Cordoue, la petite Jérusalem andalouse

Avant d’attaquer cet article, nous allons juste faire une petite mise au point linguistique sur notre titre. En effet, nous préférons généralement utiliser le nom des villes dans leur langue originale, surtout si elle est latine, mais comme nous avons déjà un article intitulé Córdoba, sur la ville du même nom en Argentine, nous voulions éviter toute confusion.

Voilà, ces considérations linguistiques étant réglées, nous pouvons entrer dans le vif du sujet : la visite de la belle ville de Cordoue (ou Córdoba si vous préférez).

Córdoba, c’est la carte postale typique de l’Andalousie : des maisons de type andalou blanchies à la chaux, de l’architecture mudéjare à chaque coin de rue, une juderia (quartier juif), un climat semi-désertique, des patios fleuris et un centre historique de ouf.

Cette fois, nous inversons les rôles par rapport à Grenade, c’est Van qui avait visité la ville en coup de vent, toujours en 2006 (on ne rajeunit pas!) tandis que Fab avait pris plus de temps sur place et eut un véritable coup de cœur pour Córdoba.

Le Centre historique

Le centre historique, un des plus grands d’Europe et le deuxième d’Espagne après Séville, est un véritable musée à ciel ouvert! Pour cause, Córdoba a été la capitale d’Al-Andalus, le royaume arabe de la péninsule ibérique, au temps de sa splendeur. La vieille ville a d’ailleurs été inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Il suffit juste de déambuler à travers les petites ruelles bordées de maisons blanchies à la chaux pour découvrir des milliers de trésors architecturaux ou décoratifs. Par contre, ayant visité la ville en temps de Covid-19, beaucoup d’édifices sont fermés ou ouvert sur rendez-vous avec des horaires très restreints.

Plaza de la Corredera

Et non, ce n’est pas la Plaza Mayor de Madrid même si la ressemblance est troublante! C’est une énorme place de 113 mètres de long et de 55 mètres de large qui date du XVIIe siècle. C’est un architecte de Salamanca (Castille-et-León, nord de l’Espagne) Antonio Ramos Valdés qui conçut les dessins de la place. Voilà pourquoi, elle ressemble beaucoup à certaines grandes places de villes du nord de la péninsule ibérique. Aujourd’hui, elle est principalement utilisée pour des manifestations festives (hors Covid, évidemment!)

Le temple romain

Déjà à l’époque romaine, Córdoba était une ville importante puisqu’elle était la capitale de la province d’Hispanie Ultérieure qui couvrait grosso modo l’actuelle Andalousie ainsi que l’Algarve. (sud du Portugal) A la place de ces superbes colonnes corinthiennes en marbre devait se trouver la mairie. Mais lors de sa construction dans les années 1950, les vestiges d’un temple romain apparurent faisant stopper les travaux. Le temple date de l’époque des empereurs Claude et Domitien. Córdoba regorgerait de ruines romaines mais elles n’ont pas encore fait l’objet de fouilles archéologiques.

Le musée archéologique

En plein cœur du centre historique, à l’emplacement même de l’ancien théâtre romain, se trouve le musée archéologique complètement rénové entre 2020 et 2021. On y trouve de superbes pièces datant de la préhistoire (les Ibères), de l’époque romaine, de l’époque d’Al-Andalus ainsi que des premières années de la Reconquista. C’est super intéressant et ça retrace une bonne partie de l’histoire de la province de Córdoba. En plus, l’entrée est gratuite pour les ressortissants de l’Union Européenne!

Petit fun fact : une partie des pièces ont été récupérées à la suite d’un coup de filet de la police locale qui a démantelé un grand réseau de recel de pièces historiques dans toute la région!

Le pont romain

Le pont d’origine date, comme son nom l’indique de l’époque romaine, plus ou moins de l’an 45 avant notre ère. Mais il fut détruit au Xe siècle. Les califes maures (les musulmans donc) le reconstruisirent quasiment à l’identique. Le pont eut droit à plusieurs rénovations à travers les siècles depuis la Reconquista (la conquête catholique du sud de l’Espagne dès le XIIIe siècle) jusqu’en 2008. Il traverse le Guadalquivir, le cinquième fleuve de la péninsule ibérique et le plus important d’Andalousie. Sur la rive gauche, on accède au pont par la Torre Calahorra, une superbe tour fortifiée datant du XII. Lors d’une rénovation au XVIIIe siècle, les catholiques y ajoutèrent une statue de l’archange Raphael. En plus d’être vraiment beau, cet ouvrage offre un superbe point de vue sur la Mezquita, le centre historique et la Sierra Morena en arrière-plan.

Les moulins du Guadalquivir

Le long du Rio Guadalquivir, dans toute la province de Córdoba, se trouvent les vestiges de quelques moulins datant de l’époque romaine jusqu’au XVe siècle. Vu le climat aride de la région, la farine était considérée comme l’or blanc à l’époque. Certains moulins ont été restaurés mais la plupart ont volontairement été privés de rénovations car diverses espèces d’oiseaux en ont fait leur lieu de villégiature et les autorités ont décidé de reconvertir ces lieux en réserves naturelles.

Côté Arabe

Pendant la période musulmane, Córdoba prit encore de l’importance en devenant la capitale du califat de Cordoue qui, du temps de sa splendeur, comprenait les territoires actuels du sud de la Catalogne, l’Aragon, la Castille-la-Manche, la Communauté Valencienne, la région de Murcia, l’Andalousie, l’Estrémadure, les Baléares, la partie sud du Portugal depuis Porto, toute la pointe de Tanger ainsi que Melilla. De quoi bien se la péter! Les califes de Cordoue appartenaient à une branche des Omeyyades, des gars de Damas qui ont régné sur tout le monde arabe pendant des siècles! Rien que ça!

Aujourd’hui, une bonne partie du centre historique garde des témoignages architecturaux de cette époque faste.

La mezquita

C’est le bâtiment emblématique de Córdoba! Mezquita signifie mosquée en espagnol. Donc c’est encore une cathédrale construite sur une mosquée. Mais pas seulement! A la base, c’était un temple romain dédié au dieu Janus qui était le dieu des commencement, des fins, des choix et des portes. (Oui, les Romains avaient un rapport particulier avec les portes!). A la chute de l’empire, les Wisigoths (des espèces de barbares germaniques venus conquérir la péninsule ibérique) en ont fait une cathédrale catholique dédiée à St-Vincent vers 584. Ce n’est qu’en 714 que l’église fut transformée en mosquée et de manière plutôt pacifique puisque les musulmans signèrent un accord avec les Wisigoths leur permettant d’exproprier la cathédrale. La première mosquée fut achevée en 786 mais fut agrandie trois fois jusqu’en 987. Elle devint alors la deuxième plus grande mosquée du monde après celle de la Mecque! Lors de la Reconquista, en 1236, le roi Ferdinand III de Castille en refit une cathédrale de culte catholique qui est encore en vigueur aujourd’hui même si des commissions islamiques revendiquent le droit aux musulmans d’y prier, ce qui est, pour l’instant, formellement interdit.

Ce qui est vraiment fou avec ce bâtiment, c’est que l’architecture arabe n’a pas été détruite ou cachée durant la Reconquista, les catholiques y ajoutèrent juste quelques détails baroques typiques de l’époque. On peut y observer le mélange de ces deux styles totalement différents comme, par exemple, une porte de forme islamique ornée d’une fresque de la Renaissance racontant un passage de la Bible.

Le patio des orangers

C’est la cour intérieure de la mezquita et on y trouve, comme son nom l’indique des orangers, mais aussi des cyprès. A l’époque musulmane, c’était la salle des ablutions mais elle était également utilisée comme medersa (sorte d’école coranique) pour les enseignements islamiques ainsi que pour les jugements de la charia. C’est du patio qu’on a la plus belle perspective sur le clocher haut de cinquante quatre mètres. Oui, c’est l’ancien minaret de la mosquée mais comme il a été en partie détruit au XVIIe siècle lors de la transformation de l’édifice en cathédrale, ça ne se voit plus trop contrairement à la Giralda de Séville.

L’accès au patio se fait librement, il n’y a pas besoin d’acheter les tickets d’entrée pour la mosquée.

L’intérieur

Malgré plusieurs séjours à Córdoba, nous n’avions pas eu l’occasion de visiter l’intérieur de la mezquita avant cet hiver 2024. Soit c’était fermé pour cause de feria, soit c’était en pleine rénovation, soit c’était limité pour cause de Covid-19. Nous sommes toujours les spécialistes des mauvais timings!

Bref nous avons finalement découvert ce joyau architectural de l’intérieur pour un prix d’entrée de 13 euros.

L’intérieur est une grande salle hypostyle (salle couverte soutenue par des colonnes) comme une grande partie des temples égyptiens. A Cordoba, rien ne nous rappelle les pharaons mais plutôt les émirs, les souks, les épices et les appels à la prière. Toutes ces colonnes et arcades en forme typique de serrure sont impressionnantes et donnent une perspective incroyable. La salle est énorme et doit être bien fraîche durant les grosses chaleurs estivales. Lors de notre visite hivernale, nous avons eu froid malgré des températures très douces à l’extérieur. Si vous venez en hiver, pensez à prendre une couche supplémentaire!

L’ensemble possèderait plus de 850 colonnes qui formeraient pas moins de onze nefs. Nous n’avons pas compté mais nous confirmons que c’est immense!

Malgré cet héritage musulman bien présent vous devez quand même vous douter que les catholiques n’ont pas laissé cette mosquée telle quelle lors de la Reconquista! Effectivement, au XVIIe siècle, la mezquita a subi quelques transformations, et pas des moindres! Le baroque était à la mode et les architectes de l’époque en ont, à notre avis, un peu abusé! Pourtant, nous adorons le baroque! Certes, un peu partout en Europe, la Renaissance a un peu exagéré avec les fioritures et les peintures mais là c’est vraiment abusé! Le contraste est vraiment saisissant et nous n’étions pas prêts!

Objectivement, c’est quand même superbe et certains détails sont dignes de travail d’orfèvre. Nous avons juste eu l’impression de visiter deux édifices complètement différents. Sachant que plusieurs rois de Castille ont leur sépulture à l’intérieur des chapelles, nous imaginons que les artistes aient dû mettre le paquet pour la déco!

N’oublions pas les juifs!

Nous pourrions presque comparer Córdoba à Jérusalem tant les trois religions monothéistes ont joué un rôle important dans la culture de la ville. Les juifs séfarades (ceux originaires de la péninsule ibérique) étaient installés à Cordoue depuis l’époque romaine déjà. Ils ont vécu en plus ou moins bonne entente avec les musulmans mais c’était chacun son quartier! Les juifs étaient alors repoussés à l’extérieur du centre-ville. Ils ont pu regagner leurs anciens quartiers du centre-historique, appelés la Juderia, avec l’arrivée de Ferdinand III de Castille et la Reconquista. Mais le couperet tombe en 1492 avec le décret de l’Alhambra où les rois catholiques signent le bannissement de toutes les communautés juives (et toutes les autres non catholiques) de leur royaume. Décret qui ne fut abrogé qu’en 1967! Aujourd’hui, il ne reste juste quelques vestiges de la communauté juive dont la synagogue.

La synagogue date du XIVe siècle et a été construite dans le style mudéjar. D’ailleurs, si ce n’était pas indiqué, jamais nous n’aurions deviné que c’était une synagogue! Après l’expulsion des juifs, le bâtiment fut utilisé comme hôpital pour les patients atteints de la rage. C’est une des trois seules synagogues d’avant le décret de l’Alhambra encore existante en Espagne, les deux autres se trouvant à Toledo.

L’Alcazar des rois chrétiens

Il y avait une ancienne forteresse mauresque à cet emplacement mais il n’en reste pratiquement plus rien. L’alcazar actuelle date complètement de l’époque catholique (1328 environ) et a été renforcée pendant les diverses guerres qu’a connu le royaume d’Espagne. Sous le règne d’Isabelle la Catholique, le palais sert de tribunal à l’Inquisition et des salles d’interrogatoire et de torture y sont aménagées. C’est également dans ce bâtiment que Christophe Colomb s’est entretenu, à la même époque, avec le couple royal au sujet de l’expédition qui devait l’emmener en Amérique. (Et dire qu’à ce moment, il pensait rejoindre les Indes!) Au XIXe siècle, l’édifice devint une prison avant de devenir un bien historique sous la dictature franquiste.

Les patios

S’il y a bien quelque-chose dont Córdoba est fière, en plus de tout ce que nous venons de parler, ce sont ses patios! Un patio, c’est une petite cour intérieure, souvent avec une fontaine dans son centre, ornée d’arcades, de mosaïques et de fleurs. C’est typique de l’architecture de Cordoue et c’est un vrai havre de fraîcheur lors des températures caniculaires qui sont fréquentes dans la région.

S’il y a une activité à faire à Córdoba (mais avec discrétion!), c’est de jeter un coup d’œil furtivement dans chaque ouverture de porte ou de fenêtre car il y a souvent un magnifique patio à l’intérieur même si la maison paraît modeste au premier abord.

La fiesta de los patios

Chaque année pendant la deuxième semaine du mois de mai, se déroule la fête des patios. Plus d’une cinquantaine de maisons du centre historique ouvrent leurs patios au public pour cette occasion. Il y a même un concours du patio le mieux décoré et le mieux fleuri de Córdoba. Nous ne savons pas sur quels critères se base le jury pour l’attribution des prix car, à nos yeux, ils sont tous plus beaux les uns des autres. La plante star est le géranium planté dans des petits pots traditionnels accrochés à la paroi mais il y a également un grande variété de fleurs qui y est représentée.

