Rabat, entre dynamisme moderne et traditions séculaires

Nous quittons Fès et la montagne sans trop de regrets avec notre moyen de transport préféré : le train. Cette fois, le trajet n’est pas trop long et le train relativement confortable. Nous sommes par contre hallucinés par le paysage : avec ses collines recouvertes d’oliviers, la région ressemble à s’y méprendre à notre Andalousie de tous les jours! Nous ne sommes pas encore assez au sud pour voir les magnifiques paysages désertiques qui font la renommée du Maroc.

Petite info pratique pour le train : si vous voulez visiter la ville demandez un billet pour la gare de Rabat-Ville qui est assez bien centrée, sinon on aura tendance à vous vendre un titre de transport pour Rabat-Agdal qui est la gare TGV et qui est un peu excentrée. Ça ne change pas vraiment le prix du ticket mais ça pourrait vous induire en erreur.

Arrivés à Rabat, l’ambiance change complètement! La douceur de l’océan Atlantique nous fait déjà gagner quelques degrés et c’est bien agréable en ce mois de novembre. Nous sommes ici dans la capitale du royaume et ça se voit. Même le quartier de la gare est beau, propre, agréable et tout neuf. Des deniers que perçoit le royaume chérifien, c’est Rabat qui se sert en premier!

La médina et le souk

Toute la partie historique de Rabat est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Contrairement à notre attente, le quartier du souk n’est pas trop touristique et il ne s’y vend pas des babioles pour touristes mais plutôt des affaires de tous les jours pour les locaux. Les stands de bouffe ont également la part belle par ici. La médina date du Xe siècle et a été fondée par les Almoravides, les mêmes qui occupaient l’Andalousie à l’époque musulmane, mais elle ne prit son essor qu’au XIIIe siècle. Malgré la fraîcheur du mois de novembre, le rythme de vie dans la médina ressemble beaucoup à nos étés andalous. C’est très calme pendant la journée, voire même fermé à certains endroits pour mieux se réveiller entre les deux appels à la prière du coucher du soleil. Le seul hic est qu’il est difficile de se repérer dans les ruelles bordées de façades blanchies à la chaux, nous avons l’impression qu’elles se ressemblent toutes!

La kasbah des Oudayas

Cette splendide forteresse qui surplombe l’océan Atlantique nous vient également des Almoravides et date du XIIe siècle. Mais ce sont les Almohades, une tribu berbère à qui on doit notamment nos alcazars de Séville et de Jerez de la Frontera, qui en firent une place militaire forte et qui envoyèrent des soldats continuer la conquête de la péninsule ibérique. Au XVIIe siècle, le roi Philippe III expulsa tous les musulmans d’Espagne dont une bonne partie vint se réfugier à l’intérieur de la kasbah. Les nouveaux venus en firent un état indépendant : la république de Bouregreg du nom du fleuve au pied des remparts qui, aujourd’hui, sépare la ville de Rabat à celle de Salé. Cette république était un repaire de corsaires et de pirates qui venaient vendre des prisonniers chrétiens. Les remparts sont d’une conservation incroyable et l’architecture almohade, bien que familière pour nous, est juste magnifique.

Borj es-Squala

Adossé à la kasbah des Oudayas, ce bâtiment militaire pourrait nous faire penser à certaines de nos forteresses espagnoles comme à Cádiz. Il y a un peu de cette influence puisque une bonne partie des musulmans ayant fui l’Andalousie après la Reconquista sont venus se réfugier à Rabat. Mais en vrai, ce fortin est typiquement arabe, en témoignent la forme de ses créneaux . Il date du XVIIe siècle et fut érigé par la dynastie Alaouite, la famille qui règne encore sur le Maroc de nos jours.

L’intérieur de la kasbah

L’intérieur de la kasbah est un peu plus aseptisée pour les touristes et possède quelques magasins de souvenirs. Mais franchement, ce n’est pas du tout exagéré et les vendeurs nous laissent tranquilles. Avec l’air de l’océan tout proche, se promener dans les petites ruelles est beaucoup moins oppressant qu’à Fès et nous sommes autant émerveillés par tous les détails architecturaux, notamment les nombreuses portes qui ont cette forme de serrure typiquement islamique.

Le clou du spectacle

Se promener sur les remparts permet aussi d’avoir une superbe vue sur l’océan Atlantique, sur l’embouchure du fleuve Bouregreg et sur l’autre rive, la ville de Salé, qui sert un peu de station balnéaire de Rabat. Nous sommes en novembre donc les ombres sont très allongées et l’océan est un peu tourmenté mais ça n’enlève rien à la beauté de la vue.

Le jardin d’essais botaniques

Vous commencez à nous connaître : dès que nous découvrons une tâche verte sur une carte, nous allons voir ça de plus près! Ce jardin a été fondé en 1991 par l’institut agronomique et vétérinaire du Maroc dans le but de conserver des espèces rares ou menacées du pays. Il y a plus de 700 espèces endémiques, sur plus de 3000 au total, réparties dans les diverses zones du jardin. Même si Rabat n’est pas du tout étouffante, ça fait quand même un bien fou de se promener au milieu des arbres sans aucun véhicule à proximité.

La tour Hassan

C’est LE symbole de la ville de Rabat! A la fin du XIIe siècle, le sultan Yacoub El Mansour, un peu mégalo sur les bords, projetait de construire la plus grande mosquée du monde. Mais il mourut en 1199 et son projet resta inachevé. En plus, le grand tremblement de terre de Lisbonne de 1755 détruisit une bonne partie de ce qui avait été construit. Aujourd’hui, il nous reste l’esplanade avec les ruines des colonnes qui devaient soutenir la mosquée ainsi que la tour inachevée qui se dresse quand même à quarante-quatre mètres de hauteur. Si ce minaret vous semble familier, c’est normal! Ses modèles ont été la mosquée Koutoubia de Marrakech ainsi que notre seule et unique Giralda de Séville! Il paraît même qu’il y a exactement les mêmes rampes d’accès à l’intérieur afin de permettre au muezzin de se rendre au sommet à cheval afin de faire ses appels à la prière.

Malgré l’inachèvement de la mosquée et les ruines, le lieu est encore utilisé comme lieu de culte aujourd’hui. Nous sommes d’ailleurs arrivés un vendredi juste après la grande prière et nous avons vu des centaines de fidèles sortir de l’esplanade par les deux petites portes que compte le complexe. Oui, nous avons toujours le don des timings chelous!

Au nord de l’esplanade se dresse un magnifique bâtiment d’architecture islamique. C’est le mausolée royal ou reposent les dépouilles du roi Mohammed V (le grand-père du roi actuel), le prince Moulay Abdallah (l’oncle du roi actuel) ainsi que le roi Hassan II (le père du roi actuel).

Rabat a été notre gros coup de cœur du Maroc. Nous avons été séduits par la richesse du patrimoine historique mais aussi par le dynamisme de la ville moderne. Rabat est une petite capitale, ce n’est que la deuxième ville du pays après Casablanca, et il y règne une douceur de vivre assez agréable. La ville est ouverte sur l’océan, elle n’est ni étouffante, ni congestionnée par le trafic. Il est très facile d’y être piéton. Pourtant, la ville est également moderne, dynamique avec une offre culturelle intéressante et les habitants sont vraiment adorables. A notre avis, Rabat est une étape incontournable de tout voyage dans le royaume chérifien.

Fès, la capitale spirituelle du Maroc

Pour se déplacer au Maroc, rien ne vaut le train! C’est facile, pratique, généralement à l’heure et relativement bon marché. A Tanger, la gare se trouve à environ trois kilomètres de la médina et il est facile d’y négocier un taxi qui vous y emmènera pour 20 ou 30 dirhams ( 1,80 / 2,75€ ou 1,75 / 2,60 CHF). Nous y avons été à pieds car nous avons fait un détour par la rue où habitait la famille de Fabien à l’époque du protectorat espagnol. C’est tout à fait faisable en marchant, la ville est très piétons friendly et les quartiers extérieurs de la ville ne sont pas du tout craignos.

La solution la plus rapide aurait été de prendre l’Al Boraq, le train à grande vitesse dont les rames sont exactement les mêmes que les TGV français, jusqu’à Kénitra puis changer pour un train normal jusqu’à Fès. Nous avons préféré prendre le train direct Tanger – Fès. Ben nous n’avons pas eu l’idée du siècle sur ce coup là. Ce n’est pas très confortable, ça n’avance pas et le paysage n’est pas très bucolique. Après quatre heures de trajet, nous arrivons enfin à Fès.

Nous décidons de nous dégourdir les jambes en rejoignant la médina à pieds depuis la gare. Décidément, ce n’était pas la journée des bonnes idées ce jour-là! Certes, la ville est autant piéton friendly que Tanger avec de grands trottoirs bien aménagés mais c’est loin, au bord de routes à grand trafic et c’est surtout mal plat! Nous sommes trop bien habitués à Séville qui est une ville sans aucun relief! Mais nous avons appris la leçon et avons pris un taxi pour redescendre à la gare. Les taxis officiels de Fès sont rouges et ils ont un compteur qu’il faut demander d’enclencher. Evidemment, lorsque nous avons demandé à notre chauffeur de mettre en route le sien il s’est mis en mode « Moi Français comprendre pas! » alors qu’il nous avait accueillis dans une langue de Molière quasi parfaite et qu’il écoutait une radio francophone dans sa voiture. Mais nous n’avons pas lâché l’affaire et il a fini par l’allumer son compteur. Le trajet nous a coûté 9,50 dirhams (0.85€ ou 0.80 CHF)

Fès est la troisième ville du Maroc et fait partie des quatre villes impériales du pays avec Meknès, Rabat et Marrakech. Ce qui veut dire qu’elles ont été, à un moment donné de leur histoire, la capitale du royaume chérifien. On considère également Fès comme la capitale spirituelle du Maroc à cause de la grande concentration de mosquées dans sa médina. Le centre-ville à l’intérieur des remparts est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Bab Boujloud

Bab Bouljoud est une des portes d’accès à la médina de Fès et une des plus connues. Elle date du XIIe siècle et est recouverte de mosaïques bleues représentant la couleur de la ville. Une fois passé cette porte, on se retrouve dans un souk qui vend beaucoup de camelote pour touristes et dont les vendeurs, à notre grand étonnement, ne sont pas trop portés sur le rabattage. Même Van qui a été se promener toute seule dans les ruelles de la médina un après-midi ne s’est pas trop faite embêter.

La médina abrite également les célèbres tanneries de peau qui servent à la fabrication du cuir qui fait la réputation de Fès. Nous avions évidemment prévu d’aller voir ça de plus près mais l’accès se fait par des terrasses privées dont l’entrée passe par les magasins d’articles en cuir tenus par une véritable mafia qui ne te laisse pas passer si tu n’as pas au moins acheté douze de leurs babioles. Nous savons que le fait de discuter, vendre, négocier fait totalement partie de la culture arabe mais nous avons horreur de cette façon de faire quand il s’agit d’essayer de pigeonner quelques touristes un peu trop naïfs. Bref, vous l’aurez compris, nous y avons renoncé. Nous avions déjà vu les tanneries de Marrakech et pour être honnêtes, ce n’est pas très pittoresque et l’odeur en émanant est juste abominable!

La médina

La partie la plus ancienne de la médina date du VIIIe siècle. Elle se situe au pied du Moyen-Atlas au croisement de routes commerciales de grande importance et était reliée à toutes les villes islamiques importantes de l’époque comme Bagdad, Samarcande, Palerme, Kairouan et bien sûr, notre belle Córdoba. La ville a participé à l’âge d’or intellectuel de la civilisation islamique dont en témoignent encore aujourd’hui un grand nombre d’universités.

On nous a dit que la médina possède 490 ruelles. Nous ne savons pas si c’est exact ou si c’est un peu exagéré pour impressionner le touriste lambda mais il y en a effectivement beaucoup de ces petites rues et il est très facile de s’y perdre! Prévoyez une application maps avant de vous y promener! Pour être honnêtes, nous avons trouvé la médina et son labyrinthe de ruelles très serrées très oppressants et nous n’avons pas apprécié tous les palais ainsi que tous les architecturaux à leur juste valeur.

Bab Mahrouk et la muraille occidentale

Nous sommes enfin sorti de l’étouffante médina pour aller admirer les remparts depuis l’extérieur. Nous sommes ici dans la partie ouest de la médina qui date du XIIIe siècle. Les remparts n’ont rien de très exotiques pour nous puisqu’ils sont identiques aux alcazabas qu’ont peut retrouver dans nos villes andalouses mais ça n’enlève rien au fait qu’ils sont impressionnants et super bien conservés. La place Mahrouk qui longe les remparts est un grand espace ouvert et beaucoup plus respirable que la médina. On peut y observer les premiers reliefs du Moyen-Atlas, le cimetière historique ainsi que le fort de Borj Nord. Au coucher du soleil, les familles se réunissent sur la place afin de profiter des derniers instants de « chaleur » avant la froideur de la nuit.

