Zafra, la plus andalouse des villes d’Estrémadure.

Lors de notre retour d‘Amérique Centrale, nous nous sommes arrêtés quelques jours en Estrémadure, petite région un peu oubliée d’Espagne, pour laquelle nous avons eu un véritable coup de cœur! Le printemps arrivant apportant avec lui l’envie de sortir de notre hibernation pour aller découvrir le monde, nous nous sommes dit que nous pourrions y retourner faire un tour surtout que depuis Séville, le sud de la région n’est pas si loin.

Zafra

N’ayant pas beaucoup de temps à disposition, nous avons choisi Zafra pour sa proximité avec Séville et sa facilité d’accès. En effet, la petite ville se situe à 135 kilomètres au nord de la capitale andalouse et se rejoint facilement avec le bus de Mérida. Il faut compter une heure et demie de trajet environ. Zafra est communément surnommée la « Pequeña Sevilla » (petite Séville) parce que son centre historique rappellerait notre belle andalouse. Mérite-t-elle-vraiment ce surnom? C’est ce que nous allons découvrir dans cet article.

Centre historique

L’histoire de Zafra ne diffère pas beaucoup du reste du sud-ouest de la péninsule ibérique. La ville a été fondée par les Romains et faisait partie de la Bética, province romaine correspondant grosso modo à l’actuelle Andalousie. Pendant la période arabe, elle était pile sur la frontière qui séparait les taïfas de Séville à celle de Badajoz. Voilà pourquoi elle est encore tiraillée entre les deux cultures aujourd’hui! Elle a été reconquise par les rois catholiques en 1241 avec le reste de l’Estrémadure à laquelle elle a été rattachée. Zafra a été très active dans la conquête du Nouveau Monde et y a envoyé plusieurs de ses habitants notamment à la conquête de l’Amazonie et du Yucatán.

Aujourd’hui Zafra est une petite ville tranquille qui profite toute de même de sa situation privilégiée entre les deux capitales régionales. Le centre historique est plutôt assez pittoresque pour sa taille très modeste. Les petites ruelles sont super mignonnes bordées de maisons blanchies à la chaux que ne renierait pas n’importe quelle village blanc andalou.

Arco de Jerez

C’est la seule porte d’entrée qui nous reste de l’ancienne muraille de la ville. Les fortifications datent de 1030 en pleine période almohade mais cette porte a totalement été remaniée en 1426 par les rois catholiques. Ils y ont notamment ajouté un clocher de style Renaissance et à l’intérieur, ils y ont construit une petite chapelle dédiée à Notre Dame de la Charité. Le nom Jerez n’a rien à voir avec la belle andalouse Jerez de la Frontera mais avec une autre ville, Jerez de los Caballeros située à l’ouest de Zafra, point cardinal où se situe cette porte.

Plaza Chica

Son nom signifie « petite place » et c’est vrai qu’elle n’est pas bien grande. Pourtant, elle ne manque pas de charme avec ses colonnes en marbre et ses arcades. C’est la plus ancienne place de Zafra et date de l’époque romaine. Elle était utilisée par les commerçants, locaux et itinérants, comme place du marché. En plus de cafés et bars à tapas super cool, la place est bordée aujourd’hui de la mairie et du palais de justice.

Plaza Grande

On l’appelle Plaza Grande par analogie à la Plaza Chica. Elle a été construite au XVIe siècle à la place de l’ancienne cathédrale et de l’ancien cimetière de la ville. Certains portiques bordant la place dateraient d’un siècle plus tôt. La place est séparée en deux : une partie très épurée où peuvent se garer quelques voitures et une deuxième partie, un peu surélevée, où on y a mis des palmiers, des fontaines, des bancs ainsi que des terrasses où il fait bon traîner pendant les chaudes soirées d’été.

Les deux places sont contigües et reliées entre elles par l’Arquillo del Pan (arche du pain) appelé ainsi parce que c’est là que les boulangers installaient leur étal les jours de marché.

Iglesia de la Candelaria

Impossible de louper ce mastodonte gothique qui domine Zafra surtout avec son clocher de couleur rouge sang! L’édifice a été construit dans les années 1540 et remplace une plus ancienne qui a été détruite lors de la construction de la Plaza Grande. La cathédrale est dédiée à la Candelaria (oui, la chandeleur, comme pour les crêpes!) connue pour être la patronne des Canaries. Malheureusement, comme c’est souvent le cas dans les centres historiques espagnols, l’église est coincée entre les petites ruelles médiévales et nous avons de la peine à nous faire une idée de sa grandeur, respectivement d’avoir un cadrage correct pour les photos. Sorry!

Palacio de los Duques de Feria

La construction de ce palais date d’après la Reconquista (1437 environ) et a été ordonnée par les ducs de Feria, une famille seigneuriale locale. Non, là le nom Feria n’a rien a voir avec les fêtes traditionnelles du sud de l’Espagne mais avec la ville de Feria située non loin de Zafra. C’est un château assez typique de l’époque médiévale, d’architecture gothique avec quelques touches Renaissance. Aujourd’hui, il abrite un parador, c’est à dire un hôtel de charme située dans un bâtiment historique.

Vous avez peut-être remarqué sur nos photos que certains balcons étaient ornés de tapisseries brodées. Ce sont tout simplement les décorations de la Semana Santa (semaine sainte, avant Pâques) qui est très importante pour la ville de Zafra même si elle n’atteint pas des sommets comme celle de Séville!

NB : Si vous voulez voir à quoi ressemble les processions de la Semana Santa, rendez-vous sur notre page Instagram @vanfab_in_sevilla. Il y a des stories à la une de quelques-unes d’entre elles à Séville. Malheureusement, toutes n’ont pas pu avoir lieu à cause des fortes pluies qui nous ont arrosés cette semaine là.

Pierres sacrées

A première vue, ce ne sont que quelques pierres perdues dans la végétation printanière de ce mois de mars. Pourtant, elles étaient le lieu de rites sacrés dans la Préhistoire notamment pour des fêtes de la fécondité. Ces quelques pierres sont juste une petite part de tous les sites sacrés et autres dolmens qu’on peut rencontrer en Estrémadure. Voilà encore de quoi rallonger notre liste à idée déjà bien longue! Aujourd’hui on y célèbre encore les solstices d’été.

Les pierres se trouvent à un petit kilomètre à l’ouest du centre historique. Le chemin est facile mais le site n’est pas indiqué, sûrement pour limiter l’afflux touristique. Les pierres sont encore aujourd’hui considérées comme sacrées. Mais n’importe quelle application Maps vous aidera à les trouver.

Embalse de Zafra

Puisque nous étions déjà en route pour aller voir les pierres sacrées, autant pousser le vice plus loin! Nous nous promenons dans les superbes paysages de la Sierra de Castellar qui est en fait le prolongement de la Sierra de Aracena au nord de Huelva. Le printemps est vraiment la meilleure saison pour les balades car la végétation est verdoyante et les montagnes sont couvertes de magnifiques tapis de fleurs multicolores. Malheureusement, le ciel est un peu voilé car nous avons droit à un épisode de calima, le sable du Sahara en suspension dans l’air, qui est un phénomène assez courant en cette saison.

L’embalse de Zafra est un lac de retenue de trente-huit kilomètres carré construit en 1975 sur la rivière Alconera afin d’alimenter la ville de Zafra en eau douce. L’Estrémadure, qui subit plus les influences de l’océan Atlantique que l’Andalousie, est plus pluvieuse que sa voisine du sud et les niveaux d’eau ne sont pas encore trop bas même si ce n’est pas encore optimal pour ne pas se soucier de la sècheresse qui guette. Nous avons juste trouvé les paysages incroyables et avons trouvé le coin idéal pour un pique-nique avec vue sur le lac.

Nous avons bien aimé cette petite excursion à Zafra. Ça nous a sorti un peu de notre grande ville tout en nous permettant quand même de faire quelques découvertes culturelles.

Alors, Zafra mérite-t-elle son surnom de Pequeña Sevilla?

En tant que Sévillans, nous aurions tendance à dire non. Nous voyons plus les différences que les similitudes. Mais objectivement, il y a quelques points communs : la Semana Santa, les façades blanches et jaunes, la douceur de vivre et l’histoire. Par contre, la gastronomie, les places bordées d’arcades, le château totalement médiéval chrétien et la cathédrale gothique sont plutôt tournés vers l’Estrémadure. En gros, Zafra a pris des influences d’un peu partout et tient très bien son rôle de trait d’union entre l’Andalousie et sa voisine du nord.

L’Estrémadure reste notre deuxième région préférée d’Espagne. Elle ne détrône pas notre Andalousie chérie mais possède un charme unique auquel nous avons succombé encore une fois. Les beaux jours arrivant, nous allons sûrement en profiter pour venir y découvrir encore d’autres trésors.

Les trésors historiques peu connus de la province de Córdoba

Quand on voyage à travers l’Andalousie, un des gros highlights est, à juste titre, la ville de Córdoba avec sa mezquita, son pont romain et son magnifique centre historique. Malheureusement, on a tendance à oublier que toute la province, à l’instar de l’Andalousie toute entière, regorge de trésors qu’il vaut la peine d’aller découvrir. Nous avons été voir deux d’entre eux situés à quelques encablures du centre-ville.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous allons juste faire une petite mise en garde météorologique! Toute la région de Córdoba est surnommée « la olla de España », c’est-à-dire la casserole de l’Espagne. Et ce n’est pas usurpé! En été, il fait des chaleurs torrides, l’air est très sec, le soleil brûle et les températures atteignent souvent les 45 degrés. Ce n’est pas du tout idéal pour les activités que nous allons vous proposer ci-dessous! Nous y avons été début février et avons eu la chance d’avoir des journées quasi printanières mais les meilleures périodes restent quand même le printemps ou l’automne.

Almodovar del Rio

Si vous êtes dans le train entre Sevilla et Córdoba, vous remarquerez à une vingtaine de kilomètres avant d’arriver à Cordoue, sur la gauche dans le sens de marche, un magnifique château sur un énorme promontoire rocheux. C’est le château d’Almodovar del Rio qui surplombe le village du même nom. Bien que la ligne de chemin de fer passe littéralement sous le château, il ne s’y arrête pas. Il faut prendre le bus depuis Córdoba pour accéder au lieu. Le village en lui même n’a rien de ouf. Il est blanc comme n’importe quel village andalou mais sans rien de pittoresque. Il est un peu endormi au milieu de la campagne mais les habitants sont habitués et ravis d’accueillir les touristes venant visiter le château, surtout en hiver où tout est très calme.

Le château

Vous vous doutez sûrement que si nous sommes venus jusqu’ici, c’est pour effectuer la grimpette jusqu’au château! Il faut compter un bon quart d’heure de marche depuis l’arrêt de bus. Certes, ça grimpe un peu mais c’est en pente douce et tout est goudronné, il n’y a rien de difficile. La visite du château en elle-même est plus difficile avec toutes les marches qu’il y a à monter et à descendre mais ça vaut le coup! Le prix d’entrée est de 10 euros.

L’histoire du château est assez similaire à celle du reste de l’Andalousie. Sur le promontoire rocheux qu’on appelle « El Redondo », c’est-à-dire le rond à cause de sa forme circulaire, il y avait déjà un oppidum fortifié du temps des Ibères et des Tartessos, des civilisations antiques du sud de la péninsule ibérique. Le lieu devint vite prospère grâce à la culture des céréales, de l’élaboration de l’huile d’olive et de l’exploitation des mines d’argent. Les Omeyyades (les fondateurs musulmans d’Al-Andalus, l’Andalousie musulmane, originaires de Damas) développèrent encore plus la région depuis l’an 740 même si plusieurs guéguerres internes firent passer Al Mudawar (le nom arabe d’Almodovar à l’époque) du califat de Cordoue à la taïfa de Carmona avant de la faire passer sous contrôle de la cour almohade de Séville.

