Sanlúcar de Barrameda , le point de départ des grands navigateurs

Pour être honnêtes, la première fois que nous nous sommes déplacés jusqu’à Sanlúcar, c’était juste pour la playa. En effet, c’est l’endroit le plus pratique et le plus court depuis notre quartier à Jerez pour nous rendre sur le littoral. Mais après plusieurs journées passés là-bas à lézarder sur la plage, à parler avec les locaux et à nous rendre au centre-ville pour manger des tapas, il a bien fallu nous rendre à l’évidence que nous devions troquer nos tongs contre une paire de baskets pour aller découvrir Sanlúcar autrement que par ses chiringuitos. (le petit nom des bars de plages en Espagne)

Sanlúcar de Barrameda est située sur la côte Atlantique à l’embouchure du Guadalquivir, le fleuve le plus important d’Andalousie. Son histoire est similaire au reste de l’Andalousie et elle connut également l’occupation musulmane jusqu’au XIIIe siècle. Mais ça devient vraiment intéressant depuis le XVe siècle avec les grands explorateurs et la découverte du Nouveau Monde. C’est d’ici qu’est parti Christophe Colomb en 1498 pour son troisième voyage à destination des Amériques, même s’il était toujours persuadé d’arriver aux Indes. Plus tard, en 1504, c’est au tour d’Hernan Cortés, celui qui a découvert le Mexique, d’embarquer à Sanlúcar. En 1519, c’est au tour de Fernand de Magellan himself de hisser les voiles pour effectuer ce qui sera le tout premier tour du monde de l’histoire! Malheureusement, il n’achèvera pas son périple puisqu’il fut tué aux Philippines mais une partie de sa flotte reviendra trois ans plus tard en ayant bien effectué le tour de la Terre.

Des dizaines d’autres navigateurs de France, d’Espagne, d’Italie ou du Portugal ont également choisi Sanlúcar comme point de départ pour leurs périples.

Oui c’est vrai, ces périples ont débouché sur la conquête du continent américain et ensuite sur la colonisation et le trafic d’esclaves et c’est vraiment une histoire horrible dont l’Espagne n’a pas à être fière mais il faut avouer que ces voyages à la découverte de territoires totalement inconnus à l’époque ont de quoi fasciner notre âme de voyageurs!

La ville se développa donc au XVIe siècle en devenant une plateforme portuaire d’importance pour les traversées de l’Atlantique. Le centre historique est typique de cette époque avec ses ruelles bordées de maisons andalouses blanchies à la chaux.

Plaza del Cabildo

C’est le cœur névralgique de la ville. Elle date du XVe siècle mais a été plusieurs fois remaniée au cours des siècles. La preuve avec les bâtiments qui la bordent qui sont tous de style architectural différent! Aujourd’hui, ses belles terrasses attirent les touristes venant faire une pause de leurs activités de la plage. Pourtant, une fois n’est pas coutume, nous ne vous déconseillons pas de vous y rendre! Bien au contraire! Les restos sont vraiment sympas, pas surfaits du tout et il n’est, bien entendu, pas interdit d’y venir hors saison. C’est ici, avec Chipiona à quelques kilomètres de là, que vous dégusterez le meilleur choco (la seiche) d’Espagne. Ceux qui maitrisent la langue de Cervantes savent que « seiche » se dit « sepia » en castillan. C’est vrai, mais pas dans la province de Cádiz où on utilise le terme typiquement gaditano ( petit terme désignant les habitants de Cádiz et de sa province) de « choco ».

Castillo de Santiago

Il est rare de voir des châteaux typiquement médiévaux en Espagne du Sud à cause de l’occupation musulmane qui a laissé de beaux vestiges de palais arabes dans la région. Sanlúcar est donc une exception avec sa forteresse de style gothique tardif construit entre 1477 et 1478. Son emplacement correspond bien à l’ancienne citadelle mudéjare mais il n’en reste absolument rien aujourd’hui. C’est depuis ce château que la reine Isabelle la catholique, la reine d’Espagne au XVe siècle aussi connue et emblématique que la reine Victoria au Royaume-Uni, a vu la mer pour la première fois.

Palacio de Orleans y Borbon

Ah nous avons fini par le trouver notre palais mudéjar! Même si c’est un faux car construit au XIXe siècle seulement! C’était courant à l’époque de reconstituer le style mudéjar en Andalousie. La région ayant perdu de sa superbe avec la décolonisation, il fallait bien mettre un peu de faste pour se rappeler des temps un peu meilleurs. Il appartenait à la famille Orleans y Borbon (logique!), une famille noble franco-espagnole dont la partie « Borbon » est la branche de la famille royale encore sur le trône d’Espagne actuellement. Aujourd’hui il appartient à la ville de Sanlúcar et abrite la mairie ainsi qu’une cave. Ce palais est grandiose et vraiment superbe mais aurait bien besoin d’une bonne rénovation!

Il vaut la peine de faire le tour du palais car à l’arrière on y trouve un joli jardin tropical même s’il souffre lui aussi d’un manque de restauration. Le climat doux du sud de l’Andalousie et la proximité de l’océan offrent un climat propice pour y faire pousser des espèces de plantes tropicales. C’est un bon compromis pour nous car, parfois, la végétation luxuriante des Tropiques nous manque énormément. Il y a également les fameux dragons des Canaries qui ont l’air de bien s’y plaire dans la région. D’ailleurs, il nous semble en avoir vu plus dans la baie de Cádiz qu’à Tenerife!

Vous prendrez bien une camomille?

Mais non on rigole! Nous n’allons pas vous parler d’une infusion même si « manzanilla » signifie vraiment « camomille » en espagnol. Dans les provinces de Séville et de Cádiz, la manzanilla est un vin et plus particulièrement à Sanlúcar où il a droit à une appellation d’origine contrôlée. C’est un vin blanc assez sec et très oxydé qui se boit surtout pour l’apéritif et dont les caves font partie du paysage de la ville. Il y a d’ailleurs une bonne odeur de raisin fermenté dans l’air lors des fortes chaleurs estivales.

Si vous êtes dans le sud de l’Andalousie et que vous voulez vraiment un thé à la camomille, précisez bien que vous aimeriez une infusion sinon on vous servira un verre de vin! SAUF à Jerez, où la manzanilla se dit « Tio Pepe » du nom de la cave la plus importante de la ville et où on vous fera remarquer avec une mauvaise foi typiquement espagnole que la « manzanilla » c’est du thé!

La playa!!

Nous avons quand même découvert Sanlucar grâce à sa playa! Avec les vagues de chaleurs successives que nous avons connu en ce début d’été, nous avons été super contents de nous baigner dans l’océan Atlantique pour nous rafraîchir. Oui même Van la frileuse! Bon d’accord, nous sommes dans l’estuaire du Guadalquivir et pas en plein océan, l’eau y est un peu plus tempérée, c’est vrai.

Pour être honnêtes, ce n’est pas la plage la plus pittoresque de la côte Atlantique andalouse mais nous, nous l’aimons bien car elle est proche et elle est sujette à de fortes marées et ce phénomène nous fascine au plus haut point.

C’est quand même la classe d’avoir un coin comme Sanlúcar à une vingtaine de minutes de bus de notre maison! En plus, en pleine canicule, on y perd facilement cinq ou six degrés par rapport à Jerez et ce n’est pas négligeable.

Et ce n’est pas tout! Il y a encore un coin encore bien plus fou en face du Guadalquivir que nous n’allons découvrir qu’à l’automne à cause de la migration des oiseaux! On l’aperçoit bien depuis la plage de Sanlúcar et nous donne chaque fois envie de traverser l’estuaire. C’est le parc national de la Doñana et nous n’allons bien sûr pas quitter la région avant d’aller visiter cette merveille de la nature!

Baie de Cadiz : Rota et El Puerto de Santa Maria

Lors de notre passage à Cadiz, nous n’avons pas caché notre émerveillement pour la baie du même nom. Puisque nous sommes basés en Andalousie du Sud-Ouest, à proximité de cette dite baie, nous en avons profité pour aller la découvrir un peu plus.

Rota

Rota est située à l’extrémité occidentale de la baie de Cadiz, à mi-chemin entre Gibraltar et la frontière portugaise. L’endroit y est d’ailleurs tellement stratégique que les Américains y occupent l’énorme base navale qui couvre la moitié de la superficie de la commune depuis 1955. Evidemment, nous ne nous y sommes pas approchés avec notre appareil photo! C’est un endroit sensible et les Américains sont assez chatouilleux sur le sujet!

La marine espagnole occupe également une partie de la base navale et le ministère espagnol de la défense reste le propriétaire du lieu. Mais la base est occupée par l’US Navy et l’US Marine Corps. C’est la plus grande communauté militaire américaine en Espagne.

Comme nous sommes tout de même un poil téméraires, nous avons « volé » une photo que nous avons prise de loin au smartphone. La qualité de l’image est vraiment pourrie, sorry, mais au moins ça ne vous donnera pas d’indices pour aller attaquer la marine Américaine.

Rota n’est pas que sa base navale! Nous avons d’ailleurs cru comprendre que la présence de l’armée américaine n’était pas bien perçue dans la population locale. Les deux peuples ne se mélangent pas! Les Américains vivent dans des pavillons à l’intérieur du périmètre sécurisé de la base tandis que les Espagnols s’approprient le village et la playa, en gros, les coins les plus sympas.

Le Centre historique

A défaut de (non) culture américaine, plongeons-nous dans la culture andalouse! Tant mieux! Nous préférons de loin cette dernière! L’histoire de Rota est similaire de celle de sa voisine Cádiz. La ville fut également fondée par les Phéniciens. Puis l’histoire se répète : les Ibères, les Romains, les Wisigoths, les Arabes puis la Reconquista. A la fin du XIIe siècle, la ville devint prospère grâce au commerce avec l’Afrique du Nord, distante d’une petite vingtaine de kilomètres. Mais, en 1522, l’épidémie de peste toucha la ville de plein fouet et quand enfin ce cauchemar fut terminé, elle fut assiégée et mise à genoux par l’armée anglo-néerlandaise. Rota ne s’en relèvera jamais et c’est la ville de Cádiz, mieux située, qui lui ravit son attractivité.

Malgré son histoire en demi-teinte, le centre historique vaut la peine d’être visité pour la beauté et la blancheur immaculée de ses maisons andalouses.

Callejones medievales

Il ne reste presque plus rien de l’époque médiévale à Rota, la ville ayant très mal survécu à l’épidémie de peste. Mais, dans une partie du centre historique, le tracé des ruelles n’a pas changé depuis le Moyen-Age. C’est un véritable labyrinthe de rues très étroites qui ne sont pas droites et partent dans tout les sens. C’est un quartier à part dans le Rota historique où il est facile d’y perdre son sens de l’orientation et où l’heure de la sieste a l’air de durer toute la journée.

Iglesia de la O

Soyons francs, ce n’est de loin pas la cathédrale la plus ouf d’Espagne. C’est plutôt son nom qui nous a interpellé, mais là aussi, petite déception. Nous n’avons pas réussi à trouver pourquoi cette église s’appelle tout simplement O. L’édifice date du XVIe siècle et est de style gothique tardif qu’en Espagne on appelle « gotico isabelino » du nom d’Isabel, une des reines catholiques de l’époque.

Château de la Luna

Malgré un style un peu arabisant, ce château provient à cent pour cent de la noblesse catholique, la Casa de Arcos. Il date du XVe siècle et était destiné à un usage purement militaire avant qu’un excentrique marquis le rachète au début du XXe siècle pour en faire sa résidence d’été. Aujourd’hui, il se situe au cœur du centre historique et abrite la mairie de Rota. Nous avons beau savoir que la forteresse date d’après la Reconquista, le style du château, les palmiers et les oliviers nous transportent directement en Afrique du Nord.

La Playa

Pour une localité située à proximité d’une base navale militaire, Rota possède une magnifique plage! L’ambiance est tout de suite plus balnéaire, pourtant, ce n’est pas blindé de touristes et, comme déjà dit plus haut, les Américains ne se mélangent pas tellement à la population locale. La position abritée dans la baie fait de l’Océan Atlantique un vrai lac calme où la baignade est agréable, mais où l’eau doit sûrement être bien polluée vu la situation.

Rota nous a beaucoup surpris. Nous nous attendions pas à autant d’histoire et de culture et nous pensions trouver plus de présence américaine. Finalement, nous ne sommes pas du tout mécontents qu’il en soit ainsi.

El Puerto de Santa Maria

Toujours dans la baie de Cádiz, du côté est de la base militaire de Rota, se trouve la ville d’El Puerto de Santa Maria. C’est la première localité atlantique quand on vient depuis la plaine du Gadalquivir et la dernière sur le continent avant l’île de San Fernando et celle de la ville de Cádiz. Son économie repose principalement sur les activités portuaires même si elle a autre chose à offrir que son gros port tout moche.