Cette fête attire beaucoup de monde. L’UNESCO l’a d’ailleurs inscrite sur le site de son patrimoine culturel immatériel. Nous vous conseillons d’y aller pendant les jours de semaine et pendant l’ouverture du matin soit entre onze et quatorze heures. La visite des patios est gratuite mais vous pouvez laisser quelques pièces de monnaie si ça vous a particulièrement plu.

Gastronomie locale

Córdoba a un centre historique de ouf et une histoire richissime mais ça ne lui suffit pas. Il faut en plus qu’elle ait sa propre gastronomie! Il a bien fallu que nous aillions voir ça de plus près surtout qu’elle a l’air plus créative que la cuisine espagnole. Nous avons testé pour vous :

– Le salmorejo córdobes : c’est une variante du gazpacho andalou (oui, Córdoba doit avoir son propre gazpacho). C’est une soupe de tomate froide à l’ail et à l’huile d’olive épaissie par de la mie de pain qui lui donne une texture crémeuse. On la sert en général avec des miettes d’oeufs durs et des petits carrés de jamon ibérico. (le jambon cru espagnol). C’est super bon et super frais pour les chaudes journées d’été qui dure presque toute l’année à Córdoba.

– La mazamorra cordobés : le houmous local sauf que les pois chiches sont remplacés par des amandes. C’est servi avec de l’huile d’olive et des raisins secs. Ça se marie parfaitement bien avec les « picos » andalou qu’on vous sert avec le pain dans chaque restaurant d’Andalousie.

– Le pastel de Córdoba : une pâtisserie qui nous rappelle les saveurs du Moyen-Orient avec sa farce de fruits confits et sa cannelle. En général, elle se mange le 17 novembre lors de la fête patronale de la ville. C’est un régal pour nos papilles gustatives mais, pour notre indice glycémique, euh… mieux vaut ne pas savoir!

Nous n’avons pas tout goûté mais à Córdoba, on peut trouver des aubergines du calife (caramélisées au miel), du flamenquin (une sorte de cordon bleu) et, quelque-chose qui ne nous attire pas trop, du rabo de toro (oui, c’est bien de la queue de taureau!)

Waw! Nous en avons pris plein les yeux et les papilles durant nos différentes visites de Córdoba! Ce n’est pas aussi grandiose que Séville ou pittoresque que Granada (quoique!) mais la ville mérite amplement qu’on s’y arrête quelques jours. Voire plus pour découvrir les alentours, mais ça, nous vous en parlerons plus tard.

Córdoba est une visite à faire lors d’un séjour en Andalousie. Elle se visite parfaitement à la journée depuis Séville ou Málaga grâce aux trains à grande vitesse qui la relient à ces deux villes en moins d’une heure. Elle a un caractère plus de l’arrière pays et plus villageois comparé à ses deux grandes sœurs mais elle ne manque pas de charme et d’histoire.

Casablanca et la cité portugaise d’El Jadida

Depuis Rabat, nous continuons notre route encore plus au sud! Que voulez-vous, c’est notre point cardinal préféré! Nous ne changeons pas une équipe qui gagne et reprenons notre moyen de transport préféré et le plus pratique au Maroc : le train. Il y a évidemment l’Al Boraq (le TGV marocain) qui relie les deux plus grandes villes du pays en un temps record mais nous avons choisi l’option slow travel avec le train de banlieue qui nous a amenés à destination en un peu plus d’une heure.

Comme pour la capitale, il y a la subtilité des gares à Casablanca. La gare principale est Casa-Voyageurs qui est la gare TGV et qui est excentrée. Si vous voulez être près du centre, la gare appropriée est Casa-Port mais qui n’est pas desservie par la ligne à grande vitesse. Au pire, il y a un très bon réseau de tram qui vous emmènera au centre depuis Casa-Voyageurs.

Notre but se situe encore plus au sud mais il est plus pratique est meilleur marché de dormir à Casablanca. C’est la plus grande ville du pays ainsi que son centre financier le plus important. C’est également la plus grande ville du Maghreb et la cinquième d’Afrique. Elle n’a pas bonne réputation au niveau touristique car, comparé à toutes les merveilles que compte le Maroc, elle n’offre que très peu d’intérêt. Casablanca a été bombardée presque entièrement lors des insurrections de 1907 et a été reconstruite au cours du XXe siècle dans un style moderniste assez moche. Rien à voir avec les joyaux architecturaux des villes impériales qui font la renommée du Royaume Chérifien!

Mais vous nous connaissez : tant que ce n’est pas trop craignos, nous adorons allez fouiner dans tout ce qui a mauvaise réputation!

Place Mohamed V

Nous commençons notre visite en passant par l’impressionnante place Mohamed V. Elle se situe au cœur du quartier administratif de Casablanca. Elle a été érigée juste après la Première Guerre Mondiale par les Français au début de leur protectorat sur le Maroc. Ce n’est pas la place la plus pittoresque que nous ayons vue mais c’est un endroit où la population locale (et tous les pigeons de la région apparemment!) vient flâner au coucher du soleil et l’ambiance y est assez sympa.

Parc de la Ligue Arabe

Casablanca est une grande ville un peu étouffante. Nous avons donc été contents d’y avoir trouvé un parc avec un peu de verdure. Ce parc de trente hectares a été aménagé par les Français en 1921. A l’époque, il s’appelait Lyauthey en l’honneur du maréchal Hubert Lyauthey qui fut un des acteurs principaux de la colonisation du royaume chérifien. Après l’indépendance, il prit le nom de la Ligue Arabe.

En bordure du parc, se dresse l’église du Sacré-Cœur érigée en 1930, toujours par les Français évidemment, dans un joli style art-déco. Sa façade est d’une blancheur immaculée comme beaucoup de bâtiments de la ville. Elle a été désacralisée et accueille aujourd’hui des expositions et des manifestations culturelles.

La médina

Même si ça ne vaut de loin pas Fès ou Rabat, Casablanca possède une modeste médina qui vaut le détour. C’est l’endroit idéal si vous voulez voir un vrai souk, c’est-à-dire un marché complètement anarchique où on y vend des denrées alimentaires, des habits ou de l’huile d’argan à la criée et pas des stands « d’objets artisanaux locaux made in China ». D’ailleurs, en tant que rares touristes nous n’intéressons pas trop les vendeurs et nous traversons la vieille ville sans être trop dérangés.

La médina se trouve à l’emplacement de l’ancienne ville portugaise et de l’ancien quartier juif. On peut y voir les restes de la muraille qui entourait la ville sur quatre kilomètres. Bref, Casablanca ne vaut pas le détour pour sa médina mais si vous y êtes déjà, allez y faire un tour, vous y trouverez un peu de Maroc « authentique ».

Grande mosquée Hassan II

S’il y a bien un incontournable à Casablanca, c’est la mosquée Hassan II! Elle date de 1993, a été érigée en partie sur l’océan et occupe un espace de plus de neuf hectares! Elle est nommée d’après Hassan II, le précédent roi et père du roi actuel et son minaret culmine à plus de deux cents mètres. C’est une des plus grandes mosquées du monde! Le minaret est d’ailleurs le plus haut du monde. Sa salle de prière peut accueillir 25’000 fidèles et l’esplanade plus de 80’000 personnes. En un mot : impressionnant!

La couleur dominante de la mosquée est le vert, couleur de l’islam qui a été utilisée dans les mosaïques décoratives que nous trouvons particulièrement belles.

Un des points de vue sympa sur la mosquée est la corniche, une jolie promenade au bord de la mer. Ça permet aussi de prendre un peu d’air marin et d’échapper à la pollution de la ville. Mais en ce mois de novembre, malgré une météo assez clémente et ensoleillée, l’océan Atlantique est déchaîné et nous recevons des embruns vraiment glacés! D’ailleurs, la mosquée elle même souffre de l’humidité et des caprices de l’océan et son entretien s’avère un vrai défi.

El Jadida

Si nous nous sommes arrêtés à Casablanca, c’est pour aller visiter El Jadida située à une centaine de kilomètres plus au sud. Les deux villes sont très bien reliées par le train et il faut compter une heure et demie de trajet. Par contre, la gare d’El Jadida est située à cinq kilomètres de la forteresse et il n’y a pas de transports publics. Evidemment, une horde de taxi vous attend à l’arrivée du train et c’est sûrement assez facile à négocier mais nous décidons d’y aller à pied, c’est tout plat et il y a des trottoirs partout. Pour le retour, nous avons trouvé, après moult recherches, un bus qui nous a rapproché de la gare mais nous avons quand même dû parcourir le dernier kilomètre à pied.

La cité portugaise de Mazagão

El Jadida a été fondée par les Portugais au XVIe siècle sous le nom Mazagão francisé en Mazagan. Toute la cité entourée par les remparts est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les bâtiments datent de la Renaissance portugaise dans un style dit manuélien, du nom de Manuel Ier, roi du Portugal de l’époque. L’ensemble est un peu défraîchi mais ne manque pas de charme, bien au contraire! Le coin n’a pas encore succombé au tourisme de masse et le centre n’a pas été transformé en musée et en Airbnb. La population locale est vraiment adorable et toute contente de pratiquer un peu de français avec nous. Même les enfants nous accueillent avec des joyeux « Bonjour »! Nous avons d’ailleurs été hallucinés par leur très bon niveau dans la langue de Molière alors que certains d’entre eux doivent avoir juste huit ans!

Les lieux de culte

Une des particularités de la cité d’El Jadida c’est que, sur la place centrale, la grande mosquée fait face à l’église catholique Notre-Dame de l’Assomption. Cette dernière date du XVIe siècle comme le reste de la cité et possède l’architecture typique de la Renaissance Portugaise. Elle est encore en activité aujourd’hui et la messe y est parfois donnée en français. Quant à la mosquée, elle a été construite au début du XIXe siècle après le départ des Portugais.

Cette place est un très bel exemple de tolérance religieuse.

Les remparts

La cité d’El Jadida est, encore aujourd’hui, entourée de remparts superbement conservés. On les doit évidemment aux Portugais qui ont fortifié la ville dès sa construction au XVIe siècle. Le truc vraiment cool à faire c’est de se promener sur la muraille d’où on a une superbe vue sur la vieille ville, sur le port et sur l’océan Atlantique.

Nous avons eu un véritable coup de cœur pour El Jadida! Même si c’est assez petit et ne nécessite qu’une petite journée de visite, ça vaut amplement le détour. Casablanca nous a bien plu aussi. Certes ce n’est pas pittoresque mais la ville a une vraie âme et nous y avons été sensibles.

El Jadida sera le point le plus méridional de notre trip marocain. Nous avions pensé descendre jusqu’à Marrakech. Le festival du film qui fait monter les prix des logements, un estomac un peu en vrac et un timing un peu serré nous y ont fait finalement renoncer. Nous avons décidé de rentrer au bercail. D’ailleurs, nous avons testé pour vous : Casablanca – Séville se fait parfaitement en une journée par voie terrestre. Départ à 11 heures tapantes de la gare de Casa-Voyageurs et arrivée à 19 heures à la station de bus de Plaza de Armas. Bon, nous avons eu un gros coup de stress à Tanger car notre TGV avait une heure de retard ce qui a bien réduit notre marge de manœuvre. Mais nous avons finalement pu prendre notre ferry comme prévu et rentrer sans encombre dans notre chère capitale andalouse.

Rabat, entre dynamisme moderne et traditions séculaires

Nous quittons Fès et la montagne sans trop de regrets avec notre moyen de transport préféré : le train. Cette fois, le trajet n’est pas trop long et le train relativement confortable. Nous sommes par contre hallucinés par le paysage : avec ses collines recouvertes d’oliviers, la région ressemble à s’y méprendre à notre Andalousie de tous les jours! Nous ne sommes pas encore assez au sud pour voir les magnifiques paysages désertiques qui font la renommée du Maroc.

Petite info pratique pour le train : si vous voulez visiter la ville demandez un billet pour la gare de Rabat-Ville qui est assez bien centrée, sinon on aura tendance à vous vendre un titre de transport pour Rabat-Agdal qui est la gare TGV et qui est un peu excentrée. Ça ne change pas vraiment le prix du ticket mais ça pourrait vous induire en erreur.

Arrivés à Rabat, l’ambiance change complètement! La douceur de l’océan Atlantique nous fait déjà gagner quelques degrés et c’est bien agréable en ce mois de novembre. Nous sommes ici dans la capitale du royaume et ça se voit. Même le quartier de la gare est beau, propre, agréable et tout neuf. Des deniers que perçoit le royaume chérifien, c’est Rabat qui se sert en premier!

La médina et le souk

Toute la partie historique de Rabat est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Contrairement à notre attente, le quartier du souk n’est pas trop touristique et il ne s’y vend pas des babioles pour touristes mais plutôt des affaires de tous les jours pour les locaux. Les stands de bouffe ont également la part belle par ici. La médina date du Xe siècle et a été fondée par les Almoravides, les mêmes qui occupaient l’Andalousie à l’époque musulmane, mais elle ne prit son essor qu’au XIIIe siècle. Malgré la fraîcheur du mois de novembre, le rythme de vie dans la médina ressemble beaucoup à nos étés andalous. C’est très calme pendant la journée, voire même fermé à certains endroits pour mieux se réveiller entre les deux appels à la prière du coucher du soleil. Le seul hic est qu’il est difficile de se repérer dans les ruelles bordées de façades blanchies à la chaux, nous avons l’impression qu’elles se ressemblent toutes!