En 1240, en pleine Reconquista, le château passa sous contrôle du Royaume de Castille et fut la propriété de divers comtes, seigneurs ou marquis locaux avant d’être peu à peu abandonné. En 1901, le propriétaire de l’époque décida de le restaurer avec l’aide d’un architecte local. Malheureusement, ni l’un ni l’autre n’eurent la possibilité de voir l’œuvre achevée pour cause de décès. Mais les travaux continuèrent à titre posthume jusqu’en 1936, date de l’éclatement de la Guerre Civile. Aujourd’hui, le château appartient à un marquis local mais est mis à la disposition de la municipalité pour permettre les visites à des touristes lambdas comme nous, certains tournages de films ou encore l’organisation de joutes médiévales.

Il faut compter une bonne grosse demi-journée de visite pour pouvoir profiter pleinement du château. Il est possible de monter sur toutes les tours et la promenade sur les remparts prend du temps. Nous n’avons pas compté les marches que nous avons montées respectivement descendues mais il y en avait beaucoup! Les salles intérieures sont très intéressantes et contiennent quelques objets archéologiques de différentes époques trouvés sur le site. Nous sommes bien évidemment descendus dans les cachots où Van a même essayé d’y oublier Fab mais celui-ci, malin, a réussi à s’échapper!

Avec une grimpette pareille et la promenade sur les remparts, vous imaginez bien la vue que nous avons pu avoir! En effet, il y a un superbe panorama sur la plaine agricole, le village d’Almodovar del Rio et les montagnes de la Sierra Morena. Le promontoire sur lequel se dresse le château se trouve dans un méandre du Rio Guadalquivir, oui le même qui traverse Córdoba, Séville et qui va se jeter dans l’Atlantique à Sanlúcar de Barrameda. Mais malgré cette météo splendide, nous sommes quand même en hiver et le fleuve se drape d’un magnifique nuage de brume.

Si vous êtes fans de châteaux et de tout ce qui touche au Moyen-Age, Almodovar del Rio peut être un but de visite vraiment sympa. Si en voyant nos photos, vous avez eu l’impression de reconnaître un lieu familier, c’est normal surtout si vous avez suivi assidument la série Game of Thrones. En effet, une partie de la septième saison y a été tournée et le château a donné vie au décor de Highgarden, le siège de la maison des Tyrell.

Madinat az-Zahra

Madinat az-Zahra se situe encore plus près de Córdoba qu’Almodovar del Rio. Le site ne se situe qu’à huit petits kilomètres du centre ville. Il y a deux moyens de s’y rendre par les transports publics. Il y a un bus spécial pour le site qui part devant l’Alcazar et qui coûte neuf euros l’aller-retour. Pour les horaires et les billets, il faut se rendre à l’office du tourisme qui se trouve devant la Mezquita. Nous avons choisi l’option plus locale et plus économique avec le bus urbain qui part de la Avenida de America. Chaque trajet nous a coûté quarante centimes mais nous sommes titulaires de la carte des transports d’Andalousie. Mais même sans la carte, ça reste très avantageux.

Le bus touristique vous déposera dans le parking du centre des visiteurs tandis que le bus urbain vous déposera quelques centaines de mètres plus bas sur la grande route à l’intersection de la petite route de campagne qui mène au site. Il vaut la peine de s’arrêter au centre des visiteurs où les explications sur l’histoire de Madinat az-Zahra sont très intéressantes. Le site archéologique en lui-même se situe à deux kilomètres de là juste au pied de la Sierra Morena. Des bus font la navette pour trois euros l’aller-retour mais il est tout à fait possible de s’y rendre à pieds. Quant à l’entrée du site, elle est gratuite si vous êtes citoyens de l’Union Européenne. Elle vous coûtera 1,50€ le cas échéant.

La particularité de Madinat az-Zahra est que son histoire est à cent pour cent arabe. Elle n’existait pas avant l’arrivée des Omeyyades et a été abandonnée avant la Reconquista. La construction de la ville date des années 936-940. Mais l’histoire commence presque deux siècles plus tôt à plus de cinq mille kilomètres plus à l’est. A Damas, les Omeyyades se font vaincre par les Abassides qui prirent le contrôle de tout l’empire musulman depuis leur nouvelle capitale Bagdad. Suite à cela, le sultan Abderraman Ier, un Omeyyade, proclama l’indépendance de l’émirat de Cordoue faisant de sa capitale la ville la plus prospère et la plus avancée d’Europe à l’époque. Au même moment à Ifriqiya (la Tunisie et le nord-ouest de la Lybie), les Fatimides, grands ennemis des Omeyyades d’Andalousie, fondèrent leur propre califat tout aussi prospère. Afin de montrer leur supériorité, les califes de Córdoba décidèrent de fonder une nouvelle ville avec des palais, des jardins, une grande mosquée et des bains. Voilà comment est née Madinat az-Zahra.

Ce projet a tellement bien fonctionné et la ville devint si prospère qu’elle commença a faire de l’ombre à sa grande sœur Córdoba. Tous ces petits conflits interne mena à une terrible guerre civile entre 1010 et 1013 avec comme conséquence la dislocation de l’émirat de Cordoue en petites taïfas régionales ainsi que la destruction de la ville de Madinat az-Zahra. Le site a été laissé à l’abandon jusqu’en 1911 où on y commença une campagne de fouilles archéologiques. Depuis 2018, le complexe archéologique est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le grand portique

On accède au site par le nord mais la vraie porte d’entrée de la ville se trouve à l’est avec ce grand portique qui donnait accès à l’alcazar. A la base, il y avait quinze arches sur deux niveaux qui s’élevaient à près de dix mètres de haut. Aujourd’hui, il n’en reste plus que quatre et le deuxième étage à complètement disparu mais nous pouvons déjà imaginer la grandeur de l’édifice! Le but de Madinat az-Zahra était d’en mettre plein la vue et il semblerait que l’objectif ait été atteint avant même de franchir l’entrée de la ville!

La maison de Yafar

Vu que la ville a été détruite, le site n’est pas dans un très bon état de conservation et il est rare d’y voir des façades encore debout. Il y a une exception avec la maison de Yafar et ses superbes arches mauresques même si on doit, en partie, sa beauté à une minutieuse restauration dans les années 2000. La maison appartenait à Yafar al-Siqlabi, d’où son nom, qui était premier ministre de la ville. Elle possédait trois patios, un espace officiel et un espace privé avec plusieurs chambres et salles de bains ainsi que des espaces pour les domestiques. C’était le plus grand édifice d’habitation de la ville même si aujourd’hui, il est difficile de s’en faire une idée de la grandeur avec juste ce tas de ruines qui reste.

Ce n’est évidemment pas la seule maison de Madinat az-Zahra mais c’est la plus reconnaissable de toutes avec sa façades. Les autres sont soit dans un état déplorable ou soit inaccessibles pour cause de danger, de travaux de restaurations ou de fouilles archéologiques.

La basilique supérieure

Eh non, ce n’est PAS une basilique malgré son nom. On l’appelle ainsi parce qu’elle a été construite en croix, comme une basilique et parce que les archéologues n’ont pas encore trouvé quelle était la fonction exacte de cet édifice. Pour l’instant, les théories penchent pour une fonction plutôt militaire ou alors pour un palais de vizirs. Quoi qu’il en soit, c’est le bâtiment le plus beau et le mieux conservé de tout le site. Il surplombe le reste de la ville en étant presque accroché aux premières pentes de la Sierra Morena. Mention spéciale pour les superbes arches typiquement mudéjars qui se tiennent encore fièrement debout après toutes ces années.

Madinat az-Zahra est une visite qu’il vaut la peine de faire depuis Córdoba et c’est, à notre connaissance, le seul site uniquement d’influence arabe de toute l’Europe. Evidemment, si notre affirmation est fausse et que nous trouvons un autre endroit de ce genre, nous nous empresserons d’aller le découvrir!

Si vous aimez randonner, la Sierra Morena est très accessible est propose plusieurs itinéraires de balades. Nous y avons été dégourdir nos gambettes mais nous retournerons explorer tout ça ultérieurement.

Evidemment, la province de Córdoba ne s’arrête pas à sa capitale et aux deux sites que nous venons de vous faire découvrir mais c’est déjà une belle première approche. En ce qui nous concerne, nous avons été conquis et ça nous donne une belle alternative aux provinces plus touristiques tournées vers la mer comme Cádiz ou Málaga.

Santiponce et la cité romaine d’Italica

La première fois que nous avons entendu parler de Santiponce et du site archéologique d’Italica, c’était en 2020 lors de notre petit trip en Andalousie en pleine période de Covid-19. Nous avions pris un Bla-Bla Car entre Málaga et Séville et notre conductrice, en bonne andalouse fière de sa terre natale, nous avait conseillé de nous y rendre. Conseil que nous avons évidemment suivi surtout que le village se trouve dans la banlieue proche de Séville et qu’il est super facile de s’y rendre en bus local depuis la station de Plaza de Armas.

Depuis notre installation à Séville, il nous arrive parfois encore de nous y rendre de temps en temps pour profiter des ruines romaines et d’un peu de calme sans trop nous éloigner de la ville.

Santiponce est un petit village typique andalou un peu endormi avec ses maisons blanchies à la chaux. Il est entouré de champs d’orangers, d’oliviers et de tournesols et il y règne un calme absolu. Difficile à croire que le cœur de la trépidante Séville n’est distante que de sept petits kilomètres!

Monastère San Isidoro del Campo

La première chose que nous apercevons en arrivant à Santiponce par la route, c’est le monastère de San Isidoro del Campo qui domine le village. Ici, contrairement à beaucoup d’endroits en Andalousie, pas de trace d’art mudéjar en vue. L’architecture est plutôt gothique et les peintures nous proviennent à cent pour cent de la Renaissance. Le monastère a été fondé au début du XIVe siècle par Alonzo Pérez de Guzman, un seigneur de Medina Sidonia dont la famille est également la fondatrice du comté de Niebla près de Huelva. Il servait de mausolée familial. Au XVe siècle, il a été cédé aux cisterciens, des moines qui observent une discipline ascétique et très stricte de la religion. Ils occupent encore le site aujourd’hui faisant du site le monastère cistercien le plus méridional du monde.

Ayant visité le monastère en pleine crise du Covid, nous y avons trouvé un calme absolu! Nous avons été impressionnés par le décorum et par les magnifiques peintures qui ornent les murs et les plafonds.

Italica

Pour se rendre a Italica il suffit de prendre le bus pour Santiponce qui continue jusqu’au site archéologique. Impossible de se tromper, l’arrêt de bus se trouve devant l’entrée! Pour les citoyens de l’Union Européenne, l’entrée est gratuite sinon, le prix d’entrée est de 1,50€.

Le site est à découvert, nous vous déconseillons fortement de vous y rendre pendant les grosses chaleurs de l’été. A notre avis, il est idéal de visiter Italica pendant les belles journées ensoleillées d’hiver. Il y a peu de monde, la végétation est bien verte et la lumière est très belle.

Italica n’est PAS la ville romaine de Séville. Cette dernière existait déjà à l’époque romaine et même depuis l’ère des Phéniciens sous le nom d’Hispalis.

Italica a été fondée en 206 avant notre ère sur un site déjà occupé par une civilisation locale appelée Tartessos. C’était la première cité romaine fondée en Hispanie (la péninsule ibérique) et hors de l’actuelle Italie. La ville atteignit son apogée dans les deux premiers siècles de notre ère sous les règnes de Trajan et d’Hadrien car les deux empereurs étaient natifs d’Italica et furent particulièrement bien disposés envers leur ville natale. Après la chute de l’empire romain, les Visigoths s’y installèrent puis plus tard les Arabes qui rebaptisèrent la ville Taliqa avant de l’abandonner à son triste sort au XIIe siècle lors de leur défaite face aux rois catholique pendant la Reconquista.

Le site archéologique en lui-même n’est pas le plus pittoresque au monde mais il est quand même intéressant avec quelques vestiges de voies romaines dont la fameuse « Via de la Plata » (route de l’argent) qui reliait Hispalis (Sevilla) à Asturica Augusta (Astorga, province de León dans le nord de l’Espagne) et qui fait aujourd’hui partie des chemins de Compostelle. Comme toute ville romaine qui se respecte, Italica possédait divers temples, des termes et des villas. Les ruines que nous pouvons voir aujourd’hui ne correspondent qu’à une toute partie de la cité antique, les fouilles archéologiques étant loin d’être terminées sur le site.