Centre historique

Selon la légende, la ville aurait été fondée par Ménesthée, un roi d’Athènes qui aurait pris la mer après la guerre de Troie et aurait débarqué par hasard en ce lieu. En vrai, l’histoire varie très peu des autres villes de la baie. Les Romains y bâtirent déjà un port mais la ville connut son apogée aux XVII et XVIIIe siècles pendant la colonisation de l’Amérique et le commerce avec celle-ci. Le centre historique date d’ailleurs de cette époque et on y retrouve les maisons à galerie que nous avons déjà pu voir à San Fernando.

Les bodegas

El Puerto de Santa Maria est un des lieu de production du vin de Jerez. Les deux villes ne sont distantes que d’une petite quinzaine de kilomètres et les vignes se situent sur les collines entre les deux localités. Le centre historique est en partie constitué de bodegas, encore plus qu’à Jerez de la Frontera! Ceci s’explique sûrement par la proximité du port d’où partent les caisses de vins dédiées à l’exportation.

Si vous vous promenez dans le centre historique par une chaude journée d’été, vos narines vont être envahies par une odeur persistante de raisin fermenté!

Plaza de España

Quand on parle de Plaza de España, on pense tout de suite à Séville. Et c’est normal, c’est quand même une des places les plus ouf du pays! Mais El Puerto de Santa Maria possède sa propre Plaza de España, pas aussi pittoresque et monumentale que sa grande sœur sévillane mais fort jolie tout de même avec sa cathédrale, ses palais Renaissances et ses petites terrasses. Elle constitue le cœur névralgique de la vieille ville.

Iglesia Mayor Prioral

Cette jolie petite cathédrale date de la fin du XVe siècle est a été construite dans un style gothique typique de l’époque. Les éléments baroques y ont été ajoutés deux siècles plus tard. L’édifice est magnifique mais il ne peut être apprécié à sa juste valeur que depuis la Plaza de España. Les deux façades latérales sont coincées dans des petites ruelles tandis que l’arrière est caché par un mur qui la sépare d’un parking. Apparemment, des travaux sont prévus dans le coin et le mur ne serait que provisoire, affaire à suivre…

Castillo San Marcos

L’origine arabe de ce château est visible au premier coup d’œil! En effet, nous devons bien cette sublime forteresse aux musulmans qui la construisirent, en 1264, sur les restes d’une ancienne mosquée. Les rois catholiques en firent ensuite une église fortifiée tout en gardant les murailles d’origine. Lors de l’époque bénie des conquistadors, le palais a reçu d’illustres marins comme Juan de la Cosa où Christophe Colomb himself! Aujourd’hui le château abrite, on vous le donne en mille, une bodega! On ne rigole pas par ici avec le vin!

Sur une façade arrière du château, nous avons découvert un vrai trésor! Enfin, pour nous c’est un trésor! C’est une reproduction de la carte de Juan de la Cosa, un marin de Cantabrie du XVe siècle qui a participé aux sept premiers voyages en direction de l’Amérique. Cette carte est la toute première du Nouveau Monde et a été dessinée en 1500! La partie verte, à gauche sur la photo représente le Nouveau Monde tandis que la partie blanche, à droite représente l’Ancien Monde. Pour ceux que ça intéresse, la carte originale se trouve au Musée naval de Madrid.

Monastère de la Victoria

Si, comme nous, vous arrivez à El Puerto de Santa Maria en train, le monastère de la Victoria est le premier bâtiment que vous apercevez car il se situe juste à côté de la gare. Cet ancien couvent gothique a été érigé au XVI par les ducs de Medinaceli, des nobles de la couronne de Castille. Durant son histoire, il a également servi de prison et d’arsenal militaire pendant la guerre civile et une partie de la dictature franquiste. Vu la taille de leurs troncs, les oliviers du jardin doivent être aussi vieux que le monastère!

La Playa de San Anton

El Puerto de Santa Maria possède plusieurs plages. Nous nous sommes contentée de San Anton proche du centre-ville à cause de la tempête de Levante, un fort vent du sud-est qui nous a apporté une forte calima rendant la promenade sur la playa assez désagréable. En règle générale, c’est à dire sans le vent, les plages sur la baie sont assez abritées et assez propices à la baignade même si la proximité du port rend la qualité de l’eau un peu douteuse.

Le gros atout de cette plage, c’est la pinède! Il y a une magnifique petite forêt de pins qui poussent directement sur les dunes et qui offrent une ombre plus que bienvenue pour les plagistes. Malheureusement, elle n’est pas assez dense pour nous protéger des assauts du vents et de la calima. Malgré tout, ça reste un endroit naturel assez exceptionnel.

Nous sommes à chaque fois enchantés de ce que nous découvrons dans cette magnifique baie de Cadiz, malgré sa taille modeste et ses activités portuaires. Vous allez encore découvrir d’autres coins de la côte Atlantique grâce à nous, car elle reste un bon coin pour échapper un petit peu à l’été torride andalou, quand il n’y a pas le Levante bien sûr!

En attendant de nouvelles découvertes, nous vous envoyons plein de bisous puisque autant à Rota qu’à El Puerto de Santa Maria, est célébré en grande pompe chaque année le 13 avril, la journée internationale du bisou!

Traduction des photos ci dessous : embrasser est un art / embrasse-moi dans ce coin!

Jerez de la Frontera, la capitale andalouse du vin

Ça fait déjà plusieurs semaines que nous vous bassinons avec notre lieu de villégiature estival. Sans grande surprise, nous avons choisi l’Andalousie, notre région préférée de la péninsule ibérique. Notre toute première idée était Malaga, une ville vraiment sympa qui a le gros avantage de se situer en bord de mer. Mais nos recherches de logement se sont avérées infructueuses, le coin est vraiment hors de prix. Pas grave, nous avions également des envie de Séville, la ville la plus ouf d’Espagne, qui est bien située pour aller découvrir les alentours et qui a de bonnes offres de logement.

Finalement, nous avons atterri à Jerez complètement par hasard! Lors de nos recherches de logement dans la plaine de Guadalquivir, c’est une ville qui ressortait souvent. Nous avons été y jeter un coup d’œil et nous avons été conquis! La ville est superbe, les environs ont l’air de trucs de malades, il y a du pinard et nous ne sommes qu’à douze kilomètres de l’océan. Et si Séville nous manque, ce qui sera probablement le cas, il nous suffit de prendre le train et en une heure de trajet, nous y sommes!

Quand nous avons annoncé notre départ pour l’Andalousie, la remarque la plus fréquente que nous avons eue est : « Mais vous allez mourir de chaud! » Même pas peur! Sérieusement, nous sommes conscients que la région connaît des chaleurs intenables pendant les mois d’été et c’est super gentil de vous en inquiéter. Ce sera l’occasion de vivre ça une fois de l’intérieur, de ralentir le rythme et de piquer quelques trucs aux locaux pour ne pas trop en souffrir. Nous ne sommes pas venus pour le chaud mais nous nous en accommodons très bien. La vraie raison de notre venue en Andalousie est juste que nous en avions envie! La région nous plaît énormément, le coût de la vie est moins élevé que dans la Communauté Valencienne et nous avons hâte de découvrir les trésors qu’elle recèle. En attendant, nous allons déjà vous présenter « notre ville », Jerez de la Frontera.

Jerez de la Frontera est située dans le sud-ouest de l’Andalousie sur une petite colline (56 mètres d’altitude, vraiment petite la colline!) qui domine la plaine du Guadalquivir, juste avant la baie de Cádiz. Le nom de Jerez nous vient tout droit de l’arabe dont c’est une traduction du latin Xera (Xérès en français). Nous vous laissons donc imaginer la prononciation avec la jota espagnole bien gutturale et le « r » bien roulé! Surtout que les Andalous « mangent » le « z » final. Comme beaucoup de localités environnantes, le nom est complété par « de la Frontera » (de la frontière) pour la simple et bonne raison qu’au XIIIe siècle, lors de la Reconquista de la plaine du Guadalquivir, ces villes nouvellement castillanes se situaient à la frontière du royaume de Grenade, pas encore reconquis et appartenant encore aux musulmans.

Bien qu’elle appartienne administrativement à la province de Cádiz dont c’est la plus grande ville, Jerez est beaucoup plus proche culturellement de Séville. Son centre historique, ses églises gothiques, son alcazar et ses tablaos flamencos nous rappellent en tous points la belle capitale andalouse.

Centre historique

Jerez a tout l’air d’une petite ville, voire d’un gros village. Ne vous y trompez pas! Le centre historique est bien plus grand qu’espéré! Nous sommes arrivés il y a plus de deux semaines et nous nous y perdons encore! Mais c’est un plaisir de déambuler dans ces petites ruelles, plus belles les unes que les autres, bordées de superbes maisons andalouses aux façades blanchies à la chaux.

Comme la plupart des villes de la région, Jerez a été fondée par les Phéniciens et a connu une histoire similaire que ses autres sœurs espagnoles. Histoire ibère, romaine, wisigothe et arabe. Après la reconquête de Séville par les Catholiques en 1248, Jerez devient un protectorat castillan avant d’être complètement intégrée à la couronne espagnole en 1266. A cause de sa situation de ville frontière entre les royaumes chrétien et musulman, Jerez connut beaucoup de conflits pendant les deux siècles que dura la Reconquista. La ville connut son apogée commerciale au XVe siècle, grâce à la conquête des Amériques, et la plupart des monuments médiévaux du centre historique datent de cette époque bénie.

Plaza de la Arenal

C’est le cœur historique de Jerez et sa place principale. C’est le symbole de la Reconquista car c’est en cet endroit qu’eurent lieu la majorité des batailles de la ville. Nous trouvons que cette place manque d’âme et c’est paradoxalement le lieu le plus touristique de la ville. Si vous y passez, fuyez à tout prix les terrasses qui s’y trouvent! C’est hors de prix et on vous sert de la fausse paella! On ne le répètera jamais assez : il n’y a qu’un seul endroit pour manger de la paella, c’est Valence! De toute façon, l’Andalousie possède assez d’autres trésors gastronomiques locaux.

Cathédrale de San Salvador de Jerez de la Frontera

Comme c’est souvent le cas dans le sud de l’Espagne, cette cathédrale du XVIIe siècle de pur style gothique, a été construite sur les restes de la grande mosquée de Jerez du XIe siècle. On le remarque un peu par sa forme centrale carrée et par sa coupole. Elle se situe sur un petit monticule mal plat et a été bâtie en tenant compte de la forme du terrain. C’est pourquoi, elle semble parfois un peu de traviole. Le campanile, lui, vit sa vie en indépendant séparé du corps principal de la cathédrale. C’est en fait le minaret de la mosquée même si c’est beaucoup moins flagrant que pour la Giralda de Séville. Nous, on lui trouve un style vénitien, ce n’est pourtant pas le cas. A l’intérieur de la cathédrale, il y a une expo permanente d’art sacré. N’y allez que si vous avez un goût certain pour les images de bondieuseries.

Le style gothique de la cathédrale est incontestable et typique de l’époque de sa construction. Mais les deux siècles suivant virent arriver l’ère baroque et Jerez en a profité pour embellir sa cathédrale, déjà superbe, de magnifiques détails architecturaux. Il faut reconnaître que pour une ville moyenne comme Jerez, la cathédrale en jette un max!

Iglesia de Santiago

Un autre mastodonte gothique de construction antérieure à la cathédrale (XVe siècle) se trouve au nord du centre historique en plein quartier flamenco. C’est l’église de Santiago. Comme elle se trouve sur un des points les plus élevés de la ville, elle se voit de loin. Voilà pourquoi elle a attiré notre attention. Pourtant, au Moyen-Age, elle se situait en dehors de l’enceinte fortifiée de la ville.

Fun fact : vous pouvez apercevoir sur la photo qu’une famille de cigognes a établi son nid sur le clocher de l’église. C’est loin d’être une rareté! Chaque clocher de Jerez abrite son propre nid de cigognes!

Plaza de la Asunción

Voici notre coin préféré de Jerez! Cette petite place toute chouquinette et tranquille regorge de trésors architecturaux de style gotico-mudéjar, Renaissance et néoclassique. Elle est bordée par l’église San Dioniso, l’ancien ayuntamiento (mairie) avec ses arcades datant de 1575 ainsi que par de magnifiques maisons classiques andalouses. En son centre, trône une statue dédiée à la Vierge de l’Assomption, d’où le nom de la place.

