Grand bilan de notre trip 2021-2022

Nous voilà de retour dans notre fief valencien après avoir passé nos derniers jours en famille à Istanbul mais avant de nous tourner vers l’avenir, nous allons regarder une dernière fois en arrière sur notre voyage pour vous livrer un bilan.

En chiffres

Pays visités

Cinq. Bulgarie, Turquie, Ouganda, Tanzanie et Egypte.

Continents traversés

Trois. Europe : Bulgarie et la plaine de Thrace en Turquie. Asie mineure : Turquie et Afrique : Ouganda, Tanzanie et Egypte.

Durée du voyage

199 jours, soit environ six mois et demi

Distance parcourue

29717 kilomètres de Valence, Sofia, Plovdiv, Istanbul, Konya, Alanya, Antalya, côte lycienne, Antalya, Istanbul, Entebbe, Jinja, Fort Portal, Kabale, Mwanza, Arusha, Moshi, Dar-es-Salaam, Zanzibar, Dar-es-Salaam, Le Caire, Assouan, Hurghada, Marsa Alam, Hurghada, Antalya, Adana, Izmir, Bodrum, Afyon, Istanbul et retour à Valence. Le tout en avion, en bus, en train, en ferry, en dolmus, en matatu, en boda-boda, et en dalla-dalla.

Altitude la plus basse

Le niveau de la mer, ben partout où il y avait des côtes c’est à dire partout sauf en Bulgarie et en Ouganda.

Altitude la plus haute

2200 mètres sur les hauteurs du lac Bunyoniy dans le sud de l’Ouganda.

Température la plus basse

-1 degré (Oui, il y a le moins devant!) à Konya. Heureusement, ce n’était qu’une escale de quelques heures le temps de changer de train et nous avons trouvé de quoi nous réchauffer.

Température la plus haute

35 degrés sous un soleil écrasant à Dar-es-Salaam mais c’est une température normale pour un mois de janvier sur la côte en Tanzanie.

Points géographiques intéressants
  • Le Bosphore à Istanbul, qui sépare l’Europe de l’Asie
  • Anamur : le point le plus au sud de l’Anatolie
  • La source du Nil à Jinja
  • Le point zéro à Kikorongo. Après Quito et Pontianak, nous avons eu la chance de traverser pour la troisième fois la ligne de l’Equateur, une fois par continent!
  • Le Kilimandjaro : le point culminant de Tanzanie (5895 mètres d’altitude!) et de tout le continent africain
Les sept merveilles du monde antique

Par le plus incroyable des hasards, nous avons vu l’emplacement de trois des sept merveilles du monde antique lors de notre trip! Ce n’était absolument pas prémédité mais ça nous a donné encore des idées pour rallonger notre déjà très longue wishlist de voyage. Nous avons donc vu :

  • La pyramide de Khéops à Gizeh
  • Le templs d’Artémis près du site d’Ephèse
  • Le mausolée d’Halicarnasse à Bodrum
Matériel remplacé

Il y a eu l’histoire du vol du smartphone à Van à Dar-es-Salaam que nous n’allons pas ressasser indéfiniment car ce sont des choses qui peuvent arriver n’importe où dans le monde et puis nous avons tourné la page. Et acheté un nouveau téléphone!

Fab a été touché par la malédiction des lunettes de soleil! Il en a cassé deux paires. Par contre, cette fois, contrairement à notre premier tour du monde, nos câbles ont bien tenu le coup.

Nos chaussures de trek n’ont pas fini le voyage avec nous. Il faut dire qu’elles dataient de notre arrivée en Espagne en 2020 et que nous les avons usées jusqu’à la corde, notamment sur les sentiers de Tenerife. Nous les avons remplacées lors de notre retour en Turquie. Van a même laissé les siennes en Egypte. Mais non! Elle n’a pas pris l’avion pieds nus, c’est une fille, elle a des baskets de ville!

Enfin, nous avons dû acheter des pulls également lors de notre retour en Turquie car nous étions vraiment mal équipés pour l’hiver.

Evidemment, il y a toujours les éternels achats de savon ou de dentifrice, mais pour un voyage au long cours, nous ne nous en sommes pas trop mal sortis. Nos backpacks de huit respectivement neuf kilos n’ont pas pris de poids pendant notre trip.

Ce qui était prévu au départ…

Comme souvent dans ce genre de trip, les imprévus ne sont pas rares! En partant en temps de Covid, nous nous attendions à devoir revoir nos plans plus souvent qu’à notre tour. Pourtant, ce n’est pas à cause de ce satané virus que nous avons dû revoir notre copie plusieurs fois même s’il nous a cloué au lit une petite semaine en Tanzanie.

Notre premier petit couac a déjà eu lieu bien avant notre départ puisque notre but était d’aller en Amérique Centrale. Aucun rapport avec la Turquie et l’Afrique, on vous le concède. Mais suite à un bug informatique, nous n’avons jamais réussi à régler nos billets pour le Mexique. Au lieu de nous acharner, nous avons pris ce contretemps pour un signe du destin et avons décidé d’aller explorer un autre coin. Et nous ne regrettons pas une seconde notre décision.

Le hasard et les bonnes offres nous ont finalement conduit en Turquie, puis en Ouganda. De là, notre but était de remonter par voie terrestre jusqu’en Egypte. Mais voilà, un conflit armé a éclaté en Ethiopie puis le Soudan a été victime d’un coup d’état remettant en cause une partie de notre trip.

Nous avons aussi galéré en Tanzanie, un pays qui finalement est très peu fait pour le voyage en backpack et avons quitté le pays plus tôt que prévu. Avec les frontières fermées et les restrictions dues au Covid, nous avons pris la décision qui nous semblait la plus juste sur le moment, c’est-à-dire rejoindre l’Egypte puis compter sur la douceur méditerranéenne du sud de la Turquie pour finir notre trip. Grosse erreur de jugement climatique! Honnêtement, sur ce coup-là, si c’était à refaire, nous ferions autrement. Mais voilà, nous sommes toujours plus intelligents après et nous n’avons quand même pas passé une mauvaise fin de trip malgré la météo peu clémente.

Enfin, nous voulions traverser sur la Grèce depuis Bodrum mais les liaisons maritimes entre les deux pays n’ont toujours pas repris malgré la réouverture des frontières. C’est sûrement le point le plus frustrant de notre voyage car l’île de Cos se voit parfaitement depuis les côtes turques et le trajet se fait en à peine vingt minutes! Finalement, nous avons profité de deux semaines supplémentaires en Turquie et nous avons pu rencontrer les parents de Van qui sont venus à Istanbul après avoir appris notre déconvenue et avons passé un très bon moment en famille. UN GRAND MERCI à eux!

Nos coups de cœur

Notre voyage en général a déjà été un énorme coup de cœur et nous avons découvert des contrées complètement inédites pour nous.

Pour les gens

La Turquie! Même s’il a été parfois difficile à se faire comprendre à cause de la non pratique de l’anglais, nous avons trouvé les Turcs vraiment adorables! Ils sont ouverts, curieux, souriants, accueillants, bienveillants (parfois même trop!), et foncièrement honnêtes y compris dans la mégapole d’Istanbul. Plus nous nous dirigions vers le sud-est, plus la gentillesse des Turcs était marquée.

Nous avons également eu de très bons contacts avec la population locale en Egypte et en Tanzanie.

Pour les paysages

L’Ouganda sans aucune hésitation! Le pays a d’ailleurs pris la tête sur notre liste des plus beaux paysages que nous avons traversés, dépassant le Sri Lanka! (qui reste quand même un pays magnifique malgré sa deuxième position!). Le climat équatorial de l’Ouganda nous donne une végétation incroyable et très variée. C’est également le pays où nous avons pu observer la plus grande diversité dans les espèces d’oiseaux! C’est un endroit que nous n’excluons pas du tout de revisiter ultérieurement.

Pour la playa

Zanzibar of course! Nous nous attendions à un truc vraiment surfait. Mais non, Zanzibar est digne de l’image de carte postale qu’on lui donne! Le sable blanc et les eaux cristallines sont bien là! En plus, sur la côte est, le littoral n’a pas été défiguré par un bétonnage anarchique et une alignée hideuse d’hôtels.

La mer Rouge n’a pas beaucoup à envier à Zanzibar pour la clarté de ses eaux et la richesse de ses récifs!

Pour la culture

Entre Egypte et Turquie, notre cœur balance. La première est riche de son histoire des Pharaons avec ses pyramides, ses hiéroglyphes et ses temples. Quant à la deuxième, c’est plutôt Grèce Antique et Empire Ottoman. Dans les deux cas, nous avons adoré nous imprégner de l’histoire des lieux! Donc, les deux pays sont à égalité!

Pour la gastronomie

Nous avons eu de la chance, tous les pays que nous avons visité sont des paradis gastronomiques! Bon OK, à part la Bulgarie mais nous n’y sommes restés qu’un week-end et n’avons pas eu le temps d’en faire une indigestion.

Finalement, c’est l’Egypte qui a notre préférence, mais après de looooooongues délibérations! La vallée du Nil hyper fertile et au climat qui varie du nord au sud apporte une variété de produits incroyables, le tout relevé avec des épices moyen-orientales et ça donne une de nos cuisines préférées au monde! Le climat méditerranéen du nord nous offre une quantité de légumes ainsi que des agrumes. Nous avons bu le jus d’orange frais le plus sucré de notre vie! Le sud, lui, nous offre des fruits tropicaux comme les bananes où la canne à sucre, vraiment délicieuse à déguster en jus! Sans oublier les falafels à base de haricots verts qui sont les meilleurs du monde!

Notre coup de cœur absolu

Là, non plus il n’a pas été facile de choisir tant l’ensemble de notre voyage a été incroyable! Tous les pays que nous avons visités auront été un coup de cœur à leur manière.

Après une belle plongée dans nos souvenirs et un peu de recul, nous en sommes venus à la conclusion que notre pays coup de cœur est….. (attention, roulement de tambour!)… L’Egypte!

C’est un peu une surprise car nous avions quelques préjugés sur le pays (que nous avons recensés ici) . Oui, c’est nul, mais nous sommes humains après tout… Nous redoutions surtout d’être déçus car l’Egypte a longtemps nourri notre imaginaire. Finalement, nous avons été « déçus en bien » et nous avons été subjugués par tout ce que nous avons vu, ressenti ou goûté. Finalement, notre seule déception aura été de ne pas avoir pu prolonger notre visa comme nous l’aurions voulu. Mais ce n’est que partie remise! Nous avons déjà une folle envie d’y retourner!

Premiers pas en Afrique…

Ce trip nous a permis pour la première fois de poser les pieds en Afrique subsaharienne. Les pays africains sont des destinations difficiles à caser dans un tour du monde car les offres aériennes intercontinentales sont quasiment inexistantes et le coût est énorme. Il y a aussi le problème de l’instabilité politique dans certains pays et les situations peuvent changer d’un jour à l’autre. Certains visas sont également très difficiles à obtenir et leur durée est généralement très courte, trop courte pour du vrai slow travel.

Comme notre trip prévoyait un retour, et que, finalement, nous ne nous sommes pas envolés pour le Mexique, l’Afrique nous paraissait une destination idéale. Enfin, surtout pour Van. Fab a été un peu plus frileux sur le sujet et difficile à convaincre. Mais maintenant, il ne rêve que d’y retourner! Il avait d’ailleurs fait exactement le même coup avec l’Inde!

Certes, voyager en Afrique n’est pas si simple mais pas impossible. Nous avons d’ailleurs quitté la Tanzanie plus tôt que prévu car le pays n’est pas du tout prévu pour des trips en backpack mais PAS parce-que nous n’avons pas apprécié! Au contraire, c’est un coin fascinant et le bilan que nous avions rédigé est sorti plutôt positif.