La kasbah des Oudayas

Cette splendide forteresse qui surplombe l’océan Atlantique nous vient également des Almoravides et date du XIIe siècle. Mais ce sont les Almohades, une tribu berbère à qui on doit notamment nos alcazars de Séville et de Jerez de la Frontera, qui en firent une place militaire forte et qui envoyèrent des soldats continuer la conquête de la péninsule ibérique. Au XVIIe siècle, le roi Philippe III expulsa tous les musulmans d’Espagne dont une bonne partie vint se réfugier à l’intérieur de la kasbah. Les nouveaux venus en firent un état indépendant : la république de Bouregreg du nom du fleuve au pied des remparts qui, aujourd’hui, sépare la ville de Rabat à celle de Salé. Cette république était un repaire de corsaires et de pirates qui venaient vendre des prisonniers chrétiens. Les remparts sont d’une conservation incroyable et l’architecture almohade, bien que familière pour nous, est juste magnifique.

Borj es-Squala

Adossé à la kasbah des Oudayas, ce bâtiment militaire pourrait nous faire penser à certaines de nos forteresses espagnoles comme à Cádiz. Il y a un peu de cette influence puisque une bonne partie des musulmans ayant fui l’Andalousie après la Reconquista sont venus se réfugier à Rabat. Mais en vrai, ce fortin est typiquement arabe, en témoignent la forme de ses créneaux . Il date du XVIIe siècle et fut érigé par la dynastie Alaouite, la famille qui règne encore sur le Maroc de nos jours.

L’intérieur de la kasbah

L’intérieur de la kasbah est un peu plus aseptisée pour les touristes et possède quelques magasins de souvenirs. Mais franchement, ce n’est pas du tout exagéré et les vendeurs nous laissent tranquilles. Avec l’air de l’océan tout proche, se promener dans les petites ruelles est beaucoup moins oppressant qu’à Fès et nous sommes autant émerveillés par tous les détails architecturaux, notamment les nombreuses portes qui ont cette forme de serrure typiquement islamique.

Le clou du spectacle

Se promener sur les remparts permet aussi d’avoir une superbe vue sur l’océan Atlantique, sur l’embouchure du fleuve Bouregreg et sur l’autre rive, la ville de Salé, qui sert un peu de station balnéaire de Rabat. Nous sommes en novembre donc les ombres sont très allongées et l’océan est un peu tourmenté mais ça n’enlève rien à la beauté de la vue.

Le jardin d’essais botaniques

Vous commencez à nous connaître : dès que nous découvrons une tâche verte sur une carte, nous allons voir ça de plus près! Ce jardin a été fondé en 1991 par l’institut agronomique et vétérinaire du Maroc dans le but de conserver des espèces rares ou menacées du pays. Il y a plus de 700 espèces endémiques, sur plus de 3000 au total, réparties dans les diverses zones du jardin. Même si Rabat n’est pas du tout étouffante, ça fait quand même un bien fou de se promener au milieu des arbres sans aucun véhicule à proximité.

La tour Hassan

C’est LE symbole de la ville de Rabat! A la fin du XIIe siècle, le sultan Yacoub El Mansour, un peu mégalo sur les bords, projetait de construire la plus grande mosquée du monde. Mais il mourut en 1199 et son projet resta inachevé. En plus, le grand tremblement de terre de Lisbonne de 1755 détruisit une bonne partie de ce qui avait été construit. Aujourd’hui, il nous reste l’esplanade avec les ruines des colonnes qui devaient soutenir la mosquée ainsi que la tour inachevée qui se dresse quand même à quarante-quatre mètres de hauteur. Si ce minaret vous semble familier, c’est normal! Ses modèles ont été la mosquée Koutoubia de Marrakech ainsi que notre seule et unique Giralda de Séville! Il paraît même qu’il y a exactement les mêmes rampes d’accès à l’intérieur afin de permettre au muezzin de se rendre au sommet à cheval afin de faire ses appels à la prière.

Malgré l’inachèvement de la mosquée et les ruines, le lieu est encore utilisé comme lieu de culte aujourd’hui. Nous sommes d’ailleurs arrivés un vendredi juste après la grande prière et nous avons vu des centaines de fidèles sortir de l’esplanade par les deux petites portes que compte le complexe. Oui, nous avons toujours le don des timings chelous!

Au nord de l’esplanade se dresse un magnifique bâtiment d’architecture islamique. C’est le mausolée royal ou reposent les dépouilles du roi Mohammed V (le grand-père du roi actuel), le prince Moulay Abdallah (l’oncle du roi actuel) ainsi que le roi Hassan II (le père du roi actuel).

Rabat a été notre gros coup de cœur du Maroc. Nous avons été séduits par la richesse du patrimoine historique mais aussi par le dynamisme de la ville moderne. Rabat est une petite capitale, ce n’est que la deuxième ville du pays après Casablanca, et il y règne une douceur de vivre assez agréable. La ville est ouverte sur l’océan, elle n’est ni étouffante, ni congestionnée par le trafic. Il est très facile d’y être piéton. Pourtant, la ville est également moderne, dynamique avec une offre culturelle intéressante et les habitants sont vraiment adorables. A notre avis, Rabat est une étape incontournable de tout voyage dans le royaume chérifien.

Fès, la capitale spirituelle du Maroc

Pour se déplacer au Maroc, rien ne vaut le train! C’est facile, pratique, généralement à l’heure et relativement bon marché. A Tanger, la gare se trouve à environ trois kilomètres de la médina et il est facile d’y négocier un taxi qui vous y emmènera pour 20 ou 30 dirhams ( 1,80 / 2,75€ ou 1,75 / 2,60 CHF). Nous y avons été à pieds car nous avons fait un détour par la rue où habitait la famille de Fabien à l’époque du protectorat espagnol. C’est tout à fait faisable en marchant, la ville est très piétons friendly et les quartiers extérieurs de la ville ne sont pas du tout craignos.

La solution la plus rapide aurait été de prendre l’Al Boraq, le train à grande vitesse dont les rames sont exactement les mêmes que les TGV français, jusqu’à Kénitra puis changer pour un train normal jusqu’à Fès. Nous avons préféré prendre le train direct Tanger – Fès. Ben nous n’avons pas eu l’idée du siècle sur ce coup là. Ce n’est pas très confortable, ça n’avance pas et le paysage n’est pas très bucolique. Après quatre heures de trajet, nous arrivons enfin à Fès.

Nous décidons de nous dégourdir les jambes en rejoignant la médina à pieds depuis la gare. Décidément, ce n’était pas la journée des bonnes idées ce jour-là! Certes, la ville est autant piéton friendly que Tanger avec de grands trottoirs bien aménagés mais c’est loin, au bord de routes à grand trafic et c’est surtout mal plat! Nous sommes trop bien habitués à Séville qui est une ville sans aucun relief! Mais nous avons appris la leçon et avons pris un taxi pour redescendre à la gare. Les taxis officiels de Fès sont rouges et ils ont un compteur qu’il faut demander d’enclencher. Evidemment, lorsque nous avons demandé à notre chauffeur de mettre en route le sien il s’est mis en mode « Moi Français comprendre pas! » alors qu’il nous avait accueillis dans une langue de Molière quasi parfaite et qu’il écoutait une radio francophone dans sa voiture. Mais nous n’avons pas lâché l’affaire et il a fini par l’allumer son compteur. Le trajet nous a coûté 9,50 dirhams (0.85€ ou 0.80 CHF)

Fès est la troisième ville du Maroc et fait partie des quatre villes impériales du pays avec Meknès, Rabat et Marrakech. Ce qui veut dire qu’elles ont été, à un moment donné de leur histoire, la capitale du royaume chérifien. On considère également Fès comme la capitale spirituelle du Maroc à cause de la grande concentration de mosquées dans sa médina. Le centre-ville à l’intérieur des remparts est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Bab Boujloud

Bab Bouljoud est une des portes d’accès à la médina de Fès et une des plus connues. Elle date du XIIe siècle et est recouverte de mosaïques bleues représentant la couleur de la ville. Une fois passé cette porte, on se retrouve dans un souk qui vend beaucoup de camelote pour touristes et dont les vendeurs, à notre grand étonnement, ne sont pas trop portés sur le rabattage. Même Van qui a été se promener toute seule dans les ruelles de la médina un après-midi ne s’est pas trop faite embêter.

La médina abrite également les célèbres tanneries de peau qui servent à la fabrication du cuir qui fait la réputation de Fès. Nous avions évidemment prévu d’aller voir ça de plus près mais l’accès se fait par des terrasses privées dont l’entrée passe par les magasins d’articles en cuir tenus par une véritable mafia qui ne te laisse pas passer si tu n’as pas au moins acheté douze de leurs babioles. Nous savons que le fait de discuter, vendre, négocier fait totalement partie de la culture arabe mais nous avons horreur de cette façon de faire quand il s’agit d’essayer de pigeonner quelques touristes un peu trop naïfs. Bref, vous l’aurez compris, nous y avons renoncé. Nous avions déjà vu les tanneries de Marrakech et pour être honnêtes, ce n’est pas très pittoresque et l’odeur en émanant est juste abominable!

La médina

La partie la plus ancienne de la médina date du VIIIe siècle. Elle se situe au pied du Moyen-Atlas au croisement de routes commerciales de grande importance et était reliée à toutes les villes islamiques importantes de l’époque comme Bagdad, Samarcande, Palerme, Kairouan et bien sûr, notre belle Córdoba. La ville a participé à l’âge d’or intellectuel de la civilisation islamique dont en témoignent encore aujourd’hui un grand nombre d’universités.

On nous a dit que la médina possède 490 ruelles. Nous ne savons pas si c’est exact ou si c’est un peu exagéré pour impressionner le touriste lambda mais il y en a effectivement beaucoup de ces petites rues et il est très facile de s’y perdre! Prévoyez une application maps avant de vous y promener! Pour être honnêtes, nous avons trouvé la médina et son labyrinthe de ruelles très serrées très oppressants et nous n’avons pas apprécié tous les palais ainsi que tous les architecturaux à leur juste valeur.

Bab Mahrouk et la muraille occidentale

Nous sommes enfin sorti de l’étouffante médina pour aller admirer les remparts depuis l’extérieur. Nous sommes ici dans la partie ouest de la médina qui date du XIIIe siècle. Les remparts n’ont rien de très exotiques pour nous puisqu’ils sont identiques aux alcazabas qu’ont peut retrouver dans nos villes andalouses mais ça n’enlève rien au fait qu’ils sont impressionnants et super bien conservés. La place Mahrouk qui longe les remparts est un grand espace ouvert et beaucoup plus respirable que la médina. On peut y observer les premiers reliefs du Moyen-Atlas, le cimetière historique ainsi que le fort de Borj Nord. Au coucher du soleil, les familles se réunissent sur la place afin de profiter des derniers instants de « chaleur » avant la froideur de la nuit.

Jnan Sbil

Nous n’allions pas louper un des seuls espaces verts de la ville! Cette petite oasis de verdure de 7,5 hectares date du XVIe siècle mais la version que nous pouvons observer aujourd’hui date du XIXe siècle. Le jardin se situe directement au pied de la médina et, même si ce n’est pas le parc le plus pittoresque que nous ayons visité, il vaut la peine d’y faire un petit détour juste pour voir des arbres, quelque chose de différent à Fès ainsi que les superbes mosaïques qui décorent le jardin.

Nous n’avons pas super accroché avec Fès. Oui, la ville est superbe, son patrimoine architectural est incroyable et son histoire est très riche, nous devons le reconnaître. Mais nous nous sommes sentis mal à l’aise dans cette médina bien trop serrée et étouffante. Nous avons également trouvé la ville trop « montagnarde ». Certes elle ne culmine « qu’à » 579 mètres d’altitude. Pour nous qui avons vécu dans les Alpes, c’est pratiquement la plaine! Mais contrairement aux villes ouvertes sur l’océan, nous la trouvons un peu repliée sur elle-même et plus conservatrice qu’ailleurs. C’est vrai que Fab y a été un peu malade et nous avons eu froid, ça n’a sûrement pas aidé à améliorer notre jugement.

La logique aurait voulu que nous visitions Meknès, la petite sœur de Fès située à une cinquantaine de kilomètres de là. Mais après la petite déception de Fès, nous avons choisi d’y renoncer. Nous n’avons, pour une fois, pas un temps extensible et nous voulons rejoindre la côte où nous espérons avoir des températures un peu plus douces.

Une journée à l’Alhambra de Granada

Souvenez-vous, nous étions déjà venu faire un petit tour à Grenade en automne 2020, en pleine pandémie de Covid 19. A cause des mesures sanitaires en vigueur à l’époque, il fallait organiser bien à l’avance une visite à l’Alhambra car les places étaient super limitées. Ce qu’en tant que voyageurs à l’arrache, nous n’avions absolument pas fait et avons dû renoncer à découvrir ce monument emblématique.

Heureusement, la crise a fini par passer et nous avons pu remédier à ce manquement. Comme nous venions de la région valencienne où nous avons passé un peu de temps avec la famille de Fab, Granada nous paraissait un bon endroit pour un petit séjour avant notre installation à Séville. Surtout que nous adorons cette ville presque autant que la capitale andalouse et que nous adorons nous y perdre dans les ruelles de l’Albaycin!

Pour l’Alhambra, nous avons, cette fois, anticipé un peu plus et assuré le coup en prenant nos billets à l’avance sur internet.