L’Alcazar

Comme toute ville de l’ancien royaume d’Al-Andaluz (le royaume arabe d’Andalousie) qui se respecte, Jerez possède son propre alcazar, c’est à dire un palais-forteresse dans le monde arabe. Il date probablement du XIIe siècle et serait l’édifice de style almohade (arabe du sud de l’Espagne) le plus ancien de la péninsule ibérique. La ville de Jerez a construit son alcazar après avoir déclaré son indépendance vis à vis du califat de Ronda et avoir fondé son propre taifa. Bien entendu, les rois catholiques s’en emparèrent et y rajoutèrent des éléments architecturaux de style baroque.

Alameda Vieja

L’Alcazar de Jerez n’est pas aussi pittoresque que celui de Sevilla, mais il est situé sur une magnifique esplanade, appelée Alameda Vieja, bien ombragée par les arbres donnant une superbe vue sur la coupole de la cathédrale. Elle date de la même époque que l’Alcazar. Aujourd’hui, elle accueille différents marchés, marchés au puces, foires et fête des vendanges. Elle sert également de « parking » pour les calèches promène-touristes.

Parlons un peu pinard!

Jerez est super connue pour sa production de vin de Xèrès. Il y a des bodegas (caves) un peu partout en ville et, par fortes chaleurs, une bonne odeur de raisin fermenté se fait sentir dans les rues. C’est en général du vin blanc coupé à la liqueur plus ou moins doux selon le type de vinification.

La culture de la vigne dans la région daterait de l’époque romaine. Ce qui n’est pas très étonnant car les Romains étaient des grands amateurs de vin. C’est après que ça a buggé quelque-part car les Espagnols d’aujourd’hui sont plutôt amateurs de bière. C’est compréhensible par grande chaleur mais c’est dommage car il y a de très bons crus qui ne demandent qu’à se faire connaître. (Non, le tempranillo qu’on exporte partout n’est PAS un bon cru!) Les vignobles ont été abandonnés pendant la période musulmane avant d’être repris et chouchoutés par les rois catholiques.

La cave la plus ancienne encore en activité (1835 environ) et la plus prestigieuse de Jerez est Tio Pepe même si les visites de ses bodegas sont un peu surfaites. D’ailleurs, si vous voulez un verre de vin blanc sec de Xérès dans n’importe quel bar de la ville, demandez un Tio Pepe. Ne demandez surtout pas une manzanilla! Oui, c’est aussi un vin blanc mais de Sanlucar de Barrameda, une petite ville située à vingt kilomètres au bord de l’Atlantique. Donc, ça ne vient PAS de Jerez! Si vous en demandez, on vous fera des gros yeux et on vous fera comprendre qu’ici, on boit du Tio Pepe (c’est du vécu!) Et ne demandez pas non plus une manzanilla hors des provinces de Cadiz et de Séville, car on vous servira un thé à la camomille!

Jerez n’est pas la plus connue des villes andalouses mais elle n’a pas beaucoup à envier à ces grandes sœurs plus prestigieuses et nous n’avons probablement pas encore tout vu. Cet article sera d’ailleurs étoffé au fur et à mesure de nos découvertes.

Une chose est sûre, nous ne nous sommes pas trompés d’endroit pour poser nos sacs! La région a l’air vraiment incroyable et rien que la ville de Jerez dépasse déjà toutes nos espérances! Nous nous réjouissons d’en découvrir un peu plus et, bien sûr, de vous le partager!

Cádiz et sa baie

Voilà, l’été est arrivé et il nous a fallu songer à prendre nos quartiers pour les prochains mois à venir. Sans grande surprise, nous avons jeté notre dévolu sur l’Andalousie. Nous reviendrons plus longuement sur le sujet de notre installation dans cette belle région plus tard car, pour l’instant, c’est place à la fête! En effet, après avoir célébré l’anniversaire de Fab en Aragon, c’est au tour de Van de prendre une année de plus. (Team Gémeaux!) Mais le plus important et symbolique pour nous est que nous fêtons également, cette année, nos cinq ans de mariage! Bien sûr, il y a le côté tout mignon et romantique d’un anniversaire de mariage mais pour nous, c’est bien plus que ça. Nous avions intégré notre union dans notre projet de tour du monde pour diverses raisons, notamment administratives, et ça a été le coup d’envoi de notre nouvelle vie de voyageurs puis de nomades digitaux. Et dire que dans notre jeunesse, nous étions tous les deux farouchement opposés à l’institution du mariage!

Voilà pourquoi nous avons décidé de nous accorder quelques jours dans un endroit sympa pour marquer le coup!

Pour ce petit trip, c’est Fab qui a tout organisé de A à Z! Il lui tenait à cœur d’organiser une petite surprise pour Van et il a vraiment assuré. Elle adore les zones humides naturelles, le bord de mer et elle avait émis plusieurs fois le souhait de retourner une fois à Cádiz, ville qu’elle avait visité dans sa jeunesse et qu’elle avait adoré. Comme quoi, ce n’est pas forcément une légende : il y a des maris qui écoutent leurs femmes même après cinq ans de mariage!

Cádiz

Avouez, un nom comme Cádiz ça fait rêver non? En tout cas, nous ça nous fait rêver! C’est une promesse de bout du monde, de départ vers de nouveaux horizons (Cádiz doit beaucoup à la conquête de l’Amérique) ainsi qu’un environnement marin très présent.

Il y a une ambiance très particulière à Cadiz qu’on ne retrouve nulle part ailleurs en Espagne, voire même en Europe. La ville est chaleureuse et colorée comme l’Andalousie, impétueuse et sauvage comme l’Atlantique et exotique comme l’Amérique du Sud sans compter l’influence arabe même si c’est moins marqué qu’ailleurs ainsi que ses hauts palmiers sous un ciel d’azur qui lui donne un air très californien. Nous avons retrouvé quelques petits souvenirs de certaines ville coloniales maritimes comme Campeche , Colonia ou encore le Casco Viejo de la ville de Panama. Cadiz est surnommée « Pequeña Habana » (la petite Havane) notamment pour son malécon très ressemblant à celui de la capitale cubaine. Nous serons obligés une fois d’aller faire un tour à Cuba pour aller vérifier si ce surnom est mérité!

Cádiz se situe vraiment au bout du monde! La ville se situe à l’extrémité de la baie du même nom sur une petite île séparée du continent par un petit canal nommé Caño de Sancti Petri. Grâce à sa situation, elle a développé, avec ses voisines de la baie, d’importantes activités portuaires et commerciales au cours de son histoire.

Centre historique

Si vous n’aimez pas les petits espaces étroits, surtout s’il y a un peu de monde, Cádiz n’est pas faite pour vous! Par manque de place, la vieille ville s’est construite autour de minuscules ruelles qui ne manquent pas de charme mais peuvent vite devenir oppressantes avec ses immenses bâtiments. Mais ça peut être un bon plan de s’y cacher pour s’abriter du vent de l’Atlantique qui peut parfois être très frais et pénible. Si vous hésitez de vous rendre en Andalousie à cause des températures excessives, sachez que Cádiz échappe pratiquement à chaque fois aux vagues de chaleurs grâce à sa situation sur l’océan. Il ne fait jamais chaud à Cadiz!

Cádiz aurait été fondée par les Phéniciens et serait la ville la plus ancienne d’Europe occidentale. Ensuite, l’histoire ne varie pas beaucoup du reste de l’Espagne : les Ibères, les Romains, les Wisigoths et les Arabes. La Reconquista survint assez tardivement, au XIIIe siècle, en même temps que toute la plaine du Guadalquivir. Elle fut ensuite un point important pour la marine royale et pour les voyages de découverte du Nouveau Monde. Christophe Colomb himself est d’ailleurs parti de Cádiz pour son deuxième voyage vers l’Amérique (même s’il ne le savait pas!) en 1493 puis pour son quatrième et dernier voyage en 1502 où il faillit faire naufrage dans l’archipel de Bocas del Toro au Panama.

Malgré une histoire riche et variée, le centre historique est pratiquement entièrement baroque et date du XVI ou XVIIe siècle, époque où l’argent coulait à flot grâce au pillage effectué par les conquistadors espagnols au Nouveau Monde.

Cathédrale de Santa Cruz

Malgré un centre historique aux dimensions restreintes, de l’espace a été laissé autour de la cathédrale pour la mettre en valeur. C’est super cool car ce n’est pas toujours le cas en Espagne. Avec ses coupoles et sa cour intérieure de forme carrée, on aurait pu croire que l’édifice fut bâti sur une ancienne mosquée. Que nenni! La cathédrale a bien été construite sur une précédente église mais qui était déjà de culte catholique. Ce géant baroque et néoclassique date du XVIIIe siècle et sa construction a nécessité 116 ans. Elle a quand même la classe avec ses deux tours, ses palmiers et sa façade bicolore! Pourtant, ce dernier point n’est point une coquetterie! Cádiz subissait une grave crise économique à l’époque, notamment à cause d’un terrible siège que lui ont fait subir les troupes napoléoniennes, et il fallait économiser sur le marbre, d’où la base en pierre.

Cádiz militaire

Cádiz jouit d’une position stratégique très enviée et a attiré les convoitises plus d’une fois durant sa longue histoire! Il fallait donc la protéger surtout que l’ennemi pouvait surgir autant de la terre via la baie que de la mer. Les Romains avaient déjà compris cet état de fait en édifiant les premières fortifications qui se sont multipliées et améliorées au cours des siècles. Aujourd’hui quelques restes de forts et châteaux subsistent dans la ville.

Castillo de Santa Catalina

En se promenant à Cadiz au XXIe siècle, il paraît un peu incongru de voir ce bâtiment super austère juste à côté de la playa du centre-ville qui est un lieu complètement dédié aux loisirs. Mais à l’époque, au XVIe siècle, l’heure était grave. L’Espagne était en guerre contre les Anglais et la ville de Cádiz subit un assaut de la part de ces derniers et de leurs alliés néerlandais. Suite à cette catastrophe, il fut décidé de construire un fort défensif sur la mer. Il a une forme octogonale typique de l’époque et ne comporte pas beaucoup de fioritures, il fallait quelque-chose de fonctionnel pour défendre la ville. Le ministère espagnol de la défense a d’ailleurs utilisé le bâtiment jusqu’en 1991. Aujourd’hui, il reçoit diverses manifestations culturelles dont un festival de cinéma.

Castillo de San Sebastián

A l’extrémité nord de l’île de Cadiz, se trouve… encore une île! Il y aurait eu, à l’époque des Phéniciens, un temple dédié à Kronos. Malgré l’endroit idéal pour une défense stratégique de la ville, le fort ne fut construit qu’au XVIIIe siècle et fut servi plus souvent de prison que d’élément défensif à proprement parler. A l’époque, on y accédait en barque ou à marée très basse, le pont d’accès n’a été construit qu’en 1860. C’est vraiment une balade sympa à faire, plusieurs fois dans la journée à cause des différentes marées. On y découvre un environnement très océanique battu par les vents et occupé par une petite faune locale comme des crabes et des oiseaux. On ne peut pas accéder à l’intérieur du fort, le lieu est occupé par le laboratoire de recherche marine de l’université de Cádiz. Mais il vaut la peine de marcher jusqu’au bout de la jetée, la forteresse posée sur les eaux cristallines de l’Atlantique nous rappelle Galle, cette magnifique ville fortifiée sur l’Océan Indien ou encore les forts de Portobelo dans les Caraïbes.

Parque Genovés

S’il ne fait jamais chaud à Cádiz, il n’y fait jamais froid non plus. Van reste quand même un peu dubitative sur cette dernière affirmation mais à voir toute cette végétation tropicale s’épanouir dans le parc, le climat doit effectivement être relativement doux. Ce magnifique havre de verdure en plein centre et au bord de l’océan date du XVIIIe siècle mais a été remanié à plusieurs reprises depuis. Il y a plus de 150 espèces de plantes, exotiques pour la plupart. Nous y avons retrouvé notre fameux dragon des Canaries! Le parc a également changé de nom plusieurs fois au cours de son histoire mais nous n’avons pas réussi à trouver pourquoi on l’a nommé Parque Genovés (parc génois en français). Il y a sûrement un rapport avec Christophe Colomb qui a marqué l’histoire de la ville et qui était natif de Gênes. Peu importe son nom, nous avons été trop contents de retrouver toute cette verdure tropicale qui nous manque parfois dans cette sécheresse méditerranéenne.

Si vous êtes dans le sud de l’Andalousie et avez l’occasion de passer par Cadiz, foncez! Vous ne trouverez la même ambiance nulle part ailleurs! Une bonne journée de visite suffit et la ville est bien desservie par les transports publics depuis le reste de la région.

