cool mais c’est un peu la galère avec les bus.
  • Punta Umbria : super bien desservi mais c’est un peu le Benidorm local. C’est également la plage la plus fréquentée.
  • El Portil (images ci-dessous) : notre préférée. Un peu plus sauvage avec les pins directement sur la plage. Située à l’embouchure du Rio Piedras, elle est protégée des courants mais il peut être difficile de s’y baigner à marée basse.

Nous avons adoré nos visites en rapport avec Christophe Colomb, c’était vraiment intéressant. En tant que globe-trotters, tout ce qui touche aux explorations nous fascine, évidemment! La région est sympa également mais nous préférons de loin la baie de Cádiz. Mais est-ce vraiment comparable?

Une journée à l’Alhambra de Granada

Souvenez-vous, nous étions déjà venu faire un petit tour à Grenade en automne 2020, en pleine pandémie de Covid 19. A cause des mesures sanitaires en vigueur à l’époque, il fallait organiser bien à l’avance une visite à l’Alhambra car les places étaient super limitées. Ce qu’en tant que voyageurs à l’arrache, nous n’avions absolument pas fait et avons dû renoncer à découvrir ce monument emblématique.

Heureusement, la crise a fini par passer et nous avons pu remédier à ce manquement. Comme nous venions de la région valencienne où nous avons passé un peu de temps avec la famille de Fab, Granada nous paraissait un bon endroit pour un petit séjour avant notre installation à Séville. Surtout que nous adorons cette ville presque autant que la capitale andalouse et que nous adorons nous y perdre dans les ruelles de l’Albaycin!

Pour l’Alhambra, nous avons, cette fois, anticipé un peu plus et assuré le coup en prenant nos billets à l’avance sur internet.

Nous avons acheté les billets sur alhambra-patronato.es. Le prix d’entrée est de 19€ par personne pour un accès à toute l’Alhambra. Il existe également des entrées plus restreintes ou des visites guidées.

Depuis la ville basse, il faut se veiller à prendre la bonne direction et NE PAS se rendre du côté de l’Albaycin car il y a comme un petit canyon creusé par le Rio Darro entre le quartier arabe et l’Alhambra et vous devrez ensuite tout redescendre pour remonter de l’autre côté. Mais rassurez-vous, si vous suivez tous les panneaux qu’il y a en ville, il est quasi impossible de se tromper!

L’Alcazaba

Nous commençons notre visite par l’Alcazaba, le lieu le plus ancien de l’Alhambra. Ce que nous voyons aujourd’hui date du IXe siècle, de la période musulmane donc mais les archéologues pensent que l’endroit était déjà utilisé avant par les Visigoths et même les Romains bien qu’on ne dispose d’aucun vestige attestant ces dires. C’était la première résidence des seigneurs musulmans de Grenade qui fut de plus en plus fortifiée à chaque génération. Après la construction des autres palais de l’Alhambra, l’utilisation de l’Alcazaba devint purement défensif et militaire. Les rois catholiques, qui ne débarquèrent qu’à la fin du XVe siècle dans la région, l’utilisèrent également comme forteresse défensive. Elle fut pourtant laissée à l’abandon pendant des siècles avant qu’on recommence à s’intéresser à elle au début du XXe siècle où on commença à la restaurer dans un but purement culturel et historique.

Mais ces années d’abandon ont laissé des marques. C’est d’ailleurs le monument le moins bien conservé de l’Alhambra malgré les restaurations. C’est également le moins impressionnant. Mais il vaut quand même le coup d’œil et ça reste une sacrée forteresse! C’est une bonne idée de le visiter en premier parce que le reste est tellement ouf que cette pauvre Alcazaba fait un peu pâle figure à côté. Oui, on vient de vous spoiler la suite de notre article!

Si le bâtiment en lui même nous a laissé un peu sur notre faim, (#blasés de la vie!) la promenade sur les remparts nous a enchantés pour la vue qu’elle donne sur l’Albaycin, sur la ville basse et sur la Sierra Nevada. Si vous êtes, comme nous, assez fous pour y venir en été, pensez à prendre de quoi vous protéger du soleil car la muraille est très exposée et le soleil tape fort, même tôt le matin!

Palacio de Carlos V

En face de l’Alcazaba se dresse un énorme bâtiment du XVIe siècle de style Renaissance qui aurait plus sa place dans le centre de Florence qu’au milieu des palais mudéjars d’un ancien royaume musulman. Ce contraste architectural était volontaire et complètement assumé. Quand il ordonna sa construction afin d’en faire sa résidence, l’empereur Carlos V (connu sous le patronyme Charles Quint en français) voulut justement montrer la victoire des catholiques sur l’islam en faisant édifier ce plus pur produit de la Renaissance italienne. Il fit même détruire une partie des palais de l’Alhambra pour ça. Mais, d’après les historiens, c’était la partie la plus moche, ouf!

Si l’extérieur est carré et bien massif (et surtout impossible à bien photographier, sorry!), la cour intérieure est circulaire et ornée de colonnes en marbre que ne renierait pas la place Saint-Pierre de Rome. Lors de notre passage, la cour centrale était équipée pour un festival de musique avec une scène et des chaises très XXIe siècle mais nous avons quand même pu nous rendre compte de la beauté de ce palais que rien ne laisser présager depuis dehors. Il y a également le musée des beaux-arts à l’intérieur mais nous n’y avons pas été préférant visiter les palais.

Ce palais fait un peu figure d’OVNI au cœur de l’Alhambra mais il faut quand même aller y jeter un coup d’œil rien que pour les détails baroques. Avec le marbre, les galeries autour de la cour intérieure restent fraîches même pendant la canicule des étés andalous.

Les palais nasrides

On n’accède pas comme on veut à l’intérieur des palais. A l’achat des billets, on vous demandera de choisir une heure pour visiter ces palais car le nombre de personnes en même temps est limité dans un souci de conservation des monuments. Ne rêvez-pas! Limité ne signifie pas que vous serez tout seul non plus! On reste dans un endroit super connu et super touristique! Nous avons choisi d’y aller à midi et demi car c’est l’heure où tous les touristes du nord vont manger. Oui, c’est vrai ce n’est qu’un préjugé débile et vraiment limite mais notre raisonnement s’est pourtant avéré juste. Nous n’étions que des Méditerranéens à se trouver à l’intérieur des palais à ce moment là!

L’entrée des palais se trouve en contrebas du palais de Carlos V. Assurez-vous d’y être à l’heure! On ne vous laissera pas entrer en cas de retard! Qui a dit que les pays du sud n’étaient pas à cheval sur la ponctualité?

Les palais nasrides sont tout un complexe de palais reliés entre eux par des patios, ces fameuses cours intérieures andalouses. C’étaient les résidences de la dynastie nazarie, la dernière dynastie musulmane dans la péninsule ibérique dont les sultans venaient tous de Grenade qui était, à l’époque, la capitale du royaume du même nom, le dernier à avoir résisté à la conquête des rois catholiques jusqu’en 1492. S’il y a plusieurs palais c’est parce que chaque monarque à fait construire le sien, tout simplement. Nous en avons vu des palais, tous plus beaux les uns des autres, mais ceux-là resteront dans le top du top de tous ceux que nous avons visités!

Mexuar

L’accès se fait par le Mexuar le plus ancien des palais nasrides qui date vraisemblablement du XIIe siècle. A la construction des autres palais, il fut reconverti en palais de justice et en bureaux administratifs. Les salles de l’entrée servaient de salle d’attente à ceux qui venaient demander une audience. Ce qui nous impressionne, ce sont tous les détails ornementaux de style mudéjar, il sont vraiment superbes et d’une finesse incroyable!

Si la déco est indubitablement l’œuvre des Arabes, les azulejos (ces superbes mosaïques pleines de couleurs) ont eux été ajoutés par les rois catholiques après la Reconquista. D’ailleurs, sur l’image ci-dessous, on reconnait aisément une des colonnes d’Hercule représentant le détroit de Gibraltar avec la devise « Plus Ultra » ainsi que la couronne de Castille qui ornent, encore aujourd’hui, le drapeau espagnol.

Palacio de Comares

Ce palais du XIVe siècle est bâti autour d’un joli petit patio appelé Arrayanes., du nom des arbustes plantés en son centre. (Myrte lune en français) Malheureusement, Yusuf I de Granada, le sultan qui ordonna sa construction n’a pas pu voir l’œuvre achevée puisqu’il est mort assassiné avant la fin des travaux. C’est sont fils, Mohamed V, qui eut ce privilège en 1370. Ce palais abritait le salon des ambassadeurs, un hammam ainsi que les appartements privés de la famille royale, au rez-de-chaussée pour l’été, souvent très chaud, et à l’étage pour l’hiver, très rigoureux.

Le palais de Comares est dominé par la tour du même nom qui, avec ses 45 mètres de haut est la plus haute de toute l’Alhambra. On la voit d’ailleurs beaucoup mieux depuis les mirador de l’Albaycin que depuis l’intérieur des palais.

Le patio des Lions

Nous voici maintenant en plein cœur de l’Alhambra et aussi dans son endroit le plus connu et sûrement le plus photographié! Imaginez un peu notre bonheur quand nous avons réussi à tirer une photo sans personne dessus! Bon d’accord, le soleil écrasant nous a un peu aidé en faisant fuir les gens, on avoue.

Le patio, ainsi que le palais alentour, doit son nom à la fontaine entourée de douze lions. Bien que l’édifice date du XIVe siècle, les statues datent du XIe siècle et proviendraient de la maison d’un éminent vizir juif séfarade. Chaque lion représenterait chacune des douze tribus d’Israël. Pour le reste, l’architecture est typiquement nazarie et de son époque. Quand le sultan Mohamed V ordonna sa construction, il prit comme modèle la mosquée de l’université de Fès, au Maroc. Ben voilà, nous serions obligés de nous y rendre pour aller vérifier tout ça!