Jnan Sbil

Nous n’allions pas louper un des seuls espaces verts de la ville! Cette petite oasis de verdure de 7,5 hectares date du XVIe siècle mais la version que nous pouvons observer aujourd’hui date du XIXe siècle. Le jardin se situe directement au pied de la médina et, même si ce n’est pas le parc le plus pittoresque que nous ayons visité, il vaut la peine d’y faire un petit détour juste pour voir des arbres, quelque chose de différent à Fès ainsi que les superbes mosaïques qui décorent le jardin.

Nous n’avons pas super accroché avec Fès. Oui, la ville est superbe, son patrimoine architectural est incroyable et son histoire est très riche, nous devons le reconnaître. Mais nous nous sommes sentis mal à l’aise dans cette médina bien trop serrée et étouffante. Nous avons également trouvé la ville trop « montagnarde ». Certes elle ne culmine « qu’à » 579 mètres d’altitude. Pour nous qui avons vécu dans les Alpes, c’est pratiquement la plaine! Mais contrairement aux villes ouvertes sur l’océan, nous la trouvons un peu repliée sur elle-même et plus conservatrice qu’ailleurs. C’est vrai que Fab y a été un peu malade et nous avons eu froid, ça n’a sûrement pas aidé à améliorer notre jugement.

La logique aurait voulu que nous visitions Meknès, la petite sœur de Fès située à une cinquantaine de kilomètres de là. Mais après la petite déception de Fès, nous avons choisi d’y renoncer. Nous n’avons, pour une fois, pas un temps extensible et nous voulons rejoindre la côte où nous espérons avoir des températures un peu plus douces.

Tanger, la porte d’entrée de l’Afrique

Quand on habite dans le sud de l’Espagne et surtout en Andalousie, une partie de notre histoire est intimement liée à l’Afrique du Nord. Ça faisait longtemps que nous voulions traverser le détroit de Gibraltar, lieu stratégique de notre région depuis l’Epoque Romaine pour aller découvrir ce qui s’y passe plus au sud et pour voir à quelle point notre passé est similaire.

Novembre étant un moins assez calme pour nous, nous avons sauté sur l’occasion afin de partir à la découverte d’une partie du Maroc. C’est un pays dont nous avons eu un premier aperçu dans la région de Marrakech en 2017, juste avant notre départ en tour du monde et dont nous en gardons une image plutôt positive. D’ailleurs, pour ceux qui nous suivent depuis le tout début, vous avez sûrement vu passer des articles à ce sujet. Suite à la refonte de ce blog, ils ont temporairement disparu! Nous allons les réécrire et les republier très bientôt, promis!

Bref, tout ça pour vous dire que nous avons finalement traversé le détroit de Gibraltar. Nous nous sommes rendus à Tarifa, à l’extrême sud de l’Europe continentale pour prendre un ferry qui nous emmène en à peine une heure à Tanger. La traversée coûte 40€ (38,65 CHF) par personne. Il y a la possibilité de partir depuis Algeciras pour un tarif beaucoup plus avantageux mais le ferry vous débarquera au port de Tanger Med qui comme son nom l’indique se situe en mer Méditerranée à 45 kilomètres plus à l’ouest de Tanger Ville qui se situe sur l’Atlantique directement au pied de la kasbah. La solution d’Algeciras peut toutefois être une bonne alternative si vous avez un véhicule.

Petite précision pour les personnes qui , comme nous, souffrent du mal de mer. Prenez vos précautions! Le bureau de douane marocaine se trouve sur le ferry et il est obligatoire d’y faire tamponner son passeport avant le débarquement à Tanger. Ce qui veut dire qu’il faut rester debout à faire la queue alors qu’on navigue sur un détroit souvent bien agité. Quand on a notre oreille interne qui fait des siennes, c’est loin d’être le top! Heureusement pour nous, nous avons pu embarquer bien avant le départ et nous avons pu passer la presque totalité du temps d’attente sur une embarcation à l’arrêt qui ne bougeait pas. Nous avons donc pu nous asseoir confortablement au hublot pour la traversée et être au premières loges, à l’arrivée, pour apercevoir un magnifique dauphin qui se prélassait dans les eaux tranquilles du port de Tanger!

En arrivant à Tanger, nous débarquons dans un port situé au pied d’une forteresse datant du temps des Arabes. C’est exactement la même image que nous avons eue en partant de Tarifa! Quand nous disions que nos histoires étaient liées! Avec ses maisons blanchies à la chaux et ses petites ruelles, Tanger peut faire penser aux Pueblos Blancos d’Andalousie.

Tanger

Même si ça nous démange d’aller explorer le Maroc plus en profondeur, nous nous arrêtons tout de même une journée à Tanger pour différentes raisons. Pour Fabien, ce périple a tout d’un pèlerinage familial puisque sa maman et ses tantes, que nous embrassons bien fort, sont nées dans cette ville à l’époque du protectorat espagnol.

Tanger a l’air d’une ville relativement modeste mais ne vous y trompez pas! C’est le deuxième poumon économique du pays après Casablanca. Sa position privilégiée sur le détroit de Gibraltar, ses activités portuaires autant sur l’océan Atlantique qu’en mer Méditerranée ainsi que son commerce florissant avec l’Europe en font une ville riche et dynamique. A part les minarets qui nous indiquent que nous avons changé de culture, nous n’avons pas vraiment l’impression d’avoir débarqué en Afrique.

La medina

Tanger a une histoire de ouf depuis la nuit des temps et ça se ressent dans l’âme de la ville et dans les ruelles de la médina. Ce sont les Phéniciens qui ont fondé la ville, comme Cádiz située presque en face, ce qui veut dire que Madame fête plus de trois mille ans d’histoire, de guerres, de conquêtes et aussi de prospérité. Au IVe siècle avant Jésus-Christ, la ville devint un important comptoir carthaginois qui profitait déjà de sa position privilégiée sur le détroit de Gibraltar. A la chute de Carthage, la ville intègre le royaume de Maurétanie (avec un « é », à ne pas confondre avec la Mauritanie, avec un « i », qui est le pays plus au sud) un royaume berbère qui devint ensuite une province romaine. Après un bref passage dans l’empire byzantin ainsi qu’une petite invasion des Wisigoths, Tanger se fait prendre par les Ommeyades de Damas qui en firent leur point de départ pour aller conquérir la péninsule ibérique. Divers royaumes arabes se sont disputés Tanger durant les siècles de domination musulmane. Puis, au XVe siècle, Tanger connut aussi sa Reconquista! Pas par les rois d’Aragon comme en Espagne mais par les Portugais qui ont quand même dû s’y prendre à trois fois avant de s’en emparer! Ces derniers la cédèrent à l’Angleterre deux siècles plus tard comme dot pour le mariage royal anglo-portugais en 1661. Mais les Anglais n’en profitèrent pas et trouvèrent son occupation inutile et trop coûteuse. (c’est de l’humour anglais certainement!) Ils la cèdent donc à l’Empire Chérifien de l’époque qui correspond plus ou moins au Maroc actuel.

A la fin du XIXe siècle, toutes les puissances coloniales européennes se disputent le Maroc et plus particulièrement Tanger toujours à cause de sa position stratégique. Ce qui amène à pléthore d’accords et de traités plus ou moins respectés jusqu’en 1923 où les négociations aboutissent enfin et où Tanger devient une zone internationale affranchie des droits de douane. La ville possède son autonomie financière et est administrée internationalement par le Maroc, les puissances coloniales européennes ainsi que par les Etats-Unis. En 1940, le général Franco, dictateur de l’Espagne qui possède déjà un protectorat sur tout le nord du Maroc s’empare de Tanger pour permettre à son allié, l’Allemagne nazie, d’y installer un consulat et d’en faire une base arrière. En 1945, sous la pression des Alliés, Franco doit se retirer et Tanger redevient une ville internationale jusqu’en 1956 où le Maroc obtient enfin son indépendance.

Si vous avez eu le courage de lire tout notre pavé, félicitations! Mais l’histoire est trop passionnante pour qu’on y passe à côté. C’est surtout l’aspect de ville internationale qui nous a fasciné! Même si nous savons pertinemment que c’était quand même une forme de colonisation.

Vous pouvez maintenant profiter des photos de la médina. Elle date principalement des différentes périodes arabes mais on peut quand même noter quelques influences européennes. Elle est construite sur un grand promontoire rocheux qui domine l’océan. Ce qui en fait un endroit très mal plat! Donc munissez vous de bonnes chaussures ainsi que d’une bouteille d’eau pour pour profiter à fond des petites ruelles toutes plus belles les unes que les autres!

La kasbah

Au Maghreb, une kasbah signifie une citadelle fortifiée. C’est l’équivalent de nos alcazabas espagnoles. Celle de Tanger est assez récente puisqu’elle ne date que du XVIIe siècle. Certes, la ville a eu été fortifiée auparavant mais les murailles qui nous restent datent de l’époque du sultan Moulay Ismail, celui qui a récupéré Tanger après le départ des Britanniques. La grimpette pour accéder à la kasbah par les ruelles de la médina se mérite mais elle vaut la peine. Les murailles sont magnifiques et la vue sur le port, la baie et, par beau temps, sur la côte espagnole est superbe.

Côté mer

Même si les principaux intérêts de Tanger restent la médina et la kasbah, il peut être agréable de se promener au pied des remparts, en bord de mer. Avec la construction du port de Tanger Med situé quarante-cinq kilomètres plus à l’est qui, avec sa capacité de neuf millions de containers, est le plus grand port industriel d’Afrique et de Méditerranée, le port de Tanger Ville s’est reconverti en port de pêche et port de plaisance bordé de restaurants de poissons et c’est assez sympa! Tanger se trouve un petit peu en retrait du détroit de Gibraltar, côté Atlantique dans une baie abritée, ce qui la dispense des forts vents comme à Tarifa. On peut clairement distinguer sur les bâtiments du fronts de mer qui datent du début du XXe siècle les influences françaises et andalouses.

Tanger n’a pas le prestige des villes impériales marocaines plus connues mais elle mérite tout de même une visite. Nous devons quand même reconnaître que pour le dépaysement, on repassera. Depuis que nous vivons en Andalousie, les maisons blanches et l’architecture mudéjar font partie de notre quotidien. (Oh les gros blasés!) Heureusement qu’il y a les tajines et les appels à la prière qui nous rappellent que nous avons quand même changé de pays et de continent!

Il est totalement possible d’y passer une journée en faisant l’aller-retour depuis Tarifa en fast ferry. Il faut compter une petite heure pour la traversée même si la publicité vous fait croire que le trajet ne dure que trente-cinq minutes! Pour que ce soit le cas, il faut que la mer soit calme comme un lac. Avec les forts courants qui balaient constamment le détroit, ça n’arrive jamais!

Aracena et sa Sierra

Vivre dans une grande ville bouillonnante comme Séville c’est génial, nous n’avons pas le temps de nous ennuyer, nous avons une vie sociale de ouf et notre grande soif de culture y est étanchée mais, parfois, nous aimons la quitter quelques temps pour aller voir un joli coin de nature et une ambiance un peu plus rurale, plus tranquille. C’est ce que nous avons fait un dimanche. Nous avons embarqué deux amis assez fous pour être sur le pied de guerre à neuf heures du matin à la station de bus de Plaza de Armas et nous sommes partis tous les quatre à l’aventure.

L’Andalousie, ce n’est pas que la mer et des palais mudéjars, c’est également très montagneux! Pour cause, elle est traversée par trois cordillères! Nous n’avons pas été en montagne depuis notre retour d’Amérique Centrale à cause, entre autres, des gros risques d’incendie de l’été. En vrai, l’automne n’est pas vraiment arrivé dans notre région mais il y a quand même eu quelques pluies au mois de septembre qui ont été bienvenues et qui ont un peu atténué les risques. Même si dans les faits, il nous faudrait des mois de pluie continue pour atténuer la sécheresse.

Aracena

Il faut compter environ une heure et demie de bus depuis Séville pour arriver à Aracena. Nous sommes ici dans le nord de la province de Huelva, à quelques kilomètres de l’Estrémadure dans une région naturelle appelée Sierra de Aracena mais que, dans la culture populaire, on appelle, à tort, Sierra de Huelva (qui signifie les montagnes de Huelva) car ce sont les seules montagnes de toute la province qui est composée principalement de plaines et de lagunes. Le village d’Aracena est « perché » à 682 mètres d’altitude. Ça peut paraître modeste pour des natifs des Alpes comme nous mais nous vivons dans la plaine du Guadalquivir à sept petits mètres d’altitude. Nous avons donc quand même pris un peu de hauteur.