San Fernando

A la base, nous nous sommes arrêtés à San Fernando juste pour dormir car les offres de logement y sont meilleures. La petite ville se situe sur une petite île juste avant le canal qui la sépare de Cádiz. Elle est séparée de la péninsule ibérique par des marais salants datant de l’époque romaine. C’est un des berceaux de la culture gitane et du flamenco et la ville est particulièrement fière de son enfant du pays, Camaron de la Isla, un célèbre chanteur de flamenco des années 1970 – 1980, un des rares qui a réussi à exporter ce genre musical hors des frontières espagnoles. Nous ne nous attendions pas à trouver un petit centre historique à San Fernando, certes pas aussi pittoresque qu’à Cádiz mais qui possède de jolies maisons baroques andalouses qui nous rappellent les villes coloniales de Valladolid au Mexique ou d’Arequipa au Pérou.

Parque natural Bahia de Cadiz

Malgré les grandes activités portuaires de la zone, il existe tout de même un véritable paradis naturel qui s’étend sur plus 10’520 hectares. Il est principalement constitué de lagunes mais aussi de quelques plages sauvages, de pinèdes ainsi que de marais salants qui étaient déjà exploités à l’époque romaine. C’est un endroit idéal pour observer des dizaines d’espèces d’oiseaux car les lagunes sont idéalement situées à mi-chemin entre le parc de la Doñana, grand parc national et lieu de nidation de multitudes d’espèces aviaires, à l’ouest et le détroit de Gibraltar, lieu de passage pour une traversée vers le continent africain, à l’est.

La majorité de la flore existante dans le parc est endémique de la région de Cádiz / la Doñana et le principal but du parc est de la protéger car elle est très vulnérable aux activités humaines ainsi qu’au réchauffement climatique.

Parmi les espèces d’oiseaux que nous avons pu reconnaître, il y avait des gravelots, des cigognes, des grues, des canards, des mouettes, des hirondelles et des ibis. Par contre, les flamants roses sont les grands absents, pourtant nous en avions aperçu depuis le train dans les lagunes du Puerto de Santa Maria.

A marée basse, il est possible d’apercevoir des dizaines de crabes qui s’activent dans la vase à la recherche de nourriture. Ce sont des crabes violonistes. Non, il ne jouent pas du violon, du moins pas à notre connaissance, mais il sont appelés ainsi car les mâles possèdent une grande pince blanche un peu disproportionnée qui rappelle l’archet d’un violon. Elle leur sert juste à se battre contre d’autres mâles. Voilà pourquoi les femelles, plus pacifiques, en sont dépourvues.

Les moulins de marée

Les quelques bâtisses en ruines que nous pouvons apercevoir dans les lagunes sont des moulins du XVe siècle. Ils s’appellent moulins de marée car ils fonctionnaient grâce au mouvement de l’eau provoqué par les marées de l’Atlantique. Un bel exemple d’énergie renouvelable! Ils ont été en fonction jusqu’à la fin du XIXe siècle avant d’être laissés à l’abandon. Nous ne pouvons pas nous approcher des bâtiments pour des raisons de sécurité. Du coup les oiseaux y ont une paix royale et en profitent pour y établir leur nid.

La baie de Cádiz est une région moins « typiquement andalouse » si on se conforme aux clichés véhiculés sur la région mais elle n’est pas la moins authentique! Nous en avons pris plein les yeux durant notre séjour et nous avons déjà trouvé d’autres lieux qui ont l’air tout aussi prometteurs! Comme nous allons nous attarder dans la région, il y a de fortes chances de découvrir d’autres trésors de ce genre!

Tortosa, perle catalane entre le Rio Ebro et le massif d’Els Ports

Lors de notre trip à Zaragoza, nous avons étudié plusieurs itinéraires bis pour le retour à Sagunto. Finalement, nous sommes rentrés par l’itinéraire standard pour cause de disponibilité de transports publics mais, dans notre idée de trajet par la vallée de l’Ebre, nous sommes tombés sur la ville de Tortosa et avons découvert que le coin était facilement accessible pour une excursion d’une journée depuis notre fief valencien.

Comme notre déménagement pour notre nouveau lieu d’habitation estival approche, nous avons profité d’être encore dans la région pour prendre un billet de train et de partir à la découverte de cette petite ville catalane.

Tortosa se situe à l’extrême sud de la Catalogne entre le delta de l’Ebre et le massif d’Els Ports, à deux petites heures de train de Sagunto sur la ligne Valence – Barcelone. Elle est donc coincée dans une petite cuvette à la merci de l’humidité de l’air qui provient du delta. Avec un air bien chaud et bien moite, nous nous croyons plus dans la plaine du Mékong que dans le bassin Méditerranéen mais ça ne nous a pas déplu de redécouvrir les sensations climatiques que nous avons découvertes dans les divers pays tropicaux que nous avons visités.

En parlant de l’Ebre, oui, le même qu’à Zaragoza, il est d’une importance capitale pour la ville de Tortosa. Son delta, situé juste en dehors de la ville, constitue le grenier à riz de la Catalogne et irrigue également beaucoup d’autres cultures, ce qui permet à Tortosa de jouir d’une relative bonne santé économique et de ne pas trop dépendre de sa grande sœur et capitale de province Tarragona.

Il est possible de louer un vélo pour se rendre dans le delta, c’est tout plat, proche, facile d’accès et c’est un superbe coin pour observer les oiseaux! Nous ne l’avons pas fait par manque de temps mais ça figure sur notre longuissime liste de choses à voir même si nous avons déjà quelque chose de très similaire en terres valenciennes avec l’Albufera.

Centre historique

Malgré sa taille modeste, Tortosa possède un centre historique digne de ce nom! L’ambiance est déjà toute catalane avec des hautes maisons typiques à persiennes, une architecture gothique et quelques exemples du modernisme catalan. Fab prétend que la Catalogne c’est un peu l’Italie de l’Espagne. En effet, ça se tient : c’est plus raffiné, plus esthétique, la gastronomie est plus fine et l’accent est plus chantant quand ça parle castillan. D’ailleurs le catalan et l’italien sont deux langues très similaires pour leur grammaire et leur prononciation.

Comme partout en Espagne, Tortosa a une histoire très riche depuis l’époque ibérique. Malheureusement pour elle, elle fut assiégée plus souvent qu’à son tour à travers les époques, notamment par les Français. Elle connut un essor non négligeable au début du XXe siècle mais tout fut anéanti lors de la Guerre Civile Espagnole (1936-1939) où la ville a été pratiquement détruite à cent pour cent par les bombardements. A cause de sa situation un peu isolée du reste de la Catalogne, elle fut ensuite un peu oubliée et reléguée au rang de simple ville de province tandis que sa rivale Tarragona, un peu mieux située obtint le statut de capitale provinciale et connut une meilleure renaissance.

Heureusement, le XXIe siècle a fini par arriver avec son amour de l’histoire et de la culture (et quelques deniers de l’Union Européenne aussi) et le centre historique a été complètement rénové et rendu aux piétons. Grâce à sa proximité avec le parc naturel du delta de l’Ebre, les montagnes et la mer, Tortosa connaît un petit regain touristique sans pour autant être étouffé par le tourisme de masse comme à Barcelone ou sur la Costa Brava.

Cathédrale Santa Marta

Ce monstre gothique surplombant l’Ebre est la cathédrale Santa Marta construite entre les XIVe et XVIe siècles. Vue d’en haut, elle paraît particulièrement massive à cause de son toit plat s’étalant sur trois niveaux. Elle se situe au cœur du centre médiéval au pied de la forteresse où le décor nous permet aisément de nous imaginer la vie au Moyen-Age. Pourtant, du côté du fleuve, une surprise de taille nous attend! La façade tournée sur l’Ebre est du plus pur style baroque que ne renierait pas une ville comme Florence! Comme la construction a duré plusieurs siècles, la cathédrale a gentiment évolué selon les courants architecturaux de l’époque. Malgré sa forme originale, nous avons trouvé l’édifice vraiment très beau et majestueux.

L’ancien abattoir municipal

Difficile à croire que cet ensemble de bâtiments super classe était destiné à l’abattage d’animaux. Et pourtant, c’est bien l’ancien abattoir de la ville construit sur un terrain gagné sur l’Ebre. Le style architectural paraît mudéjar au premier abord. Que nenni, c’est du pur modernisme datant de 1908 mais, au début du XXe siècle, c’était à la mode de s’inspirer de l’époque arabe comme, pour prendre un exemple connu, la Place d’Espagne à Séville. Aujourd’hui, le complexe abrite l’office du tourisme et le musée de Tortosa.

Système de fortifications

Tortosa possède encore une partie impressionnante de sa forteresse qui surplombe la ville et l’Ebre du haut d’une colline de 59 mètres. Ce sont les Romains qui édifièrent les premières murailles mais ce sont les musulmans qui en firent une véritable forteresse sous l’ordre de Abd-al-Rahman III, le calife de Cordoba himself! Durant la Reconquista, Tortosa a été conquise par le comte Raimond-Bérenger IV de Barcelone et la forteresse a été remise au mains des Templiers. Aujourd’hui, les remparts peuvent faire l’objet d’une balade vraiment sympa dans les pins à l’écart de l’agitation, pas si frénétique, de la ville

Château de la Zuda

Dans la forteresse sur la partie la plus élevée du promontoire rocheux, se dresse évidemment un château! Pendant les premiers siècles de son existence, il avait un usage strictement militaire. Au XIIIe siècle, le roi Jaime Ier d’Aragon, oui notre fameux Jaime Ier même si en Catalogne on l’appelle Jaume, en fit sa résidence favorite. C’est d’ici même qu’il prépara la Reconquista du nord de la Communauté Valencienne. Aujourd’hui, le château abrite un parador, un hôtel de luxe qui a la particularité de se trouver dans un cadre historique.

La cerise sur la gâteau reste quand même la vue époustouflante que nous avons depuis soit les remparts, soit la cour du château, sur Tortosa, son centre historique, sa cathédrale « plate », l’Ebre, le delta et le massif d’Els Ports.

Même si elle n’est pas aussi pittoresque que sa grande sœur Tarragona (quoique!), Tortosa mérite amplement une journée de visite, voire plus pour sa nature environnante. Nous sommes très contents d’avoir fait une petite incursion en Catalogne, une région que nous adorons mais dans laquelle nous nous rendons trop peu à notre goût. Il nous faudra penser à remédier à cette injustice mais nous avons déjà une tonne d’autres projets sur le feu.

En parlant de projets, nous sommes en plein préparatifs pour notre grand départ le 13 juin (oui, c’est tout de suite!) pour notre lieu de villégiature pour cet été , voire plus si affinités. Comme nous sommes un peu joueurs, nous n’allons rien spoiler et vous laisser la surprise. Vous avez sans doute déjà compris dans notre paragraphe précédent que ce ne sera pas la Catalogne. Mais, dans notre grande bonté d’âme, nous avons laissé un petit indice dans cet article même s’il est très subtil et pas facile à dénicher. Le trouverez-vous quand même? Si oui, n’hésitez pas à nous envoyer la réponse!

Huesca et Canfranc, au cœur des Pyrénées espagnoles

Zaragoza est une superbe ville mais la région Aragon a beaucoup d’autres choses à offrir. Nous n’aurons pas le temps de tous les découvrir car nous planchons déjà sur nos projets estivaux qui sont, pour l’instant, assez prometteurs mais il y a déjà quelques pépites facilement accessibles que nous avons été explorer.

Huesca

Rejoindre la petite ville de Huesca depuis Zaragoza, c’est facile. C’est accessible en une petite heure de train depuis la capitale régionale. Par contre, ce n’est pas le trajet le plus bucolique qui soit : c’est affreusement plat et il y a une énorme zone industrielle qui semble ne jamais vouloir prendre fin. Peu à peu, l’urbanisation laisse place à d’immenses champs de blé à perte de vue. Apparemment, la province de Huesca est le grenier à blé de l’Espagne. On se croirait plus dans les plaines du Midwest qu’à quelques encablures des Pyrénées.

Huesca est une petite ville encore située dans la plaine de Zaragoza mais d’où on peut déjà apercevoir les premiers versants des Pyrénées. La population locale n’est pas plus chaleureuse que dans la capitale. Ma foi, c’est le nord. Voilà, passer pour des touristes en Espagne pour cause de « trop du sud » ça c’est fait. Mais ce n’est de loin pas le pire : il fait plus de 35 degrés, il y a une vrai torpeur estivale et l’heure de la sieste n’est même pas respectée! WTF??