Nous n’avons fait qu’un tout petit coin de cet immense continent mais nous avons déjà ouvert une sacrée boîte de pandore qui va nous attirer irrésistiblement dans ses filets! Nous avons été agréablement surpris par le non gaspillage et le recyclage de tous les objets en Ouganda et en Tanzanie. Nous, Occidentaux, avec notre surconsommation avons de grandes leçons à prendre sur ce sujet-là. Nous avons également remarqué que nous sommes devenus beaucoup plus fatalistes qu’avant. A force de ne pas avoir tout qui fonctionne, chaque petite chose qui marche correctement est une petite victoire. C’est une attitude qui nous aide vraiment dans nos démarches administratives en Europe. Maintenant, nous sommes conscients du privilège d’avoir de l’électricité sans aucune coupure, des transports dignes de ce nom, de l’eau courante et un internet haut débit. Nous avons également appris la lenteur, la vraie! Une langueur que même au Cambodge, pays le plus relax d’Asie, nous n’avons pas connue.

Nous avons, bien sûr, également adoré le côté plus carte postale du continent comme les paysages, la faune, les gens, la gastronomie (eh oui!) ainsi que les plages de rêves donnant sur l’océan Indien.

Nous commençons tout gentiment à avoir un peu de recul sur tout ce que nous avons vu sur ce coin de continent et n’avons sûrement pas encore digéré tout ce que nous y avons vécu mais nous pouvons déjà affirmer que l’expérience était incroyable et que nous ne regrettons pas une seconde d’y avoir posé un pied. Nous mourrons d’ailleurs d’envie d’y retourner, d’y découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures et d’étoffer nos aventures en terres africaines.

Spoiler Alert!

Nous savons que ce paragraphe est un des plus attendu de nos bilans mais cette fois, nous allons un peu vous laisser sur votre faim. C’est parce-que nous travaillons sur plusieurs projets (pro, perso et voyages) et que nous ne savons pas encore lesquels vont vraiment aboutir.

Ceux qui nous suivent sur les réseaux sociaux le savent déjà, nous sommes de retour en Espagne. Nous allons rester dans notre fief valencien jusqu’à fin mai environ. Les prochaines semaines seront très studieuses et administratives pour nous mais nous tâcherons quand même d’aller faire quelques petites balades afin de vous en faire découvrir un peu plus de notre belle région.

Juin sera un peu plus festif. C’est le mois de nos anniversaires respectifs et cette année, Fab passe le cap de la quarantaine et nous allons marquer le coup! Eh oui, même un globe-trotter ça vieillit! Nous allons donc faire un petit tour nous verrons où mais nous resterons sûrement au sein de l’UE. (En vrai Van a une petite idée mais chuuuuuuut, c’est une surprise!) En juin, nous fêterons également nos noces de bois (cinq ans de mariage!), c’est une raison de plus d’aller faire une petite virée quelque part!

Nous allons ensuite prendre nos quartiers d’été. Nous ne savons pas encore où ce sera exactement mais nous allons délaisser la côte et son tourisme de masse pour aller découvrir une partie de l’arrière-pays espagnol. Il y a déjà deux régions qui nous titillent fortement. Reste à savoir dans laquelle nous trouverons notre bonheur.

Pour la suite, qui vivra verra….

C’est sur ces belles paroles que nous achevons ce bilan et nous espérons que vous l’aurez apprécié autant que nous avons apprécié nos six mois de voyage! Et promis, de nouvelles aventures arriveront très vite!

Pamukkale et l’arrière-pays égéen

Comme nous n’avons pas pu traverser vers la Grèce depuis Bodrum, nous avons droit à quelques jours de rab en Turquie. Quel dommage! Il nous faut donc nous creuser la tête pour trouver des idées afin d’occuper ces quinze jours supplémentaires. Non, on déconne! Des idées, nous en avons plein! Nous en avons tellement qu’il nous faut faire des choix cornéliens. Ce ne sont pas les activités qui manquent dans ce pays! Comme nous savons pertinemment que nous allons avoir l’occasion de profiter de la mer plus tard, nous avons décidé d’explorer une partie de l’arrière pays de la côte de la mer Egée. En plus, l’itinéraire est assez logique pour rejoindre Istanbul où nous sommes attendus de pied ferme par la famille de Van.

Pamukkale

Notre première étape sera le site de Pamukkale. Pour des raisons pratiques et économiques, nous logeons dans la ville de Denizli située dix-sept kilomètres plus bas, qui peut prétendre au titre peu envié de ville la plus moche de Turquie. De là, des dolmus font la navette assez fréquemment entre l' »otogar » (la gare routière) située en plein centre-ville et le site de Pamukkale. Il y a un semblant de village à proximité du site avec restaurants et hôtels mais franchement, il est aussi déprimant que Denizli en beaucoup plus cher.

Tout le blanc que nous voyons, ce n’est ni de la neige, ni du sel, ni de la glace mais du travertin! C’est une pierre très calcaire assez commune dans le bassin méditerranéen. Par exemple, le Colisée de Rome est construit en travertin. A Pamukkale, ce sont plusieurs sources d’eau plus ou moins chaude (il y en aurait au moins 17!) qui forment cette belle tufière recouverte de calcaire d’un blanc étincelant. Voilà à quoi pourrait ressembler votre salle de bains si vous ne la lavez pas pendant des années!

Le site se visite à pieds nus afin de ne pas trop détériorer l’environnement. C’est assez étonnant car la pierre est froide alors que la température de l’air est bien chaude (27 degrés!). Comme le paysage ressemble à s’y méprendre à un glacier, nous avons le réflexe de marcher précautionneusement afin de ne pas nous casser la figure sur la glace, mais comme c’est de la roche, le terrain n’est pas du tout glissant!

Les bassins

Le chemin est, en partie, composé de bassins qu’il faut traverser. Tous ne sont pas remplis en cette saison mais ceux qui le sont contiennent une eau bien minérale et, paraît-il, thérapeutique. La température de l’eau n’est pas égale partout, c’est la surprise à chaque bassin. Ça passe du glacial au très chaud, jusqu’à 45 degrés et c’est un très bon moyen de donner un coup de fouet à notre circulation sanguine!

Il y a également des bains thermaux au pied de la colline mais ne sont ouverts que de mai à octobre. Franchement, ce ne sont que trois petites piscines en contrebas de la tufière qui, à notre avis, ne valent pas le coup.

Visiter Pamukkale en pleine saison doit être invivable car blindé de monde mais en hiver, ce ne doit pas être la panacée non plus à cause des bassins à traverser pieds nus. Nous sommes contents que notre passage coïncide avec une chaude journée de printemps. Il n’y a encore pas trop de monde et nous ne risquons pas de perdre un orteil pour cause d’eau glacée.

Au sommet de la colline se trouve le site archéologique d’Hiérapolis qui était, on vous le donne en mille, une station thermale de la Grèce antique. Nous n’avons pas été la visiter tout simplement par manque d’envie. Nous avons déjà vu des dizaines de sites archéologiques en Turquie et nous commençons à en être un peu lassés.

Une des raisons qui nous a poussé à loger à Denizli plutôt qu’à Pamukkale, c’est la gare! Non, la gare n’est pas intéressante c’est un vieux bâtiment des années 1950 tout moche mais ça nous permet de prendre le train assez tôt le matin pour la suite de nos aventures. Nous prenons un peu de hauteur et traversons des hauts plateaux entourés de grandes montagnes. C’est comme ça que nous imaginons les steppes de Mongolie. Après cinq longues heures à nous traîner dans ces steppes anatoliennes, nous voici arrivé dans la ville d’Afyon, située elle aussi sur un plateau culminant à 1021 mètres d’altitude au milieu des montagnes d’Emir.

Afyonkarahisar

Rassurez-vous, pas besoin de retenir le nom à rallonge d’Afyonkarahisar puisque le surnom officiel de la ville est tout simplement Afyon. Administrativement, elle se situe encore dans la région égéenne mais culturellement, nous sommes déjà bien en Anatolie avec des petites maisons ottomanes colorées, une ambiance vraiment tranquille (bien plus que sur la côte!) des hautes chaînes de montagnes et un climat un peu plus rude.

Le centre historique

Afyon est située à un carrefour stratégique, à mi-chemin entre Izmir et Ankara et également entre Istanbul et Antalya. En plus, elle est connue pour ses nombreuses sources thermales. Elle est donc depuis l’Antiquité un point de passage et d’escale incontournable pour les voyageurs. Afyon signifie opium en turc car la région en produit en grande quantité. Aujourd’hui, les cultures sont strictement encadrées par l’état mais à l’époque elles alimentaient le marché des stupéfiants. Encore une raison supplémentaire de faire escale dans le coin pour les caravanes. Afyon connut son âge d’or durant presque toute la période de l’empire ottoman. De cette époque, il nous reste un magnifique centre historique construit à partir du XIIIe siècle avec de magnifiques petites maisons ottomanes, en partie superbement restaurées, ainsi que des mosquées datant de la même époque.

Le château d’Afyon

Rien que le centre historique c’est déjà du lourd! Pourtant ce n’est rien comparé au château qui le surplombe! C’est surtout le promontoire rocheux qui est vraiment impressionnant. On pourrait croire à son aspect que c’est une roche karstique comme dans le sud de la Thaïlande. Que nenni! Cet éperon rocheux est le résultat d’une intense activité volcanique datant du pléistocène, c’est à dire, il y a plus de 12’000 ans! Il s’élève à 226 mètres en dessus de la plaine sur laquelle est construite la ville d’Afyon. C’est 57 mètres de plus que celui d’Alicante que nous avons déjà trouvé balèze quand nous y avons été.

Le seul moyen d’accéder au château c’est à pieds! La montée se fait au moyen d’un escalier en pierre. Ce n’est pas très compliqué mais nous vous déconseillons tout de même d’y monter en tongs! Nous n’avons pas eu le courage de compter les marches mais c’est une belle petite grimpette. Certains endroits peuvent quand même être scabreux pour les personnes souffrant de vertige mais le chemin n’est pas dangereux en soi.

Le sommet

Tout ce qu’il reste du château, ce sont les remparts qui entourent l’entier du sommet du promontoire rocheux. La forteresse, construite en 1350 avait un but purement défensif. Il n’y avait donc de toute façon pas de super palais à l’intérieur de celle-ci. Vu l’environnement un peu hostile du lieu (relief mal plat, prise au vent, etc), la construction de l’édifice n’a pas dû être une partie de plaisir, autant se contenter du strict minimum ce qui est déjà pas mal.

Pour vous faire une idée de la prise au vent au sommet, regardez le drapeau turc! Il lui manque un bout qui a été arraché par de fortes bourrasques qui sont assez fréquentes dans la vallée. NB : Vous pouvez agrandir la photo en cliquant dessus!

Le clou du spectacle!

Si nous avons fait l’effort de grimper jusqu’au sommet, c’est évidemment également pour la vue! Nous pouvons jouir d’un panorama à 360 degrés sur les montagnes d’Emir, le centre historique, la ville moderne et les fameux hauts plateaux qui nous emmènent déjà en Anatolie Centrale. Il souffle un fort vent du sud-ouest nous amenant un peu de calima, l’atmosphère n’est donc pas très nette mais ça n’enlève rien à la beauté du panorama!

Nous avons une confidence à vous faire! La région de la mer Egée est beaucoup plus sympa et intéressante du côté montagne que du côté mer! Et pourtant, nous sommes des drogués du bord de mer! Peut-être est-ce dû au fait que la côte méditerranéenne au sud est vraiment ouf et qu’en comparaison, la côte ouest fait un peu pâle figure. Nous ne sommes pas en train de dire que la côte égéenne est nulle, bien au contraire, c’est vraiment joli mais il manque ce petit supplément d’âme que nous avons trouvé au sud et dans l’arrière-pays.