Aracena n’a pas l’importance historique qu’ont d’autres localités andalouses même si elle a vu passer les différents peuples qui ont conquis le sud de la péninsule ibérique allant des Phéniciens aux Visigoths. Elle prit un peu d’essor au VIIIe siècle lors de la conquête arabe et l’âge d’or de la taïfa de Niebla de laquelle elle dépendait directement. La Reconquista catholique ne s’est pas faite par les rois d’Aragon mais par Sancho II du Portugal en 1231. Il est vrai que nous sommes bien plus proches de nos voisins lusitaniens que de Zaragoza! Les siècles qui ont suivi l’ont vu passer alternativement sous les règnes des couronnes de Castille et du Portugal jusqu’au XVIe siècle où Aracena fut rattachée définitivement au Royaume de Séville. En 1831, lors de la nouvelle administration territoriale qui perdure encore aujourd’hui, Aracena fut rattachée à Huelva car il fallait bien donner quelques montagnes à cette pauvre petite province lagunaire! Nan, en vrai ce n’est pas tout à fait pour ça mais nous on la trouve cool comme raison!

Même s’il n’est pas sur la liste officielle, Aracena pourrait prétendre sans vergogne au titre de Pueblo Blanco avec ses petites ruelles bucoliques et ses façades blanchies à la chaux.

Gruta de las Maravillas

Si nous avons pris des photos promotionnelles de la ville d’Aracena ou de l’office du tourisme d’Andalousie pour illustrer cet article, ce n’est pas par flemme mais parce qu’il est strictement interdit de prendre la moindre photo ou vidéo à l’intérieur de la grotte pour des motifs de conservation. Et c’est THE grosse frustration de notre journée car la grotte elle est juste WOW et n’a pas volé son nom! (Maravillas signifie merveilles en espagnol) Mais nous comprenons aisément les raisons de cette interdiction et n’avons même pas essayé de voler quelques clichés en cachette.

L’accès se fait par une petite maison médiévale juste derrière l’Ayutamiento (la mairie) en plein centre historique. Le dernier endroit où on imagine trouver une grotte! Et pourtant il y a plus de deux kilomètres de galeries souterraines réparties sur trois étages. La partie ouverte au public fait environ 1,2 kilomètre. A l’intérieur, c’est un enchantement de stalagmites, de stalactites et de pierres superbement façonnées par l’érosion. Les lacs contiennent une eau cristalline, riche en minéraux et propre à la consommation qui alimentaient le village en eau potable jusque dans les années 1970. Nous sommes restés tous les quatre bouche bée devant une telle merveille de la nature.

La température intérieure est de 19 degrés environ toute l’année. C’est une parfaite climatisation naturelle pour les étés torrides d’Andalousie. Même au début octobre, nous y avons apprécié la fraîcheur (oui, même Van la frileuse!) car nous vivons un veranillo de San Miguel (l’équivalent de l’été indien) particulièrement chaud.

Aussi fou que ça puisse paraître, il ne faut pas souffrir de vertige pour visiter la grotte. Non, nous n’avons pas abusé de la manzanilla (le vin blanc local de la région de Séville) et avons bien écrit le mot vertige en toute conscience! En général, grotte rime plutôt avec claustrophobie. Mais celle-ci est super haute et bien large à part à quelques petits passages, mais c’est vraiment minime. Van, qui n’aime pas du tout les espaces clos, n’a pas du tout été incommodée durant sa visite. Par contre, il y a des escaliers et des passerelles qui surplombent les lacs et ça peut effectivement être vertigineux et très impressionnant pour les personnes qui ont peur du vide.

L’entrée de la grotte se trouve derrière l’Ayutamiento, il suffit de traverser les arcades. Il y a des panneaux indicatifs dans tout le village. Nous avons pris le billet qui inclut également les entrées au château et au musée du jambon. (15€ soit 14,45CHF le week-end ou 12,50€ soit 12,05CHF en semaine). Etant tributaires des transports publics, nous n’avons pas eu le temps de visiter ce dernier. En vrai c’est parce-que nous avons préférer aller le manger le jambon dans un bistrot! La Sierra de Aracena produit un délicieux jambon sous l’appellation d’origine contrôlée Jabugo, qui est un des villages de la Sierra.

A l’achat de vos entrées, on vous indiquera une heure de visite. Vous serez accompagnés obligatoirement d’un guide et dans un petit groupe d’une vingtaine de personnes, souci de conservation oblige. Pas de panique si vous ne maîtrisez pas le castillan : il y a des visites en anglais et même dans notre belle langue de Molière grâce à des audioguides.

Fuente del Concejo

La structure actuelle de cet ancien lavoir date de 1923 mais des vestiges trouvés sur les lieux nous laissent penser qu’on y lavait déjà ses vêtements au Moyen-Age. Si l’eau paraît si claire c’est parce qu’elle provient directement de la Gruta de las Maravillas. Donc oui, elle est potable! Mais nous n’avons pas osé la boire car nous y avons vu des gens y tremper leurs pieds juste avant (Beurk!). De toute façon, il est déconseillé de trop en consommer car elle est hyper calcaire et risque donc de nous donner de jolis calculs rénaux.

Iglesia de Nuestra Señora del Mayor Dolor

Vous ne pensiez quand même pas que nous allions échapper à notre traditionnelle grimpette du jour? Ce à quoi nous pensions échapper, c’est aux températures du mois de juillet! Loupé! Mais nous commençons à nous habituer aux étés interminables que finalement nous aimons bien et nous nous sommes équipés en conséquence.

La colline sur laquelle nous montons est celle qui abrite la Gruta de las Maravillas. Toute cette hauteur qui nous a impressionnés à l’intérieur, il faut la grimper maintenant! Après avoir passé la porte surplombée d’un clocher-mur typique du XVIe ou XVIIe siècle nous tombons sur cet immense mastodonte de style gothique tardif du XVe siècle. Comme presque toute église qui se respecte en Andalousie, elle a été construite sur une ancienne mosquée datant du XIIe siècle dont on peut encore observer aujourd’hui la tour mudéjar dont les détails ne sont pas sans nous rappeler notre merveilleuse Giralda. Malheureusement, le minaret est mal orienté et se trouve à l’ombre une bonne partie de la journée. Difficile d’y faire ressortir les détails architecturaux.

Château de Aracena

Nous sommes en Espagne donc même s’il y a des grottes et des églises gotico-mudéjars, il y a toujours un château sur la colline! Ou au moins, les restes d’un château! Celui d’Aracena conserve une belle muraille d’enceinte mais pour le reste, c’est bien en ruines même si on peut quand même deviner le donjon grâce à une paroi qui est vaillament restée debout. Nous devons cette fortification du XIIIe siècle aux musulmans. Après la Reconquista, elle fut brièvement cédée à l’ordre des Templiers. Aracena n’a jamais été un endroit stratégique à défendre, le château à donc été laissé gentiment à l’abandon, d’où un état de conservation pas terrible.

Nous avons particulièrement apprécié la promenade sur les remparts car elle donne une vue magnifique sur le village d’Aracena.

Il y a également une superbe vue sur la Sierra de Aracena qui fait partie de la réserve de biosphère de Dehesa de la Sierra Morena, un espace protégé qui s’étend sur plus de 424’000 hectares sur trois provinces andalouses. Nous avons été étonnés de voir un paysage si vert qui contraste avec la sécheresse de la plaine du Guadalquivir. Aussi fou que ça puisse paraître, la Sierra reçoit des précipitations parmi les plus importantes de la péninsule ibérique, ce qui permet à de magnifiques forêts de s’épanouir. Ce climat méditerranéen tempéré par les pluies permet l’élevage des porcs pour le fameux « jamon de Jabugo », la culture des oliviers et celle des chênes-lièges car il faut bien des bouchons pour les bouteilles de manzanilla! Ce ne sont pas les montagnes les plus impressionnantes que nous ayons vues et les sommets y dépassent rarement les 1000 mètres d’altitude mais ce relief doux et vallonné ainsi que toute cette verdure nous ont quand même enchantés.

Ce qui, à la base, ne devait être qu’une petite promenade dominicale s’est avéré être une véritable découverte! Il y a encore trois mois, nous ne connaissions rien de la province de Huelva! Cette pauvre petite région coincée entre l’Algarve super touristique et les coins hyper connus et tout autant touristiques de Séville et de Cádiz a été un peu oubliée, y compris par nous qui, pourtant, aimons sortir des sentiers battus. Certes, elle n’a pas le pittoresque de ses voisins mais possède quand même quelques trésors dignes d’être découverts. Nous allons évidemment essayer de réparer ce lamentable oubli lors de prochaines aventures.

Niebla et le règne des Guzman

Lors de nos trajets en train pour Huelva, nous avons aperçu par la fenêtre une superbe forteresse dans la localité de Niebla, à environ vingt-six kilomètres de la capitale provinciale. Evidemment, ça a titillé notre curiosité et nous n’avons pas pu nous empêcher de nous y arrêter pour aller voir ça de plus près!

Si aujourd’hui, Niebla est un petit village andalou de peu d’importance, ça n’a pas toujours été le cas dans le passé. La localité fut fondée à l’Age de Bronze par les Tartessos, une civilisation du Ier millénaire avant Jésus-Christ qui occupait l’ouest de l’Andalousie actuelle. Les Romains développèrent la ville qui passa sous l’influence directe d’Italica, dans l’actuelle Santiponce en banlieue de Séville. Ensuite, l’histoire est exactement la même que dans tout le sud de la péninsule ibérique : les Wisigoths chassèrent les Romains et furent eux-mêmes chassés par les musulmans. Niebla devint alors un taïfa indépendant avant d’être englobé dans celui de Séville. La ville fut reconquise par les catholiques sous l’égide d’Alphonse X de Castille en 1262 après neuf longs mois de siège. A cette époque, Niebla devint un comté riche et important. Mais tout se gâta en 1508 quand le roi d’Espagne, Fernando II réclama le duché voisin de Medina Sidonia. Niebla, en tant qu’allié de ce dernier, refusa et se mis à le défendre. En représailles, le roi y envoya 1500 hommes et ordonna l’assaut de la ville. Mais heureusement, le massacre attendu n’eut finalement pas lieu car le duc a fini par abdiquer et céder son duché à la couronne de Castille. Mais cet épisode marqua le début du déclin pour Niebla qui fut aggravé par le grand tremblement de terre de Lisbonne de 1755 qui fit beaucoup de dégâts dans toute l’Andalousie.

Niebla ne redevint jamais prospère. Aujourd’hui, c’est un village andalou endormi, qui sert de cité-dortoir pour la population qui va travailler à Huelva ou même à Séville. Seuls quelques monuments historiques d’envergure rappellent ce passé glorieux dans une des provinces les plus oubliées d’Espagne et qui porte le titre peu enviable de parent pauvre de l’Andalousie.

Les remparts de Niebla

Niebla peut se targuer d’avoir une muraille d’une conservation remarquable. Ce que nous voyons aujourd’hui nous vient tout droit de l’époque almohade, c’est-à-dire musulmane, mais la base avait déjà été construite par les Tartessos, à l’Age de Bronze. Il en reste six portes dont certaines ont la fameuse forme en serrure des portes islamiques. C’est la muraille la plus ancienne la mieux conservée d’Europe.

Le château des Guzman

Bien qu’on y ait trouvé des restes wisigoths, romains et mudéjars, ce château en question est un pur produit de la Reconquista. Il fut construit en 1368 lors de la création du comté de Niebla qui allait grosso modo de Sanlúcar de Barrameda jusqu’à la frontière portugaise mais en passant par l’arrière-pays. Le château appartenait à la noble famille Guzman, qui malgré la consonnance un peu germanique, est un nom typiquement castillan. La famille appartenait à la maison de Medina Sidonia et donna même une reine du Portugal (Luisa de Guzman, femme de Jean IV du Portugal) ainsi qu’une impératrice (Eugenia de Montijo, femme de Napoléon III). Elle reçut ses titres de noblesse directement du roi pour services rendus à la couronne de Castille. C’est grâce aux Guzman qui maîtrisaient l’art des alliances et du commerce que Niebla connut une époque très prospère pendant la Renaissance. Le lignage de la famille existe toujours et il y a encore aujourd’hui un comte de Niebla même si son rôle se limite à parrainer des fondation et à donner des conférences dans diverses universités du pays.

Le château se visite pour quatre euros. L’avantage des petites structures telles que celles-ci, c’est que le personnel, super sympa, a le temps de vous accueillir, de vous faire un brin de causette et de répondre à toutes vos questions concernant la région ou le patrimoine historique. C’est le château-fort typique avec sa ceinture extérieure, son donjon, ses tours, son chemin de ronde, ses mâchicoulis, ses cachots, etc… Malgré son côté calme et un peu oublié, le château de Niebla grouille d’activités. Il y a déjà les archéologues qui cherchent des vestiges antérieurs à la construction de l’édifice. Ensuite, il y a les restaurateurs qui font un boulot de dingue depuis des années car avec le tremblement de terre de Lisbonne de 1755, la mise à sac par les troupes napoléoniennes lors de la Guerre d’Indépendance (1808-1814) et l’abandon qui en découla, l’édifice a bien morflé! Enfin, outre la mise à disposition des touristes pour les visites, l’enceinte du château accueille un festival de théâtre renommé dans la région. Ça nous fait plaisir de voir qu’on bichonne ces bijoux historiques et qu’on les fasse vivre à travers diverses activités culturelles.