Edit décembre 2023 : L’université de Fès n’est pas accessible au non-musulmans mais le peu que nous avons pu apercevoir montre en effet une vraie ressemblance avec le patio des Lions.

Certes, c’est le patio qui est le plus connu mais ce palais regorge d’autres merveilles comme la salle des Abencerrajes (une tribu maure du XVe siècle) avec ses stucs colorés qui sont d’époque. Quant aux azulejos, ils ont été rajoutés au XVIe siècle, donc après la Reconquista, et proviennent des fameuses fabriques de céramiques de Triana, à Séville.

La salle des Rois

A la base, c’était le harem. Puis les rois catholiques sont arrivés, ont tout conquis et se sont appropriés les lieux pour s’en servir comme salle de bal. Les œuvres les plus représentatives de la Reconquista sont trois peintures Renaissance en forme d’ellipse accrochées au plafond. Les œuvres sont tellement belles, fines et avec beaucoup de couleurs qu’il a fallu plus de vingt ans pour les restaurer!

Mirador de Lindaraja

C’est ici que se termine la visite des palais nasrides et c’est ce dernier édifice qui a été tronqué par la construction du palais de Carlos V. Nous pouvons quand même admirer depuis quelques jolis balcons la vue sur la vallée du Rio Darro ainsi que sur l’Albaycin. Pour être honnêtes, nous trouvons que les vues sont plus sympas depuis l’Alcazaba.

Et voilà à quoi ressemblent les palais nasrides depuis l’extérieur. C’est beaucoup moins ouf qu’à l’intérieur mais étant donné que les bâtiments avaient également un usage défensif, il n’y avait pas trop la place pour les fioritures.

Couvent San Francisco et ses jardins

Le couvent est le premier édifice construit après la Reconquista sur le site de l’Alhambra. D’après quelques fouilles archéologiques, il aurait été construit sur des anciens bains arabes. Il date de 1494 alors que la chute du royaume musulman de Grenade date de 1492. Autant dire que les catholiques étaient pressés de montrer leur suprématie! Comme son nom l’indique, ce couvent était occupé par les moines franciscains. Aujourd’hui, il abrite un parador c’est à dire un hôtel de charme dans un lieu historique. Ce qui nous a le plus plu, c’est son jardin ,avec son étang à nénuphars, qu’il faut traverser à la sortie des palais nasrides.

Le Generalife

Pour se rendre au Generalife depuis les autres palais de l’Alhambra, il faut bien compter quinze voire vingt minutes de marche. Donc faites attention au timing si vous devez encore vous rendre à l’heure aux palais nasrides!

Le Generalife était le palais d’été des sultans. Ce n’était pas encore la mode de passer ses vacances à bronzer sur les plages de la Costa Tropical à l’époque! Mais c’était quand même l’aventure puisqu’il se situait hors de la muraille bien sécurisante de l’Alhambra. Il a été conçu au XIIIe siècle avec des jardins lui assurant de l’ombre et de la fraîcheur durant les longues et chaudes journées d’été. Les fontaines et autres bassins étaient alimentés directement depuis des ruisseaux de la Sierra Nevada. Nous ne sommes malheureusement pas sûrs que ce soit encore le cas aujourd’hui vu la sécheresse que nous subissons depuis des années.

Le jardin ainsi que le palais sont superbes et nous avons bien apprécié terminer cette chaude journée de visite à l’ombre bienvenue des arbres!

L’Amour des roses

Van s’est un peu lâchée sur les photos de roses car elle est fan des rosiers et, ça tombe bien, il y en a plein dans le Generalife. Des rosiers hein, pas des roses coupées! Elle déteste l’idée de couper les roses pour en faire un bouquet! Par contre, ne lui offrez pas non plus de rosier, c’est un vrai désastre sur pattes en jardinage et cette pauvre plante ne tiendrait pas trois jours entre ses mains! Donnez-lui plutôt des tuyaux pour aller visiter des roseraies à travers le monde, ça lui fera plaisir!

Bref, tout ça pour dire que nous avons photographié des roses…

Le truc vraiment sympa au Generalife c’est que nous avons un point de vue complètement différent sur l’Alhambra par rapport à l’Albaycin. C’est moins LA photo qu’on voit dans toutes les publicités de voyage mais l’angle est intéressant et nous pouvons nous rendre compte, qu’en fait, le complexe est entouré de verdure, d’une petite forêt ainsi que de jardins potagers.

Nous sommes vraiment très contents d’avoir enfin pu consacrer une visite à l’Alhambra. C’est, à nos yeux, un incontournable à Granada et même en Andalousie. Nous pensons qu’il faut y passer la journée : le site est immense et il y a beaucoup de choses à voir. Malgré le potentiel touristique et le prix d’entrée un peu élevé (19€), nous vous recommandons chaudement un passage par les palais. Nous en avons vraiment pris plein les yeux!

Grand bilan de notre trip à travers l’Amérique Centrale

Nous voilà, depuis environ un mois, de retour en Europe. Ces dernières semaines ont été super intenses et ont presque balayé d’un simple revers de la main notre superbe voyage en Amérique Centrale. Ce n’est pas que nous ne soyons pas contents d’être rentrés, au contraire, c’était notre choix, mais nous subissons tout de même le choc du retour après un voyage au long cours. Heureusement, depuis notre réinstallation en Andalousie, une terre historique de voyageurs et d’explorateurs, nous sommes un peu plus compris qu’ailleurs et pouvons plus facilement partager nos aventures avec les gens, qui nous partagent aussi les leurs! Ce n’est pas à sens unique!

C’est avec tous ces états d’âme et, nous espérons, le plus de recul possible que nous allons essayer de vous livrer un bilan de notre belle traversée de l’Amérique Centrale qui nous a laissé des souvenirs impérissables.

Quelques chiffres

Pays traversés

Sept. Mexique, Guatemala, Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica et Panama. Tous en Amérique Centrale! Certes, le Mexique est catégorisé, à raison pour la majeure partie de son territoire, en Amérique du Nord mais le Chiapas et la péninsule du Yucatan font géographiquement partie de l’isthme panaméricain.

Distance parcourue

25’940 kilomètres avec un départ depuis Madrid et une arrivée à Lisbonne. Il y a près de 15’500 kilomètres rien que pour les traversées de l’Atlantique ce qui nous reste environ 9400 kilomètres sur le continent américain dont près de la moitié au Mexique! Le trajet a été en gros : Madrid – Cancún – Panama – Cancún – Lisbonne.

Durée du voyage

156 jours soit environ cinq mois et une semaine.

Altitude la plus basse

Le niveau de la mer quand on était sur le littoral, soit sur la côte Pacifique, soit sur la côte Caraïbes.

Altitude la plus haute

2330 mètres à Quetzaltenango, la deuxième ville du Guatemala. Nous n’avons pas été escalader des volcans notamment à cause du mal aigu des montagnes de Fab, sinon nous aurions pu atteindre les 4000 mètres. L’Amérique Centrale ce n’est pas la cordillère des Andes, les altitudes ne sont pas non plus de ouf. A part au Guatemala et au Chiapas, les montagnes, ou plutôt les volcans, n’atteignent même pas les 4000 mètres.

Température la plus basse

14 petits degrés à Quetzaltenango lors de notre arrivée sous un violent orage qui nous a glacés et trempés jusqu’aux os. A noter que nous débarquions directement depuis la côte Pacifique et nous étions presque en tenue de plage. Imaginez un peu le choc thermique que nous avons subi!

Température la plus élevée

37 degrés à David à l’ouest du Panama pendant le week-end de Pâques. C’était en avril, lors de la transition entre la saison sèche et la saison des pluies. C’est la période la plus chaude donc une température tout à fait normale à cette époque de l’année.

Villes coloniales visitées

Un des nombreux attraits de l’Amérique latine est l’architecture baroque qu’ont laissée les Espagnols lors de la colonisation. Nous en avons vu onze et même douze si on compte les forts de Portobelo.

  • au Mexique : Valladolid, Izamal, Mérida, Campeche, San Cristobal de las Casas et Comitan de Dominguez
  • au Guatemala : Antigua
  • au Salvador : Suchitoto
  • au Nicaragua : León et Granada
  • au Panama : le casco antiguo de Panama City et les forteresses de Portobelo
Les points d’eaux

L’Amérique centrale est un isthme entouré d’eau mais pas seulement! Grâce à son climat tropical pluvieux, il y a pléthore de points d’eau douce, surtout dans la cordillère volcanique. Nous sommes des amoureux de l’eau, à condition qu’elle ne soit pas trop froide, c’est pourquoi nous sommes volontairement parti à sa recherche durant ce voyage.

  • Au Mexique : la mer des Caraïbes, le Golfe du Mexique, les cénotes, Chiflon et la lagune de Bacalar.
  • au Guatemala : le lac Peten Itza, le lac Atitlan et l’océan Pacifique
  • au Salvador : le lac Suchitlan
  • au Nicaragua : l’océan Pacifique, le lac Cocibolca et la lagune de Masaya.
  • au Costa Rica : l’océan Pacifique, le Rio Celeste et la mer des Caraïbes
  • au Panama : l’océan Pacifique, la mer des Caraïbes et le canal de Panama
Sites précolombiens visités

Avant l’arrivée des conquistador espagnols, l’Amérique latine était peuplée de diverses civilisations précolombienne dont il reste quelques vestiges aujourd’hui. Dans ce trip, nous en avons visité quatre :

  • au Mexique : les pyramides d’Izamal, Edzna et la cité de Tulum. Avant ce voyage, nous avions également visité Calakmul, Palenque et Chichen Itza.
  • au Guatemala : Tikal

Nous avons fortement hésité, lors de notre remontée, à faire un détour par les ruines de Copan au Honduras avant de changer d’avis et d’aller plus vite dans le Chiapas. De toute façon, il en reste des dizaines de sites archéologiques dans la région et il faudrait plusieurs vies pour tous les découvrir!