En 2024, Italica est officiellement devenue candidate pour être inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Nous espérons que sa candidature sera retenue car ça permettra de bien préserver le site et peut-être de reprendre les fouilles.

Les mosaïques

Italica vaut le déplacement rien que pour ses mosaïques! Ce sont les plus belles et les mieux conservées de toutes celles que nous avons vues jusqu’à présent. Encore mieux qu’à Pompéi qui est pourtant un site archéologique de ouf! Chaque maison possède sa propre mosaïque voire plusieurs. Les plus anciennes datent du Ier siècle avant notre ère mais l’âge d’or des mosaïques correspond à celui de la ville, c’est-à-dire les deux premiers siècles de notre ère sous les règnes des empereurs Trajan et Hadrien.

L’Amphithéâtre

C’est grâce aux deniers envoyés par l’empereur Hadrien directement depuis Rome qu’Italica possède ce superbe amphithéâtre. Avec ses trois étages de gradins et sa capacité à accueillir plus de 35’000 personnes, c’était, à l’époque de sa construction (IIe siècle) le deuxième plus grand amphithéâtre de l’empire après le Colisée de Rome. En plus des traditionnels spectacles de gladiateurs, le théâtre était également utilisé pour des rituels dédiés à Némesis, la déesse de la justice, de la solidarité, de la vengeance, de l’équilibre et de la chance.

La lagune

Le site archéologique se trouve à proximité d’un cours d’eau appelé Arroyo de San Nicolas et qui a une fâcheuse tendance à déborder pendant les pluies de l’hiver. Afin de protéger les vestiges des crues, les autorités ont décidé de créer ce lac artificiel juste en dessous de l’amphithéâtre. Quelle bonne idée! Non seulement les ruines romaines sont préservées mais le lac est devenu un sanctuaire pour des centaines d’oiseaux!

Italica est un site où nous aimons bien nous rendre de temps en temps car c’est tout près de Séville et ça nous permet aussi de comprendre un petit peu l’histoire de notre région.

Petit fun fact

L’empire romain étant énorme, ce n’est pas la première fois que nous rencontrons des vestiges en rapport avec les empereurs Hadrien et Trajan lors de nos voyages. Hadrien possède sa propre porte dans la ville turque d’Antalya construite en son honneur lors d’une visite en grande pompe. Quant à Trajan, nous avons vu le site de Sélinus, le lieu de son décès. Il se trouve également en Turquie, sur la côte méditerranéenne dans l’actuelle Gazipasa, au sud d’Alanya.

Image de gauche : la porte d’Hadrien à Antalya, image de droite : Sélinus

L’époque romaine étant une période qui nous fascine, nous allons prospecter si nous trouvons d’autres sites archéologiques, que ce soit en Espagne ou ailleurs sur le pourtour méditerranéen. Nous avons, évidemment, déjà une liste pleine d’idées!

Bilan du Maroc

Même si ce n’était qu’un court séjour style vacances plutôt qu’un voyage au long cours, nous allons tout de même vous délivrer un petit bilan de notre tout aussi petit trip au Maroc en novembre 2023.

En chiffres

Durée du séjour

11 jours. Il y aurait de quoi y passer au moins un mois mais nous n’avions pas beaucoup de temps à disposition sur ce coup là.

Budget

6853 dirhams marocains ( 632,30€ / 599,25 CHF) ce qui fait une moyenne journalière de 623 dirhams (57,50 €/ 54,50 CHF). C’est un peu plus haut que notre budget de backpacker mais comme nous n’étions pas en mode backpack, nous trouvons que nous nous en sommes très bien sortis. Dans ce budget, sont également incluses les traversées en ferry de / vers Tarifa qui nous ont coûté un total de 140€.

Distance parcourue

1136 kilomètres. De Tanger – FèsRabat – Casablanca – El Jadida – Casablanca et retour à Tanger. Tous les trajets ont été effectués exclusivement en train, le réseau ferré étant excellent au Maroc. Notre arrivée dans le pays a été faite grâce au ferry qui traverse le détroit de Gibraltar entre Tarifa et Tanger.

Extrêmes d’altitude

432 mètres à Fès au pied du Moyen-Atlas et le niveau de la mer sur la côte Atlantique. Rien de très folichon sachant que le Maroc possède des sommets à plus de 4000 mètres mais, en plein mois de novembre, nous n’avions pas envie de nous les geler à la montagne.

Extrêmes de températures

Sept petits degrés au matin à Fès et 24 degrés lors d’une belle journée ensoleillée à Casablanca. Pour un mois de novembre, c’est correct. Nous savions que nous n’allions pas avoir des températures tropicales!

Notre taux de glycémie durant ce séjour

Nous préférons ne pas le savoir! Les Marocains sont littéralement accros au sucre!

Les flop et les top

Comme d’habitude, nous n’allons pas déroger à la règle de ce qui est top et pas top dans ce pays! Afin de finir sur une note positive, nous allons commencer par le négatif.

Les flop

Notre digestion a eu un peu du mal à s’y faire à la nourriture trop riche et trop sucrée mais à part ça, notre séjour s’est tellement déroulé comme sur des roulettes que nous n’avons rien trouvé de négatif à dire sur le pays. Même le rabattage ne nous a pas dérangé et nous a semblé insignifiant comparé à d’autres endroits comme Bali ou le sud de la Thaïlande.

Trop top!

Le réseau ferré

Nous avons effectué la totalité de nos trajets en train et franchement, c’est le top! C’est fiable, assez confortable, relativement bon marché, parfois rapide et généralement à l’heure. Bon, le seul train qui devait absolument être à l’heure avait une heure de retard et a réduit à néant notre marge à Tanger pour prendre notre ferry de retour. Heureusement, nous avons fini par y arriver après avoir vécu un gros moment de stress.

Entre Tanger et Casablanca, il y a une ligne à grande vitesse et du matériel semblable aux TGV français et ça fonctionne hyper bien! Toutes les informations peuvent se trouver sur le site des chemins de fer marocains (ONCF).

Nous avons testé pour vous : le trajet CasablancaSéville est faisable en une seule journée. Départ à environ 11 heures pour une arrivée vers 19 heures en changeant seulement à Tanger et à Tarifa.

Les gens

L’accueil au Maroc est juste exceptionnel! Le peuple marocain est d’une gentillesse incroyable. C’est vrai qu’après la crise du Covid-19 et le tremblement de terre de septembre 2023, les Marocains sont tout contents de voir de nouveau des touristes. Mais nous y avons déjà été une fois en 2017 et les gens étaient déjà trop sympas! En plus, ils parlent parfaitement français, ou espagnol à Tanger. La communication se fait donc hyper facilement!

La gastronomie

Eh oui, encore un bilan où nous parlons de bouffe! Bien qu’elle soit beaucoup trop riche pour nos pauvres petits estomacs fragilisés par une nourriture quotidienne trop saine, la cuisine marocaine est trop bonne avec tout plein d’épices qui donnent tout plein de saveurs sans que ce soit trop piquant. Nous avons d’ailleurs ramené du ras el hanout dans nos bagages! De notre premier voyage marocain, plus au sud, nous n’avons pas un souvenir impérissable de la gastronomie. Cette fois-ci, au nord, nous la trouvons excellente. Est-ce que nos goûts ont changé ou est-ce vraiment différent d’une région à l’autre? S’il y a des experts en la matière parmi vous, nous serions curieux d’avoir votre avis à ce sujet.

Rabat

Rabat n’est pas forcément la première ville à laquelle on pense quand on envisage un voyage au Maroc. Fès et surtout Marrakech sont beaucoup plus connues. Pourtant, c’est pour la capitale marocaine que nous avons eu un véritable coup de cœur! Il y a le dynamisme d’une grande ville tout en ayant une certaine douceur de vivre et les quartiers historiques sont juste magnifiques!

Bizarreries marocaines

Tout ce sucre!

Nous ne savons pas comment font les Marocains pour ingurgiter tout ce sucre! Les pâtisseries sont excellentes mais vite écœurantes après deux bouchées tellement elles sont sucrées! Le thé à la menthe nous donne la bouche pâteuse tellement il y a de sucre dedans! Nous avons d’ailleurs fini par aller le boire dans des coins plus touristiques où c’est moins un sacrilège de demander notre thé sans sucre.

C’était un trop court séjour mais nous l’avons tout de même apprécié! C’est fou de se dire que nous pouvons changer de continent en à peine trois heures depuis Séville par voie terrestre!

Nous devons tout de même émettre un petit bémol mais qui n’a rien à voir avec le Maroc à proprement parler. Avec tout l’art mudéjar que nous pouvons trouver en Andalousie, les villes marocaines nous ont semblé similaires aux nôtres. Le paysage du nord marocain semi aride avec des oliviers à perte de vue ressemble à s’y méprendre à celui de notre belle région. Les gens parlent parfaitement l’espagnol, notre langue de tous les jours, ou le français, notre langue maternelle. Les trains sont exactement les mêmes que les TGV français et il y a des magasins Carrefour dans chaque zone commerciale. A part pour quelques petits détails, nous n’avons pas du tout été dépaysés et avons été un peu déçus de cet état de fait!

Evidemment, nous vous recommandons tout de même le Maroc comme destination de voyage. Il y en a pour tous les goûts : villes impériales, désert, montagne, mer, etc. C’est un pays où nous nous sommes sentis totalement en sécurité, même Van quand elle s’y est baladée toute seule! Et par rapport à l’Europe hors Andalousie, ça reste quand même un petit dépaysement à juste quelques petites heures d’avion de la France, la Suisse ou la Belgique.

Cordoue, la petite Jérusalem andalouse

Avant d’attaquer cet article, nous allons juste faire une petite mise au point linguistique sur notre titre. En effet, nous préférons généralement utiliser le nom des villes dans leur langue originale, surtout si elle est latine, mais comme nous avons déjà un article intitulé Córdoba, sur la ville du même nom en Argentine, nous voulions éviter toute confusion.

Voilà, ces considérations linguistiques étant réglées, nous pouvons entrer dans le vif du sujet : la visite de la belle ville de Cordoue (ou Córdoba si vous préférez).

Córdoba, c’est la carte postale typique de l’Andalousie : des maisons de type andalou blanchies à la chaux, de l’architecture mudéjare à chaque coin de rue, une juderia (quartier juif), un climat semi-désertique, des patios fleuris et un centre historique de ouf.

Cette fois, nous inversons les rôles par rapport à Grenade, c’est Van qui avait visité la ville en coup de vent, toujours en 2006 (on ne rajeunit pas!) tandis que Fab avait pris plus de temps sur place et eut un véritable coup de cœur pour Córdoba.

Le Centre historique

Le centre historique, un des plus grands d’Europe et le deuxième d’Espagne après Séville, est un véritable musée à ciel ouvert! Pour cause, Córdoba a été la capitale d’Al-Andalus, le royaume arabe de la péninsule ibérique, au temps de sa splendeur. La vieille ville a d’ailleurs été inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Il suffit juste de déambuler à travers les petites ruelles bordées de maisons blanchies à la chaux pour découvrir des milliers de trésors architecturaux ou décoratifs. Par contre, ayant visité la ville en temps de Covid-19, beaucoup d’édifices sont fermés ou ouvert sur rendez-vous avec des horaires très restreints.

Plaza de la Corredera

Et non, ce n’est pas la Plaza Mayor de Madrid même si la ressemblance est troublante! C’est une énorme place de 113 mètres de long et de 55 mètres de large qui date du XVIIe siècle. C’est un architecte de Salamanca (Castille-et-León, nord de l’Espagne) Antonio Ramos Valdés qui conçut les dessins de la place. Voilà pourquoi, elle ressemble beaucoup à certaines grandes places de villes du nord de la péninsule ibérique. Aujourd’hui, elle est principalement utilisée pour des manifestations festives (hors Covid, évidemment!)