Centre historique

Malgré sa mentalité un peu bizarre, Huesca possède un magnifique centre historique. On y retrouve toujours ces hautes maisons aux fenêtres rectangulaires mais le cœur de la ville est resté très médiéval. Contrairement à Zaragoza ou d’autres villes d’Aragon comme Teruel, il n’y a pas d’art mudéjar à Huesca car la période arabe a duré moins d’un siècle. La ville est assiégée par Louis le Pieux, roi d’Aquitaine et fils de Charlemagne dès l’an 797 déjà avant d’être conquise, en 1096, par Pierre Ier d’Aragon qui en fit la capitale du premier royaume d’Aragon élargi.

Nous avons été frappé par le nombre d’églises alors que la ville n’est vraiment pas énorme! Il nous semble quand même que dans la région le catholicisme a l’air d’être super respecté, plus que sur la côte méditerranéenne. Nous n’avons pas de preuve formelle pour étayer notre théorie, c’est juste une forte impression, mais ça pourrait expliquer la mentalité un peu plus fermée et guindée des Aragonais. Tout ce que nous avons trouvé à ce sujet est le fait que les rois d’Aragon sont surnommés « Rois Catholiques ». Ceci est dû au fait que ce sont eux qui ont initié la Reconquista qui a chassé les Arabes de la péninsule ibérique ou qui les a forcés à se convertir au christianisme et qui a permis à l’Espagne de redevenir catholique.

Cathédrale Seo de Santa Maria

Le clou du spectacle d’une visite à Huesca est indubitablement la cathédrale. Elle se situe au sommet d’une petite colline sur la Plaza de la Catédral (sans blague!) et a été construite entre les XIIIe et XIVe siècles dans le plus pur style gothique. Architecturalement, les deux plus grandes villes d’Aragon se complètent bien : Zaragoza la baroque mudéjar et Huesca la gothique!

Huesca est une jolie petite étape en Aragon et nous avons adoré son caractère encore très médiéval. Une petite journée de visite suffit amplement surtout que la ville est bien desservie depuis Zaragoza.

Canfranc

Vu que nous avons déjà effectué un sacré trajet en direction du nord et que nous nous sommes approchés des Pyrénées, autant pousser le vice encore plus loin! Surtout qu’il y a une superbe ligne de chemin de fer depuis Huesca qui traverse des paysages somptueux dont les Mallos de Riglos, d’impressionnantes formations géologiques qui dateraient d’il y a 23 millions d’années et dont nous avons essayé d’en faire une vidéo potable sur nos stories Instagram. Bon c’est raté pour le potable à cause du reflet des vitres mais elle sont quand même visibles sur notre profil vanfab_in_sevilla sous l’onglet « Trip to Aragon ».

Le trajet dure deux heures et demi depuis Huesca, respectivement trois heures et demi depuis Zaragoza mais le temps passe vite à regarder par la fenêtre. Nous en avons fait des voyages en train dans notre vie mais celui-là mérite une jolie place dans notre top cinq des trajets les plus bucoliques!

Canfranc est située au cœur des Pyrénées, tout au nord de l’Aragon à quelques encablures de la frontière française située sept kilomètres plus haut sur le col de Somport, ou au milieu du tunnel routier qui passe sous la montagne. C’est une station de montagne typique avec ses maisons en pierre et ses bâtiments pour colonies de vacances mais qui dégage tout de même une ambiance de bout du monde. Perché à 1200 mètres d’altitude, le village bénéficie d’un climat assez doux malgré sa situation en fond de vallée. Ceci est dû à sa situation sur le versant sud de la chaîne de montagne.

Gare internationale de Canfranc

Ce superbe bâtiment néoclassique aux dimensions hors norme est l’ancienne gare internationale de Canfranc. C’était le point frontière sur la ligne ferroviaire Pau – Zaragoza. Le bâtiment de la gare est aussi grand que la gare Saint-Lazare de Paris mais se trouve dans un bled perdu au fin fond des Pyrénées. La ligne a été inaugurée en 1928 mais a atteint son apogée au début des années 1940 à la réouverture de la frontière franco-espagnole car les gares frontières d’Irun (côté Atlantique) et de Port Bou (côté Méditerranée) ont été détruites durant la Guerre Civile Espagnole. Une intense activité du trafic de marchandises a eu lieu pendant la Deuxième Guerre Mondiale pour le transport de minerai de fer et de tungstène depuis une Espagne « neutre » pour l’Allemagne nazie. En échange, les Allemands envoient de l’or aux Espagnols. La ligne est aussi utilisée par des Juifs et des Résistants fuyant la France.

Le trafic des voyageurs n’a jamais vraiment connu de grand succès. Le trajet était long et il fallait obligatoirement changer de train à Canfranc à cause des formalités douanières et la différence d’écartement des rails entre la France et l’Espagne. Ce dernier à son propre écartement qui pose encore parfois quelques problèmes aujourd’hui malgré les travaux de mise aux normes européennes pour les lignes à grande vitesse.

La ligne transfrontalière a définitivement été fermée côté français en 1970 après un accident de train provoquant la destruction d’un pont près du village de Lescun. Aujourd’hui, divers riverains excédés par le trafic de camions et associations réclament une remise en service de la ligne. Mais s’il y a bien un gros défaut de la France au niveau ferroviaire, c’est de s’en foutre complètement des petites lignes régionales. C’est vraiment dommage car il y aurait un vrai potentiel touristique.

Côté espagnol, la ligne est toujours en service même si ce n’est que pour deux trains par jour. Le bâtiment de la gare est, quant à lui, en plein chantier de rénovation, d’où nos photos bien pourries, sorry… A terme, il devrait accueillir un hôtel de luxe ainsi qu’un petit musée retraçant l’histoire de la ligne. Les Espagnols ont, eux, toujours espoir de voir le trafic transfrontalier reprendre un jour.

Tunnel ferroviaire de Somport

C’est dans ce tunnel que les trains franchissaient la frontière franco-espagnole lors de l’exploitation de la ligne ferroviaire Pau – Zaragoza. Il a été achevé en 1915 soit treize ans avant l’inauguration de la ligne et est encore en état de fonctionnement aujourd’hui. En attendant une hypothétique réouverture de la ligne ferroviaire, il constitue le tunnel d’évacuation et de secours pour le tunnel routier de Somport.

Si vous regardez attentivement le bas relief situé en dessus de l’entrée du tunnel, vous pouvez remarquer qu’il a l’air de manquer quelque-chose entre les deux lions. Ce n’est pas qu’une impression! Il y avait, à cet emplacement, un bouclier orné de l’aigle de Saint-Jean symbole de l’Espagne franquiste. Même si Franco est mort en 1975 et son régime fasciste avec, son emblème n’a été enlevé qu’en 2019!

Côté nature

Nous ne nous sommes quand même pas farci sept heures de train aller-retour juste pour une gare! Quoique pour Fab l’argument ferroviaire aurait suffi. Nous sommes dans les Pyrénées et sur le chemin de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle autant aller voir ce que la nature nous réserve. Nous qui avons grandi dans les Alpes, il nous semble logique de voir des pins et des sapins à cette altitude. Oui, il y en a mais plus haut et pas en majorité. Nous traversons plutôt une superbe forêt de feuillus qui déploie les jolies couleurs vert tendre du printemps.

Les bunkers de Franco

Lors de notre petite rando, nous sommes tombés sur plusieurs bunkers qui ne datent pas, comme on pourrait le supposer, de la Guerre Civile Espagnole (1936-1939) mais de juste après, dans les années 1940! Les bunkers de Canfranc font partie d’une large ligne de défense de près de deux milles édifices qui court tout le long des Pyrénées. Officiellement, le général Franco, le dictateur sanguinaire et complètement taré qui a malheureusement gagné la guerre civile, craignait une invasion des Allemands. En réalité, il craignait surtout les troupes anti-franquistes exilées qui se serait formées et organisées de l’autre côté de la frontière. Finalement, la menace s’est avérée inexistante et ces bunkers n’ont jamais été utilisés. Ils ont néanmoins été scrupuleusement entretenus jusque dans les années 1960 puis laissés à l’abandon à la merci de la végétation. C’est un incendie de forêt dans les Pyrénées catalanes en 2012 qui a permis de redécouvrir certains bâtiments. D’autres ont ensuite été mis à jour dans un but purement touristique et historique.

Nous savons que l’Espagne regorge d’histoire dans n’importe laquelle de ses régions mais nous ne nous attendions pas à en trouver une aussi fascinante dans une vallée presque perdue des Pyrénées. Et nous n’avons fait que de la survoler! Canfranc est un endroit vraiment idéal pour ceux, comme nous, qui aiment mixer la nature avec des visites culturelles.

Zaragoza et ses vestiges mudéjars

Nous avons osé!! Nous nous sommes éloignés de plus de quinze kilomètres de notre chère Méditerranée! Certes, nous nous languissons déjà de notre belle bleue mais nous sommes super contents de reprendre nos sacs quelques jours et de partir à la découverte de quelque-chose de nouveau!

Souvenez-vous, il y a presque deux ans, quand nous avons débarqué en Espagne en pleine épidémie de Covid, nous avons emprunté la ligne de train qui parcourt la vallée de la Palancia pour aller découvrir les régions de Segorbe et de Jerica. Le train en question traverse ensuite la communauté autonome d’Aragon jusqu’à Zaragoza, sa capitale. Mais à l’époque, l’Aragon était en rouge au niveau épidémique et nous avons dû nous contenter de notre belle Communauté Valencienne. Nous nous étions alors fait la promesse de nous rendre une fois jusqu’au terminus. Et comme les promesses sont faites pour être tenues, nous avons pris nos sacs à dos et des billets de trains et sommes partis à l’aventure. Voilà comment nous est venue l’idée d’aller traîner nos baskets à Zaragoza.

NB : Si vous voulez voir à quoi ressemble le paysage depuis le train, rendez vous sur notre page Instagram sous l’onglet « Trip to Aragon » afin de visionner nos petites vidéos.

Zaragoza est la cinquième ville d’Espagne et sûrement la mieux située du pays. Elle se trouve exactement à mi-chemin entre Madrid et Barcelone, les deux grandes métropoles espagnoles et profite économiquement de sa situation privilégiée. Elle est traversée par l’Ebre, le deuxième plus long fleuve du pays après le Tage.

Centre historique

Zaragoza a une histoire très riche qui remonte à la période des Ibères, les hommes de l’âge de Bronze de la péninsule ibérique. Puis, comme à peu près partout en Espagne, les Romains sont arrivés puis les Wisigoths avant de céder la place aux Arabes. Zaragoza a même eu droit à son propre taïfa (royaume musulman) créé lors du délitement du califat de Cordoba. Il en reste aujourd’hui de superbes vestiges de l’architecture mudéjar qui sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour rappel, mudéjar est le style architectural des Arabes de la péninsule ibérique.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là! Le royaume d’Aragon, qui occupe à l’époque le territoire des Pyrénées un peu plus au nord, songe sérieusement à s’étendre vers le sud et chasse progressivement les Arabes de la région. C’est le début de la Reconquista, c’est à dire la reconquête catholique de la péninsule ibérique. C’est une période faste pour Zaragoza qui devient capitale du royaume. Le sang noble des rois d’Aragon est d’ailleurs très recherché. Le roi Ferdinand II d’Aragon a, en épousant Isabelle de Castille, scellé une alliance posant les bases de l’actuel royaume d’Espagne. Mais ce n’est pas tout, on retrouve la lignée des Aragon dans la monarchie du Portugal (quand c’en était une) et même chez les Tudor, la maison royale anglaise du XV au XVIIe siècle. Voilà, en très résumé la fastueuse histoire de Zaragoza.

De toute cette histoire, il en reste quelques vestiges. On les trouve dans le centre historique que nous trouvons un peu modeste pour une ville de cette importance. Surtout qu’en dehors des vieux quartiers, Zaragoza est assez moche. L’affreuse décennie architecturale des années 1970 n’a pas défiguré uniquement le littoral méditerranéen, toute la péninsule y a eu droit! On y trouve des maisons colorées aux hautes fenêtres rectangulaires typiques du centre-nord de l’Espagne. Il est vraiment agréable de s’y perdre à l’ombre de ses ruelles pendant la torpeur estivale. Gros point positif : tout est presque entièrement piéton!

Plaza del Pilar

Nous en avons vu des places mais celle-ci est vraiment impressionnante! C’est une des plus grandes places piétonnes d’Europe et sûrement du monde car le concept de zone piétonne reste très européen. Elle n’est pas très large mais impressionne plutôt par sa longueur. Elle est entourée de la cathédrale du même nom, de la mairie, de la cathédrale de la Seo ainsi que du musée consacrée au peintre Francisco Goya, un enfant du pays.