Voilà, il est temps maintenant de nous mettre en route pour Istanbul où nous attend de pied ferme la famille de Van pour un petit séjour en famille dans la belle Constantinople.

Bodrum, déjà un petit air de Grèce

Nous avons souvent entendu dire que Bodrum c’est un peu l’Ibiza ou le Mykonos turc, c’est à dire le paradis de la nightlife avec ses bars, clubs et discothèques en tout genre. Nous n’allons pas faire durer le suspense plus longtemps, Bodrum est bien la reine de la fête! Ce n’est pas vraiment notre kif mais heureusement, nous sommes vraiment hors saison et l’ambiance clubbing ne se fait pas trop sentir. Actuellement, ce sont plutôt les locaux qui profitent de l’absence des touristes et de la douceur de la baie de Cos pour flâner dans la ville et boire un verre en terrasse. Le printemps a apparemment enfin décidé à s’installer durablement et les températures sont agréables, à part quand il y a du vent!

Bodrum a été fondée par les Grecs et ça se remarque tout de suite à ses petites maisons blanches et bleues. La Grèce n’est d’ailleurs pas très loin : l’île de Cos se trouve juste à l’entrée de la baie! Aujourd’hui, c’est une station balnéaire et, au centre-ville, on n’y trouve pratiquement que des hôtels, des bars, des restaurants ou des discothèques. Mais vous commencez à nous connaître et vous vous doutez bien que nous ne nous sommes pas contentés de ce que nous avons vu au premier abord! En bons fouineurs, nous sommes aller gratter le vernis pour voir ce qui se cache vraiment sous l’apparence bling-bling de Bodrum.

Le front de mer

Pour une station balnéaire, la plage est vraiment pourrie! Elle est jonchée de galets et n’est pas du tout agréable pour y rester faire bronzette. C’est vrai que si les touristes passent leurs nuits en discothèque et leur journée à récupérer de leurs folles nuits ou à soigner leur gueule de bois, ils s’en foutent un peu de la beauté de la plage! Ce sont les restaurants qui sont contents, ils peuvent utiliser les lieux pour installer leur terrasse! Par contre, le paysage de la baie avec ses petites montagnes est vraiment chou!

Le truc le plus intéressant du front de mer est le château Saint-Pierre, situé sur un petit promontoire rocheux s’avançant dans la mer Egée. Il a été construit au XVe siècle par les Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jerusalem, un ordre catholique militaire. Aujourd’hui, il abrite le musée archéologique marin.

Mausolée d’Halicarnasse

Nous avons quand même trouvé un peu de culture au milieu des lieux de débauche! En plein centre de Bodrum se trouve le mausolée d’Halicarnasse ou plutôt ce qu’il en reste. Halicarnasse est en fait le nom de la ville de Bodrum dans la Grèce Antique. C’est un peu difficile à imaginer aujourd’hui mais l’édifice, achevé en 350 avant J-C faisait 45 mètres de haut! Il possédait également un système de drainage super sophistiqué pour l’époque! Sa mauvaise conservation est due aux différents tremblements de terre dont a été victime la région à travers les siècles. La Turquie étant au milieu des plaques tectoniques eurasiennes et africaines. Nous avons d’ailleurs senti plusieurs fois la terre légèrement trembler lors de nos deux séjours turcs.

Le mausolée fait partie des sept merveilles du monde antique. C’est assez fou car c’est la troisième merveille que nous voyons depuis le début de l’année après la pyramide de Khéops à Gizeh et le temple d’Artémis à Ephèse. Et ce n’était même pas calculé! Nous avons bien envie d’aller découvrir les endroits où se trouvent les quatre autres du coup!

Voilà à quoi ressemblait le mausolée au temps de sa splendeur!

Les moulins de Bodrum

Cette fois, notre grimpette du jour ne nous a pas emmenés voir un énième château, ni des tombes dans la roche comme à Fethiye mais des moulins, ou plutôt ce qu’il en reste! Ils étaient utilisés dès le XVIIIe siècle pour moudre le grain afin de fabriquer de la farine. Vu l’énorme consommation de pain en Turquie, nous pensons bien que ces moulins devaient tourner à plein régime! Ils sont situés sur une petite péninsule et sont orientés nord-est afin de bénéficier du vent de la côte. Nous confirmons, ça souffle pas mal sur ce petit promontoire rocheux.

Le clou du spectacle reste quand même la vue à 360 degrés sur Bodrum, Gumbet qui apparemment possède une plage digne de ce nom, la baie de Cos et les premières îles grecques. Avec le ciel un peu voilé, les côtes découpées et les moutons qui paissent tranquillement sur le cap, l’ambiance est digne d’un paysage écossais!

Un peu de nature!

Notre grimpette aux moulins ne nous ayant pas suffi, nous avons chaussé nos baskets pour découvrir les hauts de Bodrum. Normalement, nous aurions dû voir quelques ruines au sommet mais les derniers mètres du chemin ont été obstrués par une chute de pierres et est donc devenu impraticable. Ce n’est pas très grave, notre but premier était de marcher un peu en nature et d’observer les fleurs qui s’épanouissent dans la douceur du printemps méditerranéen.

Nous sommes quand même montés assez haut pour profiter de la vue sur la baie de Kos. Il manquait juste le soleil mais avec la brume, la vue sur cette baie très découpée et ses îles nous fait penser à celle d’Hong Kong, même si les bâtiments sont beaucoup plus bas et la température beaucoup moins étouffante.

Heureusement que nous sommes venus à Bodrum hors saison car c’est sûrement infernal en été avec les hordes de touristes! Nous n’avons pas trop aimé la ville, très jolie mais trop dédiée au tourisme de masse. Par contre l’environnement de la baie et les paysages aux alentours sont juste incroyables.

Nous sommes venus à Bodrum dans un but bien précis, celui d’essayer de prendre un ferry pour l’île de Cos puis de rejoindre la Grèce continentale car nous n’avions pas trouvé des infos fiables sur internet. Si apparemment les frontières maritimes ont rouvert, malgré un contentieux territorial entre les deux pays, les liaisons par ferry restent, quant à elles, toujours suspendues pour le moment. On nous a laissé entendre que ce serait pour la première semaine de mai mais sans pouvoir nous donner une date précise. C’est un peu frustrant car nous pouvons parfaitement voir l’île de Cos depuis Bodrum et la traversée se fait en à peine vingt minutes! L’idée de soudoyer un bateau de pêcheur nous a effleurée mais comme nous voulons retourner en Turquie une prochaine fois, nous avons meilleur temps de passer la douane et faire tamponner notre passeport comme il se doit.

Comme nous ne pouvons pas attendre jusqu’en mai pour des raisons de visa et d’autres obligations qui nous attendent en Espagne, nous allons gentiment remonter vers le nord. Mais tout n’est pas perdu pour tout le monde! Ce contretemps fait le beurre de la famille de Van qui a décidé de nous rejoindre pour quelques jours à Istanbul en avril. Nous nous réjouissons de passer un peu de temps en famille avant notre retour! En attendant, nous avons déjà trouvé quelques étapes qui ont l’air sympa et que nous avons hâte de découvrir.

Şirince et Kuşadası: culture, vin et mer Égée

Lors de nos recherches sur internet pour rédiger notre précédent article, nous sommes tombés sur des liens concernant des lieux à visiter dans le coin qui nous semblaient particulièrement intéressants, comme presque partout en Turquie. Comme nos trouvailles étaient faciles d’accès depuis Selçuk où nous séjournions, nous avons décidé de prolonger un peu le plaisir et de partir à la découverte des alentours.

Şirince

Şirince ne se situe qu’à huit kilomètres de Selçuk, mais est déjà perché à flanc de montagne. Nous ne sommes qu’à 350 mètres d’altitude, à peine l’altitude de Genève, mais en Turquie le relief est tellement abrupt depuis le littoral qu’on a tout de suite l’impression d’être en pleine montagne. D’ailleurs, la mer Egée ne se trouve qu’à une petite quinzaine de kilomètres en contrebas. Pourtant l’ambiance est tout sauf maritime! Şirince est facilement accessible en dolmus depuis Selçuk sur une route de montagne bien en lacets qui nous refile vite la gerbe, exactement comme les guaguas de Tenerife!

Şirince était un village grec orthodoxe durant la période ottomane. Les Grecs peuplaient une bonne partie des côtes turques égéennes à l’époque tout comme les Turcs peuplaient une partie des îles grecques. Toute la région faisait partie de l’empire ottoman. A la chute de celui-ci à la fin de la Première Guerre Mondiale et à la signature du traité de Lausanne de 1923 définissant les frontières de la nouvelle république de Turquie ainsi que de la Grèce indépendante, chaque population a dû « rentrer chez elle » provoquant un exode massif et un véritable échange de populations.

Aujourd’hui, il ne subsiste qu’une seule église orthodoxe de cette époque. L’ambiance est véritablement turque mais le village a gardé tout son cachet d’antan avec ses vieilles maisons, joliment restaurées, accrochées au flanc de la montagne. Les deux premières ruelles en bas du village à l’arrivée du dolmus sont remplies de magasins de souvenirs mais il vaut la peine de les traverser et de monter sur les hauts où le coin est un peu plus authentique.

Il vaut la peine de grimper un petit peu et de sortir du village pour admirer la vue depuis en haut. Outre, la vue sur le village qui est incroyable, le paysage de montagne aux alentours n’est pas mal non plus et nous fait un peu penser aux Appenins dans le centre de l’Italie.

Santé!

Une des raisons, et pas des moindres, qui nous a poussé à subir le mal des transports pour grimper jusqu’à Sirince est le pinard! Non, ça ne combat pas le mal mais ça fait plaisir! La région est réputée pour sa culture du vin,. Il fallait absolument que nous allions tester ça! Le principal cépage est l’Öküzgüzü (à vos souhaits!). Ce serait un des plus anciens cépages existant sur Terre et il est exclusivement cultivé en Anatolie où il se plait particulièrement en altitude sur les coteaux méditerranéens. Heureusement, parce-que la Turquie c’est vraiment mal plat du côté de la Méditerranée! C’est un bon rouge comme on en connaît dans le sud de l’Europe du même acabit que le Merlot ou le Cabernet, deux cépages avec lequel il est souvent assemblé. Même si ce n’est pas toujours mis en avant pour des raisons religieuses, sachez que la Turquie est un grand pays viticole et qu’on y trouve de l’excellent vin qui n’a pas beaucoup à envier à ceux des autres pays méditerranéens.

Kuşadası

Cette petite incursion dans les montagnes d’Ephèse c’était bien joli mais la mer commence à nous manquer! Ben oui, ça fait quand même quatre jours que nous ne l’avons pas vue! Et encore, à Izmir ça ne ressemble pas vraiment à la mer! Nous nous arrêtons dans la petite bourgade de Kuşadası à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Selçuk. A première vue, ce n’est pas le top car c’est ici que débarquent tous les croisiéristes pour la visite du site d’Ephèse. Mais nous ne sommes pas en saison des croisières et la ville a quand même quelques petites choses à offrir autres que des boutiques de souvenirs, des restos à touristes, des centre commerciaux ou des agences à tours.

Le caravansérail

Un caravansérail était un lieu d’étape pour les caravanes de chameaux au Moyen-Orient. On y ravitaillait les voyageurs et les bêtes et on y faisait du commerce. La forteresse extérieure semble de style vénitien avec ses créneaux en « V » pourtant elle a été construite en pleine période ottomane en 1618 et servait à protéger les biens qu’on y vendait ou qu’on s’y échangeait à l’intérieur. Kuşadası était un port de commerce important où s’y retrouvaient des marchands ottomans, arabes et même génois.