Nous avons acheté les billets sur alhambra-patronato.es. Le prix d’entrée est de 19€ par personne pour un accès à toute l’Alhambra. Il existe également des entrées plus restreintes ou des visites guidées.

Depuis la ville basse, il faut se veiller à prendre la bonne direction et NE PAS se rendre du côté de l’Albaycin car il y a comme un petit canyon creusé par le Rio Darro entre le quartier arabe et l’Alhambra et vous devrez ensuite tout redescendre pour remonter de l’autre côté. Mais rassurez-vous, si vous suivez tous les panneaux qu’il y a en ville, il est quasi impossible de se tromper!

L’Alcazaba

Nous commençons notre visite par l’Alcazaba, le lieu le plus ancien de l’Alhambra. Ce que nous voyons aujourd’hui date du IXe siècle, de la période musulmane donc mais les archéologues pensent que l’endroit était déjà utilisé avant par les Visigoths et même les Romains bien qu’on ne dispose d’aucun vestige attestant ces dires. C’était la première résidence des seigneurs musulmans de Grenade qui fut de plus en plus fortifiée à chaque génération. Après la construction des autres palais de l’Alhambra, l’utilisation de l’Alcazaba devint purement défensif et militaire. Les rois catholiques, qui ne débarquèrent qu’à la fin du XVe siècle dans la région, l’utilisèrent également comme forteresse défensive. Elle fut pourtant laissée à l’abandon pendant des siècles avant qu’on recommence à s’intéresser à elle au début du XXe siècle où on commença à la restaurer dans un but purement culturel et historique.

Mais ces années d’abandon ont laissé des marques. C’est d’ailleurs le monument le moins bien conservé de l’Alhambra malgré les restaurations. C’est également le moins impressionnant. Mais il vaut quand même le coup d’œil et ça reste une sacrée forteresse! C’est une bonne idée de le visiter en premier parce que le reste est tellement ouf que cette pauvre Alcazaba fait un peu pâle figure à côté. Oui, on vient de vous spoiler la suite de notre article!

Si le bâtiment en lui même nous a laissé un peu sur notre faim, (#blasés de la vie!) la promenade sur les remparts nous a enchantés pour la vue qu’elle donne sur l’Albaycin, sur la ville basse et sur la Sierra Nevada. Si vous êtes, comme nous, assez fous pour y venir en été, pensez à prendre de quoi vous protéger du soleil car la muraille est très exposée et le soleil tape fort, même tôt le matin!

Palacio de Carlos V

En face de l’Alcazaba se dresse un énorme bâtiment du XVIe siècle de style Renaissance qui aurait plus sa place dans le centre de Florence qu’au milieu des palais mudéjars d’un ancien royaume musulman. Ce contraste architectural était volontaire et complètement assumé. Quand il ordonna sa construction afin d’en faire sa résidence, l’empereur Carlos V (connu sous le patronyme Charles Quint en français) voulut justement montrer la victoire des catholiques sur l’islam en faisant édifier ce plus pur produit de la Renaissance italienne. Il fit même détruire une partie des palais de l’Alhambra pour ça. Mais, d’après les historiens, c’était la partie la plus moche, ouf!

Si l’extérieur est carré et bien massif (et surtout impossible à bien photographier, sorry!), la cour intérieure est circulaire et ornée de colonnes en marbre que ne renierait pas la place Saint-Pierre de Rome. Lors de notre passage, la cour centrale était équipée pour un festival de musique avec une scène et des chaises très XXIe siècle mais nous avons quand même pu nous rendre compte de la beauté de ce palais que rien ne laisser présager depuis dehors. Il y a également le musée des beaux-arts à l’intérieur mais nous n’y avons pas été préférant visiter les palais.

Ce palais fait un peu figure d’OVNI au cœur de l’Alhambra mais il faut quand même aller y jeter un coup d’œil rien que pour les détails baroques. Avec le marbre, les galeries autour de la cour intérieure restent fraîches même pendant la canicule des étés andalous.

Les palais nasrides

On n’accède pas comme on veut à l’intérieur des palais. A l’achat des billets, on vous demandera de choisir une heure pour visiter ces palais car le nombre de personnes en même temps est limité dans un souci de conservation des monuments. Ne rêvez-pas! Limité ne signifie pas que vous serez tout seul non plus! On reste dans un endroit super connu et super touristique! Nous avons choisi d’y aller à midi et demi car c’est l’heure où tous les touristes du nord vont manger. Oui, c’est vrai ce n’est qu’un préjugé débile et vraiment limite mais notre raisonnement s’est pourtant avéré juste. Nous n’étions que des Méditerranéens à se trouver à l’intérieur des palais à ce moment là!

L’entrée des palais se trouve en contrebas du palais de Carlos V. Assurez-vous d’y être à l’heure! On ne vous laissera pas entrer en cas de retard! Qui a dit que les pays du sud n’étaient pas à cheval sur la ponctualité?

Les palais nasrides sont tout un complexe de palais reliés entre eux par des patios, ces fameuses cours intérieures andalouses. C’étaient les résidences de la dynastie nazarie, la dernière dynastie musulmane dans la péninsule ibérique dont les sultans venaient tous de Grenade qui était, à l’époque, la capitale du royaume du même nom, le dernier à avoir résisté à la conquête des rois catholiques jusqu’en 1492. S’il y a plusieurs palais c’est parce que chaque monarque à fait construire le sien, tout simplement. Nous en avons vu des palais, tous plus beaux les uns des autres, mais ceux-là resteront dans le top du top de tous ceux que nous avons visités!

Mexuar

L’accès se fait par le Mexuar le plus ancien des palais nasrides qui date vraisemblablement du XIIe siècle. A la construction des autres palais, il fut reconverti en palais de justice et en bureaux administratifs. Les salles de l’entrée servaient de salle d’attente à ceux qui venaient demander une audience. Ce qui nous impressionne, ce sont tous les détails ornementaux de style mudéjar, il sont vraiment superbes et d’une finesse incroyable!

Si la déco est indubitablement l’œuvre des Arabes, les azulejos (ces superbes mosaïques pleines de couleurs) ont eux été ajoutés par les rois catholiques après la Reconquista. D’ailleurs, sur l’image ci-dessous, on reconnait aisément une des colonnes d’Hercule représentant le détroit de Gibraltar avec la devise « Plus Ultra » ainsi que la couronne de Castille qui ornent, encore aujourd’hui, le drapeau espagnol.

Palacio de Comares

Ce palais du XIVe siècle est bâti autour d’un joli petit patio appelé Arrayanes., du nom des arbustes plantés en son centre. (Myrte lune en français) Malheureusement, Yusuf I de Granada, le sultan qui ordonna sa construction n’a pas pu voir l’œuvre achevée puisqu’il est mort assassiné avant la fin des travaux. C’est sont fils, Mohamed V, qui eut ce privilège en 1370. Ce palais abritait le salon des ambassadeurs, un hammam ainsi que les appartements privés de la famille royale, au rez-de-chaussée pour l’été, souvent très chaud, et à l’étage pour l’hiver, très rigoureux.

Le palais de Comares est dominé par la tour du même nom qui, avec ses 45 mètres de haut est la plus haute de toute l’Alhambra. On la voit d’ailleurs beaucoup mieux depuis les mirador de l’Albaycin que depuis l’intérieur des palais.

Le patio des Lions

Nous voici maintenant en plein cœur de l’Alhambra et aussi dans son endroit le plus connu et sûrement le plus photographié! Imaginez un peu notre bonheur quand nous avons réussi à tirer une photo sans personne dessus! Bon d’accord, le soleil écrasant nous a un peu aidé en faisant fuir les gens, on avoue.

Le patio, ainsi que le palais alentour, doit son nom à la fontaine entourée de douze lions. Bien que l’édifice date du XIVe siècle, les statues datent du XIe siècle et proviendraient de la maison d’un éminent vizir juif séfarade. Chaque lion représenterait chacune des douze tribus d’Israël. Pour le reste, l’architecture est typiquement nazarie et de son époque. Quand le sultan Mohamed V ordonna sa construction, il prit comme modèle la mosquée de l’université de Fès, au Maroc. Ben voilà, nous serions obligés de nous y rendre pour aller vérifier tout ça!

Edit décembre 2023 : L’université de Fès n’est pas accessible au non-musulmans mais le peu que nous avons pu apercevoir montre en effet une vraie ressemblance avec le patio des Lions.

Certes, c’est le patio qui est le plus connu mais ce palais regorge d’autres merveilles comme la salle des Abencerrajes (une tribu maure du XVe siècle) avec ses stucs colorés qui sont d’époque. Quant aux azulejos, ils ont été rajoutés au XVIe siècle, donc après la Reconquista, et proviennent des fameuses fabriques de céramiques de Triana, à Séville.

La salle des Rois

A la base, c’était le harem. Puis les rois catholiques sont arrivés, ont tout conquis et se sont appropriés les lieux pour s’en servir comme salle de bal. Les œuvres les plus représentatives de la Reconquista sont trois peintures Renaissance en forme d’ellipse accrochées au plafond. Les œuvres sont tellement belles, fines et avec beaucoup de couleurs qu’il a fallu plus de vingt ans pour les restaurer!

Mirador de Lindaraja

C’est ici que se termine la visite des palais nasrides et c’est ce dernier édifice qui a été tronqué par la construction du palais de Carlos V. Nous pouvons quand même admirer depuis quelques jolis balcons la vue sur la vallée du Rio Darro ainsi que sur l’Albaycin. Pour être honnêtes, nous trouvons que les vues sont plus sympas depuis l’Alcazaba.

Et voilà à quoi ressemblent les palais nasrides depuis l’extérieur. C’est beaucoup moins ouf qu’à l’intérieur mais étant donné que les bâtiments avaient également un usage défensif, il n’y avait pas trop la place pour les fioritures.

Couvent San Francisco et ses jardins

Le couvent est le premier édifice construit après la Reconquista sur le site de l’Alhambra. D’après quelques fouilles archéologiques, il aurait été construit sur des anciens bains arabes. Il date de 1494 alors que la chute du royaume musulman de Grenade date de 1492. Autant dire que les catholiques étaient pressés de montrer leur suprématie! Comme son nom l’indique, ce couvent était occupé par les moines franciscains. Aujourd’hui, il abrite un parador c’est à dire un hôtel de charme dans un lieu historique. Ce qui nous a le plus plu, c’est son jardin ,avec son étang à nénuphars, qu’il faut traverser à la sortie des palais nasrides.

Le Generalife

Pour se rendre au Generalife depuis les autres palais de l’Alhambra, il faut bien compter quinze voire vingt minutes de marche. Donc faites attention au timing si vous devez encore vous rendre à l’heure aux palais nasrides!

Le Generalife était le palais d’été des sultans. Ce n’était pas encore la mode de passer ses vacances à bronzer sur les plages de la Costa Tropical à l’époque! Mais c’était quand même l’aventure puisqu’il se situait hors de la muraille bien sécurisante de l’Alhambra. Il a été conçu au XIIIe siècle avec des jardins lui assurant de l’ombre et de la fraîcheur durant les longues et chaudes journées d’été. Les fontaines et autres bassins étaient alimentés directement depuis des ruisseaux de la Sierra Nevada. Nous ne sommes malheureusement pas sûrs que ce soit encore le cas aujourd’hui vu la sécheresse que nous subissons depuis des années.

Le jardin ainsi que le palais sont superbes et nous avons bien apprécié terminer cette chaude journée de visite à l’ombre bienvenue des arbres!

L’Amour des roses

Van s’est un peu lâchée sur les photos de roses car elle est fan des rosiers et, ça tombe bien, il y en a plein dans le Generalife. Des rosiers hein, pas des roses coupées! Elle déteste l’idée de couper les roses pour en faire un bouquet! Par contre, ne lui offrez pas non plus de rosier, c’est un vrai désastre sur pattes en jardinage et cette pauvre plante ne tiendrait pas trois jours entre ses mains! Donnez-lui plutôt des tuyaux pour aller visiter des roseraies à travers le monde, ça lui fera plaisir!

Bref, tout ça pour dire que nous avons photographié des roses…

Le truc vraiment sympa au Generalife c’est que nous avons un point de vue complètement différent sur l’Alhambra par rapport à l’Albaycin. C’est moins LA photo qu’on voit dans toutes les publicités de voyage mais l’angle est intéressant et nous pouvons nous rendre compte, qu’en fait, le complexe est entouré de verdure, d’une petite forêt ainsi que de jardins potagers.

Nous sommes vraiment très contents d’avoir enfin pu consacrer une visite à l’Alhambra. C’est, à nos yeux, un incontournable à Granada et même en Andalousie. Nous pensons qu’il faut y passer la journée : le site est immense et il y a beaucoup de choses à voir. Malgré le potentiel touristique et le prix d’entrée un peu élevé (19€), nous vous recommandons chaudement un passage par les palais. Nous en avons vraiment pris plein les yeux!

Cáceres et Trujillo, les trésors médiévaux d’Estrémadure

Après avoir effectué une première découverte de la province de Badajoz, nous continuons notre périple dans la belle région d’Estrémadure et changeons de province pour arriver à Cáceres, la deuxième ville de la région qui est située en son centre géographique. Cáceres est accessible en train depuis Mérida ou Badajoz sur la ligne qui va à Madrid. La gare est un petit peu excentrée mais il y a une rambla bien ombragée qui la relie au centre-ville. Il faut compter environ quinze bonnes minutes de marche. Il y a des bus urbains mais nous ne les avons pas testés.