Cathédrale Notre-Dame du Pilar

Cette superbe basilique baroque a été construite entre le XVIIe et le XVIIIe siècle et est consacrée à la Vierge du Pilar qui est la patronne de la Guarda Civil (le corps national de gendarmerie) et de l’hispanité. (tout ce qui se rapporte à la langue et à la culture espagnoles) Elle est super impressionnante même si elle ne fait pas partie des plus grandes cathédrales d’Espagne. (la plus grande se trouve à Séville , juste pour la petite info). Elle paraît énorme car elle se situe sur une grande place bien dégagée, ce qui n’est pas très courant en Espagne. Nous, on adore les coupoles garnies de tuiles colorées.

Pour bien observer la cathédrale, il est sympa de se rendre sur le pont de pierre ainsi que sur la rive gauche de l’Ebre. De l’autre côté de la rivière, le quartier est super moche mais la promenade est sympa sous l’ombre bienvenue des arbres et donne un point de vue vraiment joli sur la basilique.

Cathédrale de la Seo

Son nom complet est la cathédrale du Saint-Sauveur mais on la surnomme affectueusement la Seo. Contrairement à la basilique du Pilar qui a été construite entièrement par les rois catholiques, la Seo a été érigée sur l’ancienne mosquée du XIIe siècle, comme c’est souvent le cas en Espagne. A première vue, elle a tout de l’église classique avec sa superbe façade baroque et son clocher typiquement aragonais. Mais en se rendant du côté de la façade orientale, nous découvrons de magnifiques décorations de style mudéjar. Le contraste entre les deux styles architecturaux est stupéfiant mais d’un charme incroyable. Elle est située à l’extrémité de la place du Pilar et fait office de « frontière » entre le centre historique et le quartier de la Magdalena.

Euh Van et Fab, vous avez fumé la moquette ou quoi? Vous venez de nous parler de deux cathédrale, sur la même place en plus!

Non, nous n’avons pas fumé la moquette, ni autre substance illicite d’ailleurs et nous ne sommes pas encore complètement séniles. Pourtant, c’est vrai, une cathédrale est l’édifice catholique qui est le siège d’un évêché ou d’un diocèse. Donc, par définition, il ne devrait y en avoir qu’une par ville. Sauf à Zaragoza qui est bien la seule ville au monde à posséder deux cathédrales! En gros, ça date de l’époque de la Reconquista. La basilique du Pilar a été construite par les catholiques comme lieu de culte et a été consacrée cathédrale de la ville. Pour la Seo, c’est lors de sa transformation de mosquée en église catholique qu’elle a été consacrée comme cathédrale. Et comme il n’y avait qu’un administrateur pour gérer les deux églises, personne n’y a rien trouvé à redire. La situation est restée telle quelle jusqu’à aujourd’hui et rien n’est prévu à l’avenir pour changer le statut d’un des deux édifices.

La Magdalena

Le barrio de la Magdalena est le vieux quartier populaire de Zaragoza. Il n’est pas aussi propret que le centre historique mais il est plein de charme et, contrairement au reste de la ville, il possède une âme. C’est également dans ce quartier que se trouvent les tavernes servant des tapas typiques d’Aragon. En son centre, trône la jolie petite église de Santa Maria Magdalena avec son superbe clocher de style mudéjar mais, comme dans beaucoup de vieux quartiers, les ruelles sont trop étroites pour qu’on puisse observer l’édifice à sa juste valeur.

Palais de l’Aljaferia

On dirait presque un château de dessin animé avec ces petites tourelles toutes mignonnes. Pourtant, ce palais du XIe siècle est le témoignage de la splendeur du taïfa de Zaragoza. Nous pouvons bien deviner l’architecture arabe qui nous rappellent certains forts du sultanat d’Oman. Tout n’est pas d’origine, l’édifice ayant été l’objet d’une énorme restauration durant le XXe siècle, mais la visite vaut le détour pour les vestiges architecturaux arabes puis aragonais que nous pouvons observer à l’intérieur.

Aujourd’hui, le palais abrite le parlement d’Aragon donc il n’est pas possible de le visiter durant les sessions parlementaires ou lors de visites de personnalités politiques. La meilleure façon d’assurer votre visite est de la réserver sur internet sous ce lien. Le ticket (5€) se paiera quand même au guichet d’entrée mais au moins vous serez sûrs de pouvoir accéder au palais.

Le patio mudéjar

Dès l’entrée, nous entrons dans le monde magique des Mille et Une Nuits grâce à ce superbe patio aux colonnes d’architecture typiquement mudéjare qui n’est pas sans rappeler quelques salles de l’Alhambra. En son centre, il y a quelques orangers qui subissent bravement le climat parfois rude de l’hiver aragonais. Le coin sud-est possède une petite mosquée orientée en direction de la Mecque.

Palais des Rois Catholiques

Au XVe siècle, les rois catholiques agrandirent le palais déjà existant dans un pur style médiéval tardif. Les pièces sont beaucoup plus épurées que le patio mudéjar. C’est ce que nous disions avant de lever la tête et de découvrir les plafonds les plus fous que nous ayons jamais vu! Aujourd’hui, cette partie de l’édifice est dédié au parlement.

Comme nous l’avons déjà mentionné, le palais de l’Aljaferia est le siège du parlement d’Aragon. Mais quelle ne fut pas notre surprise en découvrant que l’hémicycle était ouvert et que les visites y étaient autorisées. Certes, ce n’est pas la Moncloa (le palais présidentiel à Madrid) mais c’est quand même la salle où se prennent les décisions pour toute la communauté autonome d’Aragon! Ce n’est pas rien! C’est la première fois que nous avons la possibilité de visiter un hémicycle de ce genre et ça ne doit pas être très courant car les autres visiteurs dans la salle étaient tout autant hallucinés que nous d’avoir pu y accéder!

La superbe tapisserie sur la paroi de l’hémicycle représente les armoiries d’Aragon.

Rio Ebro

Zaragoza est traversée par le Rio Ebro, ou Ebre en français. La ville était d’ailleurs un important port fluvial durant l’Epoque Romaine quand les embarcations étaient encore assez petites pour pouvoir naviguer sur le fleuve. Aujourd’hui, la navigation est impossible sauf en canoé. L’Ebre est le deuxième plus long fleuve du pays après le Tage mais vient en première position pour un fleuve se situant entièrement sur sol espagnol, le Tage traversant une partie du Portugal. Il prend sa source dans les montagnes de Cantabrie et traverse le nord de la péninsule ibérique d’ouest en est avant de se jeter dans la Méditerranée au sud de la ville de Tarragone dans une magnifique zone naturelle du delta de l’Ebre que nous avons évidemment mis sur notre looooooooongue liste de choses à voir.

Dans le centre-ville, une partie des rives de l’Ebre sont laissées plus ou moins à l’état naturel et sont un endroit privilégié pour la nidification de plusieurs espèces d’oiseaux.

Zaragoza est une très belle ville riche en culture, en architecture et en histoire. Nous vous recommandons chaudement une visite culturelle dans le coin. Par contre, si vous cherchez la chaleur espagnole des gens, passez votre chemin et privilégiez les villes méditerranéennes. Ici c’est le nord! La population locale n’est pas souriante, avenante, bienveillante et chaleureuse comme c’est le cas plus au sud. Nous avons débarqué avec notre exubérance et notre joie de vivre à la Valencienne et avons vite été refroidis. Nous avons vraiment l’impression d’arriver comme un cheveu dans la soupe et d’être pris pour des extra-terrestres. Ce qui nous a un peu rassuré, c’est de remarquer que les autres touristes du « sud » ont exactement le même problème que nous!

Malgré ce bémol, nous sommes quand même contents d’avoir découvert un autre coin d’Espagne et d’avoir appris un autre pan de son histoire.

Grand bilan de notre trip 2021-2022

Nous voilà de retour dans notre fief valencien après avoir passé nos derniers jours en famille à Istanbul mais avant de nous tourner vers l’avenir, nous allons regarder une dernière fois en arrière sur notre voyage pour vous livrer un bilan.

En chiffres

Pays visités

Cinq. Bulgarie, Turquie, Ouganda, Tanzanie et Egypte.

Continents traversés

Trois. Europe : Bulgarie et la plaine de Thrace en Turquie. Asie mineure : Turquie et Afrique : Ouganda, Tanzanie et Egypte.

Durée du voyage

199 jours, soit environ six mois et demi

Distance parcourue

29717 kilomètres de Valence, Sofia, Plovdiv, Istanbul, Konya, Alanya, Antalya, côte lycienne, Antalya, Istanbul, Entebbe, Jinja, Fort Portal, Kabale, Mwanza, Arusha, Moshi, Dar-es-Salaam, Zanzibar, Dar-es-Salaam, Le Caire, Assouan, Hurghada, Marsa Alam, Hurghada, Antalya, Adana, Izmir, Bodrum, Afyon, Istanbul et retour à Valence. Le tout en avion, en bus, en train, en ferry, en dolmus, en matatu, en boda-boda, et en dalla-dalla.

Altitude la plus basse

Le niveau de la mer, ben partout où il y avait des côtes c’est à dire partout sauf en Bulgarie et en Ouganda.

Altitude la plus haute

2200 mètres sur les hauteurs du lac Bunyoniy dans le sud de l’Ouganda.

Température la plus basse

-1 degré (Oui, il y a le moins devant!) à Konya. Heureusement, ce n’était qu’une escale de quelques heures le temps de changer de train et nous avons trouvé de quoi nous réchauffer.

Température la plus haute

35 degrés sous un soleil écrasant à Dar-es-Salaam mais c’est une température normale pour un mois de janvier sur la côte en Tanzanie.

Points géographiques intéressants
  • Le Bosphore à Istanbul, qui sépare l’Europe de l’Asie
  • Anamur : le point le plus au sud de l’Anatolie
  • La source du Nil à Jinja
  • Le point zéro à Kikorongo. Après Quito et Pontianak, nous avons eu la chance de traverser pour la troisième fois la ligne de l’Equateur, une fois par continent!
  • Le Kilimandjaro : le point culminant de Tanzanie (5895 mètres d’altitude!) et de tout le continent africain
Les sept merveilles du monde antique

Par le plus incroyable des hasards, nous avons vu l’emplacement de trois des sept merveilles du monde antique lors de notre trip! Ce n’était absolument pas prémédité mais ça nous a donné encore des idées pour rallonger notre déjà très longue wishlist de voyage. Nous avons donc vu :

  • La pyramide de Khéops à Gizeh
  • Le templs d’Artémis près du site d’Ephèse
  • Le mausolée d’Halicarnasse à Bodrum
Matériel remplacé

Il y a eu l’histoire du vol du smartphone à Van à Dar-es-Salaam que nous n’allons pas ressasser indéfiniment car ce sont des choses qui peuvent arriver n’importe où dans le monde et puis nous avons tourné la page. Et acheté un nouveau téléphone!

Fab a été touché par la malédiction des lunettes de soleil! Il en a cassé deux paires. Par contre, cette fois, contrairement à notre premier tour du monde, nos câbles ont bien tenu le coup.

Nos chaussures de trek n’ont pas fini le voyage avec nous. Il faut dire qu’elles dataient de notre arrivée en Espagne en 2020 et que nous les avons usées jusqu’à la corde, notamment sur les sentiers de Tenerife. Nous les avons remplacées lors de notre retour en Turquie. Van a même laissé les siennes en Egypte. Mais non! Elle n’a pas pris l’avion pieds nus, c’est une fille, elle a des baskets de ville!

Enfin, nous avons dû acheter des pulls également lors de notre retour en Turquie car nous étions vraiment mal équipés pour l’hiver.

Evidemment, il y a toujours les éternels achats de savon ou de dentifrice, mais pour un voyage au long cours, nous ne nous en sommes pas trop mal sortis. Nos backpacks de huit respectivement neuf kilos n’ont pas pris de poids pendant notre trip.

Ce qui était prévu au départ…

Comme souvent dans ce genre de trip, les imprévus ne sont pas rares! En partant en temps de Covid, nous nous attendions à devoir revoir nos plans plus souvent qu’à notre tour. Pourtant, ce n’est pas à cause de ce satané virus que nous avons dû revoir notre copie plusieurs fois même s’il nous a cloué au lit une petite semaine en Tanzanie.

Notre premier petit couac a déjà eu lieu bien avant notre départ puisque notre but était d’aller en Amérique Centrale. Aucun rapport avec la Turquie et l’Afrique, on vous le concède. Mais suite à un bug informatique, nous n’avons jamais réussi à régler nos billets pour le Mexique. Au lieu de nous acharner, nous avons pris ce contretemps pour un signe du destin et avons décidé d’aller explorer un autre coin. Et nous ne regrettons pas une seconde notre décision.

Le hasard et les bonnes offres nous ont finalement conduit en Turquie, puis en Ouganda. De là, notre but était de remonter par voie terrestre jusqu’en Egypte. Mais voilà, un conflit armé a éclaté en Ethiopie puis le Soudan a été victime d’un coup d’état remettant en cause une partie de notre trip.