Matériel remplacé

Nous avons été très bons car nous avons dû acheter juste une paire de tongs chacun. Van a de nouveau été frappée par la malédiction des smartphones mais cette fois elle s’est juste contentée de casser son écran, qu’elle a pu remplacer au Panama.

Par contre, nous avons usé notre matériel jusqu’à la corde. Il y a certaines choses que nous trainions depuis plus de cinq ans! A notre retour en Espagne, nous avons dû lancer une campagne de grand remplacement de fringues, de chaussures, de matériel électronique et même de passeport pour Fab qui, avec sa transpiration, a réussi à abimer la puce biométrique.

A gauche : une pyramide maya à Edzna, près de Campeche, au Mexique, à droite : l’ancienne gare ferroviaire de Granada au Nicaragua

Mais ça ne craint pas trop l’Amérique Centrale?

C’est LA question qui revient tout le temps! L’Amérique Centrale, et latine en générale, à très mauvaise réputation au niveau sécuritaire et ce n’est pas toujours à tort. Le narcotrafic, les flux migratoires du sud vers le nord ainsi que les guerres des gangs sont les sujets récurrents qui sortent tous les jours dans les médias. La réalité est beaucoup plus nuancée. Certes, nous ne minimisons pas le danger mais il ne faut pas peindre le diable sur la muraille non plus. Il y a des règles élémentaires de sécurité à respecter mais ce sont exactement les mêmes que partout ailleurs, y compris dans notre bonne vieille Europe.

En ce qui nous concerne, nous avons suivi notre instinct et écouté les locaux qui sont de très bons conseils. Nous avons évité les quartiers craignos de Guatemala City, nous avons traversé le Honduras sans nous y arrêter et avons renoncé à prendre la route côtière du Pacifique au Guatemala car nous sentions que les mises en garde n’étaient pas superflues. Sinon, à part un peu à San José la nuit, nous ne nous sommes pas du tout sentis en insécurité durant ce voyage. Le plus dangereux, à nos yeux, est de tomber sur un chauffeur de Chicken bus un peu fou, surtout sur les routes de montagnes du Guatemala! A notre avis, ce serait dommage à renoncer à un voyage dans cette magnifique région à cause de médias un peu trop alarmistes.

Un acte manqué

Lors de notre tour du monde, nous avions zappé les pays d’Amérique Centrale ainsi que la Colombie qui nous reste à découvrir et qui trône en très bonne place sur notre wishlist. Nous avions passé directement d’Equateur à Miami pour des raisons que nous expliquons à la fin de cet article. Nous avions quand même fait un séjour au Mexique dans le but de descendre jusqu’au Guatemala mais Van a fait une pneumonie à Mérida qui nous a immobilisés une bonne semaine et nous avons dû revoir tous nos plans. Nous pensions nous y rendre en septembre 2021 et nous avions même trouvé des billets d’avion mais un bug du site internet ne nous a jamais permis de les régler. Nous nous sommes finalement rendus en Turquie puis en Afrique. Aucun regret car c’était également un voyage de ouf que nous relatons ici.

Finalement, la troisième tentative sera la bonne et nous sommes super contents d’avoir enfin pu parcourir l’Amérique Centrale!

Nous avons également eu la chance de partager une partie de notre voyage avec les parents et la sœur de Van qui sont venus nous rejoindre au Costa Rica. Nous avons passé une dizaine de jours incroyables ensemble et nous profitons de ces quelques lignes pour les remercier encore une fois de leur présence et de leur générosité!

Nos coups de cœur

L’Amérique Centrale en général est déjà un gros coup de cœur pour nous. Nous l’avons d’ailleurs préférée à l’Amérique du Sud. Certes elle ne possède pas des grands espaces incroyables et ses montagnes / volcans ne sont pas aussi impressionnants que la cordillère des Andes mais les forêts tropicales sont incroyables, les distances plus courtes et, cerise sur le gâteau, il y a la mer des Caraïbes et ses paysages de rêves.

Nous avons, bien entendu, eu quelques coups de gueule mais nous avons déjà bien assez râlé dans nos différents bilans donc nous allons garder une image positive de ce voyage.

Pour les gens

Malgré qu’ils soient hispanophones, les Latino Américains ne sont pas aussi ouverts, chaleureux et expansifs que leurs cousins espagnols ou autres méditerranéens. Ca ne les rend pas antipathiques pour autant, ils sont un peu plus formels et il faut juste un peu plus briser la glace. Une fois le premier contact passé nous avons trouvé les Mexicains très chaleureux et les Panaméens plus cools, moins formels que dans les autres pays.

Pour les paysages

Le paysage est complètement ouf dans toute l’Amérique Centrale et assez similaire dans chaque pays. Plus on descend vers le sud, plus c’est humide car on s’approche de la ligne équatoriale. Nous avons effectué ce voyage principalement pour les paysages et nous n’avons pas été déçus entre les volcans, les forêts tropicales voire même équatoriales, les lacs et lagunes, la mer des Caraïbes, etc… D’une manière générale, le continent américain est, dans son ensemble, la destination idéale pour s’en prendre plein les yeux.

Pour la playa

Malgré sont côté hyper touristique, son horrible zone hôtelière, ses malls démesurés et son côté Gringoland, Cancún possède LA plage de rêve des Caraïbes nous devons bien l’avouer. Nous avons également eu un gros coup de cœur pour Bocas del Drago au Panama.

Pour la culture

Le Mexique sans hésiter. Ce n’est pas très juste vis à vis des autres pays de le citer car le pays est énorme donc culturellement plus riche mais nous devons quand même reconnaître que le pays fait plus d’effort pour mettre en avant son offre culturelle et ses sites historiques.

Pour la gastronomie

Le thème de la bouffe n’aura pas du tout été un coup de cœur en Amérique Centrale mais nous y avons été en connaissance de cause. C’est sec, c’est fade, ce sont des portions énormes et il y a des haricots rouges partout. Le Mexique possède une gastronomie meilleure mais elle est roborative et rarement adaptée au climat tropical. Nous avons quand même bien aimé la cuisine d’inspiration créole qu’on peut trouver sur la côte Caraïbes au Panama.

Pour le café

Toute l’Amérique Centrale cultive le café et franchement, il est vraiment bon partout. Un peu moins au Chiapas mais la région se rattrape amplement avec son délicieux chocolat. Il y a quand même deux pays qui sortent du lot, pas parce-que le café est meilleur, mais parce qu’il est mieux servi et mieux mis en valeur : ce sont le Guatemala et le Panama.

Pour les villes coloniales

Les villes coloniales sont toutes plus belles les unes que les autres et nous rappellent notre magnifique Andalousie. Nous sommes littéralement tombés amoureux de Campeche, une petite ville très colorée et fortifiée au bord du Golfe du Mexique sur la péninsule du Yucatan. Mais c’est une ville que nous avions déjà découverte lors de nos précédents voyages au Mexique. Spécifiquement pour ce voyage-ci, notre gros coup de cœur a été pour Antigua, l’ancienne capitale du Guatemala pour ses maisons colorées, son environnement volcanique et ses magnifiques petits cafés dans les patios des édifices coloniaux.

Pour les forêts

Ex-aequo entre le Costa Rica et le Panama. C’est d’ailleurs le même environnement. Nous déplorons juste qu’au Costa Rica la nature a été « disneylandisée » pour attirer des hordes de touristes américains.

Notre coup de cœur absolu

Le voyage dans son ensemble aura été un coup de cœur absolu! Pourtant, à chaque passage de frontière, nous passions dans un autre monde par rapport au pays précédent. Nous ne pouvons pas dire que les pays se ressemblent, ce n’est pas du tout le cas, mais il y a quand même une certaine continuité, un certain fil rouge entre eux. Comme le disent si bien les Indiens (ceux d’Inde, pas les autochtones américains) : « same same but different ». C’est exactement ce que nous ressentons par rapport aux différents états d’Amérique Centrale et chacun d’entre eux méritent amplement une visite.

Spoiler Alert!

Nous savons que, pour beaucoup d’entre vous, c’est votre paragraphe préféré. Malheureusement, nous allons vous laisser sur votre faim cette fois. Rassurez-vous, notre tête fourmille d’idées et de projets mais nous ne savons pas du tout comment nous allons les concrétiser. Nous sommes pour l’instant installés à Séville, notre ville préférée où Fab se tisse un réseau professionnel. Nous y restons donc pour une durée indéterminée. Nous allons évidemment profiter de vivre dans une région incroyable comme l’Andalousie pour aller y découvrir quelques trésors. Comme l’histoire de notre belle région est étroitement liée à celle d’Amérique Latine, nous allons sûrement trouver des références à notre voyage lors de nos futures visites.

Ainsi s’achève notre grand bilan sur l’Amérique Centrale. Nous espérons que vous avez eu autant de plaisir à le lire que nous en avons eu à faire ce beau voyage. Même si nous ne bougerons pas si loin dans un futur proche, nous continuerons tout de même à partager nos petites aventures andalouses avec vous!

Cáceres et Trujillo, les trésors médiévaux d’Estrémadure

Après avoir effectué une première découverte de la province de Badajoz, nous continuons notre périple dans la belle région d’Estrémadure et changeons de province pour arriver à Cáceres, la deuxième ville de la région qui est située en son centre géographique. Cáceres est accessible en train depuis Mérida ou Badajoz sur la ligne qui va à Madrid. La gare est un petit peu excentrée mais il y a une rambla bien ombragée qui la relie au centre-ville. Il faut compter environ quinze bonnes minutes de marche. Il y a des bus urbains mais nous ne les avons pas testés.