Aujourd’hui, ce caravansérail très oriental paraît presque incongru dans un Kuşadası très occidentalisé, presque grec. Il a été transformé en hôtel de charme.

Güvercinada

Güvercinada signifie littéralement « île aux pigeons » car le coin est envahi d’oiseaux dont des pigeons pendant la période de migration. Ce petit îlot est facilement accessible à pied grâce à une petite jetée qui le relie au continent. Il y trône, en son centre, un petit château datant du XVe siècle entouré d’une forteresse ajoutée au XVIIIe siècle afin de se protéger des révoltes grecques sévissant à l’époque. C’est super sympa de s’y promener, l’endroit est très boisé avec des essences typiquement méditerranéenne comme des pins ou des oliviers.

Attention : nous avons rencontrés un rabatteur peu scrupuleux qui essayait de faire croire aux touristes que l’accès à l’île est payant. C’est FAUX! L’entrée est gratuite! Sachez également que ce genre de pratique n’est PAS courante en Turquie. Les gens sont en général serviables et honnêtes, même dans les coins touristiques. Donc, cet exemple n’est en AUCUN CAS représentatif du pays.

Nous avons également été impressionnés par la clarté de l’eau! Promis, juré (mais pas craché, la pandémie n’est pas encore totalement finie!), ce sont bien des photos de la mer Egée. Nous n’avons pas recyclé nos photos de Zanzibar ou de la mer Rouge!

Le problème en Turquie, c’est qu’il y a des coins intéressants absolument partout et Şirince et Kuşadası n’ont pas échappé à la règle. C’est un peu frustrant car nous ne pourrons pas nous arrêter partout. Nous devrons faire des choix pour la poursuite de notre périple et ceux-ci s’annoncent vraiment cornéliens!

Ephèse et ses sites antiques

Nous avons finalement renoncé à parcourir toute la côte turque et avons privilégié le train qui passe par Konya. L’itinéraire n’est pas aussi illogique qu’il en a l’air. La Turquie est un pays vraiment mal plat surtout sur la côte qui est bordée par la chaîne des Monts Taurus. La ligne de chemin de fer passe à l’intérieur du pays sur des plateaux aux reliefs plus ou moins plats et il est plus commode et rapide de rejoindre la côte ouest par ce moyen. Le début du trajet était magnifique longeant des gorges de calcaire vraiment impressionnantes mais ça s’est assez vite gâté! Les plateaux centraux ne sont pas extraordinaires et nous avons essuyé une tempête de neige monstrueuse alors que n’étions qu’à 800 mètres d’altitude. La Turquie connaît cette année un hiver tardif et inhabituellement froid. Il fait même meilleur en Europe centrale ces jours-ci!

NB : Toutes les vidéos des paysages prises depuis le train se trouvent encore dans nos stories instagram

Nous devons changer de train à Konya au centre-sud du pays. Là, un froid glacial nous attend, il fait moins un degré! Heureusement, nous trouvons de quoi nous réchauffer et nous restaurer. On nous laisse même squatter la salle d’attente chauffée de la gare normalement réservée aux voyageurs du train à grande vitesse pour Istanbul ou Ankara. Les trains sont également très bien chauffés, voire presque trop et ils sont modernes et confortables. Après plus de vingt-quatre heures de voyage, finalement pas trop désagréables, nous voilà arrivés à Izmir, située sur la mer Egée.

Izmir

Izmir est la troisième ville du pays et ça se ressent assez vite. Nous passons la dernière heure de notre trajet à traverser des faubourgs interminables et très moches. La douceur de vivre est moins présente qu’au sud, nous sommes plus proches de la frénésie d’Istanbul que de la dolce vita d’Antalya ou Adana. Par contre, l’anglais est beaucoup plus parlé par la population locale et il est beaucoup plus facile de communiquer avec les gens, pour notre plus grand bonheur! Il y a quelques détails qui nous rappellent fortement la Grèce qui n’est plus très loin, l’île grecque de Chios se trouve juste au large du Golfe d’Izmir.

Malgré un côté cosmopolite et un paysage de fjord et de montagne à couper le souffle, nous n’avons pas vraiment accroché avec Izmir. C’est moche, étouffant et la population est moins bienveillante avec les touristes qu’ailleurs. C’est la seule et unique fois en Turquie où nous nous sommes fait harcelés par des rabatteurs! Nous préférons ne pas nous attarder et d’aller découvrir quelques trésors plus dans l’arrière-pays.

Ephèse

Nous n’allions pas quitter la Turquie sans visiter au moins un des sites archéologiques de la côte égéenne! Nous avons choisi Ephèse, juste au feeling et aussi parce-que le site est super accessible depuis Izmir avec le Izban, le train de banlieue. En temps normal, c’est assez rapide mais notre train est tombé en panne et nous avons loupé notre correspondance. Nous avons dû attendre presque une heure sur le quai d’une gare d’un bled perdu. Heureusement, l’endroit était bien exposé au soleil et nous n’avons pas eu froid!

Il est tout à fait possible de visiter Ephèse en une journée depuis Izmir. Comme nous avons trouvé un logement qui nous convenait, nous avons décidé de rester à Selçuk, la petite ville à côté du site archéologique, et ça s’est avéré être un bon plan! Nous vous expliquons pourquoi plus bas dans cet article. De toute façon, nous ne nous sommes pas trop plus a Izmir et n’étions pas trop motivés a y prolonger notre séjour.

Selçuk

Dormir à Selçuk était un bon plan car l’ambiance est mille fois plus cool qu’à Izmir! C’est une toute petite ville à une cinquantaine de kilomètres au sud d’Izmir et l’ambiance est assez tranquille entre les petites rues piétonnes et leurs cafés sympas. Quoique, nous ne sommes pas sûrs qu’en été l’ambiance soit aussi paisible. On y trouve déjà quelques ruines antiques dont les restes d’un aqueduc romain qui sert aujourd’hui de support pour les nids des cigognes.

Basilique St-Jean

Notre but du jour est de grimper à la citadelle sur la colline Ayasoluk. En chemin, nous tombons sur les ruines de la basilique St-Jean. Vu ce que nous voyons encore aujourd’hui, l’édifice devait être grandiose! Elle date du VIe siècle sous le règne de l’empereur Justinien et a été bâtie sur les restes d’une église antérieure de la fin VIe siècle. Elle a été édifiée sur l’emplacement de la tombe de Saint Jean, un des apôtres de Jésus qui a écrit un des évangiles de la bible. Le site est bien en ruines mais nous pouvons quand même deviner la nef, longue de 130 mètres pour 65 mètres de large ainsi que le baptistère sur le côté.

La mégalomanie dans les églises ne datant pas d’aujourd’hui, nous avons pu observer de superbes sculptures et mosaïques en marbre ainsi que des bas-reliefs magnifiquement ouvragés.

Nous aimons bien jouer aux apprentis archéologues et parfois ça paie! Il semblerait que nous avons fait la découverte du siècle! Nous avons vraisemblablement trouvé la cachette du vin de messe!

Trêve de plaisanterie. Il y a de vrais archéologues qui ont fait un sacré boulot d’investigation et qui ont tenté de reconstituer, grâce à une maquette, la basilique telle qu’elle devait être au temps de sa splendeur.

Nous ne sommes pas du tout religieux, bien au contraire, mais nous devons avouer que nous avons été pris par la spiritualité dégagée par le lieu, même si ce n’est plus qu’un champ de ruines.

La citadelle

La citadelle se situe au sommet de la colline d’Ayasoluk à l’endroit même où l’apôtre Jean aurait écrit son évangile. La forteresse date de l’empire byzantin (XIe siècle) puis a été agrandie et renforcée par les Seldjoukides à l’époque ottomane (XVe siècle). Les remparts extérieurs sont en très bon état grâce à leur restauration datant de 2011. A l’intérieur, il n’y a plus qu’une mosquée et une église en ruines.

Grimper sur la colline nous aura permis d’admirer la vue sur Selçuk et les montagnes aux alentours. Côté ouest, nous pouvoir voir la plaine qui ressemble à s’y méprendre à la plaine du Chablais! Mais ce que nous apercevons au loin n’est pas le lac Léman mais bien la mer Egée.

Ephèse

Ephèse se situe à trois petits kilomètres de Selçuk. Nous y avons été à pieds par une voie piétonne super facile, toute plate et c’est super bien indiqué. Il est également possible de louer un vélo et de s’y rendre par la piste cyclable, c’est tout aussi facile, plat et bien indiqué. Un autre moyen de s’y rendre est le dolmus (le minibus urbain) qui vous dépose directement à l’entrée du site.

Dormir à Selçuk était également un bon plan pour visiter Ephèse car nous sommes arrivés sur le site assez tôt le matin, avant la cohue des touristes et à un moment où la lumière était magnifique!

Ephèse est une des cités grecques les plus anciennes et les plus importantes d’Asie Mineure. Son temple d’Artemis, dont il ne reste à peine quelques ruines aujourd’hui, faisait partie des sept merveilles du monde! C’était la capitale de l’Ionie, une province de la Grèce antique qui correspond grosso modo à l’actuelle province d’Izmir. C’était un port important de la mer Egée, ce qui est un peu difficile à imaginer aujourd’hui car, au fil des siècles, des sédiments se sont accumulés et le rivage se trouve maintenant huit kilomètres en contrebas.

L’emplacement du site d’Ephèse a toujours été connu puisqu’il a fait d’objet d’importantes documentations à travers les siècles. Cependant, des « vraies » fouilles archéologiques ont été entreprises en 1858 avec la construction de la ligne de chemin de fer et continuent encore aujourd’hui. Vu tous les tertres que nous avons pu apercevoir dans les alentours, nous soupçonnons fortement qu’une bonne partie de la cité reste à découvrir.

Dès notre entrée dans le site, nous sommes déjà subjugués par les paysages alentours composés des magnifiques montagnes Bülbüdagi (au nom un peu moins magnifique, on vous l’accorde!) ornées d’oliviers et de pins parasols.

Le théâtre

Peu après l’entrée du site nous commençons déjà très fort avec ce gigantesque théâtre construit entièrement en marbre à l’époque hellénistique! (vers le IIIe siècle avant JC) Ses dimensions sont impressionnantes : 145 mètres de large et 30 mètres de haut et une scène de 25 mètres sur 40! L’édifice pouvait accueillir jusqu’à 24’000 personnes! Un truc de ouf pour l’époque! Le monument est assez bien conservé et l’acoustique reste irréprochable.

L’Odéon

Ce théâtre semi-circulaire est bien plus modeste que le grand théâtre mais c’était voulu. Sa fonction principale était d’accueillir les séances du sénat. Il a été construit au IIe siècle grâce au financement d’une famille influente de la ville. L’édifice servait également à l’organisation de concerts privés destinés aux grands pontes d’Ephèse. Il pouvait tout de même accueillir jusqu’à 1500 personnes. Comme pour son grand frère, la conservation du bâtiment est encore assez bonne et l’acoustique toujours aussi parfaite.

Le souci du détail

Ce que nous aimons particulièrement faire lorsque nous visitons des sites antiques, c’est de partir à la recherche de petits détails ornementaux. Ephèse nous a gâtés à ce sujet! Il y a une quantité de sculptures, gravures, bas-reliefs, statues, textes écrits, etc, superbement conservés. Même si nous arrivons à déchiffrer l’alphabet grec, nous n’avons pas du tout étudié le grec ancien et nous n’avons absolument aucune idée de quoi les textes peuvent bien parler! Nous avons moins de peine en Europe de l’Ouest avec les inscriptions en latin… Mais ça ne nous a pas empêché d’être impressionnés par la qualité et la finesse du travail qu’effectuaient les sculpteurs à l’époque sachant que le tout date d’à peu près deux mille ans!