Iglesia San Martin

Même si l’intérêt principal de Niebla reste son château, il vaut la peine de faire quelques pas dans le village pour accéder aux ruines de l’église de San Martin. On y voit clairement l’ancienne mosquée avec sa porte en forme de serrure (à gauche) sur laquelle a été construite, au XVe siècle, une énorme cathédrale gothique dont il nous reste l’abside ainsi que le clocher. Mélange des cultures oblige, la mosquée a été transformée en chapelle dont la déco est on ne peut plus catholique.

Niebla n’est pas un incontournable en Andalousie mais elle a le mérite de nous offrir une petite halte culturelle hors des grands circuits touristiques. En plus, elle est facilement accessible depuis les stations balnéaires de la côte atlantique pour ceux qui en auraient marre de se dorer la pilule à la playa.

Ayamonte

Dans notre conquête de l’ouest, nous avons décidé de pousser le bouchon encore plus loin et de nous rendre au bout du bout, à l’extrême sud-ouest de l’Espagne péninsulaire, à la frontière portugaise : Ayamonte. Ce petit village de pêcheurs fondé par les Phéniciens connut une histoire similaire à toute la région avec les Romains, les Wisigoths et les Arabes tout en ayant une forte influence portugaise qui ne se ressent plus trop aujourd’hui. Elle eut de grandes relations économiques et commerciales avec l’empire colonial espagnol en Amérique qui lui assura assez de ressources pour connaître la prospérité. Aujourd’hui, c’est une petite ville andalouse agréable et néanmoins assez animée grâce au tourisme des plages atlantiques proches comme la Isla Canela ou la station balnéaire portugaise de Vila Real de Santo Antonio qu’on peut rejoindre en ferry.

En transports publics, Ayamonte est accessible en bus depuis Huelva, et parfois, directement depuis Séville.

Plaza de la Laguna

Difficile de faire plus andalou avec cette magnifique place au centre d’Ayamonte. Tout y est : les maisons blanchies à la chaux, les palmiers, une pergola pour faire un peu d’ombre, une statue en marbre (dans ce cas la statue de l’Immaculée Conception datant de 1954) ainsi que les bancs ornés de mosaïques. Seuls quelques azulejos bleus nous rappellent que nous ne sommes qu’à deux pas du Portugal. La place date du XVIIIe siècle mais a été remaniée au moins une fois par siècle depuis sa construction. Elle est bordée par l’Ayuntamiento (la mairie) et par de jolies terrasses à l’ombre bienvenue dans cette chaleur estivale.

Bom dia Portugal!

Ayamonte se trouve sur la rive gauche du Rio Guadiana pratiquement à son embouchure dans l’océan Atlantique. Si le nom de ce fleuve vous dit quelque-chose, c’est normal, nous vous en avons déjà parlé puisqu’il traverse également la ville de Badajoz avant de tracer la frontière entre l’Espagne et le Portugal jusqu’à la mer. Vous l’aurez compris, sur la rive droite, ce sont nos voisins et amis portugais. Pour aller leur dire bonjour, il y a deux solutions. La première consiste, si vous avez une voiture, de prendre l’autoroute A22 et d’emprunter le magnifique pont international du Guadiana qui traverse la rivière. Cet impressionnant pont suspendu de 666 mètres de long, le troisième plus long du Portugal après les deux ponts qui traversent le Tage à Lisbonne, fut inauguré en 1991 après vingt-huit ans de travaux. Si ça a pris si longtemps, ce n’est pas parce que les ouvriers ont trop fait la sieste comme le disent souvent les préjugés venus du nord, mais à cause du Rio Guadiana trop large (plus de cinq cents mètres) et trop profond (une bonne dizaine de mètres) ce qui posa de grands défis techniques aux constructeurs.

La deuxième solution pour rejoindre la localité portugaise de Vila Real de Santo Antonio est d’emprunter le ferry. Il part sur le quai du Guadiana tout proche du centre-ville, la traversée coûte 2,30€ et il y en a toutes les trente minutes. Par contre, nous ne l’avons pas testé pour vous. Etant tributaires des transports publics, nous étions pris par le timing. Mais ce n’est pas l’envie qui nous a manqué!

Malgré ces jolies petites découvertes, nous n’avons pas renouvelé notre abonnement gratuit pour Huelva pour ce dernier quadrimestre de 2023. Nous avons préféré prendre celui pour Cádiz que nous adorons et dont la province nous coupe le souffle à chaque fois. Mais ce n’est pas pour autant que nous allons abandonner la province onubense (oui, c’est comme ça qu’on appelle les gens de Huelva!) à son triste sort. Il y a toute la Sierra de Huelva, mieux accessible depuis Séville et idéale pour des balades automnales sans risque d’incendie, que nous mourrons d’envie d’aller découvrir!

Huelva et la découverte de l’Amérique

Le gouvernement espagnol a renouvelé ses mesures anti inflation en nous offrant des abonnements pour les trains régionaux et moyenne distance. Comme nous sommes basés à Séville même, nous avons choisi la destination d’Huelva pour l’été car c’est un coin que nous ne connaissons absolument pas. L’autre raison de ce choix, c’est la proximité avec l’océan Atlantique, ce qui nous permet de perdre quelques degrés par rapport à la capitale andalouse pendant les grosses vagues de chaleurs qui sont monnaie courante dans la plaine du Guadalquivir. Ça nous permettra également de profiter un peu de la playa.

Nous allons être honnêtes, Huelva, ce n’est pas Cádiz! Néanmoins, la région possède quelques petits lieux dignes d’intérêts ainsi qu’une riche histoire conjointe au reste de l’Andalousie.

Nous n’avons pas du tout accroché avec la ville de Huelva. Elle fait un peu pâle figure si on compare avec les autres capitales provinciales d’Andalousie qui sont vraiment pittoresques et, manque de bol, la place centrale qui a l’air assez jolie et qui possède une statue de Christophe Colomb est en travaux. C’est assez difficile de s’en faire une idée. Par contre, nous avons adoré son environnement dans les marismas del Odiel, une réserve de biosphère de marais et de lagunes composée par les deltas des rivières Odiel et Tinto. Un truc sympa à faire, si le soleil ne tape pas trop fort, c’est de se balader dans la ria (un terme portugais mais également utilisé à Huelva ou en Galice pour désigner un delta) sur l’ancien pont de chargement des minerais qui a été reconverti en promenade et, pour les plus téméraires, en plongeoir. Ce pont qui date de la fin du XIXe siècle et qui représente parfaitement l’architecture industrielle de cette époque était en fait un pont ferroviaire. Le port de Huelva se trouvait à cet emplacement jusqu’au milieu du XXe siècle et ce quai de chargement permettait de faire passer les marchandises directement du train au bateau.

Palos de la Frontera

Palos de la Frontera se situe à quatorze kilomètres à l’est de Huelva et est facilement accessible en bus depuis cette dernière. Le hic c’est que la gare de Huelva se situe de l’autre côté de la ville par rapport à la station de bus. Il faut compter bien vingt minutes de marche entre les deux, à prendre en compte lorsque vous regardez les horaires des transports. Ancien village de pêcheurs, la ville est aujourd’hui tristement célèbre pour sa culture intensive de fraises qui assèche les lagunes protégées du parc national de la Doñana. Malgré ce gros bémol, Palos est typiquement andalouse avec ses maisons blanchies à la chaux, ses mosaïques, ses petites places, ses anciens remparts arabes et sa douceur de vivre dans la torpeur estivale.

Iglesia de San Jorge

Ce n’est de loin pas la cathédrale la plus pittoresque d’Andalousie mais elle est très intéressante d’un point de vue architectural. Elle est construite sur une acropole (nom grec qui signifie le point le plus haut d’un ville) qui domine les lagunes de la ria de Huelva. Elle est du plus pur style gothique-mudéjar et pourtant, il n’y a jamais eu de mosquée à cet emplacement. Au XIVe siècle, lors du début de sa construction, il était courant de construire des édifices en prenant comme modèle le style musulman déjà présent, même après la Reconquista. Puis le XVe siècle arriva et on continua les travaux en gothique cette fois-ci. Le clocher, quant à lui, est du plus pur style Renaissance avec son corps baroque et son toit de mosaïque typiquement andalou sans oublier l’indispensable nid à cigognes!

Cette église a également une importance historique puisque c’est à l’intérieur de celle-ci que se sont déroulés les préparatifs et les discussions autour de la première expédition de Christophe Colomb qui devait le mener en Amérique.

Palos de la Frontera a le privilège, ou le fardeau selon comment on voit l’histoire, d’avoir été le point de départ du premier voyage de Christophe Colomb qui le conduira, sans qu’il le sache, à la découverte de l’Amérique. Aujourd’hui, la configuration des lieux est un peu différente avec le retrait de l’océan mais au XVe siècle, la ville se trouvait en bord de mer et possédait un port. Il y a plein de panneaux explicatifs, en mosaïques of course, qui retrace cette histoire fascinante.

La Rábida

Pour se rendre à la Rábida depuis Huelva, il faut également prendre le bus pour Palos (ou Mazagon) et s’arrêter avant, à l’université puis traverser la grande route.

Le monastère qu’on trouve sur la place a la même histoire architecturale que sa copine l’Iglesia de San Jorge au centre de Palos de la Frontera. Christophe Colomb himself y a logé quelques années au XVe siècle et c’est là qu’il eut l’idée saugrenue (ou pas) de mettre le cap à l’ouest pour tenter de rejoindre l’Inde.

Avenida de las Americas

Bien que le monastère soit magnifique, ce n’est pas lui qui nous a attiré dans ce coin de pays par une chaude journée d’été. Nous voulions comprendre l’histoire autour de la découverte de l’Amérique. Pour cela, rien de tel que de parcourir la bien nommée Avenida de las Americas! Pour la trouver, c’est facile, il suffit de repérer l’immense monument érigé en l’honneur des explorateurs. Cette colonne haute de presque 55 mètres à été inaugurée le 12 octobre 1892, le jour du quatre centième anniversaire de l’arrivée de Christophe Colomb, en Amérique, sur une île des Bahamas. Quant à l’avenue en elle-même, il n’y a rien d’inoubliable mais l’ombre des palmiers est bienvenue par cette chaleur et les mosaïques des différents emblèmes des pays américains sont très belles. Le calendrier aztèque, cadeau du Mexique à l’Espagne, est également très sympa. Nous qui venions de rentrer de notre trip en Amérique Centrale, ça nous a fait de jolis souvenirs.

Les caravelles

Voilà la vraie raison pour laquelle nous avons vu un monastère, une colonne un peu mégalo et les emblèmes des anciennes colonies espagnoles : les fameuses caravelles empruntées par Christophe Colomb himself et son équipage lors du voyage de découverte de l’Amérique. Bon d’accord, ce ne sont que des reproductions car les vraies, après une traversée de l’Atlantique, se sont sûrement retrouvées dans un état déplorable.

Le musée des caravelles se trouve dans les lagunes à quelques centaines de mètres de la fin de la Avenida de las Americas. D’après nos recherches, l’entrée devrait coûter trois euros mais, pour une raison que nous ignorons, nous ne l’avons payée qu’1,50€ . C’est le genre de surprise que nous aimons bien mais, vu la qualité de l’exposition, nous nous serions quand même acquittés des trois euros sans broncher.

La reproduction des caravelles date de 1992, année des cinq cents ans de la découverte de l’Amérique et également année de l’Exposition Universelle de Séville où les trois embarcations ont été exposées avant de couler une retraite tranquille comme musée dans la ria de Huelva.

Trois embarcations ont été affrétées pour cette fameuse expédition en 1492. Les deux petites s’appellent la Niña et la Pinta et servaient principalement de transport de matériel, d’armes et de vivres. La plus grande, la Santa Maria, transportait Christophe Colomb himself qui y avait un bureau avec tous les instruments nécessaires à la navigation qui se résumaient, à l’époque, à un compas, une carte plus ou moins précise et aux constellations dans le ciel.

Les caravelles ont été aménagées pour une visite à l’intérieur. Si vous avez une imagination débordante ça peut être impressionnant car les bateaux ne sont pas très grands, en bois et d’un confort très spartiate. Pourtant, ils ont traversé l’Atlantique dont on ne connaissait que très peu de choses en 1492, sur une route qui n’avait jamais été empruntée avant, en essuyant sûrement quelques tempêtes avant d’arriver dans un lieu complètement inconnu! Rien que d’y penser, ça nous file le mal de mer!

Visiter les cuisines nous a remis un peu de baume au cœur car on ne lésinait pas sur la bouffe à l’époque! Et encore moins sur le vin de Jerez dont les tonneaux prenaient les trois quarts de la place disponible! Bon l’eau n’était pas potable à l’époque, quitte à devoir boire du vin, autant que ce soit du bon! Heureusement que la Cruzcampo, la bière sévillane qui n’est objectivement pas très bonne mais dont il est interdit de dire à Séville qu’elle n’est pas bonne sous peine de se faire bannir de la ville, n’existait pas encore à l’époque sinon ils auraient dû en embarquer! Pas sûr qu’elle leur aurait permis de mener à bien l’expédition!