L’histoire de Cáceres est super riche! La ville serait habitée depuis la Préhistoire. Durant l’époque romaine, elle fut une des villes les plus importantes de Lusitanie jouissant d’une bonne position sur la via de la Plata, une route romaine reliant Mérida à Astorga (région de León) et qui existe encore aujourd’hui comme chemin de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle fut évidemment conquise par les Arabes lors de la période d’Al-Andalus avant d’être définitivement prise par le roi catholique Alphonse IX de Leon où elle devint une ville indépendante rendant des comptes directement au roi à Madrid. La ville fut dirigée par une confrérie de chevaliers agricoles qui bâtirent de nombreux édifices qui constituent encore aujourd’hui une bonne partie du centre historique. Aujourd’hui, Cáceres est le siège de l’université d’Estrémadure et ça se ressent dans l’ambiance jeune et dynamique de la ville. Elle possède également un des centres médiévaux et de la Renaissance les plus complets du monde qui est évidemment inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Nous avons effectivement été scotché devant tout ce patrimoine historique incroyable. Nous y avons trouvé beaucoup de similitudes avec la ville de Sienne, en Toscane, autre centre médiéval de ouf qu’il vous faut absolument visiter une fois dans votre vie!

Plaza Mayor

Quand on arrive au centre historique depuis la gare, on tombe directement sur la Plaza Mayor car elle se trouve en bas du bourg médiéval. Elle est d’ailleurs adossée aux vestiges des remparts dont quelques magnifiques tours sont encore debout aujourd’hui. Elle n’a pas une belle forme rectangulaire car elle a dû s’adapter à la forme du relief et de la muraille. Tiens, exactement comme à Sienne! Mais son emplacement ne doit rien au hasard! Elle a été construite exactement à équidistance des deux quartiers extra-muros de la ville au XIVe siècle afin de donner aux habitants un point de réunion pour la vie sociale et le commerce. Comme quoi la coutume espagnole de se rencontrer sur une place pour discuter et boire un verre ne date pas d’hier! Les bâtiments qui entourent la place sont assez hétéroclites et datent d’une période qui va d’Al-Andalus (dès le IXe siècle) au XVIe siècle. Aujourd’hui encore, elle reste la place principale de la ville et sert toujours au coeur de la vie sociale de Cáceres.

Plaza de las Veletas

C’est un peu l’anti Plaza Mayor puisque la Plaza de las Veletas se trouve à l’opposé géographique de celle-ci, c’est-à-dire sur la partie haute du centre historique. Malgré son architecture typique du Moyen-Age chrétien, la place se trouve à l’emplacement de l’alcazaba arabe mais a été remaniée avec l’arrivée des rois catholiques. Aujourd’hui on y trouve le musée historique de la province de Cáceres ainsi que l’ancienne mairie. La place est surtout connue pour servir de décor à divers films ou séries historiques. Etant donné que le XXIe siècle n’a pas eu l’air d’être arrivé par ici, nous comprenons aisément le choix de certains réalisateurs de faire de cet endroit leur studio de cinéma.

Plaza Santa Maria

C’est le cœur névralgique du centre historique et ce depuis des siècles puisqu’elle a été construite sur l’emplacement du forum romain. Elle est bordée de la cocathédrale Santa Maria de Cáceres, l’édifice religieux le plus important de la ville ainsi que le tout premier de culte catholique à avoir été bâti après la Reconquista au XIIIe siècle. Les autres bâtiments sont des palais ayant appartenu à la noblesse locale jusqu’au XVIIIe siècle. Géographiquement, elle se trouve à mi-chemin entre la Plaza de las Veletas et la Plaza Mayor et, avant la construction de cette dernière, c’était le cœur de la ville dite basse.

Nous avons eu un énorme coup de cœur pour Cáceres, c’est un des centres historiques médiévaux les mieux conservés que nous ayons visités. La partie monumentale est assez petite, assez compacte et se visite facilement en une demi-journée. Donc n’hésitez pas à y consacrer quelques heures si vous êtes dans le coin!

Trujillo

NB : A ne pas confondre avec la ville du même nom, au Pérou!

Lors de nos longues heures passées à dévorer divers magazines de voyage, il y a un nom qui ressort toujours sur les listes des plus beaux villages d’Espagne, c’est Trujillo. Comme il se situe en Estrémadure et que, heureux hasard, nous aussi, nous décidons d’aller y faire un petit détour dans le seul but, évidemment, de vérifier si l’info est juste! Trujillo ne se trouve sur aucune ligne de train, il faut donc prendre le bus depuis Cáceres. C’est facile, la station de bus est juste en face de la gare et le trajet prend une petit heure. A Trujillo, ça se corse, la station de bus se situe dans la plaine, quasi au milieu de nulle part et il n’y a pas de guichet. Pensez à prendre vos billets sur internet si vous ne voulez pas être embêtés pour repartir. Nous avons eu de la chance, les nuages se sont invités à la fête et nous n’avons pas dû monter au village en plein cagnard, comme c’est souvent le cas dans la région en cette saison. Après la chaleur sèche et à la limite du supportable à Badajoz, nous sommes contents de respirer et d’avoir un peu d’humidité pour soulager nos bronches. Certes, les photos sont un peu plus tristounettes du coup mais nous avons bien mieux profité de notre visite.

Trujillo se situe idéalement sur une petite colline culminant à 564 mètres d’altitude, ce qui explique en partie pourquoi nous avons bénéficié d’une météo un peu moins étouffante. Elle vit principalement de l’agriculture pratiquée dans la plaine alentour.

La fondation de la ville date de la préhistoire. Elle fut connue à l’époque romaine sous le nom Turgalium dépendant directement d’Augusta Emerita (Mérida) et connut un petit essor non négligeable en devenant la première étape de la voie reliant cette dernière à Caesaraugusta (Zaragoza). Ensuite, comme pratiquement partout en Espagne, arrivèrent les Wisigoths qui ne laissèrent que peu d’influence et cédèrent rapidement la place aux musulmans qui y construisirent la muraille encore visible aujourd’hui. La Reconquista fut un peu chaotique. La ville fut d’abord prise par les Portugais en 1165 avant d’être conquise par le Royaume de León en 1165 puis reconquise par les musulmans en 1173. Une Reconquista catholique eut lieu en 1186 où Trujillo devint sujet du Royaume de Castille avant d’être, encore une fois, reprise par les Arabes en 1196. Ce sont les forces militaires de l’évêque de Plasencia (ville située à l’extrême nord de l’actuelle Extrémadure) qui reconquirent définitivement la ville pour le compte de Ferdinand III, roi de León et de Castille. Le XVe siècle est l’époque de la découverte de l’Amérique et Trujillo vit naître trois grands conquistadors : Francisco Pizarro et Diego Garcia de Paredes qui découvrirent le Pérou ainsi que Francisco de Orellana qui découvrit, lui, l’Amazone. A cette époque, Trujillo est une capitale de province prospère. Mais cet âge d’or prit fin au XIXe siècle quand les troupes napoléoniennes envahirent la région laissant la ville à genou. C’est également à cette époque qu’eurent lieu les guerres d’indépendance en Amérique Latine qui portèrent un coup fatal à l’économie espagnole. Trujillo ne se releva jamais de ces affronts et perdit son statut de capitale de province au profit de Cáceres. Heureusement, il lui reste un patrimoine historique, principalement médiéval, magnifiquement restauré qui attire aujourd’hui un peu de tourisme.

Plaza Mayor

A l’instar de Cáceres, la Plaza Mayor est le premier lieu qu’on découvre en arrivant dans le centre historique puisqu’elle se situe dans la ville basse au pied des remparts. A l’origine, c’était une simple place de marché avant qu’on y construisit des palais ou autres demeures seigneuriales à partir du XVe siècle. Ce sont ces édifices qui bordent encore la place aujourd’hui avec l’église de Santa Maria la Mayor qui, elle, date déjà du XIIIe siècle et ça se voit par son architecture romane, moins élaborée que le reste des bâtiments de la place. La superbe statue équestre en bronze qui trône fièrement sur la place est celle de Francisco Pizarro, le mec qui découvrit le Pérou. L’histoire de cette statue est assez originale. Déjà, elle est l’œuvre d’un sculpteur américain du début du XXe siècle appelé Charles Cary Rumsey. Ensuite, elle a été sculptée à Paris, ville qui n’a absolument rien à voir avec le conquistador, pour une exposition au Grand Palais en 1927. C’est seulement deux ans plus tard que la statue fut transférée à Trujillo, ville natale de Pizarro. Fun fact : cet œuvre a deux autres sœurs jumelles : une à Lima, ville où est mort Pizarro et… Buffalo, dans l’état de New York! Oui ça n’a rien à voir mais c’est la ville de naissance du sculpteur, il a sûrement pensé que sa ville natale méritait une statue. Quoi qu’il en soit, la place est super belle et elle possède même quelques terrasses sympas où piquer quelques tapas le soir.

Les remparts

Trujillo peut se targuer de posséder encore une bonne partie de ses murailles et autres bâtiments défensifs comme des tours. Elle possède encore quatre portes d’accès sur les sept d’origine. Tout le système défensif date de l’époque arabe, dès le IXe siècle mais ce que nous voyons aujourd’hui date des XVe et XVIe siècles quand les rois de Castille firent renforcer les remparts. On peut y faire le tour à l’extérieur. C’est vraiment sympa, bien conservé, et on a une jolie vue sur la huerta au pied de la colline ainsi que sur les premières montagnes du parc national de Monfragüe, immense réserve naturelle et sanctuaire animal protégé par l’UNESCO que nous n’avons, malheureusement, pas le temps de visiter.