L’histoire de Cáceres est super riche! La ville serait habitée depuis la Préhistoire. Durant l’époque romaine, elle fut une des villes les plus importantes de Lusitanie jouissant d’une bonne position sur la via de la Plata, une route romaine reliant Mérida à Astorga (région de León) et qui existe encore aujourd’hui comme chemin de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle fut évidemment conquise par les Arabes lors de la période d’Al-Andalus avant d’être définitivement prise par le roi catholique Alphonse IX de Leon où elle devint une ville indépendante rendant des comptes directement au roi à Madrid. La ville fut dirigée par une confrérie de chevaliers agricoles qui bâtirent de nombreux édifices qui constituent encore aujourd’hui une bonne partie du centre historique. Aujourd’hui, Cáceres est le siège de l’université d’Estrémadure et ça se ressent dans l’ambiance jeune et dynamique de la ville. Elle possède également un des centres médiévaux et de la Renaissance les plus complets du monde qui est évidemment inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Nous avons effectivement été scotché devant tout ce patrimoine historique incroyable. Nous y avons trouvé beaucoup de similitudes avec la ville de Sienne, en Toscane, autre centre médiéval de ouf qu’il vous faut absolument visiter une fois dans votre vie!

Plaza Mayor

Quand on arrive au centre historique depuis la gare, on tombe directement sur la Plaza Mayor car elle se trouve en bas du bourg médiéval. Elle est d’ailleurs adossée aux vestiges des remparts dont quelques magnifiques tours sont encore debout aujourd’hui. Elle n’a pas une belle forme rectangulaire car elle a dû s’adapter à la forme du relief et de la muraille. Tiens, exactement comme à Sienne! Mais son emplacement ne doit rien au hasard! Elle a été construite exactement à équidistance des deux quartiers extra-muros de la ville au XIVe siècle afin de donner aux habitants un point de réunion pour la vie sociale et le commerce. Comme quoi la coutume espagnole de se rencontrer sur une place pour discuter et boire un verre ne date pas d’hier! Les bâtiments qui entourent la place sont assez hétéroclites et datent d’une période qui va d’Al-Andalus (dès le IXe siècle) au XVIe siècle. Aujourd’hui encore, elle reste la place principale de la ville et sert toujours au coeur de la vie sociale de Cáceres.

Plaza de las Veletas

C’est un peu l’anti Plaza Mayor puisque la Plaza de las Veletas se trouve à l’opposé géographique de celle-ci, c’est-à-dire sur la partie haute du centre historique. Malgré son architecture typique du Moyen-Age chrétien, la place se trouve à l’emplacement de l’alcazaba arabe mais a été remaniée avec l’arrivée des rois catholiques. Aujourd’hui on y trouve le musée historique de la province de Cáceres ainsi que l’ancienne mairie. La place est surtout connue pour servir de décor à divers films ou séries historiques. Etant donné que le XXIe siècle n’a pas eu l’air d’être arrivé par ici, nous comprenons aisément le choix de certains réalisateurs de faire de cet endroit leur studio de cinéma.

Plaza Santa Maria

C’est le cœur névralgique du centre historique et ce depuis des siècles puisqu’elle a été construite sur l’emplacement du forum romain. Elle est bordée de la cocathédrale Santa Maria de Cáceres, l’édifice religieux le plus important de la ville ainsi que le tout premier de culte catholique à avoir été bâti après la Reconquista au XIIIe siècle. Les autres bâtiments sont des palais ayant appartenu à la noblesse locale jusqu’au XVIIIe siècle. Géographiquement, elle se trouve à mi-chemin entre la Plaza de las Veletas et la Plaza Mayor et, avant la construction de cette dernière, c’était le cœur de la ville dite basse.

Nous avons eu un énorme coup de cœur pour Cáceres, c’est un des centres historiques médiévaux les mieux conservés que nous ayons visités. La partie monumentale est assez petite, assez compacte et se visite facilement en une demi-journée. Donc n’hésitez pas à y consacrer quelques heures si vous êtes dans le coin!

Trujillo

NB : A ne pas confondre avec la ville du même nom, au Pérou!

Lors de nos longues heures passées à dévorer divers magazines de voyage, il y a un nom qui ressort toujours sur les listes des plus beaux villages d’Espagne, c’est Trujillo. Comme il se situe en Estrémadure et que, heureux hasard, nous aussi, nous décidons d’aller y faire un petit détour dans le seul but, évidemment, de vérifier si l’info est juste! Trujillo ne se trouve sur aucune ligne de train, il faut donc prendre le bus depuis Cáceres. C’est facile, la station de bus est juste en face de la gare et le trajet prend une petit heure. A Trujillo, ça se corse, la station de bus se situe dans la plaine, quasi au milieu de nulle part et il n’y a pas de guichet. Pensez à prendre vos billets sur internet si vous ne voulez pas être embêtés pour repartir. Nous avons eu de la chance, les nuages se sont invités à la fête et nous n’avons pas dû monter au village en plein cagnard, comme c’est souvent le cas dans la région en cette saison. Après la chaleur sèche et à la limite du supportable à Badajoz, nous sommes contents de respirer et d’avoir un peu d’humidité pour soulager nos bronches. Certes, les photos sont un peu plus tristounettes du coup mais nous avons bien mieux profité de notre visite.

Trujillo se situe idéalement sur une petite colline culminant à 564 mètres d’altitude, ce qui explique en partie pourquoi nous avons bénéficié d’une météo un peu moins étouffante. Elle vit principalement de l’agriculture pratiquée dans la plaine alentour.

La fondation de la ville date de la préhistoire. Elle fut connue à l’époque romaine sous le nom Turgalium dépendant directement d’Augusta Emerita (Mérida) et connut un petit essor non négligeable en devenant la première étape de la voie reliant cette dernière à Caesaraugusta (Zaragoza). Ensuite, comme pratiquement partout en Espagne, arrivèrent les Wisigoths qui ne laissèrent que peu d’influence et cédèrent rapidement la place aux musulmans qui y construisirent la muraille encore visible aujourd’hui. La Reconquista fut un peu chaotique. La ville fut d’abord prise par les Portugais en 1165 avant d’être conquise par le Royaume de León en 1165 puis reconquise par les musulmans en 1173. Une Reconquista catholique eut lieu en 1186 où Trujillo devint sujet du Royaume de Castille avant d’être, encore une fois, reprise par les Arabes en 1196. Ce sont les forces militaires de l’évêque de Plasencia (ville située à l’extrême nord de l’actuelle Extrémadure) qui reconquirent définitivement la ville pour le compte de Ferdinand III, roi de León et de Castille. Le XVe siècle est l’époque de la découverte de l’Amérique et Trujillo vit naître trois grands conquistadors : Francisco Pizarro et Diego Garcia de Paredes qui découvrirent le Pérou ainsi que Francisco de Orellana qui découvrit, lui, l’Amazone. A cette époque, Trujillo est une capitale de province prospère. Mais cet âge d’or prit fin au XIXe siècle quand les troupes napoléoniennes envahirent la région laissant la ville à genou. C’est également à cette époque qu’eurent lieu les guerres d’indépendance en Amérique Latine qui portèrent un coup fatal à l’économie espagnole. Trujillo ne se releva jamais de ces affronts et perdit son statut de capitale de province au profit de Cáceres. Heureusement, il lui reste un patrimoine historique, principalement médiéval, magnifiquement restauré qui attire aujourd’hui un peu de tourisme.

Plaza Mayor

A l’instar de Cáceres, la Plaza Mayor est le premier lieu qu’on découvre en arrivant dans le centre historique puisqu’elle se situe dans la ville basse au pied des remparts. A l’origine, c’était une simple place de marché avant qu’on y construisit des palais ou autres demeures seigneuriales à partir du XVe siècle. Ce sont ces édifices qui bordent encore la place aujourd’hui avec l’église de Santa Maria la Mayor qui, elle, date déjà du XIIIe siècle et ça se voit par son architecture romane, moins élaborée que le reste des bâtiments de la place. La superbe statue équestre en bronze qui trône fièrement sur la place est celle de Francisco Pizarro, le mec qui découvrit le Pérou. L’histoire de cette statue est assez originale. Déjà, elle est l’œuvre d’un sculpteur américain du début du XXe siècle appelé Charles Cary Rumsey. Ensuite, elle a été sculptée à Paris, ville qui n’a absolument rien à voir avec le conquistador, pour une exposition au Grand Palais en 1927. C’est seulement deux ans plus tard que la statue fut transférée à Trujillo, ville natale de Pizarro. Fun fact : cet œuvre a deux autres sœurs jumelles : une à Lima, ville où est mort Pizarro et… Buffalo, dans l’état de New York! Oui ça n’a rien à voir mais c’est la ville de naissance du sculpteur, il a sûrement pensé que sa ville natale méritait une statue. Quoi qu’il en soit, la place est super belle et elle possède même quelques terrasses sympas où piquer quelques tapas le soir.

Les remparts

Trujillo peut se targuer de posséder encore une bonne partie de ses murailles et autres bâtiments défensifs comme des tours. Elle possède encore quatre portes d’accès sur les sept d’origine. Tout le système défensif date de l’époque arabe, dès le IXe siècle mais ce que nous voyons aujourd’hui date des XVe et XVIe siècles quand les rois de Castille firent renforcer les remparts. On peut y faire le tour à l’extérieur. C’est vraiment sympa, bien conservé, et on a une jolie vue sur la huerta au pied de la colline ainsi que sur les premières montagnes du parc national de Monfragüe, immense réserve naturelle et sanctuaire animal protégé par l’UNESCO que nous n’avons, malheureusement, pas le temps de visiter.

La vue sur les alentours

Le château

Nous voilà au point culminant de Trujillo sur un lieu appelé Cabeza del Zorro (tête du renard). Nous n’avons pas trouvé le pourquoi du comment de ce nom de lieu et, franchement, nous n’en avons aucune idée car rien dans l’environnement ne nous fait penser à un renard même si nous soupçonnons ces petites bébêtes adorables (oui, nous on les trouve adorables!) de peupler la région. Le château, comme le reste de la forteresse, date des IXe et Xe siècles, en pleine période musulmane. De cette époque, il ne reste que quelques portes en forme typique de serrure. Sinon, tout a été remanié au XVe siècle avec le reste du système défensif. Il est vraiment trop stylé ce château dans le plus pur style médiéval. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à le trouver cool puisque quelques scènes de la série Games of Thrones y ont été tournées.

Depuis le parvis du château, il y a une superbe vue sur le centre historique et la Plaza Mayor et on peut déjà se faire une belle idée de comment était la ville au Moyen-Age.

Nous confirmons, Trujillo mérite amplement sa place sur la liste des plus beaux villages d’Espagne! Nous avons été conquis par son magnifique centre médiéval et par son château sorti tout droit des films de cape et d’épée. Bien que la ville soit plus petite que Cáceres, son centre historique est plus étoffé et un peu plus étendu. Il faut compter une bonne journée de visite mais nous vous promettons que ce n’est pas du temps perdu!

Nous avons eu un énorme coup de cœur pour ces deux villes médiévales. Ca nous a changé un peu du baroque de l’architecture coloniale d’Amérique latine que nous retrouverons également sous peu en Andalousie. Bien que l’histoire et l’architecture soient similaires dans les deux villes, nous vous conseillons quand même de vous y arrêter aux deux. Chacune a une âme et une ambiance différentes. Nous sommes d’ailleurs incapables de vous dire laquelle nous avons préférée.

Voilà, notre première découverte de l’Estrémadure s’arrête là. Evidemment, la région mériterait une exploration bien plus approfondie que les quelques petits jours que nous lui avons consacrés mais nous sommes attendus de pied ferme par la famille de Fab à Valence. Mais puisque nous allons reprendre très bientôt nos quartiers à Séville, (#spoiler) nous aurons probablement l’occasion d’y revenir. C’est en tout cas ce que nous avons mis sur notre longue liste à idées!

Tulum et Bacalar, les perles de la Riviera Maya

Comme notre retour en terres européennes se rapproche et que notre départ se fera depuis l’aéroport de Cancún, il faut gentiment à songer à nous rapprocher de la côte caribéenne même si nous quittons un peu à regret notre bien aimée Campeche. Nous faisons une mini étape à Mérida pour accompagner deux amis de Bruges sur une partie de leur périple mais aussi pour profiter des bons restos qu’on peut trouver en ville. Depuis là, il y a des bus pour absolument toutes les destinations de la côte. Nous choisissons Tulum, lieu que nous avons déjà visité lors de notre tout premier voyage au Mexique, avant notre ère de backpackers et que nous avions bien apprécié à l’époque.

A l’instar de Cancún, Tulum possède une zone hôtelière exclusivement pour Gringos proche de la plage et une ville un peu plus mexicaine à trois kilomètres à l’intérieur des terres. Mais ça, c’était dans nos souvenirs. Aujourd’hui, même le « pueblo » est devenue un gros Gringoland super touristique avec restaurants internationaux et boutiques de souvenirs à la pelle. Bon, il y a quand même plein de bars sympas, pour tous les goûts, où les boissons ne sont encore pas trop chères. Mais n’espérez pas y trouver quelque-chose d’authentiquement mexicain! Sauf si ça s’appelle tequila!