Le temple romain

Déjà à l’époque romaine, Córdoba était une ville importante puisqu’elle était la capitale de la province d’Hispanie Ultérieure qui couvrait grosso modo l’actuelle Andalousie ainsi que l’Algarve. (sud du Portugal) A la place de ces superbes colonnes corinthiennes en marbre devait se trouver la mairie. Mais lors de sa construction dans les années 1950, les vestiges d’un temple romain apparurent faisant stopper les travaux. Le temple date de l’époque des empereurs Claude et Domitien. Córdoba regorgerait de ruines romaines mais elles n’ont pas encore fait l’objet de fouilles archéologiques.

Le musée archéologique

En plein cœur du centre historique, à l’emplacement même de l’ancien théâtre romain, se trouve le musée archéologique complètement rénové entre 2020 et 2021. On y trouve de superbes pièces datant de la préhistoire (les Ibères), de l’époque romaine, de l’époque d’Al-Andalus ainsi que des premières années de la Reconquista. C’est super intéressant et ça retrace une bonne partie de l’histoire de la province de Córdoba. En plus, l’entrée est gratuite pour les ressortissants de l’Union Européenne!

Petit fun fact : une partie des pièces ont été récupérées à la suite d’un coup de filet de la police locale qui a démantelé un grand réseau de recel de pièces historiques dans toute la région!

Le pont romain

Le pont d’origine date, comme son nom l’indique de l’époque romaine, plus ou moins de l’an 45 avant notre ère. Mais il fut détruit au Xe siècle. Les califes maures (les musulmans donc) le reconstruisirent quasiment à l’identique. Le pont eut droit à plusieurs rénovations à travers les siècles depuis la Reconquista (la conquête catholique du sud de l’Espagne dès le XIIIe siècle) jusqu’en 2008. Il traverse le Guadalquivir, le cinquième fleuve de la péninsule ibérique et le plus important d’Andalousie. Sur la rive gauche, on accède au pont par la Torre Calahorra, une superbe tour fortifiée datant du XII. Lors d’une rénovation au XVIIIe siècle, les catholiques y ajoutèrent une statue de l’archange Raphael. En plus d’être vraiment beau, cet ouvrage offre un superbe point de vue sur la Mezquita, le centre historique et la Sierra Morena en arrière-plan.

Les moulins du Guadalquivir

Le long du Rio Guadalquivir, dans toute la province de Córdoba, se trouvent les vestiges de quelques moulins datant de l’époque romaine jusqu’au XVe siècle. Vu le climat aride de la région, la farine était considérée comme l’or blanc à l’époque. Certains moulins ont été restaurés mais la plupart ont volontairement été privés de rénovations car diverses espèces d’oiseaux en ont fait leur lieu de villégiature et les autorités ont décidé de reconvertir ces lieux en réserves naturelles.

Côté Arabe

Pendant la période musulmane, Córdoba prit encore de l’importance en devenant la capitale du califat de Cordoue qui, du temps de sa splendeur, comprenait les territoires actuels du sud de la Catalogne, l’Aragon, la Castille-la-Manche, la Communauté Valencienne, la région de Murcia, l’Andalousie, l’Estrémadure, les Baléares, la partie sud du Portugal depuis Porto, toute la pointe de Tanger ainsi que Melilla. De quoi bien se la péter! Les califes de Cordoue appartenaient à une branche des Omeyyades, des gars de Damas qui ont régné sur tout le monde arabe pendant des siècles! Rien que ça!

Aujourd’hui, une bonne partie du centre historique garde des témoignages architecturaux de cette époque faste.

La mezquita

C’est le bâtiment emblématique de Córdoba! Mezquita signifie mosquée en espagnol. Donc c’est encore une cathédrale construite sur une mosquée. Mais pas seulement! A la base, c’était un temple romain dédié au dieu Janus qui était le dieu des commencement, des fins, des choix et des portes. (Oui, les Romains avaient un rapport particulier avec les portes!). A la chute de l’empire, les Wisigoths (des espèces de barbares germaniques venus conquérir la péninsule ibérique) en ont fait une cathédrale catholique dédiée à St-Vincent vers 584. Ce n’est qu’en 714 que l’église fut transformée en mosquée et de manière plutôt pacifique puisque les musulmans signèrent un accord avec les Wisigoths leur permettant d’exproprier la cathédrale. La première mosquée fut achevée en 786 mais fut agrandie trois fois jusqu’en 987. Elle devint alors la deuxième plus grande mosquée du monde après celle de la Mecque! Lors de la Reconquista, en 1236, le roi Ferdinand III de Castille en refit une cathédrale de culte catholique qui est encore en vigueur aujourd’hui même si des commissions islamiques revendiquent le droit aux musulmans d’y prier, ce qui est, pour l’instant, formellement interdit.

Ce qui est vraiment fou avec ce bâtiment, c’est que l’architecture arabe n’a pas été détruite ou cachée durant la Reconquista, les catholiques y ajoutèrent juste quelques détails baroques typiques de l’époque. On peut y observer le mélange de ces deux styles totalement différents comme, par exemple, une porte de forme islamique ornée d’une fresque de la Renaissance racontant un passage de la Bible.

Le patio des orangers

C’est la cour intérieure de la mezquita et on y trouve, comme son nom l’indique des orangers, mais aussi des cyprès. A l’époque musulmane, c’était la salle des ablutions mais elle était également utilisée comme medersa (sorte d’école coranique) pour les enseignements islamiques ainsi que pour les jugements de la charia. C’est du patio qu’on a la plus belle perspective sur le clocher haut de cinquante quatre mètres. Oui, c’est l’ancien minaret de la mosquée mais comme il a été en partie détruit au XVIIe siècle lors de la transformation de l’édifice en cathédrale, ça ne se voit plus trop contrairement à la Giralda de Séville.

L’accès au patio se fait librement, il n’y a pas besoin d’acheter les tickets d’entrée pour la mosquée.

L’intérieur

Malgré plusieurs séjours à Córdoba, nous n’avions pas eu l’occasion de visiter l’intérieur de la mezquita avant cet hiver 2024. Soit c’était fermé pour cause de feria, soit c’était en pleine rénovation, soit c’était limité pour cause de Covid-19. Nous sommes toujours les spécialistes des mauvais timings!

Bref nous avons finalement découvert ce joyau architectural de l’intérieur pour un prix d’entrée de 13 euros.

L’intérieur est une grande salle hypostyle (salle couverte soutenue par des colonnes) comme une grande partie des temples égyptiens. A Cordoba, rien ne nous rappelle les pharaons mais plutôt les émirs, les souks, les épices et les appels à la prière. Toutes ces colonnes et arcades en forme typique de serrure sont impressionnantes et donnent une perspective incroyable. La salle est énorme et doit être bien fraîche durant les grosses chaleurs estivales. Lors de notre visite hivernale, nous avons eu froid malgré des températures très douces à l’extérieur. Si vous venez en hiver, pensez à prendre une couche supplémentaire!

L’ensemble possèderait plus de 850 colonnes qui formeraient pas moins de onze nefs. Nous n’avons pas compté mais nous confirmons que c’est immense!

Malgré cet héritage musulman bien présent vous devez quand même vous douter que les catholiques n’ont pas laissé cette mosquée telle quelle lors de la Reconquista! Effectivement, au XVIIe siècle, la mezquita a subi quelques transformations, et pas des moindres! Le baroque était à la mode et les architectes de l’époque en ont, à notre avis, un peu abusé! Pourtant, nous adorons le baroque! Certes, un peu partout en Europe, la Renaissance a un peu exagéré avec les fioritures et les peintures mais là c’est vraiment abusé! Le contraste est vraiment saisissant et nous n’étions pas prêts!

Objectivement, c’est quand même superbe et certains détails sont dignes de travail d’orfèvre. Nous avons juste eu l’impression de visiter deux édifices complètement différents. Sachant que plusieurs rois de Castille ont leur sépulture à l’intérieur des chapelles, nous imaginons que les artistes aient dû mettre le paquet pour la déco!

N’oublions pas les juifs!

Nous pourrions presque comparer Córdoba à Jérusalem tant les trois religions monothéistes ont joué un rôle important dans la culture de la ville. Les juifs séfarades (ceux originaires de la péninsule ibérique) étaient installés à Cordoue depuis l’époque romaine déjà. Ils ont vécu en plus ou moins bonne entente avec les musulmans mais c’était chacun son quartier! Les juifs étaient alors repoussés à l’extérieur du centre-ville. Ils ont pu regagner leurs anciens quartiers du centre-historique, appelés la Juderia, avec l’arrivée de Ferdinand III de Castille et la Reconquista. Mais le couperet tombe en 1492 avec le décret de l’Alhambra où les rois catholiques signent le bannissement de toutes les communautés juives (et toutes les autres non catholiques) de leur royaume. Décret qui ne fut abrogé qu’en 1967! Aujourd’hui, il ne reste juste quelques vestiges de la communauté juive dont la synagogue.

La synagogue date du XIVe siècle et a été construite dans le style mudéjar. D’ailleurs, si ce n’était pas indiqué, jamais nous n’aurions deviné que c’était une synagogue! Après l’expulsion des juifs, le bâtiment fut utilisé comme hôpital pour les patients atteints de la rage. C’est une des trois seules synagogues d’avant le décret de l’Alhambra encore existante en Espagne, les deux autres se trouvant à Toledo.

L’Alcazar des rois chrétiens

Il y avait une ancienne forteresse mauresque à cet emplacement mais il n’en reste pratiquement plus rien. L’alcazar actuelle date complètement de l’époque catholique (1328 environ) et a été renforcée pendant les diverses guerres qu’a connu le royaume d’Espagne. Sous le règne d’Isabelle la Catholique, le palais sert de tribunal à l’Inquisition et des salles d’interrogatoire et de torture y sont aménagées. C’est également dans ce bâtiment que Christophe Colomb s’est entretenu, à la même époque, avec le couple royal au sujet de l’expédition qui devait l’emmener en Amérique. (Et dire qu’à ce moment, il pensait rejoindre les Indes!) Au XIXe siècle, l’édifice devint une prison avant de devenir un bien historique sous la dictature franquiste.

Les patios

S’il y a bien quelque-chose dont Córdoba est fière, en plus de tout ce que nous venons de parler, ce sont ses patios! Un patio, c’est une petite cour intérieure, souvent avec une fontaine dans son centre, ornée d’arcades, de mosaïques et de fleurs. C’est typique de l’architecture de Cordoue et c’est un vrai havre de fraîcheur lors des températures caniculaires qui sont fréquentes dans la région.

S’il y a une activité à faire à Córdoba (mais avec discrétion!), c’est de jeter un coup d’œil furtivement dans chaque ouverture de porte ou de fenêtre car il y a souvent un magnifique patio à l’intérieur même si la maison paraît modeste au premier abord.

La fiesta de los patios

Chaque année pendant la deuxième semaine du mois de mai, se déroule la fête des patios. Plus d’une cinquantaine de maisons du centre historique ouvrent leurs patios au public pour cette occasion. Il y a même un concours du patio le mieux décoré et le mieux fleuri de Córdoba. Nous ne savons pas sur quels critères se base le jury pour l’attribution des prix car, à nos yeux, ils sont tous plus beaux les uns des autres. La plante star est le géranium planté dans des petits pots traditionnels accrochés à la paroi mais il y a également un grande variété de fleurs qui y est représentée.

Cette fête attire beaucoup de monde. L’UNESCO l’a d’ailleurs inscrite sur le site de son patrimoine culturel immatériel. Nous vous conseillons d’y aller pendant les jours de semaine et pendant l’ouverture du matin soit entre onze et quatorze heures. La visite des patios est gratuite mais vous pouvez laisser quelques pièces de monnaie si ça vous a particulièrement plu.