La vue sur les alentours

Le château

Nous voilà au point culminant de Trujillo sur un lieu appelé Cabeza del Zorro (tête du renard). Nous n’avons pas trouvé le pourquoi du comment de ce nom de lieu et, franchement, nous n’en avons aucune idée car rien dans l’environnement ne nous fait penser à un renard même si nous soupçonnons ces petites bébêtes adorables (oui, nous on les trouve adorables!) de peupler la région. Le château, comme le reste de la forteresse, date des IXe et Xe siècles, en pleine période musulmane. De cette époque, il ne reste que quelques portes en forme typique de serrure. Sinon, tout a été remanié au XVe siècle avec le reste du système défensif. Il est vraiment trop stylé ce château dans le plus pur style médiéval. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à le trouver cool puisque quelques scènes de la série Games of Thrones y ont été tournées.

Depuis le parvis du château, il y a une superbe vue sur le centre historique et la Plaza Mayor et on peut déjà se faire une belle idée de comment était la ville au Moyen-Age.

Nous confirmons, Trujillo mérite amplement sa place sur la liste des plus beaux villages d’Espagne! Nous avons été conquis par son magnifique centre médiéval et par son château sorti tout droit des films de cape et d’épée. Bien que la ville soit plus petite que Cáceres, son centre historique est plus étoffé et un peu plus étendu. Il faut compter une bonne journée de visite mais nous vous promettons que ce n’est pas du temps perdu!

Nous avons eu un énorme coup de cœur pour ces deux villes médiévales. Ca nous a changé un peu du baroque de l’architecture coloniale d’Amérique latine que nous retrouverons également sous peu en Andalousie. Bien que l’histoire et l’architecture soient similaires dans les deux villes, nous vous conseillons quand même de vous y arrêter aux deux. Chacune a une âme et une ambiance différentes. Nous sommes d’ailleurs incapables de vous dire laquelle nous avons préférée.

Voilà, notre première découverte de l’Estrémadure s’arrête là. Evidemment, la région mériterait une exploration bien plus approfondie que les quelques petits jours que nous lui avons consacrés mais nous sommes attendus de pied ferme par la famille de Fab à Valence. Mais puisque nous allons reprendre très bientôt nos quartiers à Séville, (#spoiler) nous aurons probablement l’occasion d’y revenir. C’est en tout cas ce que nous avons mis sur notre longue liste à idées!

Badajoz, la plus grande alcazaba d’Europe

Lors de notre retour d’Amérique Centrale, nous avons atterri à Lisbonne, au Portugal. Nous avions rendez-vous une semaine plus tard à Sagunto avec la famille de Fab. Nous avions donc quelques jours devant nous pour rejoindre la côte valencienne. En étudiant la carte, une de nos activités préférées, nous nous sommes aperçus que notre route allait passer par l’Estrémadure, une région que Van voulait découvrir depuis longtemps. Nous avons donc profité de l’opportunité pour nous y arrêter quelques jours.

Mais c’est quoi l’Estrémadure?

L’Estrémadure est une des dix-sept communautés autonomes d’Espagne au même titre que l’Andalousie ou la Catalogne. Elle est située à l’extrême ouest du pays et est littéralement coincée entre les deux Castilles, l’Andalousie et le Portugal. Culturellement, c’est un peu un mélange des trois. C’est une région assez pauvre, souvent oubliée de Madrid et principalement tournée sur l’agriculture. C’est d’ailleurs d’Estrémadure que vient le fameux « pimienton de la vera », le paprika espagnol bien meilleur que son homologue hongrois! (#zéro objectivité!) Elle est également en dehors des gros circuits touristiques du pays mais possède tout de même quelques sites dignes d’intérêt. En six jours, nous n’avons pas du tout eu le temps de tout voir, loin de là, mais nous avons déjà pu nous en faire une petite idée en visitant quelques coins.

Mérida

Mérida est une petite ville sans prétention pourtant, elle a le statut de capitale d’Extrémadure. La raison est sûrement historique car Augusta Emerita, le nom romain de Mérida, était la capitale de la province romaine de Lusitanie qui comprenait l’actuel Portugal du Douro jusqu’à l’Algarve, l’actuelle Estrémadure ainsi que l’actuelle province de Salamanca. De cette époque fastueuse, nous restent de superbes vestiges dont le superbe amphithéâtre romain, un des plus grands d’Espagne. Il y a plusieurs sites archéologiques romains à visiter dans la ville, tous inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais nous n’avons pas été les visiter pour des raisons de timing et de météo. La température est montée à 42 degrés et les sites sont très exposés au soleil. Nous avons préféré partir visiter Badajoz, où nous pouvons plus facilement trouver de l’ombre et des terrasses pour nous désaltérer qu’au milieu d’un théâtre romain. L’autre raison de notre choix est que Mérida est plus accessible que Badajoz si nous voulons y revenir depuis un autre coin d’Espagne.

Nous avons quand même pu apercevoir quelques ruines dans la ville comme le superbe Acueducto de los Milagros, un aqueduc à doubles arches datant du IIIe siècle et long de cinq kilomètres ainsi que le Temple de Diana, la déesse de la chasse et protectrice de la nature, qui date, lui, du Ier siècle de notre ère.

Badajoz

Badajoz se trouve aux confins de l’Espagne, à la frontière portugaise à peu près à la hauteur de Lisbonne. Pourtant à part quelques azulejos et quelques mosaïques blanches et noires au sol, l’influence du voisin de l’ouest ne se fait pas trop sentir. Nous sommes bien en terres espagnoles! Badajoz est la plus grande ville d’Estrémadure et le centre économique. C’est également la capitale de la province du même nom à laquelle appartient également Mérida. Malgré son emplacement en cul-de-sac, Badajoz dégage un certain dynamisme et n’a pas du tout cette ambiance de bout du monde qu’on peut trouver dans beaucoup de villes frontière.

Pour accéder au centre ville depuis la gare, c’est facile. C’est tout droit jusqu’au Rio Guadiana, la rivière qui depuis Badajoz fait un coude en direction du sud et qui constitue la frontière hispano-portugaise jusqu’à l’océan Atlantique. Pour traverser la rivière il faut traverser le Puente de las Palmas, le seul pont ancien de la ville qui date de la fin du XVe siècle. Sur l’autre rive, vous serez accueillis par la monumentale Puerta de la Palmas, une porte du XVIe siècle, un des vestiges des remparts qui ceinturaient la ville à l’époque. Aujourd’hui, elle a été rétrogradée en simple rond-point. Eh oui, la vie de porte médiévale au XXIe siècle est parfois ingrate.

Plaza de España

C’est la place centrale de la ville où convergent toutes les ruelles de la ville haute, le centre historique, vers la ville basse plus moderne. La place possède d’ailleurs quelques bâtiments modernistes ainsi que l’hôtel de ville un peu plus baroque. L’ambiance est typiquement castillane sur cette place. L’édifice le plus emblématique est la cathédrale San Juan Bautista construite en 1230 juste après la Reconquista. Elle possède d’ailleurs le style architectural typique de la Renaissance espagnole impulsée par les Rois Catholiques.

L’Alcazaba

Eh oui, les Arabes ne se sont pas contentés de l’Andalousie! Ils sont venu conquérir une partie de l’Estrémadure dont Badajoz où ils sont venus construire la plus grande alcazaba (un château fortifié datant de l’époque musulmane) d’Europe. En effet, elle s’étend sur plus de huit hectares! La muraille l’entourant mesure plus de cinq kilomètres et reste encore aujourd’hui, la plus grande d’Espagne! La construction date du XIIe siècle mais le site était déjà occupé auparavant par les Visigoths dont on peut encore apercevoir quelques ruines à l’intérieur de l’enceinte. A part quelques portes en forme de serrure typiquement islamiques, il ne reste pas grand chose de cette époque. La forteresse a fortement été remaniée par les rois catholiques après la Reconquista, elle a d’ailleurs toutes les caractéristiques d’un château fort médiéval.

Au XVIIe siècle, le Portugal retrouve son indépendance vis-à-vis de l’Espagne, Badajoz devint donc une frontière et une ville qu’il fallait protéger de « l’ennemi portugais ». Voilà pourquoi l’alcazaba a été renforcée et ragrandie à cette époque.

Fun fact : juste au sud de Badajoz, se trouve la petite localité d’Olivenza ainsi que sa voisine Taliga qui appartiennent à l’Espagne mais qui sont revendiquées par le Portugal. Ce sont des territoires gagnés par l’Espagne suite à la Guerre des Oranges en 1801, guerre entamée suite au refus des Portugais de s’aligner sur Napoléon pour un blocus contre l’Angleterre. Cette reprise de territoire a initié un gros différend diplomatique qui n’a toujours pas été réglé en plus de deux siècles. Aujourd’hui, les deux gouvernements respectifs ont d’autres chats à fouetter que de se disputer deux bleds même pas stratégiques et les relations entre les deux pays sont très bonnes. Mais officiellement, il y a toujours un territoire controversé au milieu de la péninsule ibérique et c’est assez fou quand on y pense!

Il vaut la peine d’effectuer la promenade sur les remparts et en plus, c’est gratuit! Il faut juste éviter d’y aller en été en plein cagnard car il n’y a pas un coin d’ombre, sauf dans la partie jardin qui, sans être digne de Versailles, est très jolie.

La Plaza Alta

Située au pied de l’alcazaba, on l’appelle tout simplement « La Plaza » car malgré l’agrandissement de la ville et la construction de la Plaza de España dans la ville basse, elle reste dans le cœur des habitants LA place principale de la ville. Il est vrai que tous les magazines de voyages la classent parmi les places les plus impressionnantes d’Espagne et nous ne pouvons que leur donner raison! Elle est super belle surtout les façades rouges et blanches qui en dominent le côté nord. Au Moyen-Age, c’était tout simplement la place du marché avant de devenir un campus universitaire à la Renaissance. Aujourd’hui, on y célèbre les fêtes patronales.