Nous avons aussi galéré en Tanzanie, un pays qui finalement est très peu fait pour le voyage en backpack et avons quitté le pays plus tôt que prévu. Avec les frontières fermées et les restrictions dues au Covid, nous avons pris la décision qui nous semblait la plus juste sur le moment, c’est-à-dire rejoindre l’Egypte puis compter sur la douceur méditerranéenne du sud de la Turquie pour finir notre trip. Grosse erreur de jugement climatique! Honnêtement, sur ce coup-là, si c’était à refaire, nous ferions autrement. Mais voilà, nous sommes toujours plus intelligents après et nous n’avons quand même pas passé une mauvaise fin de trip malgré la météo peu clémente.

Enfin, nous voulions traverser sur la Grèce depuis Bodrum mais les liaisons maritimes entre les deux pays n’ont toujours pas repris malgré la réouverture des frontières. C’est sûrement le point le plus frustrant de notre voyage car l’île de Cos se voit parfaitement depuis les côtes turques et le trajet se fait en à peine vingt minutes! Finalement, nous avons profité de deux semaines supplémentaires en Turquie et nous avons pu rencontrer les parents de Van qui sont venus à Istanbul après avoir appris notre déconvenue et avons passé un très bon moment en famille. UN GRAND MERCI à eux!

Nos coups de cœur

Notre voyage en général a déjà été un énorme coup de cœur et nous avons découvert des contrées complètement inédites pour nous.

Pour les gens

La Turquie! Même s’il a été parfois difficile à se faire comprendre à cause de la non pratique de l’anglais, nous avons trouvé les Turcs vraiment adorables! Ils sont ouverts, curieux, souriants, accueillants, bienveillants (parfois même trop!), et foncièrement honnêtes y compris dans la mégapole d’Istanbul. Plus nous nous dirigions vers le sud-est, plus la gentillesse des Turcs était marquée.

Nous avons également eu de très bons contacts avec la population locale en Egypte et en Tanzanie.

Pour les paysages

L’Ouganda sans aucune hésitation! Le pays a d’ailleurs pris la tête sur notre liste des plus beaux paysages que nous avons traversés, dépassant le Sri Lanka! (qui reste quand même un pays magnifique malgré sa deuxième position!). Le climat équatorial de l’Ouganda nous donne une végétation incroyable et très variée. C’est également le pays où nous avons pu observer la plus grande diversité dans les espèces d’oiseaux! C’est un endroit que nous n’excluons pas du tout de revisiter ultérieurement.

Pour la playa

Zanzibar of course! Nous nous attendions à un truc vraiment surfait. Mais non, Zanzibar est digne de l’image de carte postale qu’on lui donne! Le sable blanc et les eaux cristallines sont bien là! En plus, sur la côte est, le littoral n’a pas été défiguré par un bétonnage anarchique et une alignée hideuse d’hôtels.

La mer Rouge n’a pas beaucoup à envier à Zanzibar pour la clarté de ses eaux et la richesse de ses récifs!

Pour la culture

Entre Egypte et Turquie, notre cœur balance. La première est riche de son histoire des Pharaons avec ses pyramides, ses hiéroglyphes et ses temples. Quant à la deuxième, c’est plutôt Grèce Antique et Empire Ottoman. Dans les deux cas, nous avons adoré nous imprégner de l’histoire des lieux! Donc, les deux pays sont à égalité!

Pour la gastronomie

Nous avons eu de la chance, tous les pays que nous avons visité sont des paradis gastronomiques! Bon OK, à part la Bulgarie mais nous n’y sommes restés qu’un week-end et n’avons pas eu le temps d’en faire une indigestion.

Finalement, c’est l’Egypte qui a notre préférence, mais après de looooooongues délibérations! La vallée du Nil hyper fertile et au climat qui varie du nord au sud apporte une variété de produits incroyables, le tout relevé avec des épices moyen-orientales et ça donne une de nos cuisines préférées au monde! Le climat méditerranéen du nord nous offre une quantité de légumes ainsi que des agrumes. Nous avons bu le jus d’orange frais le plus sucré de notre vie! Le sud, lui, nous offre des fruits tropicaux comme les bananes où la canne à sucre, vraiment délicieuse à déguster en jus! Sans oublier les falafels à base de haricots verts qui sont les meilleurs du monde!

Notre coup de cœur absolu

Là, non plus il n’a pas été facile de choisir tant l’ensemble de notre voyage a été incroyable! Tous les pays que nous avons visités auront été un coup de cœur à leur manière.

Après une belle plongée dans nos souvenirs et un peu de recul, nous en sommes venus à la conclusion que notre pays coup de cœur est….. (attention, roulement de tambour!)… L’Egypte!

C’est un peu une surprise car nous avions quelques préjugés sur le pays (que nous avons recensés ici) . Oui, c’est nul, mais nous sommes humains après tout… Nous redoutions surtout d’être déçus car l’Egypte a longtemps nourri notre imaginaire. Finalement, nous avons été « déçus en bien » et nous avons été subjugués par tout ce que nous avons vu, ressenti ou goûté. Finalement, notre seule déception aura été de ne pas avoir pu prolonger notre visa comme nous l’aurions voulu. Mais ce n’est que partie remise! Nous avons déjà une folle envie d’y retourner!

Premiers pas en Afrique…

Ce trip nous a permis pour la première fois de poser les pieds en Afrique subsaharienne. Les pays africains sont des destinations difficiles à caser dans un tour du monde car les offres aériennes intercontinentales sont quasiment inexistantes et le coût est énorme. Il y a aussi le problème de l’instabilité politique dans certains pays et les situations peuvent changer d’un jour à l’autre. Certains visas sont également très difficiles à obtenir et leur durée est généralement très courte, trop courte pour du vrai slow travel.

Comme notre trip prévoyait un retour, et que, finalement, nous ne nous sommes pas envolés pour le Mexique, l’Afrique nous paraissait une destination idéale. Enfin, surtout pour Van. Fab a été un peu plus frileux sur le sujet et difficile à convaincre. Mais maintenant, il ne rêve que d’y retourner! Il avait d’ailleurs fait exactement le même coup avec l’Inde!

Certes, voyager en Afrique n’est pas si simple mais pas impossible. Nous avons d’ailleurs quitté la Tanzanie plus tôt que prévu car le pays n’est pas du tout prévu pour des trips en backpack mais PAS parce-que nous n’avons pas apprécié! Au contraire, c’est un coin fascinant et le bilan que nous avions rédigé est sorti plutôt positif.

Nous n’avons fait qu’un tout petit coin de cet immense continent mais nous avons déjà ouvert une sacrée boîte de pandore qui va nous attirer irrésistiblement dans ses filets! Nous avons été agréablement surpris par le non gaspillage et le recyclage de tous les objets en Ouganda et en Tanzanie. Nous, Occidentaux, avec notre surconsommation avons de grandes leçons à prendre sur ce sujet-là. Nous avons également remarqué que nous sommes devenus beaucoup plus fatalistes qu’avant. A force de ne pas avoir tout qui fonctionne, chaque petite chose qui marche correctement est une petite victoire. C’est une attitude qui nous aide vraiment dans nos démarches administratives en Europe. Maintenant, nous sommes conscients du privilège d’avoir de l’électricité sans aucune coupure, des transports dignes de ce nom, de l’eau courante et un internet haut débit. Nous avons également appris la lenteur, la vraie! Une langueur que même au Cambodge, pays le plus relax d’Asie, nous n’avons pas connue.

Nous avons, bien sûr, également adoré le côté plus carte postale du continent comme les paysages, la faune, les gens, la gastronomie (eh oui!) ainsi que les plages de rêves donnant sur l’océan Indien.

Nous commençons tout gentiment à avoir un peu de recul sur tout ce que nous avons vu sur ce coin de continent et n’avons sûrement pas encore digéré tout ce que nous y avons vécu mais nous pouvons déjà affirmer que l’expérience était incroyable et que nous ne regrettons pas une seconde d’y avoir posé un pied. Nous mourrons d’ailleurs d’envie d’y retourner, d’y découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures et d’étoffer nos aventures en terres africaines.

Spoiler Alert!

Nous savons que ce paragraphe est un des plus attendu de nos bilans mais cette fois, nous allons un peu vous laisser sur votre faim. C’est parce-que nous travaillons sur plusieurs projets (pro, perso et voyages) et que nous ne savons pas encore lesquels vont vraiment aboutir.

Ceux qui nous suivent sur les réseaux sociaux le savent déjà, nous sommes de retour en Espagne. Nous allons rester dans notre fief valencien jusqu’à fin mai environ. Les prochaines semaines seront très studieuses et administratives pour nous mais nous tâcherons quand même d’aller faire quelques petites balades afin de vous en faire découvrir un peu plus de notre belle région.

Juin sera un peu plus festif. C’est le mois de nos anniversaires respectifs et cette année, Fab passe le cap de la quarantaine et nous allons marquer le coup! Eh oui, même un globe-trotter ça vieillit! Nous allons donc faire un petit tour nous verrons où mais nous resterons sûrement au sein de l’UE. (En vrai Van a une petite idée mais chuuuuuuut, c’est une surprise!) En juin, nous fêterons également nos noces de bois (cinq ans de mariage!), c’est une raison de plus d’aller faire une petite virée quelque part!

Nous allons ensuite prendre nos quartiers d’été. Nous ne savons pas encore où ce sera exactement mais nous allons délaisser la côte et son tourisme de masse pour aller découvrir une partie de l’arrière-pays espagnol. Il y a déjà deux régions qui nous titillent fortement. Reste à savoir dans laquelle nous trouverons notre bonheur.

Pour la suite, qui vivra verra….

C’est sur ces belles paroles que nous achevons ce bilan et nous espérons que vous l’aurez apprécié autant que nous avons apprécié nos six mois de voyage! Et promis, de nouvelles aventures arriveront très vite!

Pamukkale et l’arrière-pays égéen

Comme nous n’avons pas pu traverser vers la Grèce depuis Bodrum, nous avons droit à quelques jours de rab en Turquie. Quel dommage! Il nous faut donc nous creuser la tête pour trouver des idées afin d’occuper ces quinze jours supplémentaires. Non, on déconne! Des idées, nous en avons plein! Nous en avons tellement qu’il nous faut faire des choix cornéliens. Ce ne sont pas les activités qui manquent dans ce pays! Comme nous savons pertinemment que nous allons avoir l’occasion de profiter de la mer plus tard, nous avons décidé d’explorer une partie de l’arrière pays de la côte de la mer Egée. En plus, l’itinéraire est assez logique pour rejoindre Istanbul où nous sommes attendus de pied ferme par la famille de Van.

Pamukkale

Notre première étape sera le site de Pamukkale. Pour des raisons pratiques et économiques, nous logeons dans la ville de Denizli située dix-sept kilomètres plus bas, qui peut prétendre au titre peu envié de ville la plus moche de Turquie. De là, des dolmus font la navette assez fréquemment entre l' »otogar » (la gare routière) située en plein centre-ville et le site de Pamukkale. Il y a un semblant de village à proximité du site avec restaurants et hôtels mais franchement, il est aussi déprimant que Denizli en beaucoup plus cher.

Tout le blanc que nous voyons, ce n’est ni de la neige, ni du sel, ni de la glace mais du travertin! C’est une pierre très calcaire assez commune dans le bassin méditerranéen. Par exemple, le Colisée de Rome est construit en travertin. A Pamukkale, ce sont plusieurs sources d’eau plus ou moins chaude (il y en aurait au moins 17!) qui forment cette belle tufière recouverte de calcaire d’un blanc étincelant. Voilà à quoi pourrait ressembler votre salle de bains si vous ne la lavez pas pendant des années!

Le site se visite à pieds nus afin de ne pas trop détériorer l’environnement. C’est assez étonnant car la pierre est froide alors que la température de l’air est bien chaude (27 degrés!). Comme le paysage ressemble à s’y méprendre à un glacier, nous avons le réflexe de marcher précautionneusement afin de ne pas nous casser la figure sur la glace, mais comme c’est de la roche, le terrain n’est pas du tout glissant!

Les bassins

Le chemin est, en partie, composé de bassins qu’il faut traverser. Tous ne sont pas remplis en cette saison mais ceux qui le sont contiennent une eau bien minérale et, paraît-il, thérapeutique. La température de l’eau n’est pas égale partout, c’est la surprise à chaque bassin. Ça passe du glacial au très chaud, jusqu’à 45 degrés et c’est un très bon moyen de donner un coup de fouet à notre circulation sanguine!