Gastronomie locale

Córdoba a un centre historique de ouf et une histoire richissime mais ça ne lui suffit pas. Il faut en plus qu’elle ait sa propre gastronomie! Il a bien fallu que nous aillions voir ça de plus près surtout qu’elle a l’air plus créative que la cuisine espagnole. Nous avons testé pour vous :

– Le salmorejo córdobes : c’est une variante du gazpacho andalou (oui, Córdoba doit avoir son propre gazpacho). C’est une soupe de tomate froide à l’ail et à l’huile d’olive épaissie par de la mie de pain qui lui donne une texture crémeuse. On la sert en général avec des miettes d’oeufs durs et des petits carrés de jamon ibérico. (le jambon cru espagnol). C’est super bon et super frais pour les chaudes journées d’été qui dure presque toute l’année à Córdoba.

– La mazamorra cordobés : le houmous local sauf que les pois chiches sont remplacés par des amandes. C’est servi avec de l’huile d’olive et des raisins secs. Ça se marie parfaitement bien avec les « picos » andalou qu’on vous sert avec le pain dans chaque restaurant d’Andalousie.

– Le pastel de Córdoba : une pâtisserie qui nous rappelle les saveurs du Moyen-Orient avec sa farce de fruits confits et sa cannelle. En général, elle se mange le 17 novembre lors de la fête patronale de la ville. C’est un régal pour nos papilles gustatives mais, pour notre indice glycémique, euh… mieux vaut ne pas savoir!

Nous n’avons pas tout goûté mais à Córdoba, on peut trouver des aubergines du calife (caramélisées au miel), du flamenquin (une sorte de cordon bleu) et, quelque-chose qui ne nous attire pas trop, du rabo de toro (oui, c’est bien de la queue de taureau!)

Waw! Nous en avons pris plein les yeux et les papilles durant nos différentes visites de Córdoba! Ce n’est pas aussi grandiose que Séville ou pittoresque que Granada (quoique!) mais la ville mérite amplement qu’on s’y arrête quelques jours. Voire plus pour découvrir les alentours, mais ça, nous vous en parlerons plus tard.

Córdoba est une visite à faire lors d’un séjour en Andalousie. Elle se visite parfaitement à la journée depuis Séville ou Málaga grâce aux trains à grande vitesse qui la relient à ces deux villes en moins d’une heure. Elle a un caractère plus de l’arrière pays et plus villageois comparé à ses deux grandes sœurs mais elle ne manque pas de charme et d’histoire.

Casablanca et la cité portugaise d’El Jadida

Depuis Rabat, nous continuons notre route encore plus au sud! Que voulez-vous, c’est notre point cardinal préféré! Nous ne changeons pas une équipe qui gagne et reprenons notre moyen de transport préféré et le plus pratique au Maroc : le train. Il y a évidemment l’Al Boraq (le TGV marocain) qui relie les deux plus grandes villes du pays en un temps record mais nous avons choisi l’option slow travel avec le train de banlieue qui nous a amenés à destination en un peu plus d’une heure.

Comme pour la capitale, il y a la subtilité des gares à Casablanca. La gare principale est Casa-Voyageurs qui est la gare TGV et qui est excentrée. Si vous voulez être près du centre, la gare appropriée est Casa-Port mais qui n’est pas desservie par la ligne à grande vitesse. Au pire, il y a un très bon réseau de tram qui vous emmènera au centre depuis Casa-Voyageurs.

Notre but se situe encore plus au sud mais il est plus pratique est meilleur marché de dormir à Casablanca. C’est la plus grande ville du pays ainsi que son centre financier le plus important. C’est également la plus grande ville du Maghreb et la cinquième d’Afrique. Elle n’a pas bonne réputation au niveau touristique car, comparé à toutes les merveilles que compte le Maroc, elle n’offre que très peu d’intérêt. Casablanca a été bombardée presque entièrement lors des insurrections de 1907 et a été reconstruite au cours du XXe siècle dans un style moderniste assez moche. Rien à voir avec les joyaux architecturaux des villes impériales qui font la renommée du Royaume Chérifien!

Mais vous nous connaissez : tant que ce n’est pas trop craignos, nous adorons allez fouiner dans tout ce qui a mauvaise réputation!

Place Mohamed V

Nous commençons notre visite en passant par l’impressionnante place Mohamed V. Elle se situe au cœur du quartier administratif de Casablanca. Elle a été érigée juste après la Première Guerre Mondiale par les Français au début de leur protectorat sur le Maroc. Ce n’est pas la place la plus pittoresque que nous ayons vue mais c’est un endroit où la population locale (et tous les pigeons de la région apparemment!) vient flâner au coucher du soleil et l’ambiance y est assez sympa.

Parc de la Ligue Arabe

Casablanca est une grande ville un peu étouffante. Nous avons donc été contents d’y avoir trouvé un parc avec un peu de verdure. Ce parc de trente hectares a été aménagé par les Français en 1921. A l’époque, il s’appelait Lyauthey en l’honneur du maréchal Hubert Lyauthey qui fut un des acteurs principaux de la colonisation du royaume chérifien. Après l’indépendance, il prit le nom de la Ligue Arabe.

En bordure du parc, se dresse l’église du Sacré-Cœur érigée en 1930, toujours par les Français évidemment, dans un joli style art-déco. Sa façade est d’une blancheur immaculée comme beaucoup de bâtiments de la ville. Elle a été désacralisée et accueille aujourd’hui des expositions et des manifestations culturelles.

La médina

Même si ça ne vaut de loin pas Fès ou Rabat, Casablanca possède une modeste médina qui vaut le détour. C’est l’endroit idéal si vous voulez voir un vrai souk, c’est-à-dire un marché complètement anarchique où on y vend des denrées alimentaires, des habits ou de l’huile d’argan à la criée et pas des stands « d’objets artisanaux locaux made in China ». D’ailleurs, en tant que rares touristes nous n’intéressons pas trop les vendeurs et nous traversons la vieille ville sans être trop dérangés.

La médina se trouve à l’emplacement de l’ancienne ville portugaise et de l’ancien quartier juif. On peut y voir les restes de la muraille qui entourait la ville sur quatre kilomètres. Bref, Casablanca ne vaut pas le détour pour sa médina mais si vous y êtes déjà, allez y faire un tour, vous y trouverez un peu de Maroc « authentique ».

Grande mosquée Hassan II

S’il y a bien un incontournable à Casablanca, c’est la mosquée Hassan II! Elle date de 1993, a été érigée en partie sur l’océan et occupe un espace de plus de neuf hectares! Elle est nommée d’après Hassan II, le précédent roi et père du roi actuel et son minaret culmine à plus de deux cents mètres. C’est une des plus grandes mosquées du monde! Le minaret est d’ailleurs le plus haut du monde. Sa salle de prière peut accueillir 25’000 fidèles et l’esplanade plus de 80’000 personnes. En un mot : impressionnant!

La couleur dominante de la mosquée est le vert, couleur de l’islam qui a été utilisée dans les mosaïques décoratives que nous trouvons particulièrement belles.

Un des points de vue sympa sur la mosquée est la corniche, une jolie promenade au bord de la mer. Ça permet aussi de prendre un peu d’air marin et d’échapper à la pollution de la ville. Mais en ce mois de novembre, malgré une météo assez clémente et ensoleillée, l’océan Atlantique est déchaîné et nous recevons des embruns vraiment glacés! D’ailleurs, la mosquée elle même souffre de l’humidité et des caprices de l’océan et son entretien s’avère un vrai défi.

El Jadida

Si nous nous sommes arrêtés à Casablanca, c’est pour aller visiter El Jadida située à une centaine de kilomètres plus au sud. Les deux villes sont très bien reliées par le train et il faut compter une heure et demie de trajet. Par contre, la gare d’El Jadida est située à cinq kilomètres de la forteresse et il n’y a pas de transports publics. Evidemment, une horde de taxi vous attend à l’arrivée du train et c’est sûrement assez facile à négocier mais nous décidons d’y aller à pied, c’est tout plat et il y a des trottoirs partout. Pour le retour, nous avons trouvé, après moult recherches, un bus qui nous a rapproché de la gare mais nous avons quand même dû parcourir le dernier kilomètre à pied.

La cité portugaise de Mazagão

El Jadida a été fondée par les Portugais au XVIe siècle sous le nom Mazagão francisé en Mazagan. Toute la cité entourée par les remparts est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les bâtiments datent de la Renaissance portugaise dans un style dit manuélien, du nom de Manuel Ier, roi du Portugal de l’époque. L’ensemble est un peu défraîchi mais ne manque pas de charme, bien au contraire! Le coin n’a pas encore succombé au tourisme de masse et le centre n’a pas été transformé en musée et en Airbnb. La population locale est vraiment adorable et toute contente de pratiquer un peu de français avec nous. Même les enfants nous accueillent avec des joyeux « Bonjour »! Nous avons d’ailleurs été hallucinés par leur très bon niveau dans la langue de Molière alors que certains d’entre eux doivent avoir juste huit ans!

Les lieux de culte

Une des particularités de la cité d’El Jadida c’est que, sur la place centrale, la grande mosquée fait face à l’église catholique Notre-Dame de l’Assomption. Cette dernière date du XVIe siècle comme le reste de la cité et possède l’architecture typique de la Renaissance Portugaise. Elle est encore en activité aujourd’hui et la messe y est parfois donnée en français. Quant à la mosquée, elle a été construite au début du XIXe siècle après le départ des Portugais.

Cette place est un très bel exemple de tolérance religieuse.

Les remparts

La cité d’El Jadida est, encore aujourd’hui, entourée de remparts superbement conservés. On les doit évidemment aux Portugais qui ont fortifié la ville dès sa construction au XVIe siècle. Le truc vraiment cool à faire c’est de se promener sur la muraille d’où on a une superbe vue sur la vieille ville, sur le port et sur l’océan Atlantique.

Nous avons eu un véritable coup de cœur pour El Jadida! Même si c’est assez petit et ne nécessite qu’une petite journée de visite, ça vaut amplement le détour. Casablanca nous a bien plu aussi. Certes ce n’est pas pittoresque mais la ville a une vraie âme et nous y avons été sensibles.

El Jadida sera le point le plus méridional de notre trip marocain. Nous avions pensé descendre jusqu’à Marrakech. Le festival du film qui fait monter les prix des logements, un estomac un peu en vrac et un timing un peu serré nous y ont fait finalement renoncer. Nous avons décidé de rentrer au bercail. D’ailleurs, nous avons testé pour vous : Casablanca – Séville se fait parfaitement en une journée par voie terrestre. Départ à 11 heures tapantes de la gare de Casa-Voyageurs et arrivée à 19 heures à la station de bus de Plaza de Armas. Bon, nous avons eu un gros coup de stress à Tanger car notre TGV avait une heure de retard ce qui a bien réduit notre marge de manœuvre. Mais nous avons finalement pu prendre notre ferry comme prévu et rentrer sans encombre dans notre chère capitale andalouse.

Grand bilan et rétrospective 2023

Voilà, encore une année vient de s’écouler et il est déjà temps pour nous de vous livrer notre traditionnel bilan et de faire une petite rétrospective personnelle de cette année 2023 qui vient de s’achever.

Au niveau mondial, nous devons reconnaître que ce n’est pas l’année la plus cool que nous ayons connu. On dirait même que nous subissons une sorte de descente aux enfers depuis 2020 et la pandémie de Covid 19. Le conflit qui s’enlise en Ukraine, l’inflation, des épisodes climatiques extrêmes, la polarisation de la société, la montée de l’extrême-droite en Europe, ou encore le nouveau conflit israélo-palestinien ont façonné le quotidien de 2023. Et la liste est loin d’être exhaustive!

Tous ces épisodes déprimants nous font prendre conscience que la vie est précieuse et que nous avons beaucoup de chance d’être nés « au bon endroit », de vivre en paix et en relative sécurité et d’avoir accès à toutes les ressources nécessaires à notre survie. Nous profitons à fond de tout ce que nous offre la vie et nous essayons de chérir chaque petit instant de bonheur qui croise notre route. Evidemment, nous avons un peu « forcé » la chance et le bonheur en décidant, il y a maintenant six ans, de prendre notre destin en main, de changer drastiquement de vie, de partir à la découverte du monde, de revoir nos perspectives de vie et nos horizons et de nous installer dans un endroit qui nous correspond beaucoup mieux. Et nous sommes toujours autant ravis et convaincus que notre choix était le bon!