La bibliothèque de Celsus

Nous avons gardé le meilleur pour la fin! Cette merveille était la troisième bibliothèque la plus importante du monde antique après Alexandrie et Pergame. Pour nous, en tant que « book addicts » une bibliothèque est un lieu sacré et quand en plus, elle possède une superbe façade incroyable datant du IIe siècle, c’est carrément Noël! Bon l’histoire fait un peu moins rêver. En l’an 263, elle a été incendiée par les Goths, un peuple de barbares moitié germaniques, moitié scandinaves. Tous les livres, ou plutôt rouleaux à l’époque, sont partis en fumée, une vraie tragédie. La façade que nous voyons aujourd’hui est le résultat d’une anastylose, c’est-à-dire une reconstruction faite à l’aide des fragments trouvés sur place, datant des années 1970. Malgré tout, ça reste un édifice splendide qui vaut la peine qu’on s’y attarde.

Rencontre insolite

Comme vous le savez déjà, nous voyageons pour un tas de raisons mais surtout pour les rencontres avec les gens. Pour être honnêtes, ce n’est pas dans ce genre de site touristique que nous en faisons le plus. Mais il ne faut jamais dire jamais! Lors de notre arrivée dans le théâtre, nous avons eu la surprise d’entendre un petit groupe parler malais ou indonésien (les deux langues sont très similaires). C’est d’ailleurs grâce à ça que nous pouvons vous confirmer que l’acoustique du théâtre est top! Ayant eu de très bon contacts avec les Malaisiens et les Indonésiens lors de notre séjour en Asie du Sud-Est, nous n’avons pas pu nous empêcher d’aller les aborder. Et nous avons bien fait! Ces gens viennent d’Indonésie et ils sont plus que ravis d’échanger avec des Occidentaux. Nous avons passé un très bon moment. Evidemment, nous n’avons pas échappé au traditionnel selfie mais c’est un exercice auquel nous nous plions toujours avec plaisir.

Selçuk et Ephèse auront été un énorme coup de cœur en Turquie. (Encore un!) Nous qui sommes passionnés d’histoire, nous n’avons pas été déçus. Ephèse mérite amplement sa réputation et Selçuk ne devrait pas être qu’un simple lieu de passage pour se rendre au site archéologique.

Et ce n’est pas fini! D’après ce que nous avons pu étudier, la région regorge de petits trésors de ce genre! Nous n’aurons malheureusement pas le temps de tout voir cette fois-ci, mais nous allons quand même nous y attarder pour en découvrir un peu plus.

Kizkalesi et ses forteresses

Comme nous vous l’avons expliqué dans notre précédent article, notre périple par l’ouest se fera par la côte méditerranéenne. En effet, la Turquie connaît ces temps de fortes chutes de neige totalement inhabituelles pour un mois de mars. Il y a juste le sud qui est plus ou moins épargné par ce retour inattendu de l’hiver. Plus ou moins car la neige n’est pas tombée sur le littoral (mais on la voit bien sur les Monts Taurus pas loin!) mais la région connaît une vague de froid tout aussi inhabituelle avec des températures qui flirtent dangereusement avec zéro degré la nuit et qui ne dépassent pas dix degrés au plus chaud de la journée. Le tout accompagné d’un vent du nord glacial à décorner des bœufs. (Ceux qui connaissent la bise noire savent parfaitement de quoi nous parlons!) Enorme manque de bol : pendant le jour le plus froid, il y a eu une grosse panne d’électricité d’une bonne demi-journée et nous avons été privés de chauffage! Le réveil a été un peu rude ce jour-là, surtout pour Van la frileuse, mais, heureusement, tout a fini par rentrer dans l’ordre. Cette anecdote nous a quand même donné une bonne piqûre de rappel sur le fait qu’en Occident, nous avons quand même beaucoup de chance d’avoir accès à l’électricité et surtout au chauffage pendant l’hiver!

Malgré le temps maussade, nous reprenons quand même la route car notre temps n’est pas illimité et, selon les prévisions météo, nous avons bon espoir que la situation s’améliore les prochains jours. Depuis Adana, nous avons repris le train jusqu’à Mersin et ensuite un dolmus (un minibus local) jusqu’à la petite localité de Kizkalezi. Ce n’est qu’une petite station balnéaire un peu endormie à cette saison mais nous ne nous sommes pas arrêtés pour la baignade même si ces jours avec l’inertie, l’eau est probablement moins froide que l’air. Ce qui nous intéresse ce sont les quelques sites culturels qui se trouvent dans le coin et que nous sommes impatients d’aller découvrir.

Korykos beach et son château.

La ville a été fondée par des Romains au VIIIe siècle. Elle a connu ensuite, comme toute la région, différentes civilisations comme les Arméniens, les Chypriotes, les Mamelouks, les Karamanides, les Ottomans et finalement les Turcs d’aujourd’hui. La forteresse témoigne de toutes ces époques avec des nécropoles romaines, un arc de triomphe, des églises chrétiennes et des fortifications médiévales. Malheureusement, le site est fermé aux visites en hiver. Il se trouve sur une superbe petite plage aux eaux cristallines et, à voir les dépôts blancs sur le sable, bien salées. Côté terre, la végétation a été laissée à l’état sauvage et constitue un petit sanctuaire pour les oiseaux. D’ailleurs, à notre grande surprise, nous avons pu observer des espèces aux couleurs chatoyantes.

Kiz Kalesi

En turc, Kiz Kalesi signifie château de la jeune fille ou de la sirène selon les traductions. Le château en question se situe sur un petit îlot à environ 300 mètres au large de la plage et a donné son nom au village. On y accède en bateau mais seulement pendant la saison touristique. Apparemment, il existait une jetée qui reliait le continent à l’île mais, vu ce qu’il en reste, elle a dû essuyer de belles tempêtes. L’îlot a d’abord été habité par des pirates qui ont été chassés par les Byzantins qui y construisirent un premier fort. La forteresse que nous voyons aujourd’hui date du Royaume Arménien de Cilicie et date du XIIIe siècle. La Cilicie était la province romaine qui constitue aujourd’hui la plaine d’Adana et qui est voisine de la Lycie beaucoup plus connue. Vu depuis le continent, la forteresse paraît de taille modeste. Pourtant l’ensemble s’étend sur 15’000 mètres carrés et est entouré par 192 mètres de remparts.

Prenons un peu de hauteur!

Nous avons enfin une journée à la météo assez clémente pour nous permettre d’effectuer notre petite grimpette traditionnelle. Depuis le village de Kizkalesi, nous montons sur les collines environnantes, qui sont en fait les premiers contreforts de la chaîne des Monts Taurus. Nous marchons sur sept kilomètres entre les oliviers, les citronniers et des garrigues typiquement méditerranéennes. Malgré le vent du nord qui pique un peu, nous sommes ravis de pouvoir enfin crapahuter en nature!

Adamkayalar

Le but de notre balade se situe sur un petit promontoire rocheux haut de 140 mètres d’altitude. Oui, c’était une grimpette de santé! On y retrouve la ville antique d’Adamkayalar datant du IIe siècle, donc de l’Epoque Romaine. Les ruines sont un peu laissées à l’abandon entre les ronces et les pierres. Mieux vaut s’équiper de bonnes chaussures et d’avoir les chevilles bien accrochées pour se rendre sur le site!

Sur les parois de calcaire en face du site, il y a des trous creusés dans la roche. Ce sont des tombes qui datent de la même époque que la cité. Vu où elles se trouvent, les gens de l’époque étaient bien balèzes de creuser une nécropole dans des endroits aussi inaccessibles! De loin, on peut même apercevoir quelques gravures en bas-relief!

NB : Si vous cliquez sur nos photos, vous pourrez les agrandir. Ainsi vous verrez beaucoup mieux les tombes creusées dans la roche.

Nous savons pertinemment que dans l’Antiquité, si les villes étaient construites sur des éperons rocheux, c’était uniquement dans un but stratégique de défense. Mais nous pensons quand même que les Romains ont bien du kiffer la vue qui s’étend sur la côte, sur Kizkalesi (ok le village n’existait pas encore à l’époque!) et sur le magnifique canyon de Kizkalesi au fond duquel coule la rivière Karyagdi. Nous l’avons bien appréciée en tout cas et le paysage, bien que très calcaire méditerranéen, nous a rappelé les nombreux barrancos de Tenerife.

Nous avons bien aimé notre petit arrêt à Kizkalesi. Nous avons pu allier nature et culture et avons enfin retrouvé un peu de soleil, même si les températures ont encore de la peine à grimper. Mais si les prévisions météo sont correctes (spoiler : elles le sont rarement!), le printemps devrait s’installer durablement dans le courant de la semaine.

Qui dit printemps dit temps qui passe et si nous voulons respecter notre timing et rentrer en Espagne comme prévu en avril, il nous faut reprendre la route, toujours en direction de l’ouest où nous sommes sûrs de trouver encore quelques petites pépites qui feront notre bonheur!

Adana et sa région, un premier avant-goût syrien

Nous continuons toujours notre ruée vers l’est toujours sur une superbe route à flanc de coteau. Mais une nouvelle route toute droite et toute en tunnels est en train d’être construite. Certes, c’est beaucoup mieux pour les oreilles internes qui n’en font qu’à leur tête comme les nôtres mais c’est un énorme gâchis pour le paysage. Depuis Silifke, le terrain se fait beaucoup moins escarpé et un peu plus monotone. C’est la plaine de Çukurova, réputée pour ses plantations de bananes, d’oranges et de coton, une vraie petite Huerta turque. Comme quoi, il est possible de trouver un vrai endroit plat en Turquie!

Nous faisons une petite étape à Mersin. La ville n’a pas beaucoup d’intérêt mais possède une superbe et longue promenade le long de la mer Méditerranée bordée de petits cafés tous plus sympas les uns des autres. Il y a également un petit quartier syrien où l’ambiance change totalement et où nous avons mangé un des meilleurs houmous de notre vie. Voyager en Syrie ne se fera pas de sitôt pour des raisons évidentes et c’est bien dommage mais nous avons été ravis qu’un peu de Syrie soit venu à nous.

Adana

L’avantage d’une plaine, c’est qu’on peut y construire une ligne de chemin de fer. C’est donc par le train que nous parcourons les 60 petits kilomètres qui séparent Mersin d’Adana. La météo n’est vraiment pas clémente et nous avons beaucoup de pluie. C’est bien pour le climat et les cultures mais ce n’est vraiment pas idéal pour voyager. Nous décidons donc de poser nos sacs quelques temps et attendre que ça se calme un peu. Pour être vraiment honnêtes, notre choix s’est porté sur Adana car la ville est réputée comme étant la capitale gastronomique de la Turquie. Oui, nous sommes vraiment irrécupérables! Nous devons donc aller tester la cuisine locale pour déterminer si Adana est vraiment à la hauteur de sa réputation. Et pour ça, il n’y a pas besoin de météo clémente!

Centre historique

Le centre historique n’est pas très grand mais il vaut la peine qu’on s’y attarde. Nous voyons clairement que nous avons fait un bond en direction de l’est. L’architecture est de type syrienne. La frontière se trouve d’ailleurs à moins de 200 kilomètres d’Adana. Le temps s’est un peu arrêté entre les vieilles bâtisses, les bazars à épices, les stands de jus d’orange et les vieux qui refont le monde sur les bancs de la place de la mosquée. Quel contraste avec le reste de la ville qui est plus méditerranéen, dynamique, laïc, jeune et ouvert sur le monde.