Nous avions auparavant visité l’Archivio de Indias à Séville qui compile tous les documents en rapport avec les explorations espagnoles et la colonisation qui s’en est suivi. Nous y avons vu les registres des marchandises qui ont été embarquées sur ces trois caravelles ainsi que sur les expéditions suivantes. Le thème du vin y était pris très au sérieux. Chaque cave devait fournir tant de tonneaux de tel type de vin. Il y a dix types de vins de Jerez différents et chacun devait y être représenté! Et tout était consigné dans les registres avec un sceau officiel! Nous ne sommes pas sûrs que les gilets de sauvetage soient gérés avec la même rigueur aujourd’hui.

NB : Pour les archives de Séville, c’est à côté de la cathédrale, c’est gratuit et dépend quels documents ils exposent au public (ça change tous les mois), ça peut être vraiment intéressant. N’hésitez pas à aller y faire un tour si vous êtes dans le coin!

Isla del Encuentro

En face des caravelles, il y a une petite reproduction de l’île de San Salvador (aujourd’hui Guanahani, aux Bahamas) sur laquelle a débarqué Christophe Colomb ainsi que ses acolytes après la traversée de l’Atlantique. Nous avons bien aimé retrouver des espèces tropicales qui poussent sans problème sous le climat andalou. Par contre, notre visite est tombée pendant un jour de calima, un vent du sud qui nous amène de l’air sec ainsi que du sable du Sahara et l’ambiance n’y était pas du tout! Ca nous a plus rappelé Tenerife que l’humidité tropicale de la mer des Caraïbes!

Christophe Colomb effectua quatre voyages jusqu’en Amérique, pensant à chaque fois débarquer en Asie Orientale. Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’Amerigo Vespucci, un cartographe et explorateur florentin, comprit qu’il s’agissait en fait d’un nouveau continent lorsqu’il débarqua sur les côtes brésiliennes.

Nous sommes totalement conscients que l’histoire qui a découlé des voyages de Christophe Colomb est particulièrement horrible et cruelle. Il y a eu la colonisation, le massacre des indigènes, la traite des esclaves, le pillage des ressources et encore d’autres choses toutes plus moches les unes que les autres. Le nier, l’occulter ou ne pas s’y intéresser ne va pas, à notre avis, faire changer le cours des choses. Nous sommes fascinés par les explorations à cause, bien sûr, du côté voyage et découvertes de nouveaux lieux mais nous sommes évidemment horrifiés par tout ce que ça a impliqué ensuite. Quoi qu’il en soit, ça fait partie de l’histoire de l’Andalousie, de l’Espagne et même de toute l’Europe et nous allons continuer de nous y intéresser.

Nous allons terminer cet article par une note un peu plus festive et positive, celle de la playa! Avec sa côte atlantique, Huelva possède de jolies longues plages où il fait bon passer quelques journées d’été loin de la chaleur accablante de Séville.

Nous avons testé pour vous :

  • Mazagon : très sympa avec des chiringuittos (des bars de plages servant à manger) vraiment cool mais c’est un peu la galère avec les bus.
  • Punta Umbria : super bien desservi mais c’est un peu le Benidorm local. C’est également la plage la plus fréquentée.
  • El Portil (images ci-dessous) : notre préférée. Un peu plus sauvage avec les pins directement sur la plage. Située à l’embouchure du Rio Piedras, elle est protégée des courants mais il peut être difficile de s’y baigner à marée basse.

Nous avons adoré nos visites en rapport avec Christophe Colomb, c’était vraiment intéressant. En tant que globe-trotters, tout ce qui touche aux explorations nous fascine, évidemment! La région est sympa également mais nous préférons de loin la baie de Cádiz. Mais est-ce vraiment comparable?

Une journée à l’Alhambra de Granada

Souvenez-vous, nous étions déjà venu faire un petit tour à Grenade en automne 2020, en pleine pandémie de Covid 19. A cause des mesures sanitaires en vigueur à l’époque, il fallait organiser bien à l’avance une visite à l’Alhambra car les places étaient super limitées. Ce qu’en tant que voyageurs à l’arrache, nous n’avions absolument pas fait et avons dû renoncer à découvrir ce monument emblématique.

Heureusement, la crise a fini par passer et nous avons pu remédier à ce manquement. Comme nous venions de la région valencienne où nous avons passé un peu de temps avec la famille de Fab, Granada nous paraissait un bon endroit pour un petit séjour avant notre installation à Séville. Surtout que nous adorons cette ville presque autant que la capitale andalouse et que nous adorons nous y perdre dans les ruelles de l’Albaycin!

Pour l’Alhambra, nous avons, cette fois, anticipé un peu plus et assuré le coup en prenant nos billets à l’avance sur internet.

Nous avons acheté les billets sur alhambra-patronato.es. Le prix d’entrée est de 19€ par personne pour un accès à toute l’Alhambra. Il existe également des entrées plus restreintes ou des visites guidées.

Depuis la ville basse, il faut se veiller à prendre la bonne direction et NE PAS se rendre du côté de l’Albaycin car il y a comme un petit canyon creusé par le Rio Darro entre le quartier arabe et l’Alhambra et vous devrez ensuite tout redescendre pour remonter de l’autre côté. Mais rassurez-vous, si vous suivez tous les panneaux qu’il y a en ville, il est quasi impossible de se tromper!

L’Alcazaba

Nous commençons notre visite par l’Alcazaba, le lieu le plus ancien de l’Alhambra. Ce que nous voyons aujourd’hui date du IXe siècle, de la période musulmane donc mais les archéologues pensent que l’endroit était déjà utilisé avant par les Visigoths et même les Romains bien qu’on ne dispose d’aucun vestige attestant ces dires. C’était la première résidence des seigneurs musulmans de Grenade qui fut de plus en plus fortifiée à chaque génération. Après la construction des autres palais de l’Alhambra, l’utilisation de l’Alcazaba devint purement défensif et militaire. Les rois catholiques, qui ne débarquèrent qu’à la fin du XVe siècle dans la région, l’utilisèrent également comme forteresse défensive. Elle fut pourtant laissée à l’abandon pendant des siècles avant qu’on recommence à s’intéresser à elle au début du XXe siècle où on commença à la restaurer dans un but purement culturel et historique.

Mais ces années d’abandon ont laissé des marques. C’est d’ailleurs le monument le moins bien conservé de l’Alhambra malgré les restaurations. C’est également le moins impressionnant. Mais il vaut quand même le coup d’œil et ça reste une sacrée forteresse! C’est une bonne idée de le visiter en premier parce que le reste est tellement ouf que cette pauvre Alcazaba fait un peu pâle figure à côté. Oui, on vient de vous spoiler la suite de notre article!

Si le bâtiment en lui même nous a laissé un peu sur notre faim, (#blasés de la vie!) la promenade sur les remparts nous a enchantés pour la vue qu’elle donne sur l’Albaycin, sur la ville basse et sur la Sierra Nevada. Si vous êtes, comme nous, assez fous pour y venir en été, pensez à prendre de quoi vous protéger du soleil car la muraille est très exposée et le soleil tape fort, même tôt le matin!

Palacio de Carlos V

En face de l’Alcazaba se dresse un énorme bâtiment du XVIe siècle de style Renaissance qui aurait plus sa place dans le centre de Florence qu’au milieu des palais mudéjars d’un ancien royaume musulman. Ce contraste architectural était volontaire et complètement assumé. Quand il ordonna sa construction afin d’en faire sa résidence, l’empereur Carlos V (connu sous le patronyme Charles Quint en français) voulut justement montrer la victoire des catholiques sur l’islam en faisant édifier ce plus pur produit de la Renaissance italienne. Il fit même détruire une partie des palais de l’Alhambra pour ça. Mais, d’après les historiens, c’était la partie la plus moche, ouf!

Si l’extérieur est carré et bien massif (et surtout impossible à bien photographier, sorry!), la cour intérieure est circulaire et ornée de colonnes en marbre que ne renierait pas la place Saint-Pierre de Rome. Lors de notre passage, la cour centrale était équipée pour un festival de musique avec une scène et des chaises très XXIe siècle mais nous avons quand même pu nous rendre compte de la beauté de ce palais que rien ne laisser présager depuis dehors. Il y a également le musée des beaux-arts à l’intérieur mais nous n’y avons pas été préférant visiter les palais.

Ce palais fait un peu figure d’OVNI au cœur de l’Alhambra mais il faut quand même aller y jeter un coup d’œil rien que pour les détails baroques. Avec le marbre, les galeries autour de la cour intérieure restent fraîches même pendant la canicule des étés andalous.

Les palais nasrides

On n’accède pas comme on veut à l’intérieur des palais. A l’achat des billets, on vous demandera de choisir une heure pour visiter ces palais car le nombre de personnes en même temps est limité dans un souci de conservation des monuments. Ne rêvez-pas! Limité ne signifie pas que vous serez tout seul non plus! On reste dans un endroit super connu et super touristique! Nous avons choisi d’y aller à midi et demi car c’est l’heure où tous les touristes du nord vont manger. Oui, c’est vrai ce n’est qu’un préjugé débile et vraiment limite mais notre raisonnement s’est pourtant avéré juste. Nous n’étions que des Méditerranéens à se trouver à l’intérieur des palais à ce moment là!

L’entrée des palais se trouve en contrebas du palais de Carlos V. Assurez-vous d’y être à l’heure! On ne vous laissera pas entrer en cas de retard! Qui a dit que les pays du sud n’étaient pas à cheval sur la ponctualité?

Les palais nasrides sont tout un complexe de palais reliés entre eux par des patios, ces fameuses cours intérieures andalouses. C’étaient les résidences de la dynastie nazarie, la dernière dynastie musulmane dans la péninsule ibérique dont les sultans venaient tous de Grenade qui était, à l’époque, la capitale du royaume du même nom, le dernier à avoir résisté à la conquête des rois catholiques jusqu’en 1492. S’il y a plusieurs palais c’est parce que chaque monarque à fait construire le sien, tout simplement. Nous en avons vu des palais, tous plus beaux les uns des autres, mais ceux-là resteront dans le top du top de tous ceux que nous avons visités!

Mexuar

L’accès se fait par le Mexuar le plus ancien des palais nasrides qui date vraisemblablement du XIIe siècle. A la construction des autres palais, il fut reconverti en palais de justice et en bureaux administratifs. Les salles de l’entrée servaient de salle d’attente à ceux qui venaient demander une audience. Ce qui nous impressionne, ce sont tous les détails ornementaux de style mudéjar, il sont vraiment superbes et d’une finesse incroyable!

Si la déco est indubitablement l’œuvre des Arabes, les azulejos (ces superbes mosaïques pleines de couleurs) ont eux été ajoutés par les rois catholiques après la Reconquista. D’ailleurs, sur l’image ci-dessous, on reconnait aisément une des colonnes d’Hercule représentant le détroit de Gibraltar avec la devise « Plus Ultra » ainsi que la couronne de Castille qui ornent, encore aujourd’hui, le drapeau espagnol.

Palacio de Comares

Ce palais du XIVe siècle est bâti autour d’un joli petit patio appelé Arrayanes., du nom des arbustes plantés en son centre. (Myrte lune en français) Malheureusement, Yusuf I de Granada, le sultan qui ordonna sa construction n’a pas pu voir l’œuvre achevée puisqu’il est mort assassiné avant la fin des travaux. C’est sont fils, Mohamed V, qui eut ce privilège en 1370. Ce palais abritait le salon des ambassadeurs, un hammam ainsi que les appartements privés de la famille royale, au rez-de-chaussée pour l’été, souvent très chaud, et à l’étage pour l’hiver, très rigoureux.

Le palais de Comares est dominé par la tour du même nom qui, avec ses 45 mètres de haut est la plus haute de toute l’Alhambra. On la voit d’ailleurs beaucoup mieux depuis les mirador de l’Albaycin que depuis l’intérieur des palais.

Le patio des Lions

Nous voici maintenant en plein cœur de l’Alhambra et aussi dans son endroit le plus connu et sûrement le plus photographié! Imaginez un peu notre bonheur quand nous avons réussi à tirer une photo sans personne dessus! Bon d’accord, le soleil écrasant nous a un peu aidé en faisant fuir les gens, on avoue.

Le patio, ainsi que le palais alentour, doit son nom à la fontaine entourée de douze lions. Bien que l’édifice date du XIVe siècle, les statues datent du XIe siècle et proviendraient de la maison d’un éminent vizir juif séfarade. Chaque lion représenterait chacune des douze tribus d’Israël. Pour le reste, l’architecture est typiquement nazarie et de son époque. Quand le sultan Mohamed V ordonna sa construction, il prit comme modèle la mosquée de l’université de Fès, au Maroc. Ben voilà, nous serions obligés de nous y rendre pour aller vérifier tout ça!

Edit décembre 2023 : L’université de Fès n’est pas accessible au non-musulmans mais le peu que nous avons pu apercevoir montre en effet une vraie ressemblance avec le patio des Lions.