Nous profitons de cet article pour vous souhaiter, à toutes et à tous, une excellente année 2024 remplie de joie, de petits bonheurs, de sourires, de partages, de bonnes bouffes et de tout ce que vous voulez!

Janvier

Nous passons le cap de la nouvelle année avec nos colocs à Jerez de la Frontera. Van découvre la tradition espagnole des raisins de minuit. Il faut ingurgiter douze raisins à chacun des douze coups de minuit! C’est un peu fastidieux mais ce fut mission réussie! Ce mois de janvier est le mois des adieux à Jerez car nous nous envolons pour le Mexique qui est, encore aujourd’hui, un de nos gros coups de cœur tous continents confondus. Nous atterrissons à Cancún mais, après avoir quand même profité un peu de la mer des Caraïbes, nous descendons assez vite dans le Chiapas notre région fétiche.

A gauche : Jerez de la Frontera où nous avons vécu plusieurs mois, à droite, maison coloniale à Valladolid au Mexique

Février

Si nous sommes allés dans le sud du Mexique, c’était dans un but bien précis! Celui de passer la frontière du Guatemala. En 2018, lors de notre tour du monde, ce pays était sur notre liste mais Van a contracté une pneumonie assez virulente à Mérida qui l’a forcée au repos. Comme notre vol pour Hong Kong était déjà booké depuis les Etats-Unis, nous avons dû revoir nos plans et renoncer à la découverte du Guatemala. Le pays fut un véritable coup de cœur surtout la région de Flores, les pyramides de Tikal ainsi que la ville d’Antigua une des plus belles villes coloniales espagnoles que nous ayons vues! C’est à ce moment que nous apprenons, avec grand plaisir, que la famille de Van vient nous rejoindre fin mars au Costa Rica pour partager une partie de nos aventures. Nous qui n’étions pas encore totalement fixés sur la suite de notre voyage, cette fois c’est sûr : nous parcourrons toute l’Amérique Centrale!

A gauche : une maison colorée sur l’île de Flores, au milieu : une pyramide de Tikal, à droite : l’arc emblématique d’Antigua, le tout au Guatemala

Mars

Le timing devient un peu plus serré du coup. Nous traversons le Salvador pays qui aurait mérité un peu plus de temps à notre goût mais qui nous a déjà donné un premier aperçu très positif. Nous ne nous arrêtons pas au Honduras et passons directement au Nicaragua. Là aussi, il aurait fallu plus de temps mais nous avons quand même bien profité des belles villes coloniales de León et de Granada, de la tranquillité d’Ometepe et de l’ambiance balnéaire de San Juan del Sur. Nous passons ensuite la frontière du Costa Rica où nous retrouvons les parents et la sœur de Van à San José pour un petit trip à travers les merveilles naturelles de ce pays.

A gauche : lac Suchitlan au Salvador, à droite : Plaza de la Independencia à Granada au Nicaragua

Avril

Après avoir découvert la nature luxuriante en famille, il est temps pour les parents et la sœur de Van de rentrer en Suisse. Quant à nous, il nous reste un pays à découvrir sur l’isthme panaméricain : le Panama. C’est un pays que nous ne connaissions pas trop. Comme tout le monde, nous avions entendu parler de son canal et de l’affaire des Panama Papers mais nos connaissances sur le sujet s’arrêtaient là. C’est également le pays que nous avons le moins anticipé de notre voyage puisque nous étions focalisés sur le timing à respecter pour être dans les temps au Costa Rica. Et bien quelle surprise! Nous avons eu un véritable coup de cœur pour le pays, son café, sa nature luxuriante, sa population locale, sa côte caraïbe et son histoire.

A gauche : la cascade du Rio Celeste au Costa Rica, à droite : un cocotier à Bocas del Drago au Panama

Mai

Le Panama c’est top mais il nous faut penser à remonter vers le nord si nous voulons prendre notre vol de retour à temps à Cancún. Nous remontons assez rapidement car nous voulons profiter un peu du Mexique avant de rentrer en Europe. Nous passons des heures dans les Chicken bus des différents pays, ces fameux bus scolaires américains des années soixante, mais nous finissons par atteindre Tapachula et le Chiapas dont nous profitons de sa douceur de vivre, de sa jungle, des ses villes coloniales, de la gentillesse de ses habitants et, le plus important, de son chocolat.

A gauche : une des cascades de Chiflon, à droite : maison coloniale à San Cristobal de las Casas, le tout au Chiapas, au Mexique

Juin

Nous profitons de nos derniers instants au Mexique en passant quelques jours à Campeche, notre ville préférée puis nous allons chiller un peu à Bacalar au bord de sa superbe lagune. Comme notre vol de retour atterrit à Lisbonne, nous profitons de rentrer en Espagne par la superbe région de l’Estrémadure. Nous n’en visitons qu’une toute petite partie mais c’est déjà un énorme coup de cœur et prévoyons déjà d’y repasser à l’occasion. Nous y serions bien restés plus longtemps mais nous devons nous mettre en route rapidement car la famille de Fab nous attend de pied ferme à Sagunto où nous allons les rejoindre pour quelques jours.

A droite : Campeche, à droite en haut : la lagune de Bacalar, à droite en bas : vue sur la Plaza Mayor de Trujillo (Espagne) depuis le château

Juillet

Il est temps pour nous de reprendre nos quartiers dans notre bien aimée Andalousie. En chemin, nous nous arrêtons à Granada afin de visiter sa fameuse Alhambra à laquelle nous avons dû renoncer lors de notre dernier passage pour cause de crise du Covid-19. Mais c’est à Séville, la capitale andalouse, que nous posons nos valises pour une durée indéterminée. Les raisons de ce choix sont nombreuses mais l’amour que nous portons à cette ville, les contacts pro de Fab ainsi que le désir que nous avions tous les deux de vivre une fois dans une grande ville en sont les principales.

A gauche : l’Alhambra de Granada vue depuis le quartier de l’Albaycin, à droite : la Torre de Oro de Sevilla

Août

Voici le mois d’août et ses vagues de chaleur infernales. Nous en avons déjà vécu plusieurs, assez violentes, l’année passée à Jerez de la Frontera. Cette année, il n’y a plus la surprise de la nouveauté et ça nous paraît moins insupportable. Evidemment, nous suivons les conseils des autorités en cas de fortes chaleurs et respectons la sacro sainte sieste durant les heures les plus chaudes de la journée. Nous allons également nous rafraîchir au bord de l’océan. Nous avons toujours droit à des abonnements de train gratuits et cet été nous choisissons la destination de Huelva. C’est une province que nous ne connaissons pas encore et dont une partie de l’histoire est liée à Christophe Colomb et à ses voyages en Amérique. Nous qui venons de rentrer d’Amérique Centrale et qui y avons découvert quelques lieux emblématiques de ces périples, nous trouvons intéressant de creuser un peu cette histoire même si elle n’est pas super jolie et qu’elle a trait à la colonisation, aux massacre des indigènes et à l’esclavage.

A gauche : la reproduction des caravelles de Christophe Colomb à Palos de la Frontera, à droite, la plage d’El Portil

Septembre

Les vagues de chaleur étant toujours là, nous devons y remédier en profitant des plages de l’Atlantique. C’est une excuse toute trouvée pour nous rendre à Cádiz, notre deuxième ville préférée, et dans sa province. Nous avons également pas mal de job qui nous fait rester à Séville. Ce n’est pas grave, nous avons encore plein de choses à y découvrir et, culture méridionale oblige, nous avons une vie sociale de ouf. Nous n’avons même pas le temps d’honorer toutes les sorties prévues! Nous clôturons le mois avec la « carretera nocturna » une course de 8,5 kilomètres à travers le centre historique de Séville. C’est une première pour Van qui, bien que sportive, n’est pas trop fan de la course. Mais elle a quand même bouclé son tour et mérité sa médaille!

A gauche : la plaza de España de Sevilla (photo prise durant le Covid c’est pour ça qu’elle est vide!), à droite : le malécon et la cathédrale de Cádiz

Octobre

Le début du mois est toujours aussi chaud et nous en profitons pour découvrir la Sierra de Aracena, une chaîne de montagnes verdoyante dans la province de Huelva. Nous avons également eu la chance d’assister à un match éliminatoire pour l’Euro 2024 de notre équipe nationale à une vingtaine de minutes à pied de chez nous! C’est fou non? En plus, on a gagné!

Finalement, l’automne se décide à arriver avec ses tempêtes venues tout droit de l’Atlantique qui nous donnent un peu de pluie plus que bienvenue même si ça ne suffira pas à éradiquer la sècheresse dont nous souffrons depuis plusieurs mois. Pas de bol, c’est en plein mauvais temps que les parents de Fab viennent passer quelques jours à Séville pour nous dire bonjour. Ils ont quand même profité de leur séjour car l’Andalousie ne laisse personne indifférent et nous avons profité de bons moments en famille autour de belles assiettes de tapas locaux.

A gauche : Aracena, à droite : le Rio Guadalquivir à Sevilla

Novembre

L’automne s’est bien installé et nous arrivons à dégager un peu de temps pour partir encore plus au sud. Ça faisait longtemps que nous nous disions qu’il fallait quand même traverser une fois ce fameux détroit de Gibraltar. Voilà, c’est chose faite. Nous avons passé quelques jours bien sympas au Maroc dont l’histoire est finalement assez similaire à celle de l’Andalousie. Bon, nous allons pas tout spoiler vu que tous nos articles sur notre séjour marocain ne sont pas encore publiés!

A gauche : la médina de Tanger vue depuis le port, au milieu : la mosquée de Fès, à droite, les remparts et une porte d’entrée à la médina de Fès

Décembre

Décembre est le mois des lumières de Noël, des mandarines et des turrones, sorte de nougat espagnol qu’on mange pendant les fêtes. Mais pour nous, c’est le mois le plus chargé professionnellement et nous sommes un peu débordés. Nous profitons quand même un peu des illuminations de Séville ainsi que de son fameux marché de Belén (crèche) qui est le plus important du monde après Naples. Nous allons même passer deux jours à Gibraltar pour voir un Noël un peu différent et acheter des shortbreads et des épices à vin chaud qui n’est pas une boisson populaire en Espagne.

Nous finissons l’année sur une note bien festive sur la via de la Constitución, la jolie rue qui longe la cathédrale pour assister aux « Campanadas » (les douze coups de minuit) retransmises en direct sur une des chaînes de télévision nationales. Evidemment, nous n’avons pas manqué de manger nos douze raisins traditionnels!

Conclusion

Nous sommes super contents de notre année 2023. Nous avons fait un voyage de ouf à travers l’Amérique Centrale qui n’était pas totalement prévu à la base. Nous qui avions un souvenir plutôt mitigé de l’Amérique du Sud par rapport à l’Asie et à l’Afrique, avons eu un véritable coup de cœur pour ce coin du monde. Ce trip nous aura réconcilié avec le continent américain. Nous sommes également contents de notre installation à Séville. Nous adorons cette ville , nous nous y sentons vraiment bien et les Sévillans sont juste trop cools.

SPOILER ALERT

Nous savons que c’est la partie du bilan que vous attendez tous avec impatience. Malheureusement, cette année, nous allons vous laisser sur votre faim. Rassurez-vous, ce n’est pas par manque de projets, au contraire! Nous avons tellement d’idées que nous ne savons pas lesquelles vont se concrétiser.

Nous allons essayer d’aller chercher le soleil et la chaleur pour les mois d’hiver si nous en avons la possibilité. Oui, il peut faire froid en Andalousie! Ce qui est plutôt sûr, c’est que nous allons rester sur Séville pour le printemps car nous voulons profiter d’être sur place pour voir les deux fêtes les plus importantes de la ville : la Semana Santa (Pâques) et la Feria de Abril qui, comme son nom le laisse deviner, se déroule en avril! Pour la suite, tout est ouvert et ça dépendra de beaucoup de choses! Nous sommes moins flexibles qu’avant pour des raisons professionnelles et nous sommes en train de réfléchir à comment faire évoluer les choses. Nous avons déjà notre petite idée en tête mais ça demande beaucoup de préparation et de négociations en amont.