Taşköprü

Taşköprü signifie pont de pierre. Il date du IIe siècle, sous le règne d’Hadrien, et est le plus vieux pont au monde encore en activité. Il enjambe le fleuve Seyhan qui prend sa source dans les monts Taurus un peu plus au nord et se jette dans la mer Méditerranée trente kilomètres plus au sud.

Merkez Park

Adana possède une magnifique oasis de verdure avec le Merkez Park, qui, en turc, signifie Central Park. Il est situé directement sur les rives du fleuve Seyhan. Son ouverture date de 2004 après des années de tergiversation des autorités afin de donner un nouveau souffle à l’urbanisme de la ville. Il couvre une superficie de 33 hectares. Plus de 400’000 arbres de 107 espèces y ont été plantés. C’est vraiment super agréable de s’y promener et d’observer les plantes qui commencent à revêtir leurs superbes couleurs printanières.

Mosquée Sabancı

A l’entrée du Merkez Park, se dresse cette imposante mosquée de style néo-ottoman datant de 1988. C’est un certain Monsieur Sabancı qui a financé une partie des travaux, d’où son nom. Elle ressemble fortement à la mosquée bleue d’Istanbul que nous n’avons qu’aperçue à travers des échafaudages. Elle est entourée de six minarets mesurant chacun 99 mètres de haut. C’est une des plus grande mosquée de Turquie.

Tarsus

Lors d’une petite trêve météorologique, nous nous sommes rendus à Tarsus. La ville est située à mi-chemin entre Adana et Mersin et elle est desservie par la ligne de chemin de fer. C’est super facile d’y aller pour une excursion à la journée et c’est amplement suffisant, c’est tout petit! L’ambiance est beaucoup plus provinciale que dans les deux grandes villes voisines, un peu plus conservatrice aussi, mais pas autant qu’à Konya. Le temps s’est un peu arrêté dans les ruelles du centre historique en partie restauré, en partie en travaux et en partie encore délabré.

Tarsus a une histoire qui date de plus de 6000 ans! C’était la capitale de la province romaine de Cilicie, la voisine de la fameuse Lycie. Elle a été également assyrienne, perse, grecque, byzantine, arabe, arménienne, ottomane et finalement turque. Il reste quelques vestiges des époques romaine et chrétienne mais la plupart du centre historique est typiquement ottoman avec ses maisons à galeries, ses mosquées à coupole et son vieux bazar.

Petite minute ferro

Fab est un petit peu passionné de trains au point de se lever aux aurores pour aller observer un pont et quelques convois qui circulent dessus. (dont nous avons quelques vidéos sur nos stories instagram) Le pont en question est le viaduc de Varda situé à Hacıkırı à une soixantaine de kilomètres d’Adana. C’est une prouesse architecturale de 98 mètres de haut pour 172 mètres de long qui a été construite en 1905. Ce qui fait le plus rêver, c’est que le pont se trouve sur la ligne qui relie Istanbul à Bagdad. Nous gardons espoir que la situation se calme un jour au Moyen-Orient afin de pouvoir emprunter cette fameuse ligne dans son entier.

Et maintenant la question que vous vous posez tous depuis le début de cet article :

Adana est-elle vraiment la capitale gastronomique de la Turquie?

A nos yeux, oui! La Turquie est déjà un paradis gastronomique en soi mais Adana profite en plus d’une situation privilégiée dans un plaine au climat méditerranéen et a accès à beaucoup de produits grâce à ses cultures. Le centre-ville regorge de restaurants de tous types et certains mettent même l’accent sur de la cuisine étrangère, ce qui n’est pas très courant en Turquie. Adana possède son propre kebab. Chaque ville revendique une variété de kebab qui lui est propre mais celui d’Adana est le plus populaire et on le trouve dans tout le pays. Une autre spécialité typique d’Adana est le jus de navet mais il faut avouer que nous n’avons pas osé le goûter préférant profiter de la saison des oranges pour boire des litres de jus et faire le plein de vitamine C.

Parmi les spécialités que nous avons goûtées il y a le houmous chaud. Oui vous avez bien lu chaud! C’est excellent mais c’est vraiment un plat d’hiver car il y a une couche de fromage dessus et le tout est gratiné au four. C’est bien roboratif. Il y a les incontournables falafels qui, étonnamment, ne sont pas si faciles à trouver en Turquie. Nous avons trouvés des köftes et des mantis (une sorte de raviolis) végans faits à base de lentilles. Non, nous ne sommes pas végans mais nous nous intéressons beaucoup à des façons alternatives de cuisiner et le véganisme en fait partie. Pour le petit déjeuner les böreks (une sorte de chausson en pâte feuilletée farci de fromage, de pommes de terre, d’épinards ou de viande) ont la part belle. Côté fruits, outre les oranges, c’est la saison des bananes, des olives et des fraises! Nous sommes trop contents d’avoir pu remanger ces petits fruits rouges que nous adorons et que nous ne trouvons pas sous des climats tropicaux! Et enfin, il y a les baklavas! Difficile de résister à ces petites pâtisseries faites de pâte filo, de pistaches et de sirop! Bref, si nous avons manqué de soleil à Adana, nous n’avons pas manqué de nourriture!

Adana fut une chouette étape malgré la météo pas top! Mais c’est en partie de notre faute. Quelle idée d’aller sous des latitudes si hautes en cette saison! Et encore, dans le sud, nous avons eu de la chance! Istanbul a détrôné la guerre en Ukraine sur les chaînes d’informations car la ville est complètement paralysée après d’exceptionnelles chutes de neige!

Adana est un mix entre la méditerranée, l’est et le sud-est. La culture syrienne commence à se faire plus présente. Nous avons adoré l’ambiance et les gens sont toujours adorables comme partout en Turquie.

Voilà, notre conquête de l’est s’arrêtera là pour cette fois. Il est temps de retourner vers l’ouest. En regardant sur la carte, nous avons vu qu’Adana ferait un excellent point de départ pour la Cappadoce. Ça fait rêver n’est-ce-pas? Mais les prévisions météo nous ont bien refroidis, la région se trouve actuellement sous la neige et nous ne sommes pas du tout équipés pour ça, et en plus, ce n’est pas du tout notre kiff. Nous mourrons également d’envie de nous rendre dans le sud-est de la Turquie vers la partie kurde et les plaines de Mésopotamie mais là non plus, c’est pas génial au niveau météorologique et nous n’avons pas un timing illimité. Nous allons donc devoir y prévoir un autre périple pour la belle saison mais ce ne sera pas pour cette année, nous arrivons au bout des 90 jours permis sur une période de 180 jours puisque nous sommes déjà venus en Turquie l’automne passé. Il nous faudra attendre six mois pour pouvoir retourner dans le pays et avoir de nouveau droit à 90 jours de séjour.

Nous allons donc rester sur la côte Méditerranéenne ce qui n’est pas non plus pour nous déplaire et commencer notre trajet de retour. Evidemment, nous ferons encore quelques petits arrêts en route que nous ne manquerons pas de vous partager.

Anamur et ses sites archéologiques

Comme nous vous l’avions annoncé dans notre précédent article, notre retour en Europe commence par un crochet par la Turquie car c’était un énorme coup de cœur et parce que nous avions envie d’y repasser encore un peu de temps. Retourner au sud à été motivé par les conditions météorologiques et par la logique de l’itinéraire pour rentrer en Espagne par voie terrestre. C’est pour ça que nous avons atterri à Antalya. Mais notre curiosité maladive nous a motivés à aller voir d’abord un peu plus à l’est avant de prendre la route du retour en Occident.

Gazipaşa

Nous faisons un premier petit arrêt à Gazipaşa située à environ cinquante kilomètres à l’est d’Alanya. La ville en elle-même n’a pas grand chose à offrir et elle n’est même pas tournée vers la mer! Elle est entourée d’un horrible océan de plastique constitué de serres en tout genre. Construite sur une étroite bande côtière au pied des Monts Taurus, elle ressemble à une ville de la plaine du Rhône, impression renforcée en cette saison avec la neige qui recouvre le sommet des montagnes.

Selinus

Si nous nous sommes arrêtés à Gazipaşa, c’est pour une première mise en jambe sur le site de l’ancienne Selinus. C’était une cité grecque fondée par les Phéniciens au VIe siècle avant Jésus-Christ dont il reste quelques ruines aujourd’hui notamment la forteresse sur une colline dominant la ville. Certes, les remparts ne sont pas aussi impressionnants qu’à Alanya, qui est vraiment un site de ouf, mais la petite montée est assez sympa. Selinus est connu pour être le lieu où est mort l’empereur romain Trajan qui, pour la petite histoire, est né à Italica, l’actuelle Santiponce près de Séville dans notre belle Andalousie. Nous avons donc visité son lieu de naissance ainsi que son lieu de décès.

Evidemment, au sommet il y a une superbe vue sur la plage, sur les monts Taurus et sur la mer Méditerranée qui ressemble toujours autant à un lac paisible.

Anamur

Nous continuons toujours notre périple vers l’est via une route vraiment pittoresque à flanc de coteau surplombant la mer Méditerranée et les plantations de bananes. (Ces paysages sont sur nos stories instagram) Malheureusement, la région a connu un épisode de gel il y a quelques semaines et les bananiers ont bien morflé et ont perdu leurs superbes feuilles vertes. Malgré cela, le paysage nous laisse bouche-bée même si notre oreille interne n’apprécie que moyennement tous ces virages. Nous comprenons mieux maintenant pourquoi la route principale Adana – Antalya passe par Konya.

Anamur se situe dans une cuvette au pied des monts Taurus. C’est le seul endroit plus ou moins plat à cent kilomètres à la ronde! La ville en elle-même n’est pas terrible mais elle possède quand même une petite plage, un peu tristounette en hiver, mais sûrement sympa en saison. Il y a un petit parc qui longe la plage en l’honneur de l’amitié entre la Turquie et la République Turque de Chypre du Nord. Non, ne cherchez pas, ce pays n’existe pas! Il n’est reconnu que par la Turquie. C’est la partie nord de l’île de Chypre, distante de seulement 64 kilomètres d’Anamur, qui a été envahie par la Turquie en 1974 et qui l’occupe encore actuellement militairement et qui crée un monstre bordel politique autant à Chypre que dans l’Union Européenne.

Anemurium

Ce site archéologique se situe à douze kilomètres à l’ouest d’Anamur dans la petite localité d’Ören. Il y a un dolmuş (un minibus qui assure le transport urbain) qui s’arrête à un petit kilomètre du site mais quand le chauffeur a su que nous allions à Anemurium, il a fait le détour pour nous déposer à l’entrée du site. Encore une fois, la gentillesse turque n’est plus à démontrer.

Anemurium était une ville fondée par les Grecs au Ier siècle avant Jésus-Christ pour devenir ensuite une ville importante de la province romaine de Cilicie située au sud-est de l’Anatolie. Le site archéologique est énorme, ce qui démontre bien la grandeur de la ville à l’époque. Nous sommes assez étonnés par le nombre de murs qui sont restés debout. Toutes ces ruines ne sont pas sans nous rappeler Kayaköy, le village fantôme de la voie lycienne en dessus d’Öludeniz même si ça ne date pas du tout de la même époque!

Il y a tout ce dont avait besoin d’une ville de cette envergure : un aqueduc, des églises, un théâtre, les petits bains, les grands bains, les bains centraux et les bains publics. Il n’y avait vraisemblablement pas de problème d’hygiène à Anemurium!

Le site est surplombé par une acropole qui signifie ville haute en grec (acro = haut et polis = ville) entourée de remparts. La forteresse est inaccessible sinon nous aurions évidemment effectué la petite grimpette!