Il y a également des bains thermaux au pied de la colline mais ne sont ouverts que de mai à octobre. Franchement, ce ne sont que trois petites piscines en contrebas de la tufière qui, à notre avis, ne valent pas le coup.

Visiter Pamukkale en pleine saison doit être invivable car blindé de monde mais en hiver, ce ne doit pas être la panacée non plus à cause des bassins à traverser pieds nus. Nous sommes contents que notre passage coïncide avec une chaude journée de printemps. Il n’y a encore pas trop de monde et nous ne risquons pas de perdre un orteil pour cause d’eau glacée.

Au sommet de la colline se trouve le site archéologique d’Hiérapolis qui était, on vous le donne en mille, une station thermale de la Grèce antique. Nous n’avons pas été la visiter tout simplement par manque d’envie. Nous avons déjà vu des dizaines de sites archéologiques en Turquie et nous commençons à en être un peu lassés.

Une des raisons qui nous a poussé à loger à Denizli plutôt qu’à Pamukkale, c’est la gare! Non, la gare n’est pas intéressante c’est un vieux bâtiment des années 1950 tout moche mais ça nous permet de prendre le train assez tôt le matin pour la suite de nos aventures. Nous prenons un peu de hauteur et traversons des hauts plateaux entourés de grandes montagnes. C’est comme ça que nous imaginons les steppes de Mongolie. Après cinq longues heures à nous traîner dans ces steppes anatoliennes, nous voici arrivé dans la ville d’Afyon, située elle aussi sur un plateau culminant à 1021 mètres d’altitude au milieu des montagnes d’Emir.

Afyonkarahisar

Rassurez-vous, pas besoin de retenir le nom à rallonge d’Afyonkarahisar puisque le surnom officiel de la ville est tout simplement Afyon. Administrativement, elle se situe encore dans la région égéenne mais culturellement, nous sommes déjà bien en Anatolie avec des petites maisons ottomanes colorées, une ambiance vraiment tranquille (bien plus que sur la côte!) des hautes chaînes de montagnes et un climat un peu plus rude.

Le centre historique

Afyon est située à un carrefour stratégique, à mi-chemin entre Izmir et Ankara et également entre Istanbul et Antalya. En plus, elle est connue pour ses nombreuses sources thermales. Elle est donc depuis l’Antiquité un point de passage et d’escale incontournable pour les voyageurs. Afyon signifie opium en turc car la région en produit en grande quantité. Aujourd’hui, les cultures sont strictement encadrées par l’état mais à l’époque elles alimentaient le marché des stupéfiants. Encore une raison supplémentaire de faire escale dans le coin pour les caravanes. Afyon connut son âge d’or durant presque toute la période de l’empire ottoman. De cette époque, il nous reste un magnifique centre historique construit à partir du XIIIe siècle avec de magnifiques petites maisons ottomanes, en partie superbement restaurées, ainsi que des mosquées datant de la même époque.

Le château d’Afyon

Rien que le centre historique c’est déjà du lourd! Pourtant ce n’est rien comparé au château qui le surplombe! C’est surtout le promontoire rocheux qui est vraiment impressionnant. On pourrait croire à son aspect que c’est une roche karstique comme dans le sud de la Thaïlande. Que nenni! Cet éperon rocheux est le résultat d’une intense activité volcanique datant du pléistocène, c’est à dire, il y a plus de 12’000 ans! Il s’élève à 226 mètres en dessus de la plaine sur laquelle est construite la ville d’Afyon. C’est 57 mètres de plus que celui d’Alicante que nous avons déjà trouvé balèze quand nous y avons été.

Le seul moyen d’accéder au château c’est à pieds! La montée se fait au moyen d’un escalier en pierre. Ce n’est pas très compliqué mais nous vous déconseillons tout de même d’y monter en tongs! Nous n’avons pas eu le courage de compter les marches mais c’est une belle petite grimpette. Certains endroits peuvent quand même être scabreux pour les personnes souffrant de vertige mais le chemin n’est pas dangereux en soi.

Le sommet

Tout ce qu’il reste du château, ce sont les remparts qui entourent l’entier du sommet du promontoire rocheux. La forteresse, construite en 1350 avait un but purement défensif. Il n’y avait donc de toute façon pas de super palais à l’intérieur de celle-ci. Vu l’environnement un peu hostile du lieu (relief mal plat, prise au vent, etc), la construction de l’édifice n’a pas dû être une partie de plaisir, autant se contenter du strict minimum ce qui est déjà pas mal.

Pour vous faire une idée de la prise au vent au sommet, regardez le drapeau turc! Il lui manque un bout qui a été arraché par de fortes bourrasques qui sont assez fréquentes dans la vallée. NB : Vous pouvez agrandir la photo en cliquant dessus!

Le clou du spectacle!

Si nous avons fait l’effort de grimper jusqu’au sommet, c’est évidemment également pour la vue! Nous pouvons jouir d’un panorama à 360 degrés sur les montagnes d’Emir, le centre historique, la ville moderne et les fameux hauts plateaux qui nous emmènent déjà en Anatolie Centrale. Il souffle un fort vent du sud-ouest nous amenant un peu de calima, l’atmosphère n’est donc pas très nette mais ça n’enlève rien à la beauté du panorama!

Nous avons une confidence à vous faire! La région de la mer Egée est beaucoup plus sympa et intéressante du côté montagne que du côté mer! Et pourtant, nous sommes des drogués du bord de mer! Peut-être est-ce dû au fait que la côte méditerranéenne au sud est vraiment ouf et qu’en comparaison, la côte ouest fait un peu pâle figure. Nous ne sommes pas en train de dire que la côte égéenne est nulle, bien au contraire, c’est vraiment joli mais il manque ce petit supplément d’âme que nous avons trouvé au sud et dans l’arrière-pays.

Voilà, il est temps maintenant de nous mettre en route pour Istanbul où nous attend de pied ferme la famille de Van pour un petit séjour en famille dans la belle Constantinople.

Bodrum, déjà un petit air de Grèce

Nous avons souvent entendu dire que Bodrum c’est un peu l’Ibiza ou le Mykonos turc, c’est à dire le paradis de la nightlife avec ses bars, clubs et discothèques en tout genre. Nous n’allons pas faire durer le suspense plus longtemps, Bodrum est bien la reine de la fête! Ce n’est pas vraiment notre kif mais heureusement, nous sommes vraiment hors saison et l’ambiance clubbing ne se fait pas trop sentir. Actuellement, ce sont plutôt les locaux qui profitent de l’absence des touristes et de la douceur de la baie de Cos pour flâner dans la ville et boire un verre en terrasse. Le printemps a apparemment enfin décidé à s’installer durablement et les températures sont agréables, à part quand il y a du vent!

Bodrum a été fondée par les Grecs et ça se remarque tout de suite à ses petites maisons blanches et bleues. La Grèce n’est d’ailleurs pas très loin : l’île de Cos se trouve juste à l’entrée de la baie! Aujourd’hui, c’est une station balnéaire et, au centre-ville, on n’y trouve pratiquement que des hôtels, des bars, des restaurants ou des discothèques. Mais vous commencez à nous connaître et vous vous doutez bien que nous ne nous sommes pas contentés de ce que nous avons vu au premier abord! En bons fouineurs, nous sommes aller gratter le vernis pour voir ce qui se cache vraiment sous l’apparence bling-bling de Bodrum.

Le front de mer

Pour une station balnéaire, la plage est vraiment pourrie! Elle est jonchée de galets et n’est pas du tout agréable pour y rester faire bronzette. C’est vrai que si les touristes passent leurs nuits en discothèque et leur journée à récupérer de leurs folles nuits ou à soigner leur gueule de bois, ils s’en foutent un peu de la beauté de la plage! Ce sont les restaurants qui sont contents, ils peuvent utiliser les lieux pour installer leur terrasse! Par contre, le paysage de la baie avec ses petites montagnes est vraiment chou!

Le truc le plus intéressant du front de mer est le château Saint-Pierre, situé sur un petit promontoire rocheux s’avançant dans la mer Egée. Il a été construit au XVe siècle par les Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jerusalem, un ordre catholique militaire. Aujourd’hui, il abrite le musée archéologique marin.

Mausolée d’Halicarnasse

Nous avons quand même trouvé un peu de culture au milieu des lieux de débauche! En plein centre de Bodrum se trouve le mausolée d’Halicarnasse ou plutôt ce qu’il en reste. Halicarnasse est en fait le nom de la ville de Bodrum dans la Grèce Antique. C’est un peu difficile à imaginer aujourd’hui mais l’édifice, achevé en 350 avant J-C faisait 45 mètres de haut! Il possédait également un système de drainage super sophistiqué pour l’époque! Sa mauvaise conservation est due aux différents tremblements de terre dont a été victime la région à travers les siècles. La Turquie étant au milieu des plaques tectoniques eurasiennes et africaines. Nous avons d’ailleurs senti plusieurs fois la terre légèrement trembler lors de nos deux séjours turcs.

Le mausolée fait partie des sept merveilles du monde antique. C’est assez fou car c’est la troisième merveille que nous voyons depuis le début de l’année après la pyramide de Khéops à Gizeh et le temple d’Artémis à Ephèse. Et ce n’était même pas calculé! Nous avons bien envie d’aller découvrir les endroits où se trouvent les quatre autres du coup!

Voilà à quoi ressemblait le mausolée au temps de sa splendeur!

Les moulins de Bodrum

Cette fois, notre grimpette du jour ne nous a pas emmenés voir un énième château, ni des tombes dans la roche comme à Fethiye mais des moulins, ou plutôt ce qu’il en reste! Ils étaient utilisés dès le XVIIIe siècle pour moudre le grain afin de fabriquer de la farine. Vu l’énorme consommation de pain en Turquie, nous pensons bien que ces moulins devaient tourner à plein régime! Ils sont situés sur une petite péninsule et sont orientés nord-est afin de bénéficier du vent de la côte. Nous confirmons, ça souffle pas mal sur ce petit promontoire rocheux.

Le clou du spectacle reste quand même la vue à 360 degrés sur Bodrum, Gumbet qui apparemment possède une plage digne de ce nom, la baie de Cos et les premières îles grecques. Avec le ciel un peu voilé, les côtes découpées et les moutons qui paissent tranquillement sur le cap, l’ambiance est digne d’un paysage écossais!

Un peu de nature!

Notre grimpette aux moulins ne nous ayant pas suffi, nous avons chaussé nos baskets pour découvrir les hauts de Bodrum. Normalement, nous aurions dû voir quelques ruines au sommet mais les derniers mètres du chemin ont été obstrués par une chute de pierres et est donc devenu impraticable. Ce n’est pas très grave, notre but premier était de marcher un peu en nature et d’observer les fleurs qui s’épanouissent dans la douceur du printemps méditerranéen.

Nous sommes quand même montés assez haut pour profiter de la vue sur la baie de Kos. Il manquait juste le soleil mais avec la brume, la vue sur cette baie très découpée et ses îles nous fait penser à celle d’Hong Kong, même si les bâtiments sont beaucoup plus bas et la température beaucoup moins étouffante.

Heureusement que nous sommes venus à Bodrum hors saison car c’est sûrement infernal en été avec les hordes de touristes! Nous n’avons pas trop aimé la ville, très jolie mais trop dédiée au tourisme de masse. Par contre l’environnement de la baie et les paysages aux alentours sont juste incroyables.

Nous sommes venus à Bodrum dans un but bien précis, celui d’essayer de prendre un ferry pour l’île de Cos puis de rejoindre la Grèce continentale car nous n’avions pas trouvé des infos fiables sur internet. Si apparemment les frontières maritimes ont rouvert, malgré un contentieux territorial entre les deux pays, les liaisons par ferry restent, quant à elles, toujours suspendues pour le moment. On nous a laissé entendre que ce serait pour la première semaine de mai mais sans pouvoir nous donner une date précise. C’est un peu frustrant car nous pouvons parfaitement voir l’île de Cos depuis Bodrum et la traversée se fait en à peine vingt minutes! L’idée de soudoyer un bateau de pêcheur nous a effleurée mais comme nous voulons retourner en Turquie une prochaine fois, nous avons meilleur temps de passer la douane et faire tamponner notre passeport comme il se doit.

Comme nous ne pouvons pas attendre jusqu’en mai pour des raisons de visa et d’autres obligations qui nous attendent en Espagne, nous allons gentiment remonter vers le nord. Mais tout n’est pas perdu pour tout le monde! Ce contretemps fait le beurre de la famille de Van qui a décidé de nous rejoindre pour quelques jours à Istanbul en avril. Nous nous réjouissons de passer un peu de temps en famille avant notre retour! En attendant, nous avons déjà trouvé quelques étapes qui ont l’air sympa et que nous avons hâte de découvrir.