Le site archéologique de Tulum

Si nous sommes venus à Tulum ce n’est pas (que!) pour tester les bars mais pour nous rendre dans la zone archéologique située à quatre kilomètres du centre vers la mer. Il y a plein de lieux en ville pour louer des vélos pour s’y rendre (compter environ 200 pesos la journée soit 10,75€ ou 10,45 CHF). C’est facile à circuler, c’est tout plat, il y a une piste cyclable tout le long et un parking adapté à l’entrée du site. Nous aurions adoré faire un tour à vélo mais il fait méga chaud et le soleil tape super fort. Nous avons préféré prendre l’option colectivo. C’est tout aussi facile que le vélo. Il faut prendre celui qui va à Playa del Carmen au bord de la grand-rue, ça coûte 25 pesos par trajet (1,35€ ou 1,30 CHF) et il y en a très fréquemment. L’entrée du site archéologique, elle , coûte 90 pesos soit 4,85€ ou 4,70 CHF. Nous arrivons dans un magasin géant remplis de souvenirs made in China. Nous avons toujours un peu de peine avec cet hypercapitalisme à l’Américaine. Heureusement l’entrée du site en lui-même se situe 500 mètres plus loin, dans la jungle. Comme c’est un parc national et un territoire fédéral, il y est interdit d’y faire du commerce. Les commerçants ont dû s’éloigner du site pour pouvoir exercer leur activité et c’est une très bonne chose à nos yeux de puristes européens.

Tulum est une ancienne ville portuaire maya datant de l’époque dite postclassique (dès 1200) donc très tard dans la civilisation maya. Vu sa situation sur un promontoire rocheux, on pourrait supposer que c’était une ville à caractère défensif. Que nenni! Certes, il y avait bien une muraille mais pas beaucoup de pirates à combattre à l’époque. C’était un port, le seul de tout l’empire Maya, et le bâtiment le plus haut, appelé El Castillo, était utilisé comme point de repère par les marins. La nuit, on l’illuminait avec des torches. Dès qu’un capitaine à destination de Tulum apercevait ce phare improvisé, il savait qu’il devait tourner dans sa direction car c’était le seul endroit où il y avait une ouverture dans le récif qui était très dangereux pour la navigation. Les Mayas avaient étudié la barrière de corail, qui est la deuxième plus grande du monde après celle d’Australie, avant de construire une ville à un emplacement assez sûr pour les bateaux. Ils avaient des connaissances scientifiques assez avancées pour l’époque! Grâce à ses activités portuaires et à sa position stratégique aux milieu des routes commerciales de la péninsule du Yucatán, Tulum fut une des villes les plus prospères de cette période. Elle est également une des rares qui était encore habitée lors de l’arrivée des Espagnols. Les premiers y débarquèrent en 1508 mais par hasard, ils survécurent à un naufrage et ne s’attardèrent pas dans la région. Ce n’est qu’en 1518 qu’une expédition espagnole arriva volontairement au large des côtes du Yucatán avec à sa tête Juan de Grijalva le premier conquistador à poser le pied en terres mexicaines ouvrant la voie au grand Hernan Cortés. Grijalva décida d’accoster à Tulum parce qu’il trouvait que la ville ressemblait à Séville. Connaissant les Andalous, même cinq siècles plus tard, nous pouvons vous affirmer que cette dernière information est totalement vraie!

Le site archéologique qui nous reste aujourd’hui n’est pas aussi spectaculaire que Tikal, Calakmul ou Palenque. Il est plus petit et moins bien conservé. Par contre, il se situe sur un site exceptionnel entre jungle et mer des Caraïbes et rien que pour ça, il vaut la peine qu’on s’y attarde.

Côté playa

Comme nous l’avons mentionné, le site de Tulum vaut surtout le détour pour son emplacement sur la sublime mer des Caraïbes. C’est vraiment superbe malgré le fait que nous sommes en pleine saison des sargasses, ces grosses algues brunes puant l’œuf pourri qui envahissent les plages à la saison chaude. On ne peut pas descendre à la plage. Elle est fermée pour cause de saison de ponte des tortues marines afin de laisser ces petites bébêtes en paix! C’est évidemment une mesure que nous cautionnons totalement! De toute façon, la mer est plus belle vue d’en haut. Grâce aux rochers qui se jettent directement dans l’océan, le paysage est incroyable et les sargasses ont moins de place pour se déposer.

A noter que le site archéologique de Tulum se trouve dans un parc national qui porte le même nom. Ces 644 hectares de forêts, mangroves et d’aires marines sont indispensables à la région de plus en plus étouffée sous le poids du tourisme de masse. Le site est assez étendu donc même s’il y a du monde, on ne s’en aperçoit pas trop.

Holà Amigos

Bon, c’est beaucoup moins marrant de courir après les iguanes qu’à Edzna pour essayer de les immortaliser. Ici, ils sont beaucoup plus habitués à la foule donc beaucoup moins farouches. Ils sont, en général, beaucoup plus gros. Nous soupçonnons certains touristes de les nourrir. Quoi qu’il en soit, nous adorons toujours les petites (et moins petites!) bébêtes et nous sommes contents quand nous arrivons à en photographier quelques unes.

Juste à la sortie du site, nous tombons sur ce super spécimen à la robe bleue. C’est un geai du Yucatán et comme son nom l’indique, c’est une espèce endémique de la péninsule et du nord du Guatemala. Pour une raison qui nous échappe, Monsieur s’est mis sur une branche et s’est mis à crier sur tous les visiteurs qui quittaient le site.

Bacalar

Bacalar se situe à environ deux cents kilomètres au sud de Tulum à l’arrière de la baie de Chetumal, à quelques encablures du Belize. Des bus de différentes compagnies partent directement depuis la station d’autobus de Tulum et le trajet dure environ trois heures. Nous avions également déjà été à Bacalar dans notre vie antérieure et, après avoir vu la transformation de Tulum, nous redoutons un peu d’y retourner et de voir l’âme du village vendue aux sirènes du tourisme de masse. Heureusement, ce n’est pas le cas. Le coin a gardé son côté super chill, sans fioritures.

Fuerte de San Felipe

Ce n’est pas parce que nous sommes dans une ambiance détente que nous n’avons pas le droit à notre minute culturelle. Ce fort a été demandé en 1725 par le gouverneur espagnol du Yucatán afin de protéger Bacalar, non pas des pirates, mais des Anglais! Eh oui, la Perfide Albion avait des velléités territoriales sur la péninsule du Yucatán et elle est presque arrivée à ses fins puisque elle a réussi à coloniser l’actuel territoire du Belize qui ne se situe qu’à quelques kilomètres du fort. La forteresse a apparemment bien fait son boulot puisque les Britanniques n’ont jamais réussi à aller plus loin que Chetumal.

La Laguna

L’attrait principal de Bacalar reste sa superbe lagune. Il paraît que, dépend la lumière, il y aurait jusqu’à sept couleurs différentes. Les plus blasés d’entre vous nous ont déjà fait remarquer que ce ne sont que quelques petites nuances de bleu tandis que les plus rêveurs y voient plus de cent couleurs! Dans les faits, personne n’a tort mais nous sommes plutôt du type rêveur à s’extasier sur les beautés de la nature donc nous sommes d’avis qu’il y a bien plusieurs couleurs différentes. L’avantage de la lagune sur la mer des Caraïbes c’est, qu’en cette saison chaude, il n’y a pas de sargasses. Par contre, pour la fraîcheur de la baignade, il faudra repasser! L’eau a la température des bains thermaux, ce qui n’est pas du tout pour déplaire à Van la Frileuse!

Balneario Ecologico

En général, lors de notre routine matinale de baignade, (Oui, ça nous arrive d’être routiniers!), nous nous rendons au balneario municipal qui est gratuit pour faire trempette avant les chaleurs de milieu de journée. Mais pour une fois, nous nous sommes offert, pour 20 pesos d’entrée (1,05€ ou 1,05 CHF), le balneario ecologico. On l’appelle ainsi car le ponton traverse une superbe mangrove protégée où nous avons pu apercevoir des dizaines d’espèces d’oiseaux nicher dans le coin. Il vaut la peine d’investir pour ce balneario car il y a beaucoup moins de monde et la nature est beaucoup mieux préservée.

Si nous avons été un peu déçus par ce qu’est devenu Tulum, malgré le site archéologique de ouf, nous sommes soulagés d’avoir retrouvé l’ambiance tranquille de Bacalar. Espérons que ça perdurera car, dès l’année prochaine, le « Tren Maya », une ligne de chemin de fer qui fera le tour de toute la péninsule du Yucatán ainsi qu’une bonne partie du Chiapas, sera mis en service afin que les touristes, notamment américains, puissent rejoindre plus facilement tous les sites touristiques depuis Cancún.

Voilà, Bacalar était notre dernière étape de ce trip en Amérique Centrale. Nous nous préparons gentiment à rentrer sur notre belle péninsule ibérique. Un mois de juillet bien chargé nous y attend mais nous sommes quand même contents de retrouver l’Espagne. Evidemment, nous ne manquerons pas de vous faire découvrir quelques trésors de chez nous en attendant de nouvelles aventures.

Rio Celeste et Monteverde, au cœur des forêts tropicales du Costa Rica

Après une visite de la Fortuna et de ses alentours un peu mitigée, nous continuons notre road trip en famille à la découverte de nouveaux trésors naturels du Costa Rica. La route est assez jolie, elle longe la laguna Arenal même si le volcan du même nom a repris sa mauvaise habitude de se cacher derrière un manteau de brume.

Parc national du volcan Tenorio

Il est courant de visiter le parc national du volcan Tenorio à la journée depuis la Fortuna. (compter une bonne heure et demie de route par trajet). Nous avons choisi de dormir à proximité, vers la petite ville de Cañas, afin que la famille de Van ne passe pas son temps de voyage dans la voiture. La ville n’a absolument rien d’intéressant si ce n’est de ne pas être touristique et de ne pas adhérer à la culture américaine! Oui, pour nous cette absence de Disneylandisation en fait un coin intéressant!

Le parc national se trouve à 58 kilomètres de Cañas dans la localité de Bijagua de Upala. Même si la météo est au beau fixe au départ, il faut prévoir les imperméables car le site se trouve dans une forêt bien humide. Nous avons d’ailleurs chopé une belle pluie tropicale digne de ce nom mais, ouf, nous étions équipés! Mais c’est sous la pluie que la végétation est, à nos yeux, la plus belle, le vert des feuilles est encore plus profond et ça sent super bon! Quoique pour le dernier point ça ne se vérifie pas vraiment. Nous sommes sur les pentes du volcan Tenorio qui dégage une forte odeur de souffre qu’on pourrait comparer à une odeur d’œuf pourri et c’est assez prenant.

Rio Celeste

Le clou du spectacle reste quand même la cascade du Rio Celeste. Il y a plein de marches glissantes pour y accéder, qu’il faut remonter ensuite mais ça vaut vraiment l’effort! Suite à quelques témoignages d’autres voyageurs passés avant nous et avec la pluie battante, nous ne nous attendions vraiment pas à voir l’eau si belle avec sa couleur turquoise unique! Nous avons eu une sacrée chance sur ce coup-là! Une légende raconte que si le Rio Celeste possède cette couleur si particulière c’est parce que quand Dieu a peint le ciel lors de la création du monde, il a nettoyé ses pinceaux dans la rivière. Nous ne sommes pas du tout croyants mais trouvons tout de même cette histoire très jolie.

Malgré la pluie, nous avons quand même pu apercevoir (mais pas photographier) quelques animaux comme des coatis, toutes sortes d’espèces d’oiseaux dont une magnifique pénélope panachée, des tortues ou encore des papillons. Gros manque de bol, Stéphy, la sœur de Van a une phobie irrationnelle des serpents! Et devinez qui en a aperçu un pendant notre balade? Un superbe oxybelis fulgidus, une espèce venimeuse courante en Amérique Centrale, nous observait tranquillement depuis un caillou sans se soucier de la frousse qu’il pouvait ficher aux visiteurs. C’est d’ailleurs le seul animal de tout le parc qui s’est laissé photographier!

Quelques petites infos pratiques
  • Itinéraire : Il faut être véhiculé car aucun transport ne dessert le parc national. Il y a bien un bus mais il s’arrête à Bijagua de Uppala au bord de la route et il reste quand même dix-huit kilomètres jusqu’au site. Depuis Cañas suivre la direction d’Uppala et bifurquer à la localité de Bijagua mais tout est super bien indiqué.
  • Prix d’entrée : 12,50$
  • Matériel à prendre : imperméables et bonnes chaussures de marche. Il pleut beaucoup donc le chemin est glissant et boueux, il y a des petits ruisseaux à traverser à gué.
  • Distance : la boucle entière fait sept kilomètres. Il faut bien compter trois kilomètres aller-retour juste pour la cascade.
  • Difficulté : moyenne. Les chemins sont bien balisés. C’est assez facile jusqu’à la cascade, un peu plus difficile pour monter aux miradors, surtout avec la pluie et l’odeur de souffre très prenante.

Le parc national du volcan Tenorio est celui que nous avons préféré au Costa Rica. Il est un peu en dehors des gros spots touristiques et n’est pas vraiment accessible aux non marcheurs, ce qui élimine une partie des touristes irrespectueux de la nature. Le prix d’entrée de 12,50$ reste relativement correct pour le pays. Pour vous donner un ordre d’idée, c’est plus ou moins le même prix que les pyramides de Gizeh ou le temple de Karnak en Egypte et franchement, ça les vaut. Il y a une multitude d’animaux à observer et le rio Celeste est juste waw!