Certes, c’est le patio qui est le plus connu mais ce palais regorge d’autres merveilles comme la salle des Abencerrajes (une tribu maure du XVe siècle) avec ses stucs colorés qui sont d’époque. Quant aux azulejos, ils ont été rajoutés au XVIe siècle, donc après la Reconquista, et proviennent des fameuses fabriques de céramiques de Triana, à Séville.

La salle des Rois

A la base, c’était le harem. Puis les rois catholiques sont arrivés, ont tout conquis et se sont appropriés les lieux pour s’en servir comme salle de bal. Les œuvres les plus représentatives de la Reconquista sont trois peintures Renaissance en forme d’ellipse accrochées au plafond. Les œuvres sont tellement belles, fines et avec beaucoup de couleurs qu’il a fallu plus de vingt ans pour les restaurer!

Mirador de Lindaraja

C’est ici que se termine la visite des palais nasrides et c’est ce dernier édifice qui a été tronqué par la construction du palais de Carlos V. Nous pouvons quand même admirer depuis quelques jolis balcons la vue sur la vallée du Rio Darro ainsi que sur l’Albaycin. Pour être honnêtes, nous trouvons que les vues sont plus sympas depuis l’Alcazaba.

Et voilà à quoi ressemblent les palais nasrides depuis l’extérieur. C’est beaucoup moins ouf qu’à l’intérieur mais étant donné que les bâtiments avaient également un usage défensif, il n’y avait pas trop la place pour les fioritures.

Couvent San Francisco et ses jardins

Le couvent est le premier édifice construit après la Reconquista sur le site de l’Alhambra. D’après quelques fouilles archéologiques, il aurait été construit sur des anciens bains arabes. Il date de 1494 alors que la chute du royaume musulman de Grenade date de 1492. Autant dire que les catholiques étaient pressés de montrer leur suprématie! Comme son nom l’indique, ce couvent était occupé par les moines franciscains. Aujourd’hui, il abrite un parador c’est à dire un hôtel de charme dans un lieu historique. Ce qui nous a le plus plu, c’est son jardin ,avec son étang à nénuphars, qu’il faut traverser à la sortie des palais nasrides.

Le Generalife

Pour se rendre au Generalife depuis les autres palais de l’Alhambra, il faut bien compter quinze voire vingt minutes de marche. Donc faites attention au timing si vous devez encore vous rendre à l’heure aux palais nasrides!

Le Generalife était le palais d’été des sultans. Ce n’était pas encore la mode de passer ses vacances à bronzer sur les plages de la Costa Tropical à l’époque! Mais c’était quand même l’aventure puisqu’il se situait hors de la muraille bien sécurisante de l’Alhambra. Il a été conçu au XIIIe siècle avec des jardins lui assurant de l’ombre et de la fraîcheur durant les longues et chaudes journées d’été. Les fontaines et autres bassins étaient alimentés directement depuis des ruisseaux de la Sierra Nevada. Nous ne sommes malheureusement pas sûrs que ce soit encore le cas aujourd’hui vu la sécheresse que nous subissons depuis des années.

Le jardin ainsi que le palais sont superbes et nous avons bien apprécié terminer cette chaude journée de visite à l’ombre bienvenue des arbres!

L’Amour des roses

Van s’est un peu lâchée sur les photos de roses car elle est fan des rosiers et, ça tombe bien, il y en a plein dans le Generalife. Des rosiers hein, pas des roses coupées! Elle déteste l’idée de couper les roses pour en faire un bouquet! Par contre, ne lui offrez pas non plus de rosier, c’est un vrai désastre sur pattes en jardinage et cette pauvre plante ne tiendrait pas trois jours entre ses mains! Donnez-lui plutôt des tuyaux pour aller visiter des roseraies à travers le monde, ça lui fera plaisir!

Bref, tout ça pour dire que nous avons photographié des roses…

Le truc vraiment sympa au Generalife c’est que nous avons un point de vue complètement différent sur l’Alhambra par rapport à l’Albaycin. C’est moins LA photo qu’on voit dans toutes les publicités de voyage mais l’angle est intéressant et nous pouvons nous rendre compte, qu’en fait, le complexe est entouré de verdure, d’une petite forêt ainsi que de jardins potagers.

Nous sommes vraiment très contents d’avoir enfin pu consacrer une visite à l’Alhambra. C’est, à nos yeux, un incontournable à Granada et même en Andalousie. Nous pensons qu’il faut y passer la journée : le site est immense et il y a beaucoup de choses à voir. Malgré le potentiel touristique et le prix d’entrée un peu élevé (19€), nous vous recommandons chaudement un passage par les palais. Nous en avons vraiment pris plein les yeux!

Grand bilan de notre trip à travers l’Amérique Centrale

Nous voilà, depuis environ un mois, de retour en Europe. Ces dernières semaines ont été super intenses et ont presque balayé d’un simple revers de la main notre superbe voyage en Amérique Centrale. Ce n’est pas que nous ne soyons pas contents d’être rentrés, au contraire, c’était notre choix, mais nous subissons tout de même le choc du retour après un voyage au long cours. Heureusement, depuis notre réinstallation en Andalousie, une terre historique de voyageurs et d’explorateurs, nous sommes un peu plus compris qu’ailleurs et pouvons plus facilement partager nos aventures avec les gens, qui nous partagent aussi les leurs! Ce n’est pas à sens unique!

C’est avec tous ces états d’âme et, nous espérons, le plus de recul possible que nous allons essayer de vous livrer un bilan de notre belle traversée de l’Amérique Centrale qui nous a laissé des souvenirs impérissables.

Quelques chiffres

Pays traversés

Sept. Mexique, Guatemala, Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica et Panama. Tous en Amérique Centrale! Certes, le Mexique est catégorisé, à raison pour la majeure partie de son territoire, en Amérique du Nord mais le Chiapas et la péninsule du Yucatan font géographiquement partie de l’isthme panaméricain.

Distance parcourue

25’940 kilomètres avec un départ depuis Madrid et une arrivée à Lisbonne. Il y a près de 15’500 kilomètres rien que pour les traversées de l’Atlantique ce qui nous reste environ 9400 kilomètres sur le continent américain dont près de la moitié au Mexique! Le trajet a été en gros : Madrid – Cancún – Panama – Cancún – Lisbonne.

Durée du voyage

156 jours soit environ cinq mois et une semaine.

Altitude la plus basse

Le niveau de la mer quand on était sur le littoral, soit sur la côte Pacifique, soit sur la côte Caraïbes.

Altitude la plus haute

2330 mètres à Quetzaltenango, la deuxième ville du Guatemala. Nous n’avons pas été escalader des volcans notamment à cause du mal aigu des montagnes de Fab, sinon nous aurions pu atteindre les 4000 mètres. L’Amérique Centrale ce n’est pas la cordillère des Andes, les altitudes ne sont pas non plus de ouf. A part au Guatemala et au Chiapas, les montagnes, ou plutôt les volcans, n’atteignent même pas les 4000 mètres.

Température la plus basse

14 petits degrés à Quetzaltenango lors de notre arrivée sous un violent orage qui nous a glacés et trempés jusqu’aux os. A noter que nous débarquions directement depuis la côte Pacifique et nous étions presque en tenue de plage. Imaginez un peu le choc thermique que nous avons subi!

Température la plus élevée

37 degrés à David à l’ouest du Panama pendant le week-end de Pâques. C’était en avril, lors de la transition entre la saison sèche et la saison des pluies. C’est la période la plus chaude donc une température tout à fait normale à cette époque de l’année.

Villes coloniales visitées

Un des nombreux attraits de l’Amérique latine est l’architecture baroque qu’ont laissée les Espagnols lors de la colonisation. Nous en avons vu onze et même douze si on compte les forts de Portobelo.

  • au Mexique : Valladolid, Izamal, Mérida, Campeche, San Cristobal de las Casas et Comitan de Dominguez
  • au Guatemala : Antigua
  • au Salvador : Suchitoto
  • au Nicaragua : León et Granada
  • au Panama : le casco antiguo de Panama City et les forteresses de Portobelo
Les points d’eaux

L’Amérique centrale est un isthme entouré d’eau mais pas seulement! Grâce à son climat tropical pluvieux, il y a pléthore de points d’eau douce, surtout dans la cordillère volcanique. Nous sommes des amoureux de l’eau, à condition qu’elle ne soit pas trop froide, c’est pourquoi nous sommes volontairement parti à sa recherche durant ce voyage.

  • Au Mexique : la mer des Caraïbes, le Golfe du Mexique, les cénotes, Chiflon et la lagune de Bacalar.
  • au Guatemala : le lac Peten Itza, le lac Atitlan et l’océan Pacifique
  • au Salvador : le lac Suchitlan
  • au Nicaragua : l’océan Pacifique, le lac Cocibolca et la lagune de Masaya.
  • au Costa Rica : l’océan Pacifique, le Rio Celeste et la mer des Caraïbes
  • au Panama : l’océan Pacifique, la mer des Caraïbes et le canal de Panama
Sites précolombiens visités

Avant l’arrivée des conquistador espagnols, l’Amérique latine était peuplée de diverses civilisations précolombienne dont il reste quelques vestiges aujourd’hui. Dans ce trip, nous en avons visité quatre :

  • au Mexique : les pyramides d’Izamal, Edzna et la cité de Tulum. Avant ce voyage, nous avions également visité Calakmul, Palenque et Chichen Itza.
  • au Guatemala : Tikal

Nous avons fortement hésité, lors de notre remontée, à faire un détour par les ruines de Copan au Honduras avant de changer d’avis et d’aller plus vite dans le Chiapas. De toute façon, il en reste des dizaines de sites archéologiques dans la région et il faudrait plusieurs vies pour tous les découvrir!

Matériel remplacé

Nous avons été très bons car nous avons dû acheter juste une paire de tongs chacun. Van a de nouveau été frappée par la malédiction des smartphones mais cette fois elle s’est juste contentée de casser son écran, qu’elle a pu remplacer au Panama.

Par contre, nous avons usé notre matériel jusqu’à la corde. Il y a certaines choses que nous trainions depuis plus de cinq ans! A notre retour en Espagne, nous avons dû lancer une campagne de grand remplacement de fringues, de chaussures, de matériel électronique et même de passeport pour Fab qui, avec sa transpiration, a réussi à abimer la puce biométrique.

A gauche : une pyramide maya à Edzna, près de Campeche, au Mexique, à droite : l’ancienne gare ferroviaire de Granada au Nicaragua

Mais ça ne craint pas trop l’Amérique Centrale?

C’est LA question qui revient tout le temps! L’Amérique Centrale, et latine en générale, à très mauvaise réputation au niveau sécuritaire et ce n’est pas toujours à tort. Le narcotrafic, les flux migratoires du sud vers le nord ainsi que les guerres des gangs sont les sujets récurrents qui sortent tous les jours dans les médias. La réalité est beaucoup plus nuancée. Certes, nous ne minimisons pas le danger mais il ne faut pas peindre le diable sur la muraille non plus. Il y a des règles élémentaires de sécurité à respecter mais ce sont exactement les mêmes que partout ailleurs, y compris dans notre bonne vieille Europe.

En ce qui nous concerne, nous avons suivi notre instinct et écouté les locaux qui sont de très bons conseils. Nous avons évité les quartiers craignos de Guatemala City, nous avons traversé le Honduras sans nous y arrêter et avons renoncé à prendre la route côtière du Pacifique au Guatemala car nous sentions que les mises en garde n’étaient pas superflues. Sinon, à part un peu à San José la nuit, nous ne nous sommes pas du tout sentis en insécurité durant ce voyage. Le plus dangereux, à nos yeux, est de tomber sur un chauffeur de Chicken bus un peu fou, surtout sur les routes de montagnes du Guatemala! A notre avis, ce serait dommage à renoncer à un voyage dans cette magnifique région à cause de médias un peu trop alarmistes.

Un acte manqué

Lors de notre tour du monde, nous avions zappé les pays d’Amérique Centrale ainsi que la Colombie qui nous reste à découvrir et qui trône en très bonne place sur notre wishlist. Nous avions passé directement d’Equateur à Miami pour des raisons que nous expliquons à la fin de cet article. Nous avions quand même fait un séjour au Mexique dans le but de descendre jusqu’au Guatemala mais Van a fait une pneumonie à Mérida qui nous a immobilisés une bonne semaine et nous avons dû revoir tous nos plans. Nous pensions nous y rendre en septembre 2021 et nous avions même trouvé des billets d’avion mais un bug du site internet ne nous a jamais permis de les régler. Nous nous sommes finalement rendus en Turquie puis en Afrique. Aucun regret car c’était également un voyage de ouf que nous relatons ici.

Finalement, la troisième tentative sera la bonne et nous sommes super contents d’avoir enfin pu parcourir l’Amérique Centrale!

Nous avons également eu la chance de partager une partie de notre voyage avec les parents et la sœur de Van qui sont venus nous rejoindre au Costa Rica. Nous avons passé une dizaine de jours incroyables ensemble et nous profitons de ces quelques lignes pour les remercier encore une fois de leur présence et de leur générosité!