Fun fact : le promontoire sur lequel se situe l’acropole est le point le plus au sud de l’Anatolie, appelée Asie Mineure du temps des Romains. Pas de Turquie, car la province d’Hatay, en Méditerranée Orientale, est plus méridionale mais d’Anatolie qui est la péninsule entre le Bosphore, la mer Méditerranée, la mer Egée, la mer de Marmara et la mer Noire. Pour nous, qui sommes passionnés de géographie, cette info a toute son importance et nous sommes contents d’avoir pu voir encore un point géographique intéressant.

La nécropole

Le truc impressionnant d’Amenurium, c’est que la nécropole s’étend sur presque la moitié de la superficie du site! Elle possède sa propre église dont les arcades sont superbement conservées. On peut y deviner différentes époques et différentes cultures car on y trouve des tombes directement creusées dans la roche ou des tombeaux dont certains sont très similaires à ceux que nous avons vu le long de la voie lycienne.

Côté mer

Anemurum était également un port important et la ville était donc tournée sur la mer. Malgré une météo un peu capricieuse et une mer complètement déchaînée, l’eau a une couleur incroyable et fait du site un vrai Tulum sur Méditerranée!

Mamure Kalesi

La forteresse se situe à six petits kilomètres à l’est du centre d’Anamur, elle est donc facilement accessible à pied. On y accède tout simplement par une superbe plage sauvage qui, en cette saison, s’apparente plus à la mer du Nord qu’à la Méditerranée.

L’emplacement idéal sur un petit promontoire rocheux avait déjà séduit les Romains puisqu’ils y construisirent un petit château au IVe siècle afin de se protéger des pirates. La forteresse actuelle a été construite au IXe siècle par les souverains du Royaume Arménien de Cilicie appelé ainsi car composé de réfugiés arméniens. Il a été agrandi au XIIIe siècle par les Seldjoukides puis par les Karamanides (en gros, des montagnards turkmènes). En 1469, les Ottomans annexèrent la région à leur vaste empire et modifièrent plusieurs fois le château pendant leur règne. Durant toute son histoire, le site avait un usage, bien sûr, défensif mais servait également de caravansérail.

Aujourd’hui, le château occupe un espace de 23500 mètres carrés et possède encore 39 tours et bastions reliés entre eux par d’immenses remparts. Nous en avons vu des châteaux mais celui-là restera un des plus impressionnants. Même notre magnifique château de Chillon sur le lac Léman n’est pas aussi pittoresque que celui-là!

Manque de bol, l’intérieur de la forteresse était fermée lors de notre passage. C’est vrai, rien que l’extérieur justifie amplement une visite. Nous avons quand même réussi à jeter un petit coup d’œil à la cour intérieure depuis les grillages.

La météo n’a pas été vraiment de la partie pour notre visite à Anamur, et encore, nous avons eu du bol, nous étions bien à l’abri quand un violent orage de grêle s’est abattu sur nous, mais nous avons quand même bien kiffé notre passage dans ce coin somme toute assez méconnu du sud de la Turquie.

Bilan de l’Egypte

Après un mois passé dans le pays des pharaons, il est temps de vous dresser notre traditionnel bilan!

Comment voyage-t-on en Egypte en temps de Covid?

Nous avons dû montrer patte blanche, c’est à dire notre certificat Covid avant le départ et à l’arrivée avant de passer la douane. A l’aéroport de Dar es Salaam on nous l’a scruté attentivement. Par contre, à l’arrivée au Caire, on y a à peine jeté un coup d’œil.

Sur place, c’est aussi open bar qu’en Tanzanie. Les gens portent plus ou moins le masque dans le métro du Caire et son port est obligatoire dans la gare de Louxor, c’est tout. S’il y avait des mesures, nous les aurions bien entendu respectées mais nous sommes quand même contents d’avoir du rab dans notre trêve Covid.

En chiffres

Durée du séjour

27 jours puisque nous n’avons pas pu prolonger notre visa de trente jours.

Budget

18500 EGP (livres égyptiennes) soit 1038€ ou 1086,15 CHF, ce qui fait une moyenne journalière de 685 EGP soit 38,45€ ou 40,20CHF. Nous sommes dans un très bon budget étant donné qu’il faut y compter un visa coûtant 25$ par personne ainsi que toutes les visites de sites historiques que nous avons faites! La nourriture et le train sont particulièrement bon marché et ont fait pencher la balance vers le bas.

Distance parcourue

2092 kilomètres : Le Caire – Gizeh – Le Caire – Louxor – Assouan – Barrage d’Assouan – Assouan – Louxor – Hurghada – Al Quseir – Marsa Alam – Hurghada, principalement en train et en bus.

Gouvernorats traversés

Neuf : Le Caire, Gizeh, Beni Souef, Assiout, Sohag, Qena, Louxor, Assouan et Mer Rouge.

Extrêmes d’altitudes

Le niveau de la mer au bord de la Mer Rouge et 194 mètres à Assouan. Nous battons certainement le record de l’altitude moyenne la plus faible.

Extrêmes de température

15 petits degrés au Caire et 26 degrés à Hurghada. Ce sont des températures de milieu de journée. Pendant la nuit, nous avons eu des températures qui sont descendues jusqu’à 5 degrés et sans chauffage! Nous sommes allés en Egypte juste un mois trop tôt, il commençait vraiment à faire bon la dernière semaine de notre séjour.

Préjugés sur l’Egypte

L’Egypte est un des pays, avec les Etats-Unis, sur lequel nous avons entendu le plus d’idées reçues. Nous allons découvrir si elles sont fondées ou pas par rapport à notre expérience.

L’Egypte, c’est dangereux

Sur la route oui! Sinon ce n’est pas plus dangereux qu’ailleurs. On doit cette idée reçue aux différents attentats qu’a connus le pays. Mais des attentats, il y en a eu aussi en France et en Espagne et on n’arrête pas d’y vivre pour autant. Evidemment, il faut observer les règles élémentaires de prudence mais comme dans n’importe quel pays du monde.

En Egypte, les rabatteurs sont insupportables

Sur la corniche à Assouan, ils sont effectivement pénibles mais ce n’est pas pire qu’à Bali. Il y a quelques rabatteurs également à Louxor mais ils ne sont pas insistants. Ailleurs, nous ne nous sommes fait rabattre que très rarement. Il faut dire qu’avec son faciès très méridional, Fab se fait souvent passer pour un Arabe et que, peut-être, il attire moins les rabatteurs que les autres touristes.

L’Egypte c’est pollué

Au Caire, c’est encore pire que ça! L’air y est irrespirable. Pourtant, nous y étions en janvier et il y faisait froid. Nous n’osons pas imaginer la qualité de l’air pendant les grosses chaleurs estivales! Dans les autres grandes villes, nous sentons que l’air n’est pas top mais c’est supportable. Il faut dire que le parc automobile égyptien est particulièrement pourri avec des antiquités sur pneus très polluantes.

En Egypte, il faut tout le temps lâcher un bakchich

Non! En fait, le sujet du bakchich divise la population égyptienne. Certains nous l’ont demandé avec un culot qui dépasse l’entendement surtout, qu’en général, ils ne nous offraient aucun service en échange. Demandes qui se sont chaque fois soldées par un refus ferme de notre part. D’autres tentaient de l’obtenir en essayant de ne pas nous rendre totalement la monnaie lors d’un achat. Là non plus, avec nous, ça n’a pas fonctionné. Mais nous avons croisé beaucoup de gens qui s’insurgent contre ce genre de pratique et qui sont parfaitement conscients que ça ternit l’image du pays. Finalement, les seuls « bakchichs » que nous avons donné étaient quand nous arrondissions, de notre plein gré, la somme demandée vers le haut et là, il y a même certaines personnes qui nous les ont refusés!

L’Egypte, c’est en plein désert

Oui! Et pour être précis, elle est même à cheval sur deux déserts différents : l’arabique à l’est et le libyque à l’ouest. Mais le Nil apporte une véritable bande de verdure en son centre et nous avons été étonné de toute la végétation qu’on peut y trouver.

L’Egypte, c’est très conservateur

En Nubie c’est totalement vrai! Au point qu’à Assouan, les femmes et les hommes sont séparés sur le bateau qui traverse le Nil, traversée qui dure trois minutes. Imaginez tout ce qui pourrait se passer de répréhensible dans ce laps de temps! Dans le Vieux-Caire, c’est aussi bien conservateur. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le Caire islamique! Dans le reste du pays, c’est un peu moins flagrant. En tant qu’Occidentaux, nous ne sommes pas trop concernés par tout ça sauf pour les habits qu’on doit porter longs. Du côté de la Mer Rouge, c’est beaucoup plus ouvert et nous pouvons nous promener en short sans subir le regard insistant des locaux.

Il n’y a pas de fumée sans feu, certaines idées reçues sont parfois véridiques mais la plupart du temps, elles restent très anecdotiques voire fausses.

Coups de coeur / Coups de gueule

Comme d’habitude, nous vous partageons tout ce que nous avons aimé, ou pas. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, nous parlerons encore une fois des points négatifs en premier.

Coups de gueule

Les petites magouilles

Ce ne sont jamais de grosses arnaques et ce n’est pas du tout systématique mais certains essaient de nous soutirer quelques livres par tous les moyens. Ils ont l’art d’entretenir une certaine confusion pour mieux nous avoir. Il faut constamment être vigilants et c’est usant à la longue surtout que, parfois, ça nous pousse à être méfiants avec des personnes qui ne le méritent absolument pas. Nous savons que dans la culture arabe l’art de la négociation est très important et que souvent, certains recourent à ces subterfuges juste pour entamer une discussion. Mais d’autres prennent juste les touristes pour des porte-monnaie sur pattes et c’est tout simplement du foutage de g…!

Avoir froid à l’intérieur

En hiver en Occident, nous sommes habitués à avoir du chauffage et de rentrer dans des pièces agréablement tempérées quand il fait froid dehors. Mais en Egypte, les pièces ne sont pas chauffées. Quand pendant la nuit, la température descend à cinq degrés dans le désert, tu as compris ta douleur! Nous avons passé quelques nuits et quelques réveils bien difficiles. Mais voilà, pendant la majeure partie de l’année, l’Egypte souffre beaucoup plus de la chaleur que du froid. Nous comprenons totalement qu’on n’investit pas dans du chauffage juste pour quelques semaines par an.

L’air sec du désert

Nous nous habituons sans peine à la chaleur moite des Tropiques mais pour le désert c’est une autre histoire. L’humidité de l’air oscille entre vingt et trente pour cent et la sécheresse met nos bronches et notre peau à rude épreuve. Sur le littoral, nous avons eu, pendant trois jours, une sorte de mistral local qui a accentué cette sensation d’air sec et qui nous a refilé un bon mal de tête. Se réveiller tous les matins avec les mêmes symptômes qu’une bonne gueule de bois dans un pays qui ne sert pratiquement pas d’alcool est quand même un comble!

Le bétonnage du littoral de la mer Rouge à Hurghada

Nous nous plaignions de l’Espagne mais à Hurghada, c’est encore pire! Il n’y a pas un centimètre de plage qui est accessible au commun des mortels et la côte est bordées d’immeubles moches et de gros complexes hôteliers. Comme plusieurs crises sont passées par là, il reste des dizaines de chantiers inachevés qui commencent déjà à se délabrer. Bref, un gros gâchis et une aberration écologique qui dépasse l’entendement!

Coups de coeur

Les gens

A quelques exceptions près (voir plus haut), les Egyptiens sont vraiment adorables. Ils ont l’entraide dans leur ADN et sont vraiment d’une extrême bienveillance. Nous sommes même parfois décontenancés par tant de gentillesse et de sollicitude. Leur niveau d’anglais est très bon et il est très facile de communiquer avec eux.