En attendons, nous réitérons nos vœux pour la nouvelle année à venir et espérons avoir encore plein d’aventures à partager avec vous!

Rabat, entre dynamisme moderne et traditions séculaires

Nous quittons Fès et la montagne sans trop de regrets avec notre moyen de transport préféré : le train. Cette fois, le trajet n’est pas trop long et le train relativement confortable. Nous sommes par contre hallucinés par le paysage : avec ses collines recouvertes d’oliviers, la région ressemble à s’y méprendre à notre Andalousie de tous les jours! Nous ne sommes pas encore assez au sud pour voir les magnifiques paysages désertiques qui font la renommée du Maroc.

Petite info pratique pour le train : si vous voulez visiter la ville demandez un billet pour la gare de Rabat-Ville qui est assez bien centrée, sinon on aura tendance à vous vendre un titre de transport pour Rabat-Agdal qui est la gare TGV et qui est un peu excentrée. Ça ne change pas vraiment le prix du ticket mais ça pourrait vous induire en erreur.

Arrivés à Rabat, l’ambiance change complètement! La douceur de l’océan Atlantique nous fait déjà gagner quelques degrés et c’est bien agréable en ce mois de novembre. Nous sommes ici dans la capitale du royaume et ça se voit. Même le quartier de la gare est beau, propre, agréable et tout neuf. Des deniers que perçoit le royaume chérifien, c’est Rabat qui se sert en premier!

La médina et le souk

Toute la partie historique de Rabat est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Contrairement à notre attente, le quartier du souk n’est pas trop touristique et il ne s’y vend pas des babioles pour touristes mais plutôt des affaires de tous les jours pour les locaux. Les stands de bouffe ont également la part belle par ici. La médina date du Xe siècle et a été fondée par les Almoravides, les mêmes qui occupaient l’Andalousie à l’époque musulmane, mais elle ne prit son essor qu’au XIIIe siècle. Malgré la fraîcheur du mois de novembre, le rythme de vie dans la médina ressemble beaucoup à nos étés andalous. C’est très calme pendant la journée, voire même fermé à certains endroits pour mieux se réveiller entre les deux appels à la prière du coucher du soleil. Le seul hic est qu’il est difficile de se repérer dans les ruelles bordées de façades blanchies à la chaux, nous avons l’impression qu’elles se ressemblent toutes!

La kasbah des Oudayas

Cette splendide forteresse qui surplombe l’océan Atlantique nous vient également des Almoravides et date du XIIe siècle. Mais ce sont les Almohades, une tribu berbère à qui on doit notamment nos alcazars de Séville et de Jerez de la Frontera, qui en firent une place militaire forte et qui envoyèrent des soldats continuer la conquête de la péninsule ibérique. Au XVIIe siècle, le roi Philippe III expulsa tous les musulmans d’Espagne dont une bonne partie vint se réfugier à l’intérieur de la kasbah. Les nouveaux venus en firent un état indépendant : la république de Bouregreg du nom du fleuve au pied des remparts qui, aujourd’hui, sépare la ville de Rabat à celle de Salé. Cette république était un repaire de corsaires et de pirates qui venaient vendre des prisonniers chrétiens. Les remparts sont d’une conservation incroyable et l’architecture almohade, bien que familière pour nous, est juste magnifique.

Borj es-Squala

Adossé à la kasbah des Oudayas, ce bâtiment militaire pourrait nous faire penser à certaines de nos forteresses espagnoles comme à Cádiz. Il y a un peu de cette influence puisque une bonne partie des musulmans ayant fui l’Andalousie après la Reconquista sont venus se réfugier à Rabat. Mais en vrai, ce fortin est typiquement arabe, en témoignent la forme de ses créneaux . Il date du XVIIe siècle et fut érigé par la dynastie Alaouite, la famille qui règne encore sur le Maroc de nos jours.

L’intérieur de la kasbah

L’intérieur de la kasbah est un peu plus aseptisée pour les touristes et possède quelques magasins de souvenirs. Mais franchement, ce n’est pas du tout exagéré et les vendeurs nous laissent tranquilles. Avec l’air de l’océan tout proche, se promener dans les petites ruelles est beaucoup moins oppressant qu’à Fès et nous sommes autant émerveillés par tous les détails architecturaux, notamment les nombreuses portes qui ont cette forme de serrure typiquement islamique.

Le clou du spectacle

Se promener sur les remparts permet aussi d’avoir une superbe vue sur l’océan Atlantique, sur l’embouchure du fleuve Bouregreg et sur l’autre rive, la ville de Salé, qui sert un peu de station balnéaire de Rabat. Nous sommes en novembre donc les ombres sont très allongées et l’océan est un peu tourmenté mais ça n’enlève rien à la beauté de la vue.

Le jardin d’essais botaniques

Vous commencez à nous connaître : dès que nous découvrons une tâche verte sur une carte, nous allons voir ça de plus près! Ce jardin a été fondé en 1991 par l’institut agronomique et vétérinaire du Maroc dans le but de conserver des espèces rares ou menacées du pays. Il y a plus de 700 espèces endémiques, sur plus de 3000 au total, réparties dans les diverses zones du jardin. Même si Rabat n’est pas du tout étouffante, ça fait quand même un bien fou de se promener au milieu des arbres sans aucun véhicule à proximité.

La tour Hassan

C’est LE symbole de la ville de Rabat! A la fin du XIIe siècle, le sultan Yacoub El Mansour, un peu mégalo sur les bords, projetait de construire la plus grande mosquée du monde. Mais il mourut en 1199 et son projet resta inachevé. En plus, le grand tremblement de terre de Lisbonne de 1755 détruisit une bonne partie de ce qui avait été construit. Aujourd’hui, il nous reste l’esplanade avec les ruines des colonnes qui devaient soutenir la mosquée ainsi que la tour inachevée qui se dresse quand même à quarante-quatre mètres de hauteur. Si ce minaret vous semble familier, c’est normal! Ses modèles ont été la mosquée Koutoubia de Marrakech ainsi que notre seule et unique Giralda de Séville! Il paraît même qu’il y a exactement les mêmes rampes d’accès à l’intérieur afin de permettre au muezzin de se rendre au sommet à cheval afin de faire ses appels à la prière.

Malgré l’inachèvement de la mosquée et les ruines, le lieu est encore utilisé comme lieu de culte aujourd’hui. Nous sommes d’ailleurs arrivés un vendredi juste après la grande prière et nous avons vu des centaines de fidèles sortir de l’esplanade par les deux petites portes que compte le complexe. Oui, nous avons toujours le don des timings chelous!

Au nord de l’esplanade se dresse un magnifique bâtiment d’architecture islamique. C’est le mausolée royal ou reposent les dépouilles du roi Mohammed V (le grand-père du roi actuel), le prince Moulay Abdallah (l’oncle du roi actuel) ainsi que le roi Hassan II (le père du roi actuel).

Rabat a été notre gros coup de cœur du Maroc. Nous avons été séduits par la richesse du patrimoine historique mais aussi par le dynamisme de la ville moderne. Rabat est une petite capitale, ce n’est que la deuxième ville du pays après Casablanca, et il y règne une douceur de vivre assez agréable. La ville est ouverte sur l’océan, elle n’est ni étouffante, ni congestionnée par le trafic. Il est très facile d’y être piéton. Pourtant, la ville est également moderne, dynamique avec une offre culturelle intéressante et les habitants sont vraiment adorables. A notre avis, Rabat est une étape incontournable de tout voyage dans le royaume chérifien.

Fès, la capitale spirituelle du Maroc

Pour se déplacer au Maroc, rien ne vaut le train! C’est facile, pratique, généralement à l’heure et relativement bon marché. A Tanger, la gare se trouve à environ trois kilomètres de la médina et il est facile d’y négocier un taxi qui vous y emmènera pour 20 ou 30 dirhams ( 1,80 / 2,75€ ou 1,75 / 2,60 CHF). Nous y avons été à pieds car nous avons fait un détour par la rue où habitait la famille de Fabien à l’époque du protectorat espagnol. C’est tout à fait faisable en marchant, la ville est très piétons friendly et les quartiers extérieurs de la ville ne sont pas du tout craignos.

La solution la plus rapide aurait été de prendre l’Al Boraq, le train à grande vitesse dont les rames sont exactement les mêmes que les TGV français, jusqu’à Kénitra puis changer pour un train normal jusqu’à Fès. Nous avons préféré prendre le train direct Tanger – Fès. Ben nous n’avons pas eu l’idée du siècle sur ce coup là. Ce n’est pas très confortable, ça n’avance pas et le paysage n’est pas très bucolique. Après quatre heures de trajet, nous arrivons enfin à Fès.

Nous décidons de nous dégourdir les jambes en rejoignant la médina à pieds depuis la gare. Décidément, ce n’était pas la journée des bonnes idées ce jour-là! Certes, la ville est autant piéton friendly que Tanger avec de grands trottoirs bien aménagés mais c’est loin, au bord de routes à grand trafic et c’est surtout mal plat! Nous sommes trop bien habitués à Séville qui est une ville sans aucun relief! Mais nous avons appris la leçon et avons pris un taxi pour redescendre à la gare. Les taxis officiels de Fès sont rouges et ils ont un compteur qu’il faut demander d’enclencher. Evidemment, lorsque nous avons demandé à notre chauffeur de mettre en route le sien il s’est mis en mode « Moi Français comprendre pas! » alors qu’il nous avait accueillis dans une langue de Molière quasi parfaite et qu’il écoutait une radio francophone dans sa voiture. Mais nous n’avons pas lâché l’affaire et il a fini par l’allumer son compteur. Le trajet nous a coûté 9,50 dirhams (0.85€ ou 0.80 CHF)

Fès est la troisième ville du Maroc et fait partie des quatre villes impériales du pays avec Meknès, Rabat et Marrakech. Ce qui veut dire qu’elles ont été, à un moment donné de leur histoire, la capitale du royaume chérifien. On considère également Fès comme la capitale spirituelle du Maroc à cause de la grande concentration de mosquées dans sa médina. Le centre-ville à l’intérieur des remparts est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Bab Boujloud

Bab Bouljoud est une des portes d’accès à la médina de Fès et une des plus connues. Elle date du XIIe siècle et est recouverte de mosaïques bleues représentant la couleur de la ville. Une fois passé cette porte, on se retrouve dans un souk qui vend beaucoup de camelote pour touristes et dont les vendeurs, à notre grand étonnement, ne sont pas trop portés sur le rabattage. Même Van qui a été se promener toute seule dans les ruelles de la médina un après-midi ne s’est pas trop faite embêter.

La médina abrite également les célèbres tanneries de peau qui servent à la fabrication du cuir qui fait la réputation de Fès. Nous avions évidemment prévu d’aller voir ça de plus près mais l’accès se fait par des terrasses privées dont l’entrée passe par les magasins d’articles en cuir tenus par une véritable mafia qui ne te laisse pas passer si tu n’as pas au moins acheté douze de leurs babioles. Nous savons que le fait de discuter, vendre, négocier fait totalement partie de la culture arabe mais nous avons horreur de cette façon de faire quand il s’agit d’essayer de pigeonner quelques touristes un peu trop naïfs. Bref, vous l’aurez compris, nous y avons renoncé. Nous avions déjà vu les tanneries de Marrakech et pour être honnêtes, ce n’est pas très pittoresque et l’odeur en émanant est juste abominable!

La médina

La partie la plus ancienne de la médina date du VIIIe siècle. Elle se situe au pied du Moyen-Atlas au croisement de routes commerciales de grande importance et était reliée à toutes les villes islamiques importantes de l’époque comme Bagdad, Samarcande, Palerme, Kairouan et bien sûr, notre belle Córdoba. La ville a participé à l’âge d’or intellectuel de la civilisation islamique dont en témoignent encore aujourd’hui un grand nombre d’universités.