Monteverde

Voici l’étape de montagne du Costa Rica! Et la plus fraîche aussi! Sur une carte, les distances peuvent paraître assez courtes mais ne vous y fiez pas! Ce sont des routes de montagne très raides et surtout très mal entretenues et pleines de trous qui vous attendent! Nous sommes soi-disant dans le pays le plus riche et le plus prospère d’Amérique Centrale et c’est là que nous avons trouvé les routes les plus pourries depuis notre départ du Mexique. Donc il faut compter bien deux heures depuis Cañas même si la distance n’excède pas 59 kilomètres. Il faut impérativement prendre la route proposée par Google Maps car on serait tenté de prendre la route la plus courte (quatorze kilomètres de moins) mais elle est vraiment à la limite de l’impraticabilité.

Le village pour se loger se nomme Santa Elena et se trouve directement au pied de la forêt de Monteverde. C’est presque autant touristique et surfait que la Fortuna mais il y a une vraie culture et un véritable amour du café qu’il fait bon déguster dans des petits établissement bien sympas. Il y a quand même une curiosité à voir un peu en contrebas de la localité : El Puente Raiz. C’est un ficus géant au bord d’un cours d’eau qui, après un affaissement du sol, a été chercher plus profondément de quoi se nourrir à l’aide de ses gigantesques racines formant un magnifique pont naturel! La marche dans la forêt n’excède pas quinze minutes et le site est gratuit, chose rarissime dans un pays où tout se paie au prix fort!

Il y a également un jardin des orchidées dans le centre de Santa Elena mais franchement, il ne vaut pas le coup! Nous n’étions peut-être pas dans la période de floraison mais nous le trouvons quand même surfait. Il ne vaut de loin pas le jardin des orchidées de Kuching

Depuis Santa Elena, il y a également une jolie vue sur la péninsule de Nicoya ainsi que sur l’océan Pacifique!

Monteverde (montagne verte) porte très bien son nom! Elle est recouverte d’une végétation dense bien verte car les nuages viennent se crocher à la montagne et ont une fâcheuse tendance (ou pas!) à y rester. Là non plus il ne faut pas se fier à la météo de Santa Elena qui peut être bien ensoleillée grâce (ou à cause) des forts vents venant du Pacifique et de la laguna Arenal. Il faut également prévoir des habits chauds car, à près de 1350 mètres d’altitude, ça caille un peu, surtout pour des frileuses comme Van!

Il faut reconnaître qu’une fois dans cette magnifique forêt on oublie tout : les routes pourries, les prix prohibitifs, le froid et même presque les touristes américains qui ne savent pas se comporter dans la nature! Avec Sepilok sur Bornéo, ça reste une des plus belles forêts que nous n’ayons jamais vues!

Ce ne sont pas les possibilités de balades qui manquent à Monteverde et il est vraiment difficile de faire un choix. Il faut y aller au feeling! Notre but était de faire les ponts suspendus sur la canopée. Nous avons été à Selvatura mais nous n’avons aucun point de comparaison avec d’autres parcs pour vous donner un avis objectif. Il y a huit ponts suspendus dans une boucle d’environ trois kilomètres dans la forêt. Nous avons beaucoup apprécié la promenade, la forêt est magnifique et nous avons adoré voir la végétation depuis en haut, le point de vue est complètement différent! Le chemin est vraiment facile mais avec tous les points de vue, nous avons mis une bonne heure et demie pour terminer la boucle. Les ponts sont quand même impressionnants, nous les déconseillons aux personnes souffrant de vertige.

Par contre, nous n’avons pas aperçu beaucoup d’animaux à Monteverde. La flore y est beaucoup plus impressionnante que la faune. Il y a quand même une magnifique gente ailée qui a daigné poser pour notre objectif!

Nous qui aimons les forêts humides, nous avons été servis! La faune et la flore sont magnifiques et nous en avons pris plein les yeux! Nous avons eu un gros coup de cœur pour le Rio Celeste alors que c’est la chose à laquelle nous nous attendions à être déçus. (Oui, ça nous arrive souvent!) Nous sommes ressortis de ces balades crevés, crades, avec de la boue jusqu’aux cuisses, frigorifiés (Van surtout!), voire même apeurés par les serpents pour la sœur à Van mais vraiment enchantés de tout ce que nous avons vu!

León (Nicaragua), la révolutionnaire

Nous vous avons laissés au Salvador, vous vous doutez sûrement qu’il s’en est passé des choses jusqu’à notre arrivée au Nicaragua! Afin de nous préparer au mieux au périple qui nous attendait, nous nous sommes déjà approchés le plus possible de la frontière sud du Salvador, dans une petite ville appelée Santa Rosa de Lima. C’est une ville sans aucun intérêt mais qui nous a déjà avancé de 180 kilomètres depuis Suchitoto.

Depuis là, un bus urbain nous emmène jusqu’au poste frontière situé à une dizaine de kilomètres du centre-ville. Sortir du Salvador n’est qu’une simple formalité. Ensuite, nous avons sûrement traversé un des plus beaux no man’s lands de notre vie. C’est un vieux pont en fer qui enjambe une rivière dans un paysage de roche karstique, vraiment magnifique! Mais nous avions à peine terminé notre traversée que nous nous sommes fait assaillir par tous les chauffeurs de bus voulant nous emmener à différents endroits du Honduras sans se soucier le moins du monde que nous n’ayons pas encore passé l’immigration. Une fois débarrassés, non sans peine, des rabatteurs, nous avons dû passer par le contrôle sanitaire où on nous demande notre certificat de vaccination Covid (ou un test PCR si vous n’êtes pas vaccinés). Pour le Honduras, il faut remplir préalablement un formulaire en ligne pour l’entrée ET la sortie du pays. Le passage en douane en lui-même est une formalité, nous avons même pu plaisanter avec l’employé de l’immigration sur le fait que notre durée de séjour au Honduras allait dépendre du trafic routier. Il faut juste s’acquitter de la taxe douanière de 3$. C’est une taxe officielle, c’est mentionné dans tous les sites officiels du gouvernement, donc il n’y a aucun moyen d’y couper. C’est juste bizarre quand on nous parle de « multa » qui en Espagne signifie « amende » alors qu’en Amérique Latine c’est juste une taxe.

Il paraîtrait qu’il y a des bus directs d’une frontière à l’autre. Nous ne les avons jamais trouvés. Du coup, nous avons quand même dû changer quelques dollars contre des lempiras afin de pouvoir prendre les bus locaux. Il est possible de les payer en USD mais les prix sont tellement majorés qu’il est préférable de faire un peu de change et de payer en monnaie locale. Les bus locaux s’apparentent aux Chicken Bus du Guatemala, ils ne sont pas confortables mais au Honduras, ils avancent. Nous avons dû changer de bus dans la ville de Choluteca, mais la correspondance s’est faite à la minute, nous n’avons pas eu à attendre. Le deuxième bus nous a directement mené jusqu’au poste frontière. Il faut reconnaître qu’en Amérique Centrale quand la destination du bus c’est la frontière, on nous emmène vraiment jusqu’au dernier bout avant la douane!

Sortir du Honduras n’est également qu’une simple formalité, si nous faisons abstraction des rabatteurs pour le change qui sont aussi insupportables qu’à Bali. Nous avons également traversé le no man’s land sur un pont enjambant une rivière même si le paysage n’était pas aussi pittoresque que la frontière précédente. Au fait, pourquoi ne nous sommes-nous pas arrêtés au Honduras? Parce que le pays est vraiment réputé insécure, nous ne voulons pas nous mettre en danger inutilement surtout que les quelques points d’intérêt se trouvent sur la côte Caraïbe alors que nous sommes plutôt du côté Pacifique et, comme vous le savez déjà, nous avons un timing à respecter.

Côté Nicaragua, notre passage en douane a été plutôt épique. Pas de bol, nous sommes arrivés en même temps que deux gros bus bondés de touristes venant du Guatemala, ça n’a pas sûrement aidé les choses à bien se passer. Déjà, il faut s’arrêter dans une petite cahute pour le contrôle sanitaire où on nous demande également notre certificat de vaccination COVID. Jusque là, rien à signaler et le personnel a même été super sympa. C’est à l’immigration que ça se corse! Nous sommes également tombés sur l’employée de la douane la plus antipathique qui soit, ce qui a probablement rendu les choses encore plus désagréables. Nous avons également dû remplir un formulaire en ligne au préalable pour l’entrée dans le pays qui a dû disparaître dans les méandres de l’informatique puisque personne ne l’a retrouvé. Ce n’est sûrement pas de notre faute car tous les voyageurs occidentaux se sont retrouvés dans le même cas que nous. On nous confisque nos passeports et on nous fait poireauter des plombes sans explication. Quand enfin on récupère nos précieux sésames on nous demande encore 13$ chacun, 10$ pour la carte touristique et 3$ pour la taxe douanière, payable en USD UNIQUEMENT! Nous avions tenté de payer en cordobas, la monnaie nicaraguayenne, nous nous sommes faits remballer comme des malpropres. Tout ça pour ne même pas avoir droit à un nouveau tampon sur notre passeport!

Mais nos mésaventures ne sont pas encore finies, il faut passer nos sacs au scanners. Van se fait fouiller son backpack parce que notre console pour les ports USB pourrait passer pour un drone, objet totalement interdit au Nicaragua. Sur ce coup-là, pas de problème, les gars font juste leur boulot. Ce qui nous a un peu énervés, c’est que les deux employés du scanner ont décidé de nous snober et de ne communiquer que par signes. Nous leur avons pourtant dit que nous comprenions parfaitement l’espagnol, mais rien à faire, ils ont refusé de nous parler! Entre la fatigue du voyage, la chaleur (37 degrés!) et le personnel de douane vraiment irrespectueux, nous commençons à voir rouge. Evidemment, nous savons qu’il ne faut absolument pas s’énerver au risque d’aggraver notre ca et nous voir refuser l’accès au pays. Alors Fab, très calmement, a sorti toutes les affaires du sac qui a été fouillé et a pris le temps de tout ranger comme il faut en prenant bien soin de plier les petites culottes à Van devant le gars de la sécurité qui est parti en PLS en voyant son manège! Au moins, ça n’a pas tourné au vinaigre, ça nous a permis de nous calmer tout en ayant notre petite vengeance.

En général, le passage en douane donne une première impression assez juste sur le pays. Nous espérons cette fois-ci que ce ne soit pas le cas sinon nous allons vraiment détester ce pays!

Malgré avoir perdu presque deux heures dans ces procédures douanières à la con, nous trouvons un bus pour Chinandega, puis León assez facilement. Notre but était d’y arriver avant la nuit! Pari réussi, à cinq minutes près!

León

León est la deuxième ville du Nicaragua et le centre universitaire principal du pays. Bien qu’elle porte le nom d’une ville du nord de l’Espagne, elle a été fondée en 1524 par Francisco Hernandez de… Córdoba, bien plus au sud! C’est la première ville du territoire actuel du Nicaragua à avoir été fondée par les conquistadors espagnols. Elle a été la capitale du pays dès 1839 lors de l’indépendance, en alternance avec sa grande rivale, Granada. La rivalité entre les deux villes prit une telle importance qu’en 1858, on transféra définitivement la capitale dans une troisième ville, à Managua. Il en reste un petit centre historique aux maisons colorées. Ce n’est pas la ville coloniale la plus pittoresque d’Amérique Latine mais nous y avons trouvé quelque-chose d’incroyable! Une licorne? Presque! Une zone piétonne! C’est tellement rare sur ce continent! Oui, en tant qu’Européens, nous avons tendance à faire une fixette sur les zones piétonnes mais c’est tellement plus agréable de se promener en ville sans se faire déranger par les voitures.

De gros chats

León signifie tout simplement lion. Il est donc tout à fait logique que le roi des animaux soit le symbole de la ville de León. On en voit un peu partout dans le centre historique surtout que c’est un animal qui représente la puissance et le pouvoir. De quoi en boucher un coin à la rivale de toujours, Granada, qui elle ne porte que le nom d’un fruit.

Basilica Catedral de la Asunción

Construite en 1747 dans le plus pur style baroque espagnol, cette cathédrale d’une blancheur étincelante peut se targuer d’être la plus grande de toute l’Amérique Centrale. Rien que ça! C’est un tel mastodonte qu’elle a résisté à tous les tremblements de terre de son histoire! Même l’UNESCO en a été impressionné au point de l’inscrire sur sa liste du patrimoine mondial. Certes, c’est un énorme édifice, surtout pour l’époque, mais ce n’est pas la cathédrale qui nous a le plus subjugués.

El Calvario

León regorge d’églises mais rassurez-vous nous ne nous y sommes pas arrêtés à chacune d’entre elles. Celle du Calvario nous a attirés grâce à sa superbe façade « rouge sévillan » et à ses fresques. Elle date du XVIIe siècle et est de style baroque espagnol typique de l’époque.

Viva la revolución!

Nous avons trouvé un peu de street art à León mais en y regardant de plus près, nous nous sommes aperçus qu’il ne s’agit pas seulement d’art mais de véritables hommages à plusieurs épisodes historiques du Nicaragua et de la région de León du XXe siècle.

Le 23 juillet 1959, une manifestation étudiante se tient à León pour contester contre le massacre d’El Chaparral (Honduras), un mois plus tôt, dans lequel fut blessé Carlos Fonsecca, le fondateur du front sandiniste de libération national (un parti communiste construit sur le modèle marxiste-léniniste) qui essaie de renverser le dictateur au pouvoir. Mais la Garde Nationale ouvre le feu sur les manifestants tuant quatre personnes et blessant plus de soixante étudiants.