Cette première découverte de l’Estrémadure fut une très bonne surprise. Malgré sa position de carrefour culturel, la région possède sa propre culture, son propre caractère et sa propre âme. Dommage qu’en tant que parent pauvre de l’Espagne elle soit mal desservie par les transports publics et paraît inaccessible malgré une bonne position géographique entre Madrid et Séville. Mais vous nous connaissez, nous allons bien trouver un moyen de nous adapter afin d’aller découvrir d’autres petits trésors de ce coin un peu méconnu.

Bilan du Mexique 2023

Notre trip en Amérique Centrale est terminé et nous sommes de retour sur nos terres espagnoles mais nous n’allons quand même pas déroger à la règle du bilan pour notre dernier pays, le Mexique! Ce bilan concerne le séjour mexicain que nous avons effectué en 2023.

Pour le bilan de notre voyage au Mexique pendant notre tour du monde en 2018, ça se trouve sous ce lien.

Entre les deux voyages, cinq longues années se sont écoulées. Le Mexique a un peu changé et nous avons également évolué. Nous n’avons pas tout à fait le même regard sur le pays qu’à l’époque. Nous n’avons pas le même passif non plus. En 2018, nous avons débarqué depuis les Etats-Unis après un long trip en Amérique du Sud. En 2023, nous sommes venus directement depuis l’Espagne, puis au retour de notre traversée de l’Amérique Centrale. Ces différents points d’entrée changent également les perceptions que nous pouvons avoir sur le pays.

En chiffres

Durée du séjour

55 jours dont 18 de mi-janvier à début février 2023 et 37 de fin mai à mi-juin, ce qui fait huit semaines en tout.

Budget

Nous avons perdu le budget de la première partie de notre séjour mexicain de janvier. Mais d’après nos souvenirs et notre budget de cette deuxième partie, nous sommes environ à 53.10€ (52,10 CHF) par jour. Ce n’est pas un budget super bas mais il faut compter avec une inflation galopante et un taux de change pour le peso mexicain pas avantageux du tout. Les transports ne sont pas bon marché non plus. Mais nous devons quand même avouer que nous nous sommes fait plaisir sur les activités et la bouffe. Finalement, nous ne nous en sortons pas si mal!

Distance parcourue

4184 kilomètres dont une première fois 1323 kilomètres de Cancun – ValladolidIzamal– Mérida – El ProgresoMérida – Celestun – Mérida – CampechePalenque – El Ceibo (frontière du Guatemala) puis une deuxième fois 2861 kilomètres de Ciudad Hidalgo (une autre frontière du Guatemala) – Tapachula – Tuxtla GutierrezSan Cristobal de las Casas – Comitan de Dominguez – Cascades de Chiflon – Comitan – Tuxtla Gutierrez – Villahermosa – Ciudad del Carmen – Campeche – Edzna – Campeche – Mérida – Tulum – Bacalar – Playa del Carmen – Cancun. Le tout en bus ou en colectivo. Nous avons effectué plus de kilomètres au Mexique que dans tout le reste de l’Amérique Centrale tellement le pays est énorme.

Etats traversés

Cinq. Quintana Roo – Yucatan – Campeche – Chiapas – Tabasco. Ce n’est pas beaucoup mais ils sont immenses.

Extrêmes d’altitude

Le niveau de la mer sur les côtes et 2200 mètres à San Cristobal de las Casas.

Extrêmes de températures

20 petits degrés à San Cristobal de las Casas, altitude oblige et 37 degrés sous un soleil de plomb à Campeche et sur la Riviera Maya. Depuis le début du mois de juin, le Mexique connaît une forte vague de chaleur, qu’on appelle ici joliment « onda de calor » avec des températures extrêmes dans tous les états. Dans les états tropicaux, nous avons encore de la chance : avec l’air de la mer et l’humidité, les températures dépassent juste les 35 degrés. Bon, ça nous préparera pour passer l’été en Andalousie!

Les bof et les top

Même si nous avons déjà un certain passif avec le Mexique, nous n’allons toutefois pas déroger à la tradition de pousser nos coups de gueule et de finir en beauté avec nos coups de cœur.

Bof bof

La culture américaine

Nous sommes plus marqués par la culture américaine que la dernière fois. C’est normal car à l’époque, nous avions débarqué directement depuis les States et nous y avons quand même vu la différence. Cette fois, que ce soit depuis l’Espagne ou depuis les pays d’Amérique Centrale (sauf le Salvador qui est mille fois plus américanisé!), nous voyons beaucoup plus l’influence du grand voisin du nord. Certes, tout n’est pas à jeter, comme par exemple l’accès au médicaments, mais dans l’ensemble ce n’est pas une mentalité qui nous attire notamment en ce qui concerne le « tout voiture » et la malbouffe. Ce dernier point nous sidère particulièrement. Le Mexique possède d’excellents produits, surtout les fruits et légumes qui sont particulièrement variés grâce à la diversité des climats du pays. On les trouve en plus facilement dans les marchés. La bouffe mexicaine est aussi très savoureuse et relativement bon marché. Pourtant, les locaux préfèrent les burgers, le coca cola ou encore les barres chocolatées XXL qu’on trouve (trop!) facilement dans les OXXO, les Seven Eleven mexicains. Résultat des courses : l’obésité est un vrai problème de santé publique, comme plus au nord. Et nous, nous galérons parfois à manger sainement tellement la malbouffe est ancrée dans les mœurs.

Mais le Mexique est beaucoup plus complexe que ça et possède également sa propre culture mais il fallait bien trouver quelque chose de négatif pour remplir ce bilan!

En nette progression

La conscience écologique

Il y a cinq ans, nous étions effarés de la non conscience écologique. Le Mexique était un vrai dépotoir géant. Nous sommes ravis cette année de constater que ce n’est plus trop le cas. Certes, ce n’est pas parfait et nous voyons encore quelques déchets mais ça va dans le bon sens. Nous avons également constaté, avec grand plaisir, que le plastique n’est plus si fantastique! A l’époque, nous devions presque nous battre pour refuser un sachet en plastique. Aujourd’hui, il est totalement normal d’arriver au marché avec son propre sac en tissu et c’est très rare qu’on nous donne une paille avec notre boisson. Nous voyons de plus en plus de campagnes écologiques un peu partout et en discutant avec certains locaux, nous sentons que la population locale est un peu plus sensibilisée au changement climatique. D’autres voyageurs, déjà venus au Mexique auparavant, que nous avons croisé en cours de route ont fait exactement le même constat que nous. Donc nous ne vivons pas dans le monde des Bisounours et le Mexique est vraiment en train de prendre un virage un peu plus écolo! Bien sûr, il y a encore d’énormes progrès à faire mais c’est déjà un premier pas que nous tenions à saluer.

Trop top!

Les couleurs

C’est le premier truc qui nous a marqué dès notre premier voyage au Mexique dans une vie antérieure. Après beaucoup de voyages, un tour du monde et une petite incursion en Afrique, nous pouvons confirmer que le Mexique est le pays le plus coloré de tout ceux que nous avons visités jusqu’ici. Les couleurs sont partout : dans la nature, sur les façades des maisons, dans les assiettes, sur les marchés, dans les gens,… C’est une explosion de couleurs partout et tout le temps! De quoi mettre de bonne humeur le plus incurable des ronchons!

Les gens

Il y a une certaine façade à la base mais une fois la glace brisée, les Mexicains sont adorables. Ils n’aiment pas trop les Gringos et encore moins parler anglais. Par chance, nous sommes européens et parlons parfaitement espagnol, c’est beaucoup plus facile pour les échanges, surtout qu’ils ne nous en veulent plus trop pour la colonisation. En plus, nous adorons leur accent!

Les transports

Il ne sont pas bon marché mais ils sont vraiment au top et faciles à utiliser! Même les colectivos! Après avoir parcouru des centaines de kilomètres en Chicken bus plus au sud, nous sommes super contents de trouver un peu de confort dans les bus.

Les villes coloniales

Le Mexique regorge de villes coloniales toutes plus belles les unes que les autres. Et nous savons qu’il nous reste encore des dizaines à découvrir que nous gardons pour un prochain voyage. Notre préférence va pour Campeche et sa douceur de vivre mais elles valent toutes amplement une visite!

Bacalar et sa lagune

Nous avons eu un gros coup de cœur pour Bacalar. C’est très tranquille, pas submergé par le tourisme de masse et c’est très vert également. Et puis il y a la lagune! Cette étendue d’eau entourée de mangroves qui déploie une multitude de bleus (sept il paraît, plus ou moins selon la lumière). C’est le bon plan pour échapper aux Gringos de la côte et aux sargasses à la saison chaude.

Les sites mayas

Même si le site le plus incroyable que nous ayons vu est Tikal qui ne se situe même pas au Mexique mais au Guatemala voisin, nous avons été impressionnés par tous les sites mayas que nous avons visités dans ce pays. Là aussi il nous en reste encore beaucoup à découvrir!

A ne pas négliger

Les distances

Le Mexique est un pays immense et en plus il est traversé par d’énormes chaînes de montagnes. Nous avons d’ailleurs failli nous faire avoir après avoir passé des mois dans les petits pays d‘Amérique Centrale. Nous voulions passer par Puebla et Oaxaca dans le but de rejoindre la péninsule du Yucatán avant de nous rendre compte que c’était beaucoup trop ambitieux pour le cours laps de temps que nous avions à disposition. D’ailleurs, depuis la frontière guatémaltèque à Ciudad Hidalgo jusqu’à Cancún, nous avons parcouru plus de kilomètres que depuis Panama.

C’est notre troisième voyage au Mexique et nous sommes toujours autant amoureux de ce pays! Il y a toujours de nouvelles choses à découvrir. D’ailleurs, nous réfléchissons déjà à un futur voyage qui se déroulerait cette fois plus au nord du pays. Affaire à suivre…

Tulum et Bacalar, les perles de la Riviera Maya

Comme notre retour en terres européennes se rapproche et que notre départ se fera depuis l’aéroport de Cancún, il faut gentiment à songer à nous rapprocher de la côte caribéenne même si nous quittons un peu à regret notre bien aimée Campeche. Nous faisons une mini étape à Mérida pour accompagner deux amis de Bruges sur une partie de leur périple mais aussi pour profiter des bons restos qu’on peut trouver en ville. Depuis là, il y a des bus pour absolument toutes les destinations de la côte. Nous choisissons Tulum, lieu que nous avons déjà visité lors de notre tout premier voyage au Mexique, avant notre ère de backpackers et que nous avions bien apprécié à l’époque.

A l’instar de Cancún, Tulum possède une zone hôtelière exclusivement pour Gringos proche de la plage et une ville un peu plus mexicaine à trois kilomètres à l’intérieur des terres. Mais ça, c’était dans nos souvenirs. Aujourd’hui, même le « pueblo » est devenue un gros Gringoland super touristique avec restaurants internationaux et boutiques de souvenirs à la pelle. Bon, il y a quand même plein de bars sympas, pour tous les goûts, où les boissons ne sont encore pas trop chères. Mais n’espérez pas y trouver quelque-chose d’authentiquement mexicain! Sauf si ça s’appelle tequila!

Le site archéologique de Tulum

Si nous sommes venus à Tulum ce n’est pas (que!) pour tester les bars mais pour nous rendre dans la zone archéologique située à quatre kilomètres du centre vers la mer. Il y a plein de lieux en ville pour louer des vélos pour s’y rendre (compter environ 200 pesos la journée soit 10,75€ ou 10,45 CHF). C’est facile à circuler, c’est tout plat, il y a une piste cyclable tout le long et un parking adapté à l’entrée du site. Nous aurions adoré faire un tour à vélo mais il fait méga chaud et le soleil tape super fort. Nous avons préféré prendre l’option colectivo. C’est tout aussi facile que le vélo. Il faut prendre celui qui va à Playa del Carmen au bord de la grand-rue, ça coûte 25 pesos par trajet (1,35€ ou 1,30 CHF) et il y en a très fréquemment. L’entrée du site archéologique, elle , coûte 90 pesos soit 4,85€ ou 4,70 CHF. Nous arrivons dans un magasin géant remplis de souvenirs made in China. Nous avons toujours un peu de peine avec cet hypercapitalisme à l’Américaine. Heureusement l’entrée du site en lui-même se situe 500 mètres plus loin, dans la jungle. Comme c’est un parc national et un territoire fédéral, il y est interdit d’y faire du commerce. Les commerçants ont dû s’éloigner du site pour pouvoir exercer leur activité et c’est une très bonne chose à nos yeux de puristes européens.

Tulum est une ancienne ville portuaire maya datant de l’époque dite postclassique (dès 1200) donc très tard dans la civilisation maya. Vu sa situation sur un promontoire rocheux, on pourrait supposer que c’était une ville à caractère défensif. Que nenni! Certes, il y avait bien une muraille mais pas beaucoup de pirates à combattre à l’époque. C’était un port, le seul de tout l’empire Maya, et le bâtiment le plus haut, appelé El Castillo, était utilisé comme point de repère par les marins. La nuit, on l’illuminait avec des torches. Dès qu’un capitaine à destination de Tulum apercevait ce phare improvisé, il savait qu’il devait tourner dans sa direction car c’était le seul endroit où il y avait une ouverture dans le récif qui était très dangereux pour la navigation. Les Mayas avaient étudié la barrière de corail, qui est la deuxième plus grande du monde après celle d’Australie, avant de construire une ville à un emplacement assez sûr pour les bateaux. Ils avaient des connaissances scientifiques assez avancées pour l’époque! Grâce à ses activités portuaires et à sa position stratégique aux milieu des routes commerciales de la péninsule du Yucatán, Tulum fut une des villes les plus prospères de cette période. Elle est également une des rares qui était encore habitée lors de l’arrivée des Espagnols. Les premiers y débarquèrent en 1508 mais par hasard, ils survécurent à un naufrage et ne s’attardèrent pas dans la région. Ce n’est qu’en 1518 qu’une expédition espagnole arriva volontairement au large des côtes du Yucatán avec à sa tête Juan de Grijalva le premier conquistador à poser le pied en terres mexicaines ouvrant la voie au grand Hernan Cortés. Grijalva décida d’accoster à Tulum parce qu’il trouvait que la ville ressemblait à Séville. Connaissant les Andalous, même cinq siècles plus tard, nous pouvons vous affirmer que cette dernière information est totalement vraie!

Le site archéologique qui nous reste aujourd’hui n’est pas aussi spectaculaire que Tikal, Calakmul ou Palenque. Il est plus petit et moins bien conservé. Par contre, il se situe sur un site exceptionnel entre jungle et mer des Caraïbes et rien que pour ça, il vaut la peine qu’on s’y attarde.

Côté playa

Comme nous l’avons mentionné, le site de Tulum vaut surtout le détour pour son emplacement sur la sublime mer des Caraïbes. C’est vraiment superbe malgré le fait que nous sommes en pleine saison des sargasses, ces grosses algues brunes puant l’œuf pourri qui envahissent les plages à la saison chaude. On ne peut pas descendre à la plage. Elle est fermée pour cause de saison de ponte des tortues marines afin de laisser ces petites bébêtes en paix! C’est évidemment une mesure que nous cautionnons totalement! De toute façon, la mer est plus belle vue d’en haut. Grâce aux rochers qui se jettent directement dans l’océan, le paysage est incroyable et les sargasses ont moins de place pour se déposer.

A noter que le site archéologique de Tulum se trouve dans un parc national qui porte le même nom. Ces 644 hectares de forêts, mangroves et d’aires marines sont indispensables à la région de plus en plus étouffée sous le poids du tourisme de masse. Le site est assez étendu donc même s’il y a du monde, on ne s’en aperçoit pas trop.

Holà Amigos

Bon, c’est beaucoup moins marrant de courir après les iguanes qu’à Edzna pour essayer de les immortaliser. Ici, ils sont beaucoup plus habitués à la foule donc beaucoup moins farouches. Ils sont, en général, beaucoup plus gros. Nous soupçonnons certains touristes de les nourrir. Quoi qu’il en soit, nous adorons toujours les petites (et moins petites!) bébêtes et nous sommes contents quand nous arrivons à en photographier quelques unes.

Juste à la sortie du site, nous tombons sur ce super spécimen à la robe bleue. C’est un geai du Yucatán et comme son nom l’indique, c’est une espèce endémique de la péninsule et du nord du Guatemala. Pour une raison qui nous échappe, Monsieur s’est mis sur une branche et s’est mis à crier sur tous les visiteurs qui quittaient le site.

Bacalar

Bacalar se situe à environ deux cents kilomètres au sud de Tulum à l’arrière de la baie de Chetumal, à quelques encablures du Belize. Des bus de différentes compagnies partent directement depuis la station d’autobus de Tulum et le trajet dure environ trois heures. Nous avions également déjà été à Bacalar dans notre vie antérieure et, après avoir vu la transformation de Tulum, nous redoutons un peu d’y retourner et de voir l’âme du village vendue aux sirènes du tourisme de masse. Heureusement, ce n’est pas le cas. Le coin a gardé son côté super chill, sans fioritures.

Fuerte de San Felipe

Ce n’est pas parce que nous sommes dans une ambiance détente que nous n’avons pas le droit à notre minute culturelle. Ce fort a été demandé en 1725 par le gouverneur espagnol du Yucatán afin de protéger Bacalar, non pas des pirates, mais des Anglais! Eh oui, la Perfide Albion avait des velléités territoriales sur la péninsule du Yucatán et elle est presque arrivée à ses fins puisque elle a réussi à coloniser l’actuel territoire du Belize qui ne se situe qu’à quelques kilomètres du fort. La forteresse a apparemment bien fait son boulot puisque les Britanniques n’ont jamais réussi à aller plus loin que Chetumal.

La Laguna

L’attrait principal de Bacalar reste sa superbe lagune. Il paraît que, dépend la lumière, il y aurait jusqu’à sept couleurs différentes. Les plus blasés d’entre vous nous ont déjà fait remarquer que ce ne sont que quelques petites nuances de bleu tandis que les plus rêveurs y voient plus de cent couleurs! Dans les faits, personne n’a tort mais nous sommes plutôt du type rêveur à s’extasier sur les beautés de la nature donc nous sommes d’avis qu’il y a bien plusieurs couleurs différentes. L’avantage de la lagune sur la mer des Caraïbes c’est, qu’en cette saison chaude, il n’y a pas de sargasses. Par contre, pour la fraîcheur de la baignade, il faudra repasser! L’eau a la température des bains thermaux, ce qui n’est pas du tout pour déplaire à Van la Frileuse!

Balneario Ecologico

En général, lors de notre routine matinale de baignade, (Oui, ça nous arrive d’être routiniers!), nous nous rendons au balneario municipal qui est gratuit pour faire trempette avant les chaleurs de milieu de journée. Mais pour une fois, nous nous sommes offert, pour 20 pesos d’entrée (1,05€ ou 1,05 CHF), le balneario ecologico. On l’appelle ainsi car le ponton traverse une superbe mangrove protégée où nous avons pu apercevoir des dizaines d’espèces d’oiseaux nicher dans le coin. Il vaut la peine d’investir pour ce balneario car il y a beaucoup moins de monde et la nature est beaucoup mieux préservée.

Si nous avons été un peu déçus par ce qu’est devenu Tulum, malgré le site archéologique de ouf, nous sommes soulagés d’avoir retrouvé l’ambiance tranquille de Bacalar. Espérons que ça perdurera car, dès l’année prochaine, le « Tren Maya », une ligne de chemin de fer qui fera le tour de toute la péninsule du Yucatán ainsi qu’une bonne partie du Chiapas, sera mis en service afin que les touristes, notamment américains, puissent rejoindre plus facilement tous les sites touristiques depuis Cancún.

Voilà, Bacalar était notre dernière étape de ce trip en Amérique Centrale. Nous nous préparons gentiment à rentrer sur notre belle péninsule ibérique. Un mois de juillet bien chargé nous y attend mais nous sommes quand même contents de retrouver l’Espagne. Evidemment, nous ne manquerons pas de vous faire découvrir quelques trésors de chez nous en attendant de nouvelles aventures.

Comitan de Dominguez et les cascades de Chiflon

Comme nous avons choisi de rester quelques temps dans le Chiapas, il nous fallait y trouver des choses sympas à découvrir. En réalité, ça n’a pas été si difficile! Au Mexique, il y a le concept vraiment cool de « Pueblos magicos » (villages magiques en français) qui regroupe des villes de petite et moyenne importance, oubliées par l’UNESCO pour la plupart d’entre elles, mais qui possèdent un patrimoine historique digne d’intérêt. Pour le Chiapas, que nous avons déjà visité en partie en 2018, il nous en manquait un : Comitan de Dominguez, dans le sud de l’état. Nous allons donc de ce pas réparer cet oubli!

Pour couper un peu le trajet depuis Tuxtla, nous nous sommes arrêtés à San Cristobal de las Casas, un autre pueblo magico que nous avions déjà visité en 2018 mais que nous avions, à l’époque, trouvé un peu surfait. Cinq ans plus tard, notre avis n’a pas changé. La ville est certes magnifique et le centre colonial très coloré est vraiment très beau mais elle a complètement vendu son âme au tourisme de masse et a perdu son ambiance mexicaine. Nous y avons quand même passé une bonne soirée tamales, un plat typiquement mexicain composé de farine de maïs et cuit en papillote dans une feuille de banane, en compagnie d’amis brésiliens, mexicains, polonais et californiens. A l’époque, une bonne partie du centre historique avait été endommagé par un tremblement de terre et nous y avons trouvé des travaux et des échafaudages partout afin de réparer tout ça. Aujourd’hui, la ville est complètement restaurée et a retrouvé de sa superbe.

Comitan se situe dans la sierra du sud du Chiapas, perchée à 1626 mètres d’altitude, à deux petites heures de colectivo de San Cristobal de las Casas. La frontière avec le Guatemala n’est plus très loin. Frontière que nous n’avons pas franchie préférant celle de la côte Pacifique puisque notre idée première était d’aller à Oaxaca avant de changer d’avis pour cause de distances trop grandes et de trucs trop cool à faire dans le Chiapas.

Centre historique

La ville de Comitan date de l’époque Maya mais les petites maisons colorées et l’architecture baroque que nous voyons aujourd’hui date du XVIe siècle, en pleine époque coloniale espagnole. Ce n’est pas la ville coloniale la plus pittoresque mais elle possède un charme fou, loin des circuits touristiques de sa grande sœur San Cristobal de las Casas. Elle est autant mal plate que la Orotava et les petites ruelles en pente bordées de jolies petites maisons aux couleurs chatoyantes nous rappellent un peu Quito. Le climat un peu tristounet aussi!

Parque Central Benito Juarez

Elle est vraiment superbe cette place centrale! Déjà, elle possède plein d’arbres et de fleurs, ça donne un peu de verdure au centre de la ville et c’est très agréable! Ensuite, elle est bordée de superbes bâtiments comme le palais municipal, la cathédrale Santo Domingo de Guzman, le théâtre ou le centre culturel. Les cabildos et les piliers en bois rappellent fortement la place centrale d’Antigua. Dans le petit kiosque central, on y donne souvent des concerts de marimbas, sorte de xylophones typiques du Chiapas.

Plaza de San Caralampio

Il suffit de prendre la ruelle qui descend à l’est depuis la place centrale pour arriver dans ce coin vraiment sympa. C’est une petite place qui se situe dans le quartier de la Pila, le plus ancien de la ville. Elle est bordée d’un cabildo ainsi que de bâtiments coloniaux du XVIe siècle. Mais le clou du spectacle reste le temple de San Caralampio, une superbe église néoclassique du XIXe siècle qui domine la place avec sa magnifique façade orange et rouge qui nous rappelle que le Mexique reste le pays le plus coloré que nous avons visité et que c’est notamment pour cette raison que nous l’adorons.

Iglesia de San José

C’est la plus grande église de la ville, elle se voit depuis tout le centre historique. Ce temple néogothique a été construit entre 1910 et 1924 sur un terrain cédé à la ville par deux sœurs natives de Comitan à la condition d’y construire un lieu de culte. Les architectes sont quand même venu plagier sans vergogne le blanc et le jaune, nos couleurs typiques andalouses! Mais on les comprend, c’est tellement beau! Nous sommes particulièrement fans de la jolie coupole situé à l’arrière de l’édifice.

Mirador de Comitan

Nous avons eu droit à notre petite grimpette du jour! Depuis le Parque Central il faut prendre la direction du nord-est et grimper sur trois bons kilomètres avant d’arriver au sommet. Ce n’est pas compliqué, ça passe dans la ville, mais ça grimpe quand même! D’en haut, nous avons la vue sur tout le plateau de Comitan et sur les verdoyantes montagnes du Chiapas. Le temps est un peu mitigé, saison des pluies oblige, mais la végétation est luxuriante. Nous n’imaginions pas la ville si grande et si étendue, le centre étant assez calme, nous pensions être dans une localité de moindre importance.

Cascades de Chiflon

Le Chiapas étant l’état le plus méridional et le plus tropical du Mexique, il possède des trésors naturels incroyables comme des forêts, des cascades, des volcans, des rivières etc… Nous ne pouvions pas quitter cet état sans aller voir une de ces merveilles!

Les cascades de Chiflon se trouvent à seize kilomètres de Comitan et c’est idéal pour une excursion à la journée. On s’y rend avec le colectivo de Tuxtla (40 pesos soit 2€ ou 2CHF) qui nous dépose directement à l’entrée du site. Un petit détail à ne pas négliger si on vient depuis Comitan, c’est le changement de climat. On passe très rapidement de plus de 1600 mètres à 600 mètres d’altitude et on y gagne presque dix degrés, ça peut être un peu déroutant surtout avec le fort taux d’humidité de l’air. L’entrée du site coûte 80 pesos (4,10€ ou 4CHF), ça les vaut amplement et ça permet à la communauté indigène qui s’occupe du lieu de survivre et de continuer à prendre soin de ce petit coin de nature.

La visite commence par un petit centre d’interprétation qui nous explique comment vit la communauté indigène locale avec la nature environnante. Il est situé dans des maisons typiques mayas au toit de chaume. C’est très joli et ça ne dénature pas du tout l’environnement.

Ensuite nous continuons sur un sentier d’environ un kilomètre jusqu’au sommet des cascades. Il y a 746 marches à monter, ça grimpe pas mal mais c’est assez facile, le chemin est large sans goulet d’étranglement et il y a plein d’endroits avec des bancs en bordure du chemin pour se reposer. Il y a souvent des panneaux d’encouragement pour nous motiver à continuer notre montée.

Rio San Vicente

Le sentier suit le rio San Vicente, une des rivières les plus importantes du sud du Chiapas. Malgré la saison des pluies, nous y trouvons une couleur turquoise incroyable similaire au Rio Celeste au Costa Rica. En dehors des cascades, elle est interrompue par quelques rapides qui donnent un paysage incroyable. A certains endroits, il est possible de s’y baigner mais l’eau reste bien fraîche! Nous avions zappé Semuc Champey au Guatemala sur les conseils d’autres voyageurs, nous avons apparemment trouvé le pendant mexicain qui a l’air encore mieux!

Les cascades

Nous sommes quand même venus pour elles! Le Chiapas est très mal plat voire très pentu, et c’est ce relief très prononcé qui façonne les superbes cascades du Rio San Vicente. Elles portent des jolis noms comme Angel (ange), Suspiro (soupir) ou encore Arcoiris (arc-en-ciel). Il y a des plateformes qui permettent de s’y approcher afin de mieux les observer.

El Velo de la Novia

Vous pensez bien que si nous avons grimpé un bon kilomètre c’est pour avoir la récompense au sommet! Et quelle récompense! Nous nous retrouvons devant une superbe cascade de 120 mètres de haut appelée Velo de la Novia (voile de la mariée) à cause de sa forme. Et c’est vrai que c’est ressemblant! Son débit est assez important pour bien nous rincer sur la plateforme du sommet. Mais la fraîcheur est bienvenue et la vue vaut vraiment la peine qu’on se fasse rincer pour elle!

Nous en avons vu des magnifiques cascades au cours de nos voyages, la faute à Van qui en est fan, mais nous pouvons affirmer que celles-ci ne sont surpassées que par les chutes d’Iguazu! Nous mettons juste un bémol sur quelques aménagements comme la tyrolienne qui dénaturent un peu le site mais sinon nous avons vraiment été scotchés par ce coin de nature que nous vous recommandons à cent pour cent si vous êtes de passage dans le coin.

Pour l’instant, nous ne regrettons absolument pas de nous être attardés dans le Chiapas. La région a déjà été un de nos gros coups de cœur il y a cinq ans, et c’est bien parti pour être de nouveau le cas cette année. La région de Comitan est moins connue que San Cristobal ou Palenque mais elle mérite amplement un détour. C’est beaucoup moins touristique mais tout autant intéressant.

Nous allons quand même essayer de nous bouger en direction des Caraïbes si nous ne voulons pas être trop à la bourre pour prendre notre vol. Il nous reste encore plus de mille kilomètres pour rejoindre Cancún et nous avons déjà des dizaines d’idées d’étapes. Le plus difficile sera de faire des choix qui s’avèrent déjà très cornéliens.