La gastronomie

Une vraie bonne surprise! Nous avons eu l’expérience du désert à Oman où la gastronomie est vraiment décevante, nous nous attendions donc à rien au niveau gustatif à notre arrivée en Egypte. Grave erreur! Nous avons sous-estimé le Nil et sa capacité d’irrigation. Du coup, il y a plein de bonnes choses qui poussent dans la Vallée du Nil dont des aubergines qu’on sert marinées avec une fabuleuse sauce à l’ail. La cuisine égyptienne ressemble à celle du Moyen-Orient mais en mieux! C’est riche en fruits, en légumes, en légumineuses et surtout en épices qui donnent aux plats une saveur incroyable! L’Egypte a sa propre variété de falafels, ils ne sont pas faits à base de pois chiches comme partout ailleurs mais avec des haricots verts qui leur donnent une couleur particulière et un goût un peu différent mais très bon! Nous nous sommes régalés comme des rois durant notre séjour! Pour les végétariens, il est très facile de trouver des plats sans viande.

Le café

Pour apprécier le café égyptien, il faut aimer les cafés bien serrés car il ferait passer le café turc pour une boisson très légère! Ça tombe bien, c’est ce que nous préférons! Il a toujours une petite saveur de noisette ou de caramel et se déguste confortablement installé dans des petits troquets plein de charme.

Les bars à jus

Les Egyptiens raffolent de jus de fruits et des dizaines de bars à jus sont disséminés dans les villes. Grâce au Nil et à la diversité de ses climats (méditerranéen au nord, chaud au sud), l’Egypte produit une diversité incroyable de fruits comme la banane, les citrons, la grenade, la canne à sucre, les pommes,… Nous avons bu le meilleur jus d’orange de notre vie! Les oranges sont tellement douces que nous avons eu l’impression de boire du Fanta Orange!

Les sites historiques

L’Egypte est connue pour ses sites datant du temps des pharaons, avec raison! Ils sont superbes. Et nous n’en avons visités que quelques-uns! En plus, à part Abou Simbel, ils sont faciles d’accès et le prix d’entrée reste relativement correct. (en général 200EGP soit 11,20€ ou 11,75CHF) En ce qui nous concerne, tous ces témoignages du passé nous ont littéralement fascinés!

La mer Rouge

Nous comprenons aisément pourquoi la mer Rouge est le paradis des plongeurs! Rien que depuis le bord, le récif est incroyable! Nous en avons vu des mers et des plages mais la région de la mer Rouge nous a enchanté et rentre sans problème dans notre top trois des plus belles mers du monde!

L’Egypte a longtemps été un rêve pour Van et elle ne regrette pas du tout de l’avoir réalisé! Nous avons découvert un pays extraordinaire, d’une grande richesse culturelle, complexe, plein de paradoxes et beaucoup plus varié qu’espéré. Avant notre arrivée nous pensions que l’Egypte était un pays à voir une fois pour ses temples et basta. Que nenni! Ce pays a beaucoup plus à offrir et mérite amplement une visite ultérieure (ou plusieurs!) de notre part. En tout cas, elle fait partie de nos gros coups de cœur de voyage!

SPOILER ALERT!

Choisir la destination suivante nous a valu des heures de discussions. Nous sommes un peu trop tôt en termes de climat mais nous ne voulions quand même pas faire un détour illogique par le sud. L’idée de déjà rentrer en Espagne nous a effleurée mais notre assurance voyage court jusqu’au 25 avril et ne nous couvre pas dans notre pays d’origine, nous ne voulons pas gaspiller ces deux mois. Nous allons évidemment nous mettre en route sur le chemin du retour mais par…. (roulements de tambour…) la Turquie! Nous avons tellement adoré ce pays lors de notre séjour en octobre dernier que nous avons décidé d’y retourner et d’en découvrir un peu plus. Nous n’avons pas encore goûté à toutes les sortes de baklavas! Nous arriverons par Antalya pour des raisons climatiques. Depuis là, notre retour au bercail se fera par voie terrestre.

Pour vous mettre dans l’ambiance, voici une photo de la superbe baie de Kaş sur la côte lycienne.

Découverte de la Mer Rouge : Hurghada, Al Quseir et Marsa Alam

Un voyage en Egypte ne serait pas complet sans un petit tour au bord de la mer Rouge! Nous sommes même motivés à parcourir ses côtes de long en large jusque dans la péninsule du Sinaï mais nous sommes un peu short avec la durée de validité de notre visa. Qu’à cela ne tienne! Nous allons essayer de le prolonger! Mais ce n’est pas aussi simple car, même pour un mois ou deux, il ne s’agit pas d’une simple extension de visa de tourisme mais d’un permis de résidence. Il faut donc fournir un contrat de bail ainsi qu’une lettre d’invitation, ce que nous n’avons pas puisque notre but n’est pas de rester au même endroit. Nous aurions sûrement pu soudoyer quelques personnes à l’aide de bakchichs pour qu’elles nous fournissent ces précieux documents mais nous ne sommes quand même pas motivés à ce point à rester en Egypte. Nous avons quand même tenté notre chance, à l’arrache, aux services des passeports de Louxor et d’Hurghada mais sans succès. Nous nous contenterons donc du sud de la mer Rouge et quitterons le pays vers mi-février à la fin de notre visa.

Hurghada

Depuis la Haute-Egypte, le point d’entrée le plus logique pour accéder au littoral est Hurghada qui est située à trois petites heures de route de Louxor. Nous avons mis plus de temps car c’est la saison de la récolte de la canne à sucre dans la vallée du Nil et nous avons été bloqués par les « Sugar trucks ». Mais avec tous les délicieux jus de canne que nous avons dégustés, nous voulons bien leur pardonner ces petits contretemps.

La ville d’Hurghada n’a pas grand chose à offrir. Elle a été construite de toutes pièces au début du XXe siècle de façon complètement anarchique et moche. Par contre, l’ambiance est vraiment sympa surtout dans le quartier d’El Dahhar qui regorge de cafés, de petits restos et de marchés aux épices. C’est également la ville où nous ressentons le moins le conservatisme religieux.

Côté mer, c’est la grosse déception! Il n’y a pas un centimètre du littoral qui est libre de béton! Les promoteurs immobiliers ont eu les yeux plus gros que le ventre et se sont fait rattraper par les différentes crises économiques et sociales qu’a connues le pays. Résultat : une jungle de béton inachevée et laissée à l’abandon. Du coup, l’accès à la mer ne peut se faire que via des resorts hors de prix et les locaux ne peuvent même pas profiter du bord de mer. Nous avons réussi à y accéder grâce à une clôture cassée sur un terrain en friche et nous avons découvert le mensonge du siècle! La mer Rouge n’est même pas rouge! Et en plus elle est froide! Mais il faut reconnaître que ses eaux cristallines font rêver et nous comprenons aisément que ce soit une destination de choix pour la plongée.

Al Quseir

Comme notre plan de remonter jusqu’à la péninsule du Sinaï est tombé à l’eau, nous décidons de descendre vers le sud. Nous nous arrêtons dans la petite bourgade d’Al Quseir à 150 kilomètres d’Hurghada. Et là, c’est la grosse surprise! Nous avons certainement trouvé la perle de l’Egypte! Depuis l’Antiquité, Al Quseir était un port important de la mer Rouge, c’est de là qu’embarquaient les pèlerins à destination de la Mecque. C’était également une étape importante pour le transport d’épices. Au XIXe siècle, la ville connut un essor industriel grâce aux mines de phosphate. Aujourd’hui c’est un petit village tranquille dont le temps s’est un peu arrêté où les gens vous lancent des « Hello » quand vous vous promenez dans les ruelles de la vieille-ville bordées de magnifiques maisons arabes ornées de balcons en bois.

Le front de mer

Autre belle surprise d’Al Quseir, c’est le front de mer qui est accessible et pas du tout bordé d’hôtels en tout genre! Certes la plage urbaine est toute petite mais c’est déjà agréable de se promener librement en bord de mer et de profiter d’un air bien iodé, la teneur en sel de la mer Rouge étant assez élevée.

Al Quseir Fort

Nous avons même eu droit à une belle visite culturelle à Al Quseir! On doit ce fort aux Ottomans qui construisirent le château en 1571 pour contrôler le port et donc le passage vers la Mecque. L’édifice a été modifié plusieurs fois dans son histoire notamment par les Français et les Britanniques. Au début du XXe siècle, il fut utilisé par les garde-côtes égyptiens comme dépôt. Les petits wagonnets exposés étaient utilisés dans les mines de phosphates pour le transport des minerais.

Il est possible de grimper sur la tour et sur les quelques remparts restants. Nous n’allions évidemment pas manquer l’occasion de voir le monde d’en haut! Nous avons été particulièrement séduits par la carte de l’Egypte antique, même si elle se lit depuis le nord, superbement restaurée qui tapisse une partie du sol de la cour intérieure. Au sous-sol, sous la carte, se trouve une ancienne citerne d’eau utilisée pour ravitailler les voyageurs, mais seul Fab a osé s’aventurer dans les couloirs étroits.

Dolphin Beach

Il suffit de marcher quelques kilomètres en direction du nord depuis le centre ville pour trouver cette petite merveille! Mis à part la température de l’eau en cette saison, cette plage n’a pas beaucoup à envier à Zanzibar ou à la mer des Caraïbes. Même si nous avons dû affronter le mistral local, nous avons été émerveillé par cette eau si cristalline . Bien que son nom pourrait le laisser supposer, nous n’avons pas aperçu de dauphins car, contrairement à nous, ils ne sont pas assez tarés pour venir se les geler en février dans la mer Rouge. Ils resteront encore quelques semaines dans les eaux chaudes de l’Océan Indien plus au sud.

Marsa Alam

Puisqu’il nous reste encore quelques jours, nous descendons encore une centaine de kilomètres en direction du sud jusqu’à Marsa Alam. Au village, circulez il n’y a rien à voir! Comme à Hurghada, c’est un véritable chantier abandonné. Heureusement, ici les promoteurs immobiliers ne se sont pas attaqués au littoral qui reste bien préservé.

S’il n’y a rien à faire au village, il y a des jolies balades à faire dans le désert arabique. Si Fab trouve fascinant ces paysages désertiques, Van trouve quand même qu’il manque un peu de végétation. Mais il faut reconnaître que cette petite Monument Valley locale en jette, surtout que nous sommes seuls au monde!

Côté mer

Nous en avons vu des mers incroyables mais la mer Rouge se place incontestablement dans notre top 3! Le sable du désert fait ressortir les différentes nuances de bleu de la mer et c’est juste magnifique! Comme il y a peu de profondeur à cause du récif. la température de l’eau est assez tempérée pour y tremper ses gambettes, même pour Van la frileuse!

Regardez-nous ces eaux cristallines! Promis, nous n’utilisons pas Photoshop!

Samadai Beach

Comme nous ne sommes pas sûrs d’en avoir assez pris plein les yeux, nous nous rendons, à pieds, cinq kilomètres plus au sud jusqu’à l’incroyable Samadai Beach. Rien que la couleur de l’eau nous laisse bouche bée! Et nous n’avons encore rien vu, il y vit une faune marine extraordinaire! Rien que depuis le bord nous avons aperçu une quantité de bernard-l’hermite et autres coquillages qui marchent dont certains sont plus gros que notre main, un énorme crabe plus grand que les pieds à Fab et une magnifique raie pastenague.

Notre voyage en Egypte était vraiment extraordinaire et nous le finissons vraiment en beauté! La Mer Rouge mérite amplement sa réputation et nous n’en avons encore rien vu! Nous avons eu de la chance de venir hors saison car nous avons eu les plages rien que pour nous!