Depuis cet évènement, les sandinistes, du nom d’Augusto Caldéron Sandino, premier révolutionnaire nicaraguayen du XXe siècle, prennent de l’ampleur dans la région en essayant de lutter contre les somozistes, du nom de Somoza, la famille de dictateurs au pouvoir. En 1978, une grande partie de la population de León, majoritairement sandiniste, se soulève contre le gouvernement et, malgré l’intervention de l’armée, se retrouve victorieuse en 1979.

Nous avons méga résumé les évènements historiques, mais voilà en gros l’idée. De toute façon, en tant qu’étrangers, nous n’avons pas le droit d’exprimer une quelconque opinion sur la politique locale. Nous ne pensons pas que notre modeste blog soit surveillé mais dans le doute, nous préférons nous abstenir. Nous avons juste voulu comprendre tous ces hommages.

Côté Playa

Non León ne possède pas sa propre plage mais ne se situe qu’à une petite vingtaine de kilomètres de l’océan Pacifique. Après plus d’un mois passé loin du littoral, nous n’allions quand même pas laisser passer l’occasion de nous rendre au bord de la mer! Les bus locaux nous emmènent en une petite demi-heure à Las Peñitas, une petite station balnéaire. Nous avons préféré faire le petit détour jusqu’à Poneloya, le petit village de pêcheurs voisin. Il y a une magnifique plage de sable volcanique complètement déserte! Par contre, pour la baignade, ce n’est pas top, il y a vraiment trop de courant. Dommage, car l’eau est vraiment bonne! Mais c’est un véritable paradis pour les surfeurs.

Le clou du spectacle c’est la magnifique mangrove qui borde la plage. Le temps s’y est arrêté entre les quelques bateaux de pêcheurs qui rentrent depuis le large, différents échassiers essayant de trouver leur nourriture dans la vase à marée basse et les goélands qui guettent l’arrivée des pêcheurs dans l’espoir de piquer quelques restes de poisson. Le paysage y est incroyable entre la mangrove, le sable noir et les volcans que nous apercevons au loin! La mer nous avait trop manqué, nous ne sommes pas déçus de cette plage-là!

León est, pour l’instant, la ville la plus agréable que nous avons visitée depuis notre arrivée en Amérique Centrale. Elle est piétonne (oui, on y tient!), jeune, étudiante, dynamique, tout en ayant une culture et une histoire très riches. La vie nocturne est également très sympa et nous permet de goûter le rhum local, très bon et très aromatisé dans des bars souvent situés dans les jolis patios des bâtiments coloniaux.

Apparemment, le passage en douane du Nicaragua est l’exception qui confirme la règle car ce pays nous semble au premier abord très cool et très accueillant! Nous avons en tout cas eu un véritable coup de cœur pour cette première étape.

Les pyramides mayas de Tikal

Nous ne pouvons pas passer au Guatemala sans aller visiter le site archéologique de Tikal qui est la plus grande cité de ce genre du pays mais aussi une des plus importante de tout le monde maya qui s’étend du Mexique au Honduras.

Comme nous vous l’avions mentionné dans notre dernier article, nous avons choisi comme base le petit village de El Remate sur les rives septentrionales du lac Petén Itza mais il est possible de se rendre à Tikal directement depuis Flores. C’est la même route. Nous voulions juste raccourcir un peu les trajets.

Que ce soit depuis Flores ou depuis El Remate, il y a deux façons de se rendre sur le site : en shuttle exprès pour les touristes ou en colectivo qui s’arrête partout mais qui fait plus couleur locale pour deux fois moins cher. Nous avons évidemment choisi la deuxième option même si nous avons dû faire des arrêts pour qu’untel achète des tacos, qu’un autre passe à l’épicerie du village ou encore que le chauffeur salue quelqu’un de sa connaissance! Les prix des colectivos sont de 50 quetzales (6€ ou 5,90 CHF) depuis Flores ou 25 quetzales (3 €ou 2,95 CHF). Il faut compter le double pour les shuttle.

Pour les billets d’entrée (150 quetzales pour les étrangers soit 17,90€ ou 17,80CHF), on nous avait conseillé de les prendre à l’avance à la Banrural de Flores. Nous y avons trouvé tellement de monde que nous avons préféré faire à l’arrache sur place. Attention, les guichets de Tikal ne se trouvent pas à l’entrée du site mais à l’entrée du parc national 17 km plus bas. Pas de souci, les colectivos s’y arrêtent, il y a un check point à passer de toute façon, et vous attendent. En plus, il n’y avait presque personne! A notre avis, nous avons vraiment eu raison de procéder ainsi.

Parc national de Tikal

Tikal ce n’est pas uniquement une cité maya d’envergure, c’est aussi un parc national de près de 58’000 hectares dans la jungle du Petén abritant une biodiversité incroyable. Le site archéologique ne couvre « que » 1600 hectares. Petit fun fact : c’est le tout premier site au monde à avoir été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, c’était en 1979. Donc nous avons une belle forêt humide protégée depuis 44 ans. En 1990, le site a été englobé dans la réserve de biosphère maya couvrant tout le nord du département de Petén ainsi que le sud de l’état du Tabasco au Mexique et une partie de l’ouest du Belize. Sachant que le Guatemala n’est pas le pays le plus protecteur de la nature, c’est une info qui nous redonne un peu du baume au cœur.

Une fois passé l’entrée du site archéologique, il y a un chemin qui mène directement à l’acropole centrale, point névralgique de Tikal. Nous avons préféré prendre les chemins de traverse pour éviter la foule et pour profiter de la nature luxuriante qui s’offre à nous. A part quelques oiseaux, nous n’avons pas vu beaucoup d’animaux, le site est sûrement trop fréquenté par les humains. Mais nous savons qu’ils sont là, nous les entendons bien, notamment les singes hurleurs qui portent vraiment bien leur nom!

La cité de Tikal n’a pas encore dévoilé tous ses secrets et ne les dévoilera sûrement pas. Les fouilles archéologiques ne seront pas étendues dans un souci de protection de la forêt. C’est super pour la protection de l’environnement mais c’est un peu frustrant pour les archéologues.

Mais on peut plus ou moins deviner où se trouvent d’autres temples, pyramides ou autres complexes archéologiques grâce au relief mal plat et inégal de la jungle. D’ailleurs nous non plus nous n’avons pas découvert le site en son intégralité, il est vraiment immense et nous avons également passé du temps à juste flâner dans la nature. Certaines pyramides sont recouvertes de végétation juste de moitié et se dévoilent seulement en leur sommet. C’est le cas de l’impressionnant temple des Inscriptions qui date environ du VIe siècle et qui, en sa partie postérieure, est recouverte d’inscriptions en maya, d’où son nom.

Palacio de las Acanaladuras

Nous sommes ici dans la zone résidentielle de Tikal. Ce palais qui date de l’époque dite du classique tardif (entre les ans 600 et 900 de notre ère), abrite une trentaine de chambres qui contenaient des lits encastrés dans le mur. La bâtisse était entourée de canaux , c’était le système d’eau courante de l’époque.

Le temple V

C’est, à nos yeux la structure architecturale la plus belle de tout le site de Tikal. Cette pyramide aux proportions quasi parfaites mesure 57 mètres de hauteur et daterait du VIIe siècle de notre ère selon la datation au Carbone 14 même si certains détails architecturaux pourrait laisser penser à une époque antérieure. Ce serait le monument funéraire du roi Hasaw Cha’an Kamil ou d’un de ses fils, on y a trouvé des objets d’offrandes à l’intérieur. Le temple serait dédié à Chaac, dieu de la pluie. Malgré ces théories imprécises, comme c’est souvent le cas en archéologique, nous trouvons cette pyramide vraiment stylée. C’est également ce que doit penser Chaac vu qu’il nous a généreusement arrosé de pluie ces derniers temps alors que nous sommes, selon le calendrier, en pleine saison sèche!

Acropole Centrale

Nos pas ont fini par nous emmener à l’acropole centrale qui est le cœur névralgique de la cité de Tikal. En son centre, se trouve la Gran Plaza qui est entourée d’acropoles nommées selon le point cardinal correspondant et deux superbes pyramides qui se font face. Le centre était dédié à la pelote maya. C’est un jeu où deux équipes s’affrontent avec une balle en caoutchouc, matière sacrée pour les Mayas, qui pèse trois kilos et dont le but est de mettre la balle dans le camp adverse en ne la touchant ni avec les mains, ni avec les pieds.

La pyramide avec la pente la plus raide est le temple du Grand Jaguar. Elle a été construite en 734 de notre ère et culmine à la hauteur honorable de 47 mètres. C’est le monument funéraire du roi Ah Cacao. Si monsieur a sa sépulture dans la meilleure place de la ville, c’est amplement mérité! Il a réussi l’exploit dont tout ses prédécesseurs n’osaient rêver. Il a vaincu la grande rivale Calakmul, située à une centaine de kilomètres plus au nord dans l’actuel état mexicain de Campeche. C’était le lieu de cérémonies rituelles et le temple était même considéré comme la porte pour l’au-delà. Il fut un temps où on pouvait visiter l’intérieur de la pyramide mais il y eut beaucoup de touristes, de guides et même des animaux qui y disparurent inexplicablement. Selon la légende, l’esprit de Kamil III, un autre roi de Tikal, y vit encore à l’intérieur et dévore les visiteurs inopportuns. A ce jour, personne n’a d’explications plus rationnelles à ces disparitions mystérieuses.

L’autre pyramide, plus massive mais plus petite (38 mètres de hauteur) est le temple des Masques. Elle doit son nom aux masques sculptés sur ses escaliers. La construction a été ordonnée toujours par Ah Cacao pour sa chère et tendre épouse. (Ah l’amour…) Elle a été en partie restaurée, c’est pourquoi elle a l’air mieux conservée et toute proprette. Sur la face arrière, il y a un escalier qui permet de grimper sur la pyramide afin de profiter de la vue. C’était blindé de monde et on a préféré y renoncer. On aurait dit que tous les visiteurs se soient retrouvés à cet endroit précis. Certes, c’est un vrai goulet d’étranglement mais c’est à croire que les gens viennent à Tikal juste pour grimper sur le temple, prendre un selfie et basta.

L’acropole nord

L’acropole nord date d’une période bien antérieure à celle de la Gran Plaza. (350 avant notre ère environ) C’est un lieu sacré car c’est ici que sont enterrés tous les rois et autres dirigeants qui ont régné sur la cité de Tikal pendant plus de cinq siècles. Les terrasses sur lesquelles on accède aujourd’hui pour profiter de la vue sur la place étaient dédiées au cérémonies rituelles. On y trouve encore quelques stèles avec des écrits sacrés.

Le rendu ne donne pas très bien sur la photo ci-dessous mais nous avons trouvé une petite merveille! Cette magnifique sculpture de masque en stuc est de style dit de Teotihuacan, une immense cité précolombienne près de la ville actuelle de Mexico. Malgré son éloignement, c’était l’allié le plus fiable de Tikal. C’est difficile de donner un ordre de grandeur de cette œuvre puisque nous l’avons observée depuis en haut mais il y a avait un escalier avec des marches pour géants juste à côté, nous l’estimons donc à trois bons mètres de haut.

A propos d’escaliers, il y a une chose qui nous échappe. Les Guatémaltèques, qui sont presque intégralement des descendants des Mayas, sont de taille plutôt petite. Nous doutons fort que leurs ancêtres étaient plus grands. Pourquoi construisaient-ils donc des marches si hautes? Si vous avez un élément de réponse, loufoque ou plausible, faites-le nous savoir, ça nous intéresse!

L’acropole centrale mais qui se trouve au sud

C’est ici que résidait la famille royale de Tikal. Ce complexe contient plus de quarante-cinq appartements et six patios répartis sur deux ou trois étages. Il y avait également des centres administratifs, ce qui explique, en partie, cette exagération de pièces à disposition.

Il y a également, juste au sud, un autre complexe complétant celui-ci qu’on appelle, à propos, acropole sud. Il vient d’être découvert et les fouilles ne font que commencer. On estime sa surface à 22 hectares (contre 1,5 pour l’acropole centrale) donc les archéologues ont encore du job assuré pour plusieurs années!

Le site est tellement énorme que nous n’avons pas eu le temps de tout visiter en profondeur mais nous sommes déjà subjugués par ce que nous avons vu autant par les pyramides que par la jungle environnante. Nous avons même fini par rencontrer quelques coatis vraiment mignons en quête de nourriture. C’est vrai que nous avons aperçus plus d’animaux à El Remate, moins fréquenté par des humains, que dans la jungle de Tikal, comme des oiseaux, des écureuils et même un serpent qui est venu s’introduire dans notre chambre nous causant une belle frayeur. Il s’est avéré que c’était une pauvre petite couleuvre totalement inoffensive mais on ne prend jamais trop de précautions avec ce genre de petite bebêtes.

Tikal est le quatrième site maya que nous visitons après Chichen Itza, Calakmul et Palenque mais c’est clairement le plus grand, le plus intéressant et celui que nous avons préféré, sans dénigrer les trois autres bien entendu! Plus globalement, c’est du niveau d’Angkor Wat au Cambodge ou de Bagan en Birmanie. Nous n’avons pas vraiment été dérangé par la foule, le site est vraiment espacé et nous y avons été en milieu de matinée, après tout le monde et n’avons pas suivi l’itinéraire standard. Nous nous sommes parfois même retrouvés seuls au monde!

Nous qui craignons parfois d’être blasés après toutes ces visites, sachez que ce ne fut pas du tout le cas avec Tikal et que c’est un lieu que nous vous recommandons chaudement.