On nous a dit que la médina possède 490 ruelles. Nous ne savons pas si c’est exact ou si c’est un peu exagéré pour impressionner le touriste lambda mais il y en a effectivement beaucoup de ces petites rues et il est très facile de s’y perdre! Prévoyez une application maps avant de vous y promener! Pour être honnêtes, nous avons trouvé la médina et son labyrinthe de ruelles très serrées très oppressants et nous n’avons pas apprécié tous les palais ainsi que tous les architecturaux à leur juste valeur.

Bab Mahrouk et la muraille occidentale

Nous sommes enfin sorti de l’étouffante médina pour aller admirer les remparts depuis l’extérieur. Nous sommes ici dans la partie ouest de la médina qui date du XIIIe siècle. Les remparts n’ont rien de très exotiques pour nous puisqu’ils sont identiques aux alcazabas qu’ont peut retrouver dans nos villes andalouses mais ça n’enlève rien au fait qu’ils sont impressionnants et super bien conservés. La place Mahrouk qui longe les remparts est un grand espace ouvert et beaucoup plus respirable que la médina. On peut y observer les premiers reliefs du Moyen-Atlas, le cimetière historique ainsi que le fort de Borj Nord. Au coucher du soleil, les familles se réunissent sur la place afin de profiter des derniers instants de « chaleur » avant la froideur de la nuit.

Jnan Sbil

Nous n’allions pas louper un des seuls espaces verts de la ville! Cette petite oasis de verdure de 7,5 hectares date du XVIe siècle mais la version que nous pouvons observer aujourd’hui date du XIXe siècle. Le jardin se situe directement au pied de la médina et, même si ce n’est pas le parc le plus pittoresque que nous ayons visité, il vaut la peine d’y faire un petit détour juste pour voir des arbres, quelque chose de différent à Fès ainsi que les superbes mosaïques qui décorent le jardin.

Nous n’avons pas super accroché avec Fès. Oui, la ville est superbe, son patrimoine architectural est incroyable et son histoire est très riche, nous devons le reconnaître. Mais nous nous sommes sentis mal à l’aise dans cette médina bien trop serrée et étouffante. Nous avons également trouvé la ville trop « montagnarde ». Certes elle ne culmine « qu’à » 579 mètres d’altitude. Pour nous qui avons vécu dans les Alpes, c’est pratiquement la plaine! Mais contrairement aux villes ouvertes sur l’océan, nous la trouvons un peu repliée sur elle-même et plus conservatrice qu’ailleurs. C’est vrai que Fab y a été un peu malade et nous avons eu froid, ça n’a sûrement pas aidé à améliorer notre jugement.

La logique aurait voulu que nous visitions Meknès, la petite sœur de Fès située à une cinquantaine de kilomètres de là. Mais après la petite déception de Fès, nous avons choisi d’y renoncer. Nous n’avons, pour une fois, pas un temps extensible et nous voulons rejoindre la côte où nous espérons avoir des températures un peu plus douces.

Tanger, la porte d’entrée de l’Afrique

Quand on habite dans le sud de l’Espagne et surtout en Andalousie, une partie de notre histoire est intimement liée à l’Afrique du Nord. Ça faisait longtemps que nous voulions traverser le détroit de Gibraltar, lieu stratégique de notre région depuis l’Epoque Romaine pour aller découvrir ce qui s’y passe plus au sud et pour voir à quelle point notre passé est similaire.

Novembre étant un moins assez calme pour nous, nous avons sauté sur l’occasion afin de partir à la découverte d’une partie du Maroc. C’est un pays dont nous avons eu un premier aperçu dans la région de Marrakech en 2017, juste avant notre départ en tour du monde et dont nous en gardons une image plutôt positive. D’ailleurs, pour ceux qui nous suivent depuis le tout début, vous avez sûrement vu passer des articles à ce sujet. Suite à la refonte de ce blog, ils ont temporairement disparu! Nous allons les réécrire et les republier très bientôt, promis!

Bref, tout ça pour vous dire que nous avons finalement traversé le détroit de Gibraltar. Nous nous sommes rendus à Tarifa, à l’extrême sud de l’Europe continentale pour prendre un ferry qui nous emmène en à peine une heure à Tanger. La traversée coûte 40€ (38,65 CHF) par personne. Il y a la possibilité de partir depuis Algeciras pour un tarif beaucoup plus avantageux mais le ferry vous débarquera au port de Tanger Med qui comme son nom l’indique se situe en mer Méditerranée à 45 kilomètres plus à l’ouest de Tanger Ville qui se situe sur l’Atlantique directement au pied de la kasbah. La solution d’Algeciras peut toutefois être une bonne alternative si vous avez un véhicule.

Petite précision pour les personnes qui , comme nous, souffrent du mal de mer. Prenez vos précautions! Le bureau de douane marocaine se trouve sur le ferry et il est obligatoire d’y faire tamponner son passeport avant le débarquement à Tanger. Ce qui veut dire qu’il faut rester debout à faire la queue alors qu’on navigue sur un détroit souvent bien agité. Quand on a notre oreille interne qui fait des siennes, c’est loin d’être le top! Heureusement pour nous, nous avons pu embarquer bien avant le départ et nous avons pu passer la presque totalité du temps d’attente sur une embarcation à l’arrêt qui ne bougeait pas. Nous avons donc pu nous asseoir confortablement au hublot pour la traversée et être au premières loges, à l’arrivée, pour apercevoir un magnifique dauphin qui se prélassait dans les eaux tranquilles du port de Tanger!

En arrivant à Tanger, nous débarquons dans un port situé au pied d’une forteresse datant du temps des Arabes. C’est exactement la même image que nous avons eue en partant de Tarifa! Quand nous disions que nos histoires étaient liées! Avec ses maisons blanchies à la chaux et ses petites ruelles, Tanger peut faire penser aux Pueblos Blancos d’Andalousie.

Tanger

Même si ça nous démange d’aller explorer le Maroc plus en profondeur, nous nous arrêtons tout de même une journée à Tanger pour différentes raisons. Pour Fabien, ce périple a tout d’un pèlerinage familial puisque sa maman et ses tantes, que nous embrassons bien fort, sont nées dans cette ville à l’époque du protectorat espagnol.

Tanger a l’air d’une ville relativement modeste mais ne vous y trompez pas! C’est le deuxième poumon économique du pays après Casablanca. Sa position privilégiée sur le détroit de Gibraltar, ses activités portuaires autant sur l’océan Atlantique qu’en mer Méditerranée ainsi que son commerce florissant avec l’Europe en font une ville riche et dynamique. A part les minarets qui nous indiquent que nous avons changé de culture, nous n’avons pas vraiment l’impression d’avoir débarqué en Afrique.

La medina

Tanger a une histoire de ouf depuis la nuit des temps et ça se ressent dans l’âme de la ville et dans les ruelles de la médina. Ce sont les Phéniciens qui ont fondé la ville, comme Cádiz située presque en face, ce qui veut dire que Madame fête plus de trois mille ans d’histoire, de guerres, de conquêtes et aussi de prospérité. Au IVe siècle avant Jésus-Christ, la ville devint un important comptoir carthaginois qui profitait déjà de sa position privilégiée sur le détroit de Gibraltar. A la chute de Carthage, la ville intègre le royaume de Maurétanie (avec un « é », à ne pas confondre avec la Mauritanie, avec un « i », qui est le pays plus au sud) un royaume berbère qui devint ensuite une province romaine. Après un bref passage dans l’empire byzantin ainsi qu’une petite invasion des Wisigoths, Tanger se fait prendre par les Ommeyades de Damas qui en firent leur point de départ pour aller conquérir la péninsule ibérique. Divers royaumes arabes se sont disputés Tanger durant les siècles de domination musulmane. Puis, au XVe siècle, Tanger connut aussi sa Reconquista! Pas par les rois d’Aragon comme en Espagne mais par les Portugais qui ont quand même dû s’y prendre à trois fois avant de s’en emparer! Ces derniers la cédèrent à l’Angleterre deux siècles plus tard comme dot pour le mariage royal anglo-portugais en 1661. Mais les Anglais n’en profitèrent pas et trouvèrent son occupation inutile et trop coûteuse. (c’est de l’humour anglais certainement!) Ils la cèdent donc à l’Empire Chérifien de l’époque qui correspond plus ou moins au Maroc actuel.

A la fin du XIXe siècle, toutes les puissances coloniales européennes se disputent le Maroc et plus particulièrement Tanger toujours à cause de sa position stratégique. Ce qui amène à pléthore d’accords et de traités plus ou moins respectés jusqu’en 1923 où les négociations aboutissent enfin et où Tanger devient une zone internationale affranchie des droits de douane. La ville possède son autonomie financière et est administrée internationalement par le Maroc, les puissances coloniales européennes ainsi que par les Etats-Unis. En 1940, le général Franco, dictateur de l’Espagne qui possède déjà un protectorat sur tout le nord du Maroc s’empare de Tanger pour permettre à son allié, l’Allemagne nazie, d’y installer un consulat et d’en faire une base arrière. En 1945, sous la pression des Alliés, Franco doit se retirer et Tanger redevient une ville internationale jusqu’en 1956 où le Maroc obtient enfin son indépendance.

Si vous avez eu le courage de lire tout notre pavé, félicitations! Mais l’histoire est trop passionnante pour qu’on y passe à côté. C’est surtout l’aspect de ville internationale qui nous a fasciné! Même si nous savons pertinemment que c’était quand même une forme de colonisation.

Vous pouvez maintenant profiter des photos de la médina. Elle date principalement des différentes périodes arabes mais on peut quand même noter quelques influences européennes. Elle est construite sur un grand promontoire rocheux qui domine l’océan. Ce qui en fait un endroit très mal plat! Donc munissez vous de bonnes chaussures ainsi que d’une bouteille d’eau pour pour profiter à fond des petites ruelles toutes plus belles les unes que les autres!

La kasbah

Au Maghreb, une kasbah signifie une citadelle fortifiée. C’est l’équivalent de nos alcazabas espagnoles. Celle de Tanger est assez récente puisqu’elle ne date que du XVIIe siècle. Certes, la ville a eu été fortifiée auparavant mais les murailles qui nous restent datent de l’époque du sultan Moulay Ismail, celui qui a récupéré Tanger après le départ des Britanniques. La grimpette pour accéder à la kasbah par les ruelles de la médina se mérite mais elle vaut la peine. Les murailles sont magnifiques et la vue sur le port, la baie et, par beau temps, sur la côte espagnole est superbe.

Côté mer

Même si les principaux intérêts de Tanger restent la médina et la kasbah, il peut être agréable de se promener au pied des remparts, en bord de mer. Avec la construction du port de Tanger Med situé quarante-cinq kilomètres plus à l’est qui, avec sa capacité de neuf millions de containers, est le plus grand port industriel d’Afrique et de Méditerranée, le port de Tanger Ville s’est reconverti en port de pêche et port de plaisance bordé de restaurants de poissons et c’est assez sympa! Tanger se trouve un petit peu en retrait du détroit de Gibraltar, côté Atlantique dans une baie abritée, ce qui la dispense des forts vents comme à Tarifa. On peut clairement distinguer sur les bâtiments du fronts de mer qui datent du début du XXe siècle les influences françaises et andalouses.

Tanger n’a pas le prestige des villes impériales marocaines plus connues mais elle mérite tout de même une visite. Nous devons quand même reconnaître que pour le dépaysement, on repassera. Depuis que nous vivons en Andalousie, les maisons blanches et l’architecture mudéjar font partie de notre quotidien. (Oh les gros blasés!) Heureusement qu’il y a les tajines et les appels à la prière qui nous rappellent que nous avons quand même changé de pays et de continent!

Il est totalement possible d’y passer une journée en faisant l’aller-retour depuis Tarifa en fast ferry. Il faut compter une petite heure pour la traversée même si la publicité vous fait croire que le trajet ne dure que trente-cinq minutes! Pour que ce soit le cas, il faut que la mer soit calme comme un lac. Avec les forts courants qui balaient constamment le détroit, ça n’arrive jamais!