Nos coups de cœur

L’Amérique Centrale en général est déjà un gros coup de cœur pour nous. Nous l’avons d’ailleurs préférée à l’Amérique du Sud. Certes elle ne possède pas des grands espaces incroyables et ses montagnes / volcans ne sont pas aussi impressionnants que la cordillère des Andes mais les forêts tropicales sont incroyables, les distances plus courtes et, cerise sur le gâteau, il y a la mer des Caraïbes et ses paysages de rêves.

Nous avons, bien entendu, eu quelques coups de gueule mais nous avons déjà bien assez râlé dans nos différents bilans donc nous allons garder une image positive de ce voyage.

Pour les gens

Malgré qu’ils soient hispanophones, les Latino Américains ne sont pas aussi ouverts, chaleureux et expansifs que leurs cousins espagnols ou autres méditerranéens. Ca ne les rend pas antipathiques pour autant, ils sont un peu plus formels et il faut juste un peu plus briser la glace. Une fois le premier contact passé nous avons trouvé les Mexicains très chaleureux et les Panaméens plus cools, moins formels que dans les autres pays.

Pour les paysages

Le paysage est complètement ouf dans toute l’Amérique Centrale et assez similaire dans chaque pays. Plus on descend vers le sud, plus c’est humide car on s’approche de la ligne équatoriale. Nous avons effectué ce voyage principalement pour les paysages et nous n’avons pas été déçus entre les volcans, les forêts tropicales voire même équatoriales, les lacs et lagunes, la mer des Caraïbes, etc… D’une manière générale, le continent américain est, dans son ensemble, la destination idéale pour s’en prendre plein les yeux.

Pour la playa

Malgré sont côté hyper touristique, son horrible zone hôtelière, ses malls démesurés et son côté Gringoland, Cancún possède LA plage de rêve des Caraïbes nous devons bien l’avouer. Nous avons également eu un gros coup de cœur pour Bocas del Drago au Panama.

Pour la culture

Le Mexique sans hésiter. Ce n’est pas très juste vis à vis des autres pays de le citer car le pays est énorme donc culturellement plus riche mais nous devons quand même reconnaître que le pays fait plus d’effort pour mettre en avant son offre culturelle et ses sites historiques.

Pour la gastronomie

Le thème de la bouffe n’aura pas du tout été un coup de cœur en Amérique Centrale mais nous y avons été en connaissance de cause. C’est sec, c’est fade, ce sont des portions énormes et il y a des haricots rouges partout. Le Mexique possède une gastronomie meilleure mais elle est roborative et rarement adaptée au climat tropical. Nous avons quand même bien aimé la cuisine d’inspiration créole qu’on peut trouver sur la côte Caraïbes au Panama.

Pour le café

Toute l’Amérique Centrale cultive le café et franchement, il est vraiment bon partout. Un peu moins au Chiapas mais la région se rattrape amplement avec son délicieux chocolat. Il y a quand même deux pays qui sortent du lot, pas parce-que le café est meilleur, mais parce qu’il est mieux servi et mieux mis en valeur : ce sont le Guatemala et le Panama.

Pour les villes coloniales

Les villes coloniales sont toutes plus belles les unes que les autres et nous rappellent notre magnifique Andalousie. Nous sommes littéralement tombés amoureux de Campeche, une petite ville très colorée et fortifiée au bord du Golfe du Mexique sur la péninsule du Yucatan. Mais c’est une ville que nous avions déjà découverte lors de nos précédents voyages au Mexique. Spécifiquement pour ce voyage-ci, notre gros coup de cœur a été pour Antigua, l’ancienne capitale du Guatemala pour ses maisons colorées, son environnement volcanique et ses magnifiques petits cafés dans les patios des édifices coloniaux.

Pour les forêts

Ex-aequo entre le Costa Rica et le Panama. C’est d’ailleurs le même environnement. Nous déplorons juste qu’au Costa Rica la nature a été « disneylandisée » pour attirer des hordes de touristes américains.

Notre coup de cœur absolu

Le voyage dans son ensemble aura été un coup de cœur absolu! Pourtant, à chaque passage de frontière, nous passions dans un autre monde par rapport au pays précédent. Nous ne pouvons pas dire que les pays se ressemblent, ce n’est pas du tout le cas, mais il y a quand même une certaine continuité, un certain fil rouge entre eux. Comme le disent si bien les Indiens (ceux d’Inde, pas les autochtones américains) : « same same but different ». C’est exactement ce que nous ressentons par rapport aux différents états d’Amérique Centrale et chacun d’entre eux méritent amplement une visite.

Spoiler Alert!

Nous savons que, pour beaucoup d’entre vous, c’est votre paragraphe préféré. Malheureusement, nous allons vous laisser sur votre faim cette fois. Rassurez-vous, notre tête fourmille d’idées et de projets mais nous ne savons pas du tout comment nous allons les concrétiser. Nous sommes pour l’instant installés à Séville, notre ville préférée où Fab se tisse un réseau professionnel. Nous y restons donc pour une durée indéterminée. Nous allons évidemment profiter de vivre dans une région incroyable comme l’Andalousie pour aller y découvrir quelques trésors. Comme l’histoire de notre belle région est étroitement liée à celle d’Amérique Latine, nous allons sûrement trouver des références à notre voyage lors de nos futures visites.

Ainsi s’achève notre grand bilan sur l’Amérique Centrale. Nous espérons que vous avez eu autant de plaisir à le lire que nous en avons eu à faire ce beau voyage. Même si nous ne bougerons pas si loin dans un futur proche, nous continuerons tout de même à partager nos petites aventures andalouses avec vous!

Cáceres et Trujillo, les trésors médiévaux d’Estrémadure

Après avoir effectué une première découverte de la province de Badajoz, nous continuons notre périple dans la belle région d’Estrémadure et changeons de province pour arriver à Cáceres, la deuxième ville de la région qui est située en son centre géographique. Cáceres est accessible en train depuis Mérida ou Badajoz sur la ligne qui va à Madrid. La gare est un petit peu excentrée mais il y a une rambla bien ombragée qui la relie au centre-ville. Il faut compter environ quinze bonnes minutes de marche. Il y a des bus urbains mais nous ne les avons pas testés.

L’histoire de Cáceres est super riche! La ville serait habitée depuis la Préhistoire. Durant l’époque romaine, elle fut une des villes les plus importantes de Lusitanie jouissant d’une bonne position sur la via de la Plata, une route romaine reliant Mérida à Astorga (région de León) et qui existe encore aujourd’hui comme chemin de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle fut évidemment conquise par les Arabes lors de la période d’Al-Andalus avant d’être définitivement prise par le roi catholique Alphonse IX de Leon où elle devint une ville indépendante rendant des comptes directement au roi à Madrid. La ville fut dirigée par une confrérie de chevaliers agricoles qui bâtirent de nombreux édifices qui constituent encore aujourd’hui une bonne partie du centre historique. Aujourd’hui, Cáceres est le siège de l’université d’Estrémadure et ça se ressent dans l’ambiance jeune et dynamique de la ville. Elle possède également un des centres médiévaux et de la Renaissance les plus complets du monde qui est évidemment inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Nous avons effectivement été scotché devant tout ce patrimoine historique incroyable. Nous y avons trouvé beaucoup de similitudes avec la ville de Sienne, en Toscane, autre centre médiéval de ouf qu’il vous faut absolument visiter une fois dans votre vie!

Plaza Mayor

Quand on arrive au centre historique depuis la gare, on tombe directement sur la Plaza Mayor car elle se trouve en bas du bourg médiéval. Elle est d’ailleurs adossée aux vestiges des remparts dont quelques magnifiques tours sont encore debout aujourd’hui. Elle n’a pas une belle forme rectangulaire car elle a dû s’adapter à la forme du relief et de la muraille. Tiens, exactement comme à Sienne! Mais son emplacement ne doit rien au hasard! Elle a été construite exactement à équidistance des deux quartiers extra-muros de la ville au XIVe siècle afin de donner aux habitants un point de réunion pour la vie sociale et le commerce. Comme quoi la coutume espagnole de se rencontrer sur une place pour discuter et boire un verre ne date pas d’hier! Les bâtiments qui entourent la place sont assez hétéroclites et datent d’une période qui va d’Al-Andalus (dès le IXe siècle) au XVIe siècle. Aujourd’hui encore, elle reste la place principale de la ville et sert toujours au coeur de la vie sociale de Cáceres.

Plaza de las Veletas

C’est un peu l’anti Plaza Mayor puisque la Plaza de las Veletas se trouve à l’opposé géographique de celle-ci, c’est-à-dire sur la partie haute du centre historique. Malgré son architecture typique du Moyen-Age chrétien, la place se trouve à l’emplacement de l’alcazaba arabe mais a été remaniée avec l’arrivée des rois catholiques. Aujourd’hui on y trouve le musée historique de la province de Cáceres ainsi que l’ancienne mairie. La place est surtout connue pour servir de décor à divers films ou séries historiques. Etant donné que le XXIe siècle n’a pas eu l’air d’être arrivé par ici, nous comprenons aisément le choix de certains réalisateurs de faire de cet endroit leur studio de cinéma.

Plaza Santa Maria

C’est le cœur névralgique du centre historique et ce depuis des siècles puisqu’elle a été construite sur l’emplacement du forum romain. Elle est bordée de la cocathédrale Santa Maria de Cáceres, l’édifice religieux le plus important de la ville ainsi que le tout premier de culte catholique à avoir été bâti après la Reconquista au XIIIe siècle. Les autres bâtiments sont des palais ayant appartenu à la noblesse locale jusqu’au XVIIIe siècle. Géographiquement, elle se trouve à mi-chemin entre la Plaza de las Veletas et la Plaza Mayor et, avant la construction de cette dernière, c’était le cœur de la ville dite basse.

Nous avons eu un énorme coup de cœur pour Cáceres, c’est un des centres historiques médiévaux les mieux conservés que nous ayons visités. La partie monumentale est assez petite, assez compacte et se visite facilement en une demi-journée. Donc n’hésitez pas à y consacrer quelques heures si vous êtes dans le coin!

Trujillo

NB : A ne pas confondre avec la ville du même nom, au Pérou!

Lors de nos longues heures passées à dévorer divers magazines de voyage, il y a un nom qui ressort toujours sur les listes des plus beaux villages d’Espagne, c’est Trujillo. Comme il se situe en Estrémadure et que, heureux hasard, nous aussi, nous décidons d’aller y faire un petit détour dans le seul but, évidemment, de vérifier si l’info est juste! Trujillo ne se trouve sur aucune ligne de train, il faut donc prendre le bus depuis Cáceres. C’est facile, la station de bus est juste en face de la gare et le trajet prend une petit heure. A Trujillo, ça se corse, la station de bus se situe dans la plaine, quasi au milieu de nulle part et il n’y a pas de guichet. Pensez à prendre vos billets sur internet si vous ne voulez pas être embêtés pour repartir. Nous avons eu de la chance, les nuages se sont invités à la fête et nous n’avons pas dû monter au village en plein cagnard, comme c’est souvent le cas dans la région en cette saison. Après la chaleur sèche et à la limite du supportable à Badajoz, nous sommes contents de respirer et d’avoir un peu d’humidité pour soulager nos bronches. Certes, les photos sont un peu plus tristounettes du coup mais nous avons bien mieux profité de notre visite.

Trujillo se situe idéalement sur une petite colline culminant à 564 mètres d’altitude, ce qui explique en partie pourquoi nous avons bénéficié d’une météo un peu moins étouffante. Elle vit principalement de l’agriculture pratiquée dans la plaine alentour.

La fondation de la ville date de la préhistoire. Elle fut connue à l’époque romaine sous le nom Turgalium dépendant directement d’Augusta Emerita (Mérida) et connut un petit essor non négligeable en devenant la première étape de la voie reliant cette dernière à Caesaraugusta (Zaragoza). Ensuite, comme pratiquement partout en Espagne, arrivèrent les Wisigoths qui ne laissèrent que peu d’influence et cédèrent rapidement la place aux musulmans qui y construisirent la muraille encore visible aujourd’hui. La Reconquista fut un peu chaotique. La ville fut d’abord prise par les Portugais en 1165 avant d’être conquise par le Royaume de León en 1165 puis reconquise par les musulmans en 1173. Une Reconquista catholique eut lieu en 1186 où Trujillo devint sujet du Royaume de Castille avant d’être, encore une fois, reprise par les Arabes en 1196. Ce sont les forces militaires de l’évêque de Plasencia (ville située à l’extrême nord de l’actuelle Extrémadure) qui reconquirent définitivement la ville pour le compte de Ferdinand III, roi de León et de Castille. Le XVe siècle est l’époque de la découverte de l’Amérique et Trujillo vit naître trois grands conquistadors : Francisco Pizarro et Diego Garcia de Paredes qui découvrirent le Pérou ainsi que Francisco de Orellana qui découvrit, lui, l’Amazone. A cette époque, Trujillo est une capitale de province prospère. Mais cet âge d’or prit fin au XIXe siècle quand les troupes napoléoniennes envahirent la région laissant la ville à genou. C’est également à cette époque qu’eurent lieu les guerres d’indépendance en Amérique Latine qui portèrent un coup fatal à l’économie espagnole. Trujillo ne se releva jamais de ces affronts et perdit son statut de capitale de province au profit de Cáceres. Heureusement, il lui reste un patrimoine historique, principalement médiéval, magnifiquement restauré qui attire aujourd’hui un peu de tourisme.

Plaza Mayor

A l’instar de Cáceres, la Plaza Mayor est le premier lieu qu’on découvre en arrivant dans le centre historique puisqu’elle se situe dans la ville basse au pied des remparts. A l’origine, c’était une simple place de marché avant qu’on y construisit des palais ou autres demeures seigneuriales à partir du XVe siècle. Ce sont ces édifices qui bordent encore la place aujourd’hui avec l’église de Santa Maria la Mayor qui, elle, date déjà du XIIIe siècle et ça se voit par son architecture romane, moins élaborée que le reste des bâtiments de la place. La superbe statue équestre en bronze qui trône fièrement sur la place est celle de Francisco Pizarro, le mec qui découvrit le Pérou. L’histoire de cette statue est assez originale. Déjà, elle est l’œuvre d’un sculpteur américain du début du XXe siècle appelé Charles Cary Rumsey. Ensuite, elle a été sculptée à Paris, ville qui n’a absolument rien à voir avec le conquistador, pour une exposition au Grand Palais en 1927. C’est seulement deux ans plus tard que la statue fut transférée à Trujillo, ville natale de Pizarro. Fun fact : cet œuvre a deux autres sœurs jumelles : une à Lima, ville où est mort Pizarro et… Buffalo, dans l’état de New York! Oui ça n’a rien à voir mais c’est la ville de naissance du sculpteur, il a sûrement pensé que sa ville natale méritait une statue. Quoi qu’il en soit, la place est super belle et elle possède même quelques terrasses sympas où piquer quelques tapas le soir.

Les remparts

Trujillo peut se targuer de posséder encore une bonne partie de ses murailles et autres bâtiments défensifs comme des tours. Elle possède encore quatre portes d’accès sur les sept d’origine. Tout le système défensif date de l’époque arabe, dès le IXe siècle mais ce que nous voyons aujourd’hui date des XVe et XVIe siècles quand les rois de Castille firent renforcer les remparts. On peut y faire le tour à l’extérieur. C’est vraiment sympa, bien conservé, et on a une jolie vue sur la huerta au pied de la colline ainsi que sur les premières montagnes du parc national de Monfragüe, immense réserve naturelle et sanctuaire animal protégé par l’UNESCO que nous n’avons, malheureusement, pas le temps de visiter.

La vue sur les alentours

Le château

Nous voilà au point culminant de Trujillo sur un lieu appelé Cabeza del Zorro (tête du renard). Nous n’avons pas trouvé le pourquoi du comment de ce nom de lieu et, franchement, nous n’en avons aucune idée car rien dans l’environnement ne nous fait penser à un renard même si nous soupçonnons ces petites bébêtes adorables (oui, nous on les trouve adorables!) de peupler la région. Le château, comme le reste de la forteresse, date des IXe et Xe siècles, en pleine période musulmane. De cette époque, il ne reste que quelques portes en forme typique de serrure. Sinon, tout a été remanié au XVe siècle avec le reste du système défensif. Il est vraiment trop stylé ce château dans le plus pur style médiéval. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à le trouver cool puisque quelques scènes de la série Games of Thrones y ont été tournées.

Depuis le parvis du château, il y a une superbe vue sur le centre historique et la Plaza Mayor et on peut déjà se faire une belle idée de comment était la ville au Moyen-Age.

Nous confirmons, Trujillo mérite amplement sa place sur la liste des plus beaux villages d’Espagne! Nous avons été conquis par son magnifique centre médiéval et par son château sorti tout droit des films de cape et d’épée. Bien que la ville soit plus petite que Cáceres, son centre historique est plus étoffé et un peu plus étendu. Il faut compter une bonne journée de visite mais nous vous promettons que ce n’est pas du temps perdu!

Nous avons eu un énorme coup de cœur pour ces deux villes médiévales. Ca nous a changé un peu du baroque de l’architecture coloniale d’Amérique latine que nous retrouverons également sous peu en Andalousie. Bien que l’histoire et l’architecture soient similaires dans les deux villes, nous vous conseillons quand même de vous y arrêter aux deux. Chacune a une âme et une ambiance différentes. Nous sommes d’ailleurs incapables de vous dire laquelle nous avons préférée.

Voilà, notre première découverte de l’Estrémadure s’arrête là. Evidemment, la région mériterait une exploration bien plus approfondie que les quelques petits jours que nous lui avons consacrés mais nous sommes attendus de pied ferme par la famille de Fab à Valence. Mais puisque nous allons reprendre très bientôt nos quartiers à Séville, (#spoiler) nous aurons probablement l’occasion d’y revenir. C’est en tout cas ce que nous avons mis sur notre longue liste à idées!

Badajoz, la plus grande alcazaba d’Europe

Lors de notre retour d’Amérique Centrale, nous avons atterri à Lisbonne, au Portugal. Nous avions rendez-vous une semaine plus tard à Sagunto avec la famille de Fab. Nous avions donc quelques jours devant nous pour rejoindre la côte valencienne. En étudiant la carte, une de nos activités préférées, nous nous sommes aperçus que notre route allait passer par l’Estrémadure, une région que Van voulait découvrir depuis longtemps. Nous avons donc profité de l’opportunité pour nous y arrêter quelques jours.

Mais c’est quoi l’Estrémadure?

L’Estrémadure est une des dix-sept communautés autonomes d’Espagne au même titre que l’Andalousie ou la Catalogne. Elle est située au centre-ouest du pays et est littéralement coincée entre les deux Castilles, l’Andalousie et le Portugal. Culturellement, c’est un peu un mélange des trois. C’est une région assez pauvre, souvent oubliée de Madrid et principalement tournée sur l’agriculture. C’est d’ailleurs d’Estrémadure que vient le fameux « pimienton de la vera », le paprika espagnol bien meilleur que son homologue hongrois! (#zéro objectivité!) Elle est également en dehors des gros circuits touristiques du pays mais possède tout de même quelques sites dignes d’intérêt. En six jours, nous n’avons pas du tout eu le temps de tout voir, loin de là, mais nous avons déjà pu nous en faire une petite idée en visitant quelques coins.

Mérida

Mérida est une petite ville sans prétention pourtant, elle a le statut de capitale d’Extrémadure. La raison est sûrement historique car Augusta Emerita, le nom romain de Mérida, était la capitale de la province romaine de Lusitanie qui comprenait l’actuel Portugal du Douro jusqu’à l’Algarve, l’actuelle Estrémadure ainsi que l’actuelle province de Salamanca. De cette époque fastueuse, nous restent de superbes vestiges dont le superbe amphithéâtre romain, un des plus grands d’Espagne. Il y a plusieurs sites archéologiques romains à visiter dans la ville, tous inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais nous n’avons pas été les visiter pour des raisons de timing et de météo. La température est montée à 42 degrés et les sites sont très exposés au soleil. Nous avons préféré partir visiter Badajoz, où nous pouvons plus facilement trouver de l’ombre et des terrasses pour nous désaltérer qu’au milieu d’un théâtre romain. L’autre raison de notre choix est que Mérida est plus accessible que Badajoz si nous voulons y revenir depuis un autre coin d’Espagne.

Nous avons quand même pu apercevoir quelques ruines dans la ville comme le superbe Acueducto de los Milagros, un aqueduc à doubles arches datant du IIIe siècle et long de cinq kilomètres ainsi que le Temple de Diana, la déesse de la chasse et protectrice de la nature, qui date, lui, du Ier siècle de notre ère.

Edit 2026 : nous avons fini par aller visiter les sites archéologiques de Mérida et nous vous racontons tout dans cet article!

Badajoz

Badajoz se trouve aux confins de l’Espagne, à la frontière portugaise à peu près à la hauteur de Lisbonne. Pourtant à part quelques azulejos et quelques mosaïques blanches et noires au sol, l’influence du voisin de l’ouest ne se fait pas trop sentir. Nous sommes bien en terres espagnoles! Badajoz est la plus grande ville d’Estrémadure et le centre économique. C’est également la capitale de la province du même nom à laquelle appartient également Mérida. Malgré son emplacement en cul-de-sac, Badajoz dégage un certain dynamisme et n’a pas du tout cette ambiance de bout du monde qu’on peut trouver dans beaucoup de villes frontière.

Pour accéder au centre ville depuis la gare, c’est facile. C’est tout droit jusqu’au Rio Guadiana, la rivière qui depuis Badajoz fait un coude en direction du sud et qui constitue la frontière hispano-portugaise jusqu’à l’océan Atlantique. Pour traverser la rivière il faut traverser le Puente de las Palmas, le seul pont ancien de la ville qui date de la fin du XVe siècle. Sur l’autre rive, vous serez accueillis par la monumentale Puerta de la Palmas, une porte du XVIe siècle, un des vestiges des remparts qui ceinturaient la ville à l’époque. Aujourd’hui, elle a été rétrogradée en simple rond-point. Eh oui, la vie de porte médiévale au XXIe siècle est parfois ingrate.

Plaza de España

C’est la place centrale de la ville où convergent toutes les ruelles de la ville haute, le centre historique, vers la ville basse plus moderne. La place possède d’ailleurs quelques bâtiments modernistes ainsi que l’hôtel de ville un peu plus baroque. L’ambiance est typiquement castillane sur cette place. L’édifice le plus emblématique est la cathédrale San Juan Bautista construite en 1230 juste après la Reconquista. Elle possède d’ailleurs le style architectural typique de la Renaissance espagnole impulsée par les Rois Catholiques.

L’Alcazaba

Eh oui, les Arabes ne se sont pas contentés de l’Andalousie! Ils sont venu conquérir une partie de l’Estrémadure dont Badajoz où ils sont venus construire la plus grande alcazaba (un château fortifié datant de l’époque musulmane) d’Europe. En effet, elle s’étend sur plus de huit hectares! La muraille l’entourant mesure plus de cinq kilomètres et reste encore aujourd’hui, la plus grande d’Espagne! La construction date du XIIe siècle mais le site était déjà occupé auparavant par les Visigoths dont on peut encore apercevoir quelques ruines à l’intérieur de l’enceinte. A part quelques portes en forme de serrure typiquement islamiques, il ne reste pas grand chose de cette époque. La forteresse a fortement été remaniée par les rois catholiques après la Reconquista, elle a d’ailleurs toutes les caractéristiques d’un château fort médiéval.

Au XVIIe siècle, le Portugal retrouve son indépendance vis-à-vis de l’Espagne, Badajoz devint donc une frontière et une ville qu’il fallait protéger de « l’ennemi portugais ». Voilà pourquoi l’alcazaba a été renforcée et ragrandie à cette époque.

Fun fact : juste au sud de Badajoz, se trouve la petite localité d’Olivenza ainsi que sa voisine Taliga qui appartiennent à l’Espagne mais qui sont revendiquées par le Portugal. Ce sont des territoires gagnés par l’Espagne suite à la Guerre des Oranges en 1801, guerre entamée suite au refus des Portugais de s’aligner sur Napoléon pour un blocus contre l’Angleterre. Cette reprise de territoire a initié un gros différend diplomatique qui n’a toujours pas été réglé en plus de deux siècles. Aujourd’hui, les deux gouvernements respectifs ont d’autres chats à fouetter que de se disputer deux bleds même pas stratégiques et les relations entre les deux pays sont très bonnes. Mais officiellement, il y a toujours un territoire controversé au milieu de la péninsule ibérique et c’est assez fou quand on y pense!

Il vaut la peine d’effectuer la promenade sur les remparts et en plus, c’est gratuit! Il faut juste éviter d’y aller en été en plein cagnard car il n’y a pas un coin d’ombre, sauf dans la partie jardin qui, sans être digne de Versailles, est très jolie.

La Plaza Alta

Située au pied de l’alcazaba, on l’appelle tout simplement « La Plaza » car malgré l’agrandissement de la ville et la construction de la Plaza de España dans la ville basse, elle reste dans le cœur des habitants LA place principale de la ville. Il est vrai que tous les magazines de voyages la classent parmi les places les plus impressionnantes d’Espagne et nous ne pouvons que leur donner raison! Elle est super belle surtout les façades rouges et blanches qui en dominent le côté nord. Au Moyen-Age, c’était tout simplement la place du marché avant de devenir un campus universitaire à la Renaissance. Aujourd’hui, on y célèbre les fêtes patronales.

Cette première découverte de l’Estrémadure fut une très bonne surprise. Malgré sa position de carrefour culturel, la région possède sa propre culture, son propre caractère et sa propre âme. Dommage qu’en tant que parent pauvre de l’Espagne elle soit mal desservie par les transports publics et paraît inaccessible malgré une bonne position géographique entre Madrid et Séville. Mais vous nous connaissez, nous allons bien trouver un moyen de nous adapter afin d’aller découvrir d’autres petits trésors de ce coin un peu